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LES HONGROIS ET LE CATHOLICISME

Là-bas, à l'Orient, presque en Asie, encore en Europe, sur les deux rives du Danube, — le fleuve géant qui relie la Turquie à l'Allemagne , Mahomet à Jésus, — il est un beau pays, ombragé d'impénétrables forêts, traversé d'un bout à l'autre par de hautes chaînes de montagnes échelonnées en amphithéâtre autour d'un cirque colossal de plaines immenses, pays d'une nature indomptée, d'une fertilité extraordinaire, aimé du soleil et qui produit du vin doré, comme notre France, où vivent, côte à côte, les représentants de toutes les races entre lesquelles s'est disputée jadis la domination du monde, pays libre hier et qui le redeviendra : la Hongrie.

Parmi tous ces peuples aux physionomies distinctes, aux mœurs différentes, aux reUgions opposées, et qui ne se rattachent même pas par la communauté du langage,

a en est un, — celui auquel appartiennent les steppes du centre, — campé sous de petites maisons blanches alignées comme des tentes, au corps vigoureux, à l'allure guerrière, noble et solennel, fier et libéral, et qui, lorsqu'on lui demande son nom, répond orgueilleusement :

Je suis magyar !

Le peuple magyar a été grand dans le passé. Il fut grand dans le présent. Il sera grand dans l'avenir. Robuste barbare au temps de l'invasion, il devint plus tard le féal chevalier de la chrétienté et se suicida en la sauvant. Aujourd'hui trahi, mitraillé, exilé, embastillé, écrasé mais invaincu, il dort. Que l'heure de la régénération sonne et le peuple magyar se réveillera; et, sautant sur son brave cheval blanc, le sabre au poing, l'enthousiasme sur les lèvres, il s'élancera à la sainte bataille, lui, le vaillant preux de la liberté.

L'homme dont la vérité illumine le front, l'homme puissamment doué qui veut et qui doit sur cette terre accompUr une œuvre, cet homme ne meurt que l'œuvre faite, et plus tard il renaît en ce monde ou dans un autre et se charge d'une mission nouvelle.

Il en est de même des peuples. Ceux-ci ne doivent disparaître qu'alors qu'ils deviennent inutiles à la famille humaine, qu'ils gênent son évolution vers la justice. Mais ils peuvent, épuisés après la lutte, à bout de sang et de sacrifices, s'arrêter un moment sur le bord de la route, sommeiller et souffrir sur le ht de pierre de l'esclavage. Ainsi ils expient les fautes personnelles qu'ils ont dû commettre, lorsqu'ils s'oubUaient eux-mêmes pour veiller à l'intérêt général. C'est leur martyre à ces peuples poètes qui ne vivent point de la vie réelle, prophètes dont le regard s'étend toujours au loin, héros qui restent sans cesse l'arme au bras, en sentinelle, la poitrine en face de l'ennemi, et qui négligent tout, excepté le devoir.

Mais par-delà le martyre, il y a le triomphe. Les peuples martyrs triompheront.

Originaires du centre de l'Asie, ayant peut-être habité Irès-ancieunemeutles pays situés au pied de l'Himalaya (1), les ancêtres des Hongrois faisaient partie de cette mimense confédération de barbares qu'Attila lança sur le monde. Après l'orageuse dissolution de l'empire hunnique, ils recouNTèrent leur personnaUté perdue dans l'unité attiléenne. Dès lors, tantôt réunis en un seul groupe, tantôt disséminés en bandes indépendantes, changeant aussi fréquemment de nom 'que de demeure, tour à tour vainqueurs t)u vîiincus, oppresseurs ou opprimés, alliés ou ennemis de leurs remuants voisins, durant des siècles, allant et vouant le long de la mer d'Azof et de la Caspienne, du Don au Volga, du Caucase à l'Oural, de l'Oural aux Karpathes et au Balkan, ils errèrent sans cesse au travers de ces vasli*s régions confondues par l'ignorance antique sous les dénominations vagues de Sarmatie et de Scythie (2).

Vers le miUeu du ix* siècle, la nation magyare, ainsi nommée d'un de ses chefs, Magor ou Mager, apparut «léûnitivement isolée, et vint enfin s'établir sur les rives danubiennes. Tout d'abord , peut-être seulement en partie, devenue trop nombreuse en un pays trop aride, elle émigré du centre de la Russie actuelle un peu plus vers le sud, et s'arrête quelque temps en Lébédie, soumise aux Khazars ou aUiée avec eux; poussée en avant, battue

(!) Voy. A. de Gérando, Essai sur V origine des Hongrois, 2* édition, passim.

(2) Le nolaù^ anonyme du roi Bêla, chroniqueur extrêmement remar* quable, le plus ancien de la Hongrie, elThuroczi, en ses Chroniques, appellent Scgt?tin la patrie des anciens Magyars.

Il LES HONGROIS

par les Patidnàkite», elle suit le cours des fleuves et fonde lui premier établissement à EtelkOz (Atel-Kusu), vers les embouchures du Danube, entre le Ihnith et le Sereth, — 884 — (1). Cependant mie autre bande, selon une opinion des plus accréditées, au lieu de descendre vers l'Europe, se serait dirigée vers l'Asie, et sans négliger d'entretenir longtemps des relations intimes avec l'autre branche de la nation mère, se serait arrêtée aux frontières de la Perse, où plus tard elle aurait adopté l'islamisme et enfanté le peuple des Turcs Ottomans (2). 11 est plus probable encore qu'une troisième bande hongroise ne quitta point la Lébédie tout à fait en même temps que la première, pénétra d'abord un peu à l'ouest, sous le commandement d'Almos, descendant d'Attila, fit le siège de Kiew, obtint des habitants épouvantés des vi>Tes, des guides et même des auxiliaires, et entra en Pannonie par le nord, tandis que l'autre partie du peuple magyar, abandonnant EtelkOz, pillé parles Bulgai^es, envahissait la Transylvanie (3).

Ce fut alors qu'Ahnos abdiqua. La nation éleva sm- le boucher son fils Arpad, qu'elle se choisissait pour « duc et précepteur (i). » A lui dut écheoir l'honneur de rendre aux descendants des Huns cette terre promise de Pannonie, où le grand chef Attila avait jadis étabh son « camp royal. »

Avant de régler l'invasion, Arpad en\oie à la découverte Kusid, fils de Kund. Le messager revient bientôt apportant une gourde pleine d'eau du Danube, une gerbe de foin et une motte de terre (5). Le duc et les sept capi-

(1) Katona, Hùt, critica ducum, pag. 134. — Voyei surtout le premier chapitre de rexcellentc histoire de M. Szalay Liszlô: Magyarorszd^ ror-témte, 1. 1*»-

(2) Pray, Annales veiei\ htmg.y pag. 31â-314.

(3) De la sorte pourraient être adoptés les trois récits qui se contredisent : eeltti des Byzantins, celai de Thuroczi et celui de PAnonyme.

(4) Anonymi Bêla; régis notarii Uistoria de septem ducibus Hungariœ, cap. xnt.

(9) Tfauroeti, Chronica ttungarorum, P. \\, cap. iit. ^ £t, en d'tQtris termes, VAnongme, cap. xir.

ET LC GATHOLÎGISME. lé

taines se déolarent satisfaits dés échantillons. Varmée S6 met en marche. Denise elle se presse une foule confuse de femmes et d'enfants. Puis viennent d'immenses troupeaux de bétail et des chariots, les uns déjà remplis de butin, les autres vides, attendant le produit des victoires futures.

Grâce aux divisions intérieures, grâce surtout aux guerres des empereurs allemands et grecs contre lemrs voisini barbares» gr&ce aussi au courage des émigrants, la con* quête fut facile et rapide. Les Kbazars, les Bulgares et les Horaves sont battus ; les anciens habitants du pays, Slaves et Roumains, sont repoussés dans les montagnes ; et les vainqueurs dressent leurs tentes au milieu des plaines de cette contrée qui désormais s'appellera de leur nom^ « Magyarorszàg » Magyarie, ou c< Hungaria i» Hongrie.

Les Magyars ont une patrie. Ils ne s'y fixent point en^ core. Pendant près de cent années, leur fougue native les emporte au combat. A cheval, toujotuv à cheval (1), l'arc sur l'épaule, la pique, le javelot et le sabre en main , ils s'élancent. Allemagne, Italie, France , toute l'Europe cen« traie est presque annuellement mise à sac. Les Hongrois . sont devenus la terreur des Eturopéens. On reconnaît en eux les impitoyables petits-^fils de celui que les chroniqueurs appelaient le « fléau de Dieu » et le « maillet de l'univers, p ^ On les désigne comme les bandes de Gog et de Magog dont parle l'Apocalypse, et qui doivent venir hâter la fin du monde.

Cependant, malgré l'épouvante générale, malgré les contes e£Erayant8 qu'elle inspire , l'Allemagne ose se lever en masse. L'emperem* Otton le Grand surprend les ravageurs, arrêtés par les murailles d'Augsbourg, en fait ime horrible boucherie, en noie cent mille dans le Lech — 955.

(1) • Le magyar est créé poar monter à chenal, dituD proverbe hongrois. >

Les Magyars se retirent, ef, i-entrés dans leur campement de Hongrie, renoncent désormais pour toujours à la dévastation de Tunivers i\].

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