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LES DEUX JEAN DE HUNYAD

Parmi les grands hommes, les plus grands ne sont pas ceux qui, nés sur le trône, élevés dans les palais ou fils de pères déjà illustres, paniennent à la gloire sans trop dVfforts, et pour ainsi dire naturellement Les plus grands sont ceux qui, partis d'eu bas, de la foule, doués de courage et de pei'sistance, à force de travail, de volonté et de vertu, pénètrent lentement au travers des couches supérieures, gravissent douloureusement Téchelle sociale degré par degré, et tout à coup resplendissent au sommet, aussi lumineux, aussi incontestables que le soleil. Les premiers étonnent quelquefois ; les seconds éblouissent.

Jean de Hunyad appartient à cette classe des majestés sublimes auxciuelles échoit l'honneur de s'être créées ellesmêmes.

224 JEAN DE HUNYAD.

Pauvre de passé, il s'élaiice dans le présent et conquiert l'avenir. D'où vient-il? On l'ignore. Et cependant, lorsqu'il faut à la patrie troublée un citoyen au cœur probe qui apaise les dissensions, comprime la guerre civile et rétablisse la paix intérieure ; lorsqu'il faut à la civilisation menacée un défenseur vaillant, énergique, dévoué, sûr, qui la garde contre la barbarie victorieuse, qui sache lutter toujours et malgré tout, et qui s'oblige à triompher (juaud même ; à qui sera offerte, à qui sera confiée la double mission? A lui, à l'inconnu, à Hunyadi. On ne l'aurait pas choisi, qu'il eût dû s'imposer. L'œuvre était sienne. Il était venu au monde pour l'entreprendre et la parfaire.

L'Europe occidentale s'est montrée injuste et oublieuse envers son sauveur. Elle lui doit encore une réparation.

Que disent nos historiens de Jean de Hunyad? Quelques mots à peine, un peu de vérités, beaucoup d'erreurs, et puis rien. Ils l'ont rencontré à Varna. Ils l'ont revu à Belgrade. Ils ne l'ont point cherché ailleurs.

La Hongrie , au contraire, qui put le voir de près, qui le comprit et l'admira, la Hongrie s'est souvenue, se souvient de lui. Elle a conservé pieusement sa mémoire au fond de son cœur maternel ; elle a inscrit son nom immaculé sur la page la plus brillante de sa légende nationale.

IndividuaUté puissante et large, Jean de Hunyad nous apparaît comme l'incarnation d'ime pensée , le type idéal d'une nation, un symbole. Chrétien du quinzième siècle, il résume la chrétienté militante. Hongrois, il résume la Hongrie. Homme, il est beau et fort, même isolé de son siècle, même en dehors de son mandat humanitaire. Hunyadi est à la fois un saint et un héros. Hunyadi est la Hongrie faite homme.

LES DEUX JEAN. nH

Prise dans son ensemble, la vie de Jean de Hunyad présente quatre phases distinctes. Hunyadi naît, tente «es premières araies. Il s'affirme, se distingue, se pose. Il arrive au pouvoir, accomplit son mandat. Il descend du pouvoir, parachève son œuvre et meurt.

Mélange de défaites, de victoires, de sympathies, de trahisons, de joies et de larmes, ayant pour base et pour liaison le dévouement, poiu» logique le sacrifice, cette existence tourmentée de vicissitudes débute dans le néant. Où et quand naquit Hunyadi? Etaitril Magyar? Comment son père se nommait-il ? En quel lieu et sous quel chef se fit son éducation niihtaire?

A ces questions, l'histoire n'a répondu longtemps que par des hypothèses plus ou moins acceptables. Mais le peuple hongrois, qui voulait attribuer à son héros une illustre origine, a dédaigné les suppositions savantes qui ne prouvaient rien, et s'en est tenu jusqu'à ce jour à la romanesque tradition que voici :

En l'an du Seigneur treize cent quatre-vingt-treizième (1), le très-cathoUque Sigismond résolut d'aller combattre les blasphémateurs du nom de Jésus. Il rassembla les plus vaillants chevaUers de la nation hongroise et les conduisit, par la Hongrie inférieure, vers les terres serbes et roumaines que ravageaient alors les OsmanUs, les enfants du Prophète.

(1) Cette date est vraie pour rexpédition eu Valachie, faasse pour la naissance de Hunyadi. Ranimer, Empire ottoman, LiY. VI, d'après Engel, Hist. de Valachie et //irf. de Hongrie.

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Arrivé aux frontières de son royaume apostolique, Sigismond fit dresser ses tentes sur la rive danubienne, à l'extrémité de la Transylvanie. Il voulait, avant d'entamer l'expédition sainte, accorder à ses troupes quelques jours de repos, afin qu'elles réparassent les fatigues d'une marche rapide et fussent prêtes au rude labeur de la guerre future.

Cependant le roi sortit un matin du camp pour explorer les environs. Il rencontra une gentille demoiselle qui s'appelait Elisabeth Morsinai et qui était fille d'un boyard valaque. Sigistnond lui sourit. Elle était jeune , belle, et vierge. Sigismond en devint éperdument amoureux. L'enfant, simple et faible, ne put résister aux pressantes galanteries du souverain. L'éclat de la couronne, les doux propos et les baisers la séduisirent. Elle aima et se donna.

Peu de temps après, l'armée hongroise dut quitter le sol magî^ar et marcher à la rencontre de l'ennemi. L'heureux amant, bien à regret sans doute, s'arracha des bras de sa joUe maltresse. Il partit, lui préchant la consolation d'un retour prochain, lui jurant l'éternelle souvenance.

Plusieurs mois s'écoulèrent. Sigismond revint. Il avait vaincu les infidèles. Les splendeurs du triomphe le rendaient plus aimable que jamais. EUsabeth se présenta devant lui toute fière et lui annonça qu'elle était enceii^te. Ivre de joie et d'amour, le roi promit de combler de biens et d'honneurs celui ou celle qui naîtrait. Puis, en témoignage de sa promesse, il remit à la jeune fille un brillant anneau d'or, à l'aide duquel elle pourrait partout et toujours pénétrer jusqu'à lui. Ensuite il regagna sa capitale.

Le père d'Elisabeth, qui peutr-être ne se fiait que médiocrement à la sincérité des séducteurs couronnés, la maria bientôt à un boyard valaque. Celui-ci emmena sa femme dans son pays. Là elle accoucha d'un fils qu'elle appela Jean.

Les liagards de la guerre turque amenèrent Sigismond en Yalachie. A cette nouvelle, Elisabeth passa l'anneau autour de son doigt, prit Tenfant dans ses bras et se présenta. Le roi Taccueillit avec une extrême amitié. Il caressa joyeusement le petit garçon, renouvela ses promesses et engagea la mère à venir en son palais de Bude.

Son mari étant mort, Elisabeth Morsinai se rappela l'invitation royale. Elle pria son frère de l'accompagner. Le frère hésita, refusa d'abord ; mais les larmes de sa sœur lui arrachèrent son assentiment. 11 partit avec elle.

Un jour, les voyageurs s'étaient arrêtés sur les bords d'un étang : la mère lavait du hnge ; le frère se promenait dans le voisinage ; l'enfant, étendu sur l'herbe, jouait avec Vanneau d'or. Tout à coup un corbeau s'abat à côté de lui, saisit l'anneau et va se percher sur une branche. Les cris du fils attirent l'attention de la mère. Elle se retourne et voit. Plus de bague ! plus de taUsman ! La jeune femme pleurait et se désespérait. Le frère survient. 11 tire une flèche de son carquois, bande son arc et vise. L'oiseau reste sur la branche, moqueur, tenant toujours l'anneau d'or dans son bec. L'archer risque une seconde épreuve. Le corbeau tombe. La bague est reconquise.

Enfin Elisabeth arrive à Bude. A la porte du palais, elle présente l'anneau. Les gardes la laissent passer. La voici devant Sigismond. Le roi la reconnaît, la comble de présents etl'étabUt à Pesth. Tous les jours il faisait venir l'enfant, le couvrait de caresses et jouait avec lui.

Par malheur, les grands intérêts de l'État arrachèrent trop vite Sigismond aux douces foUes de la paternité. Contraint de quitter sa capitale, d'abandonner sa maîtresse et son fils, et ne sachant point quand il lui serait permis de les revoir, il voulut assurer leur sort. Par « lettres rtyales,» il dota Jean du domaine et du nom de Hunyad, avec soixante villages, lui accorda pour armes de noblesse un

2» JEAN DE HCNYAD.

corbeau portant en son bec un anneau d'or, et, sous la tutelle de sa mère, le renvoya en Transylvanie, dans les propriétés dont il avait daigné lui faire donation (1).

Cette légende, où le surnom et les armes de Jean de Hunyad se trouvent expUqués, suffit amplement au peuple de Hongrie (2).

Nombre d'historiens, et parmi eux de très-savants, la répètent, et renonçant à courir après une réalité par trop insaisissable, en admettent, sinon la lettre, au moins l'esprit (3). 11 en est même qui, pleins de coufiance, vont jusqu'à préciser une date, et presque le lieu où le fait se produisit (4).

Serait-il donc vrai que Hunyadi, le héros probe, aurait eu pour père Sigismond de Brandebourg, l'empereur parjure ? Cela répugne à penser ; par conséquent cela ne doit pas être .

Le premier auteur qui ait enregistré ladite tradition, Bonfinio d'AscoU, déclare, en la racontant, que c'est une fable inadmissible ; les doctes compilateurs Pray et Katona, relevant tout ce qui a été écrit avant eux sur ce sujet, la

^U-^oîî""' ^^^' '"' ^^''' '*• P- ^*®— î>« Gérando, U Transylvanie, l.I, p. o7 1-374.

(% Cetie légende n'est pas la seule, il s'en est conservé bien d'autres parmi les Serbes cl les Roumains. En voici une. prise au hasard entre toutes et qui démontre assez combien les peuples du Danube tiennent à s'attribuer 10 héros qui les sauva du Turc. Aujourd'hui encore, on raconte en Serbie qu un pnnce du pays s'en alla un jour visiter le roi Sigismond. Le souveram hongrois, pour fêter son hôte, lui fit don d'une des plus belles dames de la cour, et celle-ci, neuf mois après le départ de son heureux amant mu au monde un gros garçon, qui plus tard s'appela Jean de Hunyad.

(3) Michel Neander, Jacques Weingartner, Slansky, etc., ap. Pray. Anna/ei regum, P. III, p. 185-186. — Gaspar Heltai. Chronicon Hung. p 80 — Joachim Curci. Ann. Siiesiœ, p. 135, — Palma, Notitia Huna., P II p. 80, etc. '

(4) Hammer et Engel. 1. c.

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discutent et nécessairement la nient (1). Néanmoins, si d'un côté ils apportent la lumière, de Tautre ils perpétuent l'ombre : les hypothèses nouvelles qu'ils accueillent ou émettent ne sont ni plus claires ni plus recevables que celles qu'ils ont renversées. Mieux vaut encore la légende.

Un savant illustre, président de l'académie hongroise, le comte Joseph Teleki, en son bel ouvrage sur « Époque hunyadienne,» dont une mort prématurée vient de suspendre la publication, a détruit enfin cette légende avec deux arguments qui nous semblent sans répUque (2). D'abord, si Sigismond avait été le père de Jean de Hunyad, n'aurait-il pas donné des biens immenses à son bâtard reconnu et aimé? Or, il appert, par des documents authentiques, que Uunyadi, à la mort de l'empereur-roi, ne possédait que des propriétés fort médiocres, et qu'il ne fut même richement doté et élevé au rang de bai'oa que sous Albert. En outre, quand Matliias I fut élu roi de Hongrie, n'eût-il pas puissamment étayé sa légitimité, que contestaient Frédéric m et les magnats rebelles, s'il s'était déclaré le descendant de Sigismond de Brandebourg? Certes, et s'il ne chercha point à se rattacher par le sang à l'un de ses prédécesseurs , c'est que cela n'était ni vrai ni possible. Au quinzième siècle, en effet, la bâtardise était acceptée à titre de droit. La plupart des princes itaUens de cette époque étaient des bâtards hautement avoués.

Cherchons donc la fiUation de notre héros en dehors de cette souche germanique, royale, impériale et souillée.

Bonfinio, qui vécut à la cour de Mathias, déclare que Jean de Ilunyad naquit d'un père valaque, Buth ou Butho, et d'une mère grecque, ÉUsabeth Morsinai. S'il fallait en croire ce Tite-Live de la Hongrie, ÉUsabeth descendrait des

(i) Prav. I. c. — Kttlona, Histor, crit. rpg., l. XHI, p. 1109 et seq.; l. XIV. p.*!.

(2) Teleki Jôzsef, Hunyadwk Kora Magyarorszdgon, 1. 1, p. 32.

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empereurs d'Orient, peutrétre même de Théodose, en ligne plus ou moins directe, elle surnom que portait la famme, tt Cor\in, » attesterait son rapport avec la race romaine des CoRviNi (1). A première vue, cette généalogie ressemble fort à une flatterie de courtisan maladroit, et Ton se sent peu porté à la prendre en considération. Cependant plusieui-s auteurs l'ont à peu près adoptée comme sérieuse en établissant que Jean Hmiyadi provint du mariage de Butho, prince de Valachie, avec Elisabeth Paléologue (2). Sans trop de mauvaise volonU'^, on pourrait aisément remonter des Paléologues aux Constautins, passer de Byzance à Rome et arriver à la maison latine des anciens Corvins.

Une telle hypothèse est facile à ruiner. Comment un prince, si même on veut admettre ce titre, comment im pauvre petit prince, qui n'était pas même le souverain, le vajvode d'un pays microscopique, la Valachie, eût-il pu, au quatorzième siècle, être admis à l'insigne honneur de féconder le sang impérial (3) ? D'autre part, cette appellation « Corvin, » appUquée par certains chroniqueurs à Jean de Hunyad, et la présence incontestable, il est vrai, d'un corbeau dans son blason, sont-ce là des preuves?

Il y avait autrefois en Pologne une famille Korwin (4), et il y a encore aujourd'hui en Allemagne des maisons qui possèdent des armes identiques à celles des Hunyadi d'autrefois (o). Bien plus, il appert de documents publics et privés, de diplômes et de lettres, que Jean ne se nomma jamais lui-même a Corvin » (6). Il faut donc laisser à Bon-

(1) BonfiDii, dec. m, Liv. UI et Liv. IV, p. 423.

(âj Johann. Ludwig. Konig. Ritters, Lusius, Hening, ap. Pray, P. UI, 185, et 186.

(3) Pray.I. c.

(4) Katona, Hist, t. XIV, p. 1 et scq. A ce propos, le savant compilateur enregistre l'opinion de Cornidésius, qui tiendrait à donner à la famille des Hunyadi une origine polonaise.

(5) Teleki, l.-l,p. 27.

^6) Tcleki, t. l, p. 38,

finio la responsabilité de sa flatteuse allégation et la rejeter purement et simplement.

Hunyadi n'est pas plus le descendant de Théodose et des Corvini) que le bâtard de Sigismond.

Thurôczi , qui connut Jean de Hunyad , le fait naître d'une race noble et illustre de la nation «transalpine i» (1). Dlugoss est aussi vague quant au pays, mais il constate l'obscurité des ancêtres de Hunyadi (2). Nicolas OlAh confirme Thurôczi et prétend Uer la famille hunyadieune aux vajvodes de Valachie (3). Fessier, le patriotique narrateur des « Anciens temps de la Hongrie, » affirme, sans doute d'après les autorités qui précèdent, que Jean appartenait à une maison valaque, ancienne mais appauvrie (4).

Cependant, de tout ce qui précède, il semble résulter au moins ceci : les Hunyadi seraient les descendants d'une race très-médiocre, et Jean doit être considéré comme Valaque au moins d'orighie, sinon de naissance. Telle est en effet l'opinion jusqu'à ce jour la plus accréditée. Mais de nouveaux documents, récemment découverts et laborieusement étudiés par le comte Teleki, viennent détruire les idées admises, et, grâce à eux, nous pouvons rendre à la Hongrie l'honneur d'avoir enfanté le héros dont elle se glorifie.

Nous l'avons dit, on appelle généralement le père de Jean de Hunyad, Buth, Butlio ou Buthi, et sa mère, Elisabeth Morsinai. Les Morsinai, donc le nom est évidemment magyar, se rencontrent dans plusieurs pièces authentiques, et

(I) Tliuroczi, Chron., P. IV, cap. \\\, (i) Dlugossi, Hision'n Poloniœ, Lib. XII. (3) Nie. Olàb. Huwjarifi, cap. xii.

(1^ Fessier, Mathins Coninitt, l. I, p. I2>,

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on les retrouve encore au seizième siècle alliés à de puissantes maisons hongroises d'une antiquité incontestée (1). Butbi, au contraire, et l'autre dénomination Vuk ou Voyk, qui plus d'une fois lui est préposée, semblent être valaquès à cause de leur consonnance. Mais il y eut jadis plusieurs personnages de race magyare indubitable, et qui néanmoins portaient ces deux noms, ou l'un ou l'autre. Par exemple, saint Etienne, avant d'être baptisé, ne se nonunaitil pas Vaïk ou Voyk? Au reste, Vuk et Buthi ne servent jamais seuls à spécifier un individu ; ils sont toujours accompagnés d'une autre dénomination. On peut donc les considérer comme de simples prénoms, et leur forme alors sera roumaine, allemande ou turque, sans rien prouver relativement à l'origine du personnage ainsi désigné.

A Vuk Buthi se trouve apposé, dans plusieurs actes anciens, Olâh, c'est-à-dire Valaque (2). Jean et son père sont appelés indistinctement ainsi. Ne serait-ce point parce que leur famille était en général considérée comme originaire de Valachie ? Il y a en Hongrie même, comme dans tous les pays du monde, des familles qui, sans être étrangères, portent le nom d'un peuple dont leurs ancêtres n'ont jamais fait partie. Vuk, Butlii et Olâh pourraient donc être accei)tés pour le père de Jean de Hunyad, et même pour notre héros, sans néanmoins qu'il en fût permis de conclure que l'un et l'autre ne seraient pas Hongrois (3).

Le véritable nom propre du père du Gouverneur se retrouve dans des diplômes officiels. Wladislas H, roi de Pologne et de Hongrie, l'appelle Wayk «de Hunyad» (4). Ce dernier titre proviendi*ait-il uniquement de la donation du

(\) Telcki. 1. 1, p. 43.

(i) Thuroczi n'appelle jamais les Valaques Valachi; il les appelle presque toujours Olahi.

(3) Teleki, 1. I, p. 51-56.

(4) Ëx litieris Uladialai Buda datis in vigilia festi beali Laurencij, anno li40-n}o. Pièces juttificatives, à la fin du volume.

domaine de Hunyad, en Transylvanie, faite à Wayk par Sigismond? Non, car dans les a lettres royales» qui confèrent cette propriété, Sigismond emploie Texpression : nova do- NATio (1). Ceci implique une possession antérieure, renouvelée peut-être après contestation, et partant Texistence d'une maison hunyadienne, dont le donatab^e ne serait que le descendant et le représentant.

Rien n'est plus -probable , plus sûr, puisqu'il a été constaté, d'après des diplômes authentiques, qu'il y avait, dès le commencement du quatorzième siècle, des nobles nommés Hunyadi (2).

Néanmoins il a été impossible d'établir sûrement quel rang les Hunyadi occupaient dans la hiérarchie féodale hongroise. Sans doute ce rang était peu élevé. Wayk ne devint jamais magnat ou baron. Il fut pourtant chevaUer de la cour, « MILES AULicus » , et pour que cette dignité honorifique lui fût décernée, il lui fallait ne pas être complètement obscur. Ce qui confirme encore qu'il devait avoir une certaine valeur aristocratique, c'est qu'il put marier son fils Jean, jeune et presque inconnu alors, à ËUsabeth, fille de Szilâgyi, dont la maison était puissante, riche et très-anciennement illustre (3).

Quoi qu'il en soit, grâce à tous ces arguments, le fait le plus grave nous semble suffisamment étabU : les ancêtres de Jean de Hunyad étaient Magyars.

yi.

Autre question : Jean est-il né en Valachie ?

Georges Pray répond que vraisemblablement Hunyadi

(1) Ex /t//em âigismundi, anno 140&-modalis, ap. Felier/'o7. diplomatie. Hungariœ, t. X, p. 403.

(2) Teleki, 1. 1, p. 46-SO.

(3; Teleki, t. I,p. 26et!27.

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naquit en Transylvanie (1). Le comte Teleki partage son opinion, sans toutefois se prononcer d'une manière aussi absolue. Les deux auteurs basent leur disc^ission sur ude erreur géographique, possible , probable, presque sîire, mais dont le vague laisse encore une petite place au doute.

Aujourd'hui même il est des écrivains qui appellent sans difficulté Valaques tous les Hongrois transylvains , parce qu'il y a beaucoup de Valaques de Transylvanie. La province qui en contient le plus est peut-être le comitat de Hunyad. Mais au miheu de ces Roumains vivaient jadis et vivent encore des familles magyares dont l'arbre généa* logique remonte jusqu'à la conquête (2). Si donc à cette heure cette confusion se produit, eUe devait se produire bien davantage au quinzième siècle, alors «lue la géographie était si peu connue et si fautive.

^neas Sylvius, le fameux érudit, ignorait que la Transylvanie fût habitée non-seulement par des Roumains — « Gèthes,» — mais aussi par des Saxons, des Sicules et des Magyars. Il poussait sur ce point l'ignorance jusqu'à identifier les Transylvains pris en masse avec les Valaques de la Valachie (3). Or, Piccolomini est un de ceux qui mirent en avant la naissance et l'origine valaques de Jean de Hunyad. Il est donc permis de supposer que les autres chroinqueurs ont pu se tromper comme lui, et pour la même cause. Et dans ce cas, sans infirmer leur allégation presque unanime, ne devrait-on pas croire que la famille des Hunyadi fût transylvaine, d'autant plus qu'il est acquis que Vuk Buthi a passé la majeure partie de son existence en Transylvanie?

Malgré l'affirmation de Georges Pray, le comte Teleki n'ose point se décider. Il constate un voyage de Wayk eu

(1) Pray, Annaief, \\ IH, p. 1S6.

(â) Teleki, t. I, p. 45, 46.

(3) « Geihie , qnos partiin Valachos , partim Transylvanos vocani. '^^neas Sylvius, in Cod. diplontaiic., l. U, p. 38.1

LES DEUX iEAN. Jas

Yalachie , et pailaut la possibilité de la naissance de Huuyadi en dehors des limites du royaume hongrois. Mais^ à notre sens, cette distinction, qu^il n^est guère utile de re* pousser, n'a qu'une bien minime importance. Yraie, cela n'enlèverait point à la Hongrie l'honneur d'avoir donné le jour à Jean de Hunyad, celui-ci n'étant né sur les terres roumaines qu'après avoir peut-être été engendré sur le sol hongrois, et ne tenant à la patrie valaque par aucun lien, si ce n'est par le hasard de l'accouchement de sa mère.

D'après ce qui vient d'être dit, on comprend combien il serait diflicile de déterminer la ville, le village, le bourg, le château où notre héros vint au monde. Cependant quelques auteurs en font mention. Chalcondyle, par exemple, dit que Hunyadi naquit dans le château de son père (1), à Hunyad, par conséquent. Wrancsics nomme Hàtszeg, hameau situé non loin de cette ville (2). Suivant Bon&iio et ceux qui out répété son dire, ce serait « UoUôs,» Corvin, d'où il aurait tiré un de ses noms (3). IIoUôs n'existe pas dans le comitat de Hunyad. En deçà et au delà nous ne l'avons pu découvrir.

La majorité des historiens évite cette nouvelle indécision en ne précisant pas. Faute de renseignements assez certains, imitons-les.

YII.

Fils de Yuk Buthi de Hunyad et d'KUsabeth Morsinai, Hunyadi Jànos, issu de parents magyars, de race assez ancienne mais appauvrie, naquit probablement en Transylvanie et dans le comitat paternel, peut-être néanmoins

(1) Ap. Strittori, Scriptores Byzanl., t. U, p. 106.

{% A p. Kotacbich, Scriptores rer. Hung. minorer, t. U, p. 101.

(3) Bonfiiiii» decad. m et it, 1. c. — Pal ma, Sottiia, l\ 11, 318, et les auteurs cités par Cliaufepié, Supplément au Dictionwwe de Bayle^ article Huniade Corvin.

236 JEAN DE HUNYAD.

dans un village valaque inconnu, vers Tannée 1387 (1). Il eut trois sœurs qui vécurent on ne sait combien de temps sans laisser aucune trace historique, et un frère cadet, nommé aussi Jean, qui partagea ses destinées jusqu'en 1440 ou 1442 (2).

Les deux Jean passèrent paisiblement leur enfance à la maison natale. Leur instruction dut n'être que très-élémentaire, car l'aîné ne savait pas le latin, la langue la plus répandue, la langue des affaires au quinzième siècle (3). ^lais leur éducation fut sans doute excellente et patriotique, car l'un et l'autre prouvèrent plus tard qu'ils avaient été créés hommes et Magyars.

Jànos le Grand, celui qui dévint Gouverneur, vice-roi de Hongrie, manifesta dès l'âge le plus tendre les nobles qualités qui lui conquirent une fortune si brillante, une gloire méritée. Enfant, il était sérieux et grave comme un adulte ; adolescent, il ne consuma point dans de fatales débauches sa santé physique et son énergie morale. Fortifié par une pureté de mœurs irréprochable, il habitua son corps aux travaux les plus rudes ; il s'adonna aux exercices miUtaires, vere lesijuels les ardeurs de sa nature le portaient de préférence (4).

De bonne heure il devint soldat C'était à cette époque le métier de tout homme libre, et c'étfdt le sien à lui plus qu'à tout autre. « Né, dit Thurôczi, pour les exploits mili-

(1) « Jum supra sexaginta nuiueraïuus anuos quibus pêne conlinuis, fa-

riaiii illani facemqiie belloruni sustulimus » Ex ei/istoia Johannis ad

Sicolaum paiiom, die xvu sepleinbr., anno mccccxlviii. — Ex episiolis Hunyadi, Johann, de Zrenda, ap. SchwamUner. — l*ray énonce une autre date, 1368, laquelle, on le voit, est inadmissiMe. Engel et, d'après lui, Hammer, se sont plus rapprochés de la vérité en adoptant 1893.

(2) Ti leki, 1. 1. p. yj, 47. 63.

(3) Teleki, t. X, diplôme lxviii, p. !2i8. Dans ce diplôme, certains magnats protestent contre un contrat passé entre des particuliers et Hunyadi, et en réclament la nullité, parce que celmci ne savait pas le latin. — Voy. aussi Galeotti, De didis et farfi^ Matthire i-egix, cap. xiii, ap. Schwaudtner.

(4) Ex litteris Ladislai l»osthunii, ^0 jan. 14!)3 dalis. Voy. Pièces justificatives, à la fin du Tolunie.

talres et la direction des armées, destiné à être le sauveur de sa patrie, il lui fallait la guerre, comme il faut aux poissons l'eau et aux cerfs les forêts (1). »

Mais à quelle époque et sous quel chef Hunyadi fit-il ses premières armes? Ici encore, peu ou pas de documents véridiques ; des obscurités, des hypothèses.

S'il faut en croire Chalcoudyle, Jean se mit d'abord au service du prince des TribaUiens ou Bulgares. Un certain jour, raconte-l-il, le prince était allé à la chasse et ses cliiens avaient levé un énorme loup. Jean reçoit Tordre de le poursuivre. Il s'élance. Le loup, traqué, saute dans une rivière. Le courant était excessivement rapide et l'eau trèsprofonde. Hunyadi s'y précipite. Le loup traverse à la nage. Hunyadi traverse aussi. Le loup est atteint, tué. Hunyadi descend de cheval, sur place dépouille la bête et en rapporte la peau à son mîdtre.

« Certes, s'écria le prince bulgare émerveillé, il ne se peut faire que ce jeune homme n'arrive un jour à quelque brillante illustration ! »

Après avoir séjourné assez longtemps en Bulgarie, où sa valeur reconnue fut brillamment encouragée, Hunyadi passa en Hongrie avec quelques gens qu'il s'était attachés et s'enrôla dans l'armée royale, où sa réputation ne tarda pas à grandir (2).

Bonfinio prétend qu'avant de combattre sous Sigismond, Jean de Huuyad servit Demeter Széchi, évêque de Zagreb. Timon appuie son dire et spécifie que Jean était alors compté au nombre des a éphèbes, » ce qui 'signifie qu'il avait de douze à quinze ans (3). Mais Herezehch (4), en prouvant que Demeter occupa le siégé épiscopal de Zâgrâb

(1) Thuroczi, Chronica, P. IV, cap. xw. (i) Chnleondyle, L. V, cap. ix.

(3) Bonfinii, decad. m et it, I. c. — Tiinonls Purpura Pannon. f« 11.

(4) Hùtoria Zagrnh. p. 185. — Pray. Ann. reg., P. Ul, p. 185-186.

236 JEAN DE HUNYAD.

de 137$ à 1379, prouve la fausseté de ce fait, qui, s'il ne doit être absolument rejeté, doit au moins être rapporté à Vuk Buthi (1).

L'anecdote du loup ne serait-elle pas dans le même cas? M. Teleki le pense. Le prince des Triballiens est un personnage si insaisissable, que le doute peut subsister. Il nous semble difficile d'admettre ou de nier positivement la narration du contemporain.

Autres doutes. — Hunyadi alla-t-il en Italie et s'engagea-tril dans les bandes de Philippe de Milan (2)? Est-ce Nicolas de Ujlak, vajvode de Transylvanie, qui l'initia au métier des aimes (3)?

La première de ces allégations n'est basée sur aucune preuve probante. Nous la rejetons. Quant à la seconde, elle nous semble être plus réelle parce qu'elle s'appuie sur le témoignage du frère Capistrano, lequel connut intimement Hunyadi et se trouva en rapport avec Nicolas de Ujlak. Au reste, rien^e sérieux ne le combat.

Mais laissons de côté les suppositions, et énumérons les événements vrais que nous avons pu récolter çà et là sur les commencements obscurs de Jean de Ilunyad.

Sous Sigismond, il entra dans l'armée royale. Soldat d'une bravoure et d'une intelligence peu communes, il ne tarda pa^à se faire remarquer par ses chefs. Lui, (jin n'avait d'autre recommandation que lui-même, qui ne possédait point comme marchepied une longue série d'ancêtres glorieux et puissants, à l'aide de sa valeur personnelle, grâce à « seê sueurs, à son génie et à ses veilles, » il traversa rapidement les grades inférieurs (4), s'éleva jusqu'au

(1) Teleki, I, p. 62.

(2) Bonfinii, decad. m et it, 1. c. — Palma, Notitia, P. II, p. 317, 19,20.

(3) Palma, 1. c, — Pray, P. III, 186. Ex epist» Capisfrani ad Caiiistum Poniificem,

(4) Pftlma, Nofifw, P. Il, 319.

LES DEUX JEAN. i.W

commandement et devint un des conseillers de la couronne (1). Il suivit Sigismond à Francfort, lorsque le roi de Hongrie alla se faire couronner empereur. Il prit part à la guerre de Bohême, aux expéditions contre les Turcs, et gagna, par ses intègres et loyaux services, des emplois importants et de belles propriétés (2). A la mort de Sigismond, il était déjà compté au nombre desBOLrrESREGn, nobles foyaux (3).

Les deux Jean de Hunyad, sous Sigismond, s'étaient fait connaître ; sous Albert, son successeur, ils s'illustrent. Pour les récompenser, le nouveau roi les élève l'un et l'autre au rang de barons du royaume . Il les crée bans de SzOréuy (4) .

Dès lors Huuyadi a pris place. Sa baronnie, située sur la frontière transylvaine, est sans cesse exposée aux attaques et aux incursions des Ottomans. Il devient la sentinelle avancée de la Hongrie. Le soldat fort est à son poste.

A cette époque, les Turcs, mettant à profit les embarras suscités aux Hongrois par les vengeurs de Jean Huss et de Jérôme de Prague, s'étaient rendus mattres de presque toutes les provinces septentrionales de l'empire grec, avaient imposé leur suzeraineté aux vajvodes de Yalachie et de Moldavie, avaient étendu et affermi leur domination tout le long du Danube, depuis son embouchure jusqu'à Belgrade. Nândor-Albe se trouvait donc devenue la clef de la Hongrie et par conséquent* la clef de l'Europe occidentale. Sigismond avait acheté ce point militaire important au despote de Kascie , et en échange lui avait donné des biens

(1) Ex Htterù Ladislai Posthumi, 30 jan. I4tt3.

{t) Teleki, U I. p. dS.

(3) Ex iittens. 1453.

^) Prav, P. II!, p. !89. — Palma, P. H, 319. — Tcleki, I. p. iO.

210 JEAN DE HUNYID.

considérables^ compris dans le territoire de la Sainte Couronne y par conséquent plus à Tabri des envahisseurs (1 ).

Assise sur le versant d'une haute colline dont le pied >ient se baigner dans Tlster, Belgrade, fortifiée d'épaisses murailles, remplie de vaillants chevaliers, devait opposer une ngoureuse résistance. Sous Sigismond, les Turcs la menacèrent pour la première fois et furent repoussés (2). Alors les OsmauUs renoncèrent à Tattaquer de front. Ils crurent plus politique d'afTaiblir sa garnison par des surprises continuelles, d'isoler la \ille en saccageant et dépeuplant les pays voisins. De là leur fréquentes incursions et leurs ravages à travers la Transylvanie jusqu'à Xagy- Szeben (Hermanstadt), sur toute la Ugne des frontières orientales, et principalement dans le banat de SzOreny.

On coipprend combien était terrible et grandiose la po. siiion des deux Hunyadi et des nobles qui, marchant sous leurs ordres, possédaient les terres et commandaient les châteaux de l'extrême Hongrie. Pour eux, point de repos. Le Turc est là; vainqueiu* ou vaincu, jamais il ne se décourage . sans cesse il vient, s'en va, re\ient. Toujours le Magyar doit être à cheval, l'arme di^oite, prêt à la bataille. La bataille est perpétuelle.

Admirable vaillance, foi constante et résignation subUme de ces chevahers hongrois du quinzième siècle ! L'histoire enregistrera-t-elle leurs noms et leurs exploits? L'histoire a tant de rois et de royales maîtresses à immortahser ! D'ailleurs, pourquoi parlerait-elle de ces misérables petits duels qui n'aboutissent point à ime lutte ordonnée, savante, au massacre subit de milliers d'hommes, à des trêves, à des traités de paix? Mais eux, les chevahers braves, géants

(1) Thurocii, P. IV, cap. xx.

(i) Un chroniqueur assure que c'est k Hunjadî Jànos Talné que doit être allribué Tbonneur de cette victoire. [Cht^tmicor, Bartosii^ ap. Dobneri Monument a. ^

qui se battent là-bas, à Tautre bout du inonde, sauspren* dre garde aux folles querelles et aux mesquines intrigues des souverains dont ils sauvegardent les trônes; eux, s'inquiéteront-ils si, demain couchés dans la plaine, le flanc ouvert, ils seront tués après-demain encore par l'amère ingratitude de Toubli ? Soldats d'une idée, ils se sont soumis d'eux-mêmes à l'esclavage du devoir, et cet esclavage est pour eux le bonheur, la vie. Aussi, quand leurs corps s'affaisseront, saigneront, deviendront livides, roides et froids, il y aura encore des éclairs dans leurs yeux, des sourires sur leurs lèvres; il y aura encore au fond de leui-s âmes immortelles cet immense espoir que donne aux martyrs la conscience satisfaite. Cette jouissance-là ne vaut-elle pas la gloire? A ceux qui croient à une idée et s'y sacrifient, qu'importe de mourir, qu'importe d'être oubliés 1 Pour une idée, deux morts ce n'est pas assez. On en souffrirait mille.

De la foule des héros ignorés qui gisent à jamais ensevelis dans d'impénétrables ombres, deux ou trois à peine sortent et jaillissent à la lumière. Ceux-ci, délégués pour ainsi dire naturels de leurs obscurs compagnons, par leurs actes individuels, font concevoir ce qu'étaient les actions communes, et dans leur illustration propre absorbent la renommée due à tous. Les grands hommes sont plutôt des personnifications que des personnaUtés.

Durant le règne si court d'Albert d'Autriche et jusqu'à la seconde année du règne de Wladislas de Pologne, les deux Jean de Hunyad représentent la gentilhommerie magj^are dans sa lutte incessante contre l'attaque ottomane. On ignore le détail de leurs hauts faits. Néanmoins on sait qu'ils furent extrêmement nombreux et produisirent des résultats assez considérables. Grâce aux Hunyadi, les Turcs, plus d'une fois repoussés de la Transylvanie et poursuivis souvent par delà les frontières, ne purent

S4t JEAN DE HUNYAb.

réussir a augmenter leur territoire au détriment de la Sainte Couronna et assiégèrent sans résultat plusieurs places ( OrsoYa, ScOrény te Mihild entre autres.

Dans mie expédition que commandait en chef levajvode de Transylvanie, Hunyadi Jânos le jeune fut blessé trèsgrièvement. Peu s'en fallut qu'il ne fût tué. Cependant, après cette malheureuse campagne, on ne rencontre plus son nom. A partir de 1441, il n'y a plus qu'un seul Jean de Hunyad.

Au moment même où le jeune frère disparaît, Talné entre réellement en scène. Jusque-là l'existence de Hunyadi s'est traînée daiis l'obscurité. A présent il va jouer un rôle poUtique , il aura une influence sur ses concitoyens j ses destinées se mêleront aux destinées nationales. Confuse et hypothétique i son début, la vie de Hunyadi devient historique. Désormais les faits s'enchaînent. Le caractère de l'homme apparaît. Le narrateur peut comprendre et ressusciter son héros.

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