‹ La Hongrie, son génie et sa missionChapitre 24 sur 57 · XI · texte numérisé non relu

XI

La chute de la Hongrie, en 1849, ne fut point la défaite d'une nation au profit de l'unité humaine. Ce fut le triomphe, en Orient , du despotisme sur la liberté , de la barbarie sur la civilisation. La Hongrie n'est point morte parce qu'elle ne pouvait pas vivre. Elle a été écrasée par des populations trompées et par deux empereurs.

Supposons le contraire. Que serait-il advenu?

Sérieusement imbue de la pensée démocratique, arrivée

(1) Uo fait bien expressif s'est produit au dernier recensement: le nombre de ceux qui se sont fait inscrire comme magyars, 8*esl tout à coup accru de deux millions. La sympathie est plus féconde que la génération.

(2) Cbristien Ostrofrski, Lettres slaves, p. 175.

d^un bond à la hauteur des nations les plus avancées dans la voie du progrès, la Hongrie serait à cette heure, — avec la Pologne, peut-être ressuscitée, avec la Turquie, dont elle aurait été l'initiatrice naturelle, — le centre et la direction d'une vaste confédération des peuples autrichiens, bohémiens, esclavons, slovaques, croates, illyriens, serbes et roumains. Elle aurait fondé les États-Unis de l'Europe orientale ; elle y aurait fait rayonner les idées régénératrices, la science, l'art et l'industrie; elle y aurait dressé contre l'autocratie moscovite la plus formidable des barrières : des poitrines d'hommes, où battent des cœurs libres.

Telle devait être sa mission.

Et elle l'aurait remplie jusqu'à l'héroïsme, jus(pi'au martyre. Le passé de la Hongrie répond d'elle. Son histoire n'est qu'un long sacrifice.

Aujourd'hm nous transportons à graud'peine un rempart mouvant contre la Russie. Pourquoi plutôt n'avonsnous pas établi le rempart perpétuel, lorsque c'était si facile?

Ah ! nous ne savions point alors que le tzar deviendrait un jour notre ennemi! N'avions-nous pas de profonds poUtiques qui le vantaient et l'adoraient comme le dieu de l'ordre, comme un invincible Jupiter, prêt à foudroyer l'anarchie?

Mais qu'importe ! la guerre est entamée. Et c'est bien la grande guerre, quoi qu'on dise et quoi qu'on puisse faire, « la grande guerre religieuse de l'Orient contre l'Occident, grande guerre, en vérité, et qu'on ne Umitera pas (1). »

Jusqu'à ce jour la lutte a été timide et mesquine, n'ayant qu'un but, heureusement atteint : détruire la prépondérance maritime des tzars dans l'Euxin. Mais bientôt^

(1) i. Micbelet, les Femmes de la révolution, p. 6.

m LA HONGRIE ET L'AUTRICHE.

demain peut-^tre , la bataille monarchique deviendra populaire, elle embrassera toute dynastie, toute nation et tout homme; et alors, ce sera le duel définitif, le duel du juste contre Tinjuste, de la civilisation contre la barbarie , de la liberté contre Tabsolutisme.

Que sortira-t-il de ce conflit inunense ?

Nous avons notre foi ; et, conmie la France est de 'la partie, — la sainte France de la Révolution, — nous n'avons plus peur du passé, nous regardons vers l'avenir, et, le cœur rempli d'espérances, nous attendons.

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