JEAN DE HUN\AD
c( vahisseuTy éloigner ses attaques, nous mettre à Tabri de tt ses surprises. Si donc à présent nous retenions nos « troupes en deçà de nos frontières, ne serait-ce point attLa rer à l'intérieur même de la Hongrie cet ennemi, désorc( mais notre voisin? »
Ceci n'est rien moins que l'approbation complète, nationale, de la politique militaire de Jean de Hunyad. Se ruer siu* Tennemi menaçant, le surprendre par des incursions sur son propre territoire, l'affaiblir par de perpétuels coups de main , telle avait toujours été la façon d'agir du grand général magjar. Attaquer l'invasion prochaine par l'invasion précipitée ; faible, oser se ruer contre le fort, une aussi héroïque tactique devait plaire éminemment à la nation hongroise, nation plus que toute autre brave et audacieuse.
Tant que Hunyadi et les Magyars remportèrent ainsi des victoires , sauvèrent la chrétienté à la manière asiatique, la cour de Rome se garda bien de se plaindi*e. Que lui importait ! l'ennemi battait en retraite ; elle pouvait s'endormir. Mais plus tard, lorsque le Turc, avançant non sans peine, eut planté sa tente sous les murailles de Constantinople , eut baigné son cheval dans l'eau germanique du Danube , oh ! alors la papauté jeta les hauts ciis, elle accusa tout le monde , même la Hongrie , qui depuis plus d'un siècle se laissait leurrer par ses éblouissantes promesses, ses bénédictions pompeuses, combattait, combattait, et s'épuisait pour le salut du monde chrétien, immobile, insouciant.
Pauvi*e papauté ! Jadis, le pape était le roi des rois sous bien des rapports. Il l'était surtout par l'ingratitude. Et si la Hongrie avait été ingrate, elle aussi; si elle avait oubUé Sylvestre II et s'était aUiée à ses frères, les Turcs 1... Non, eUe fut folle, la nation danubienne, foUe comme toutes les grandes individualités humaines. Elle offrit son indépen-
dance en sacrifice, et le inonde chrétien eut Pimpudeur «l'agréer l'holocauste.
La lettre des Ordres , après un appel à la haute raison' du successeur de saint Pierre , lui annonce qu'un ambassadeur, chargé des instructions et des pleins pouvoirs de la Diète , se rendra auprès de lui et lui donnera de plus amples renseignements. Elle se termine ainsi :
« Que le Très-Haut conserve et protège Votre Sainteté* c< au gouvernement de sa sainte Église ! De notre assemblée <c de Pesth , le vingt-quatrième jour du mois de juin de « l'an du Seigneur MCCCCXLIX.
c< Vos tout dévoués, ^ a Le Gouverneur, les Prélats , les Barons et les Grands « du royaume de Hongrie (i). »
Cette démonstration nationale en faveur de Hunyadi affermit son autorité, mais ne réduisit point à néant les récriminations et les calomnies. Elles furent inventées et répandues avec plus de persistance que jamais. La cour de Rome manifesta contre le Gouverneur une opposition si violente, qu'elle fit, vers la même époque — 1450 — jeter en prison l'un de ses ambassadeurs. Hunyadi protesta hautement contre cette violation du droit des gens, dont la cause est demeurée inconnue, et obtint la mise en liberté de son délégué (2). Cependant il n'osa pas, lui, pieux adorateur du Christ, défenseur né du monde chrétien, entamer une lutte avec la papauté, représentation de Dieu sur la terre ; cédant aux conseils de Nicolas V, il reporta à une époque indéterminée la revanche de Vama«et de RigômezO, et ne s'occupa plus que de mettre la Hongrie à l'abri de ses ennemis allemands et aussi de ses ennemis magyars.
(1) Voir la ietfre des Ordres à Nicolas Y, à la fln de ee Tolame aoi Pièces justificatives, (i) Teteki, t.II,p.i65.
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On s'en somieut, la diète du Ràkos, en 1446, ayait officieusement invité le Gouverneur à faire en sorte que le roi Ladislàs le Posthume fût au plus tàt ramené au milieu de son peuple. Le désir des électeurs fut toujom's cowsidéré comme un ordre par l'élu. Jean de Hunyad, quoique sa puissance dût avoir pour terme le retour du souverain, n'hésita pas un seul instant à sacrifier son intérêt propre à l'intérêt général. Par les armes et par la diplomatie, de toutes ses forces, il enti'eprit de conquérir au trône vide celui qui, légitimement, devait s'y asseoir. Si depuis quatre années ses efforts n'avaient produit aucun résultat, évidemment ce n'était point sa faute ; il n'avait été ni volontairement iidiabile, ni lent par ambition. Frédéric III, par ses perpétuelles tergiversations, et le pape, par l'inuti- Uté de son arbitrage, avaient d'aburd rendues vaines tou-s tes ses patriotiques démarches. De plus, — sans compter la guerre turque, les déprédations des Bohémiens, qui depuis 1440, occupaient plusieurs comitats du nord, — les intrigues et les coaUtions de certains barons et magnats, jaloux de la haute puissance d'un parvenu, lui créaient sans cesse des embarras énormes, l'empêchaient d'arriver à sou but. Il ne se découragea pourtant pas. Embrassant d'uu coup d'œil toutes les difficultés de la situation, il résolut de mener de front les trois grandes affah^es : la diplomatie auprès de Frédéric, la guerre contre les Bohémiens, le rétabUssement de la concorde entre les hauts seignems et lui.
Parmi ceux des barons et des magnats de Hongrie qui conspiraient, soit en leur nom personnel, soit au nom du prince absent, deux surtout étaient puissants et redoutables : Ladislàs de Gara, Nicolas Ujlaki. Depuis les guerres
civiles du règne de Wladislas, Gara haïssait Huayadi ; le présomptueux vaincu de Szegszàrd n'avait point oublié le nom de son vainqueur. Palatin, il se trouvait gêné dans l'exercice de ses fonctions par le pouvoir extra-constitutionnel dupro-roi : sa dignité, si majestueuse en temps ordinaire, en était réduite à n'être à peu près que nominale, vu la permanence des diètes et l'autorité executive concédée par elles au Gouverneur du royaume. Quant à Ujlaki, s'il détestait Jean de Hunyad, son ancien frère d'armes, son collègue au vajvodat transylvain , c'était tout simplement parce qu'il était jaloux de lui. Le vieux capitaine enviait la gloire et la popularité de l'enfant qui avait combattu à ses côtés, sous sa direction, et qui maintenant, homme, dressait le front au-dessus de sa tète et possédait le droit de lui commander. Espérant que la réconciUatiou générale se trouverait facilitée par sa réconciliation personnelle avec ces deux puissants personnages, Hunyadi s'empressa de mettre de côté ses rancunes et son amour-propre, il fit appel au patriotisme et surtout à l'intérêt de ses adversaires, et les amena à conclure avec lui une convention de fraternité et de soUdarité.
Des lettres, patentes en conmiun discutées, rédigées et paraphées, établirent que le gouverneur Hunyadi Jânos, la Palatin Ladislas de Gara, et le v^vode de Transylvanie, Nicolas de Ujlak, jadis liés d'affection, depuis désunis à cause des troubles civils, s'étaient décidés à conclure un pacte solennel de sincère confraternité et d'amitié soUdaire, lequel pacte les engageait, eux, leurs fils et tous leurs descendants. On y déclarait publiquement que les contractants, après mûre réflexion et longue délibération, les ims les autres se reconnaissaient et s'adoptaient comme vrais frères et amis, s'engageaient à agir mutuellement comme doivent agir les uns envers les autres des amis et des frères. En conséquence, ils étaient prêts à se soutenir et à se
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défendre de telle sorte que l'injure reçue par l'un d'eux fût considérée par les trois associés comme une injure faite à tous; ils promettaient de se communiquer et de se notifier ce qui serait tramé contre les uns et les autres, surtout en ce qui concernerait la délivrance du roi Ladislasle Posthume : enfin, ils juraient de ne point briser leur intime alliance même après le retour désiré du roi absent, de s'aider en toutes choses, poUtiques et civiles, publiques et particuUères; de ne point acquérir de dignités, de biens ou d'honneurs au détriment les uns des autres; en un mot de former à eux trois une personne unique agissant dans l'intérêt commun.
Selon la coutume de l'époque, des formules sacramentelles, menaçantes et terribles, garantissaient le respect de la foi jurée. Le serment avait pour sanction ici-bas le rejypect ou le mépris des hommes; là-haut la justice de Dieu, le paradis ou l'enfer.
« Nous invoquons, disaient Hunyadi, Gara et Uj-
laki, nous invoquons le Dieu tout-puissant, nous invoquons la bienheureuse vierge Marie et tous les saints du paradis en témoignage de trahison contre celui ou ceux d'entre nous qui, envers l'un ouïes autres, n'aura pas voulu observer, sans dol et sans fraude, toutes les clauses du présent engagement ou se sera récusé. Mais, spécialement nous le déclarons, s'il arrivait — ce dont Dieu nous préserve 1 — que par témoignage irréfutable il fût prouvé que quelqu'un d'entre nous, oublieux de l'honneur et de l'humanité, n'importe en quel Ueu, eût agi contre les dispositions sus-énoncées, contre les promesses et obligations du présent traité fraternel, de ce moment-là nous repousserions loin de nous le parjure, et partout le félon devrait être considéré comme contempteur et corrupteinr de tout honneur et de toute probité, deviendrait inhabile à rechercher et à acquérir des biens et dignités quelcon-
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ques, mille pail ne pourrait prendre place à c6té des autres hommes probes : barons, soldats, grands et nobles ; pardevant les princes et les juges, tant ecclésiastiques que séculiers, n'aurait droit ni de porter témoignage, ni de donner ou recevoir des conseils; enfin serait indigne d'exercer le métier militaire et d'être revêtu des insignes de la noblesse.
« Au contraire , que l'autre ou les autres d'entre nous qui, l'àme et le cœur droits, auront prouvé leur fidélité aux promesses sus-énoncées, ainsi que leurs héritiers, aient la libre faculté, aussitôt que la vérité en sera manifeste, de dénoncer ouvertement et pubUquement le transgresseur convaincu, de l'accabler par lettres, courriers et libelles diffamatoires des peines et marques d'infamie ci-dessus énumérées.
d En confirmation et témoignage de tout ce qui est susénoncé, nous avons fait appendre les sceaux de chacun de nous aux présentes lettres, qui seront pour chacune de nos trois personnes, signées de notre triple signature.
tt De Bude, le quatrième jour férié après la fête des bienheureux Vite et Modeste, martyrs, l'an du Seigneur mil quatre cent cinquantième (1). »
Cette alliance intime et pubUque entre les trois personnes les plus influentes de Taristocratie hongroise sembla, dès l'abord, réunir les esprits et assurer la paix civile. Hunyadi put de nouveau réclamer Ladislas le Posthume, proposer à l'Empereur divers arrangements, exciter le trop lent arbiti*age de Nicolas V, obtenu' au moins la prolongation de la trêve. Cela fait, il s'occupa de déUvrer la Hongrie des étrangers qui s'étaient introduits sur son territoire. Il put comprendre alors que ses ennemis, silen-
(i) Voir le diplôme entier, k la fin de ce Tolume], aux Pièces juHifica^ iives.
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cieux durant quelques mois, n^ avaient point, connue lui, déposé franchement leurs haines particulières sur Tautel de la patrie.
Depuis la révolte d'Elisabeth contre Wladislas de Pologne, les Bohémiens, appelés par elle au secours du fils d'Albert, n'avaient pas cessé de camper dans la Hongrie du nord. Malgré la mort de la reine mère, malgré Télectiou légale de Ladislas le Posthume, après Varna; malgré le décret de la diète du Râkos, qui leur enjoignait de mettre bas les armes et de sortir du royaume, ils persistaient dans leur occupation et semblaient même la vouloir rendre permanente. Jean Giskra, Pierre Komorowski, Axemith, Pongrâcz — un Hongrois qui s'était fait Hussite — et plusieurs autres aventuriers moins puissants, s'étaient installés en maîtres dans les comitats de Szepes, de Liptô, de Thurôcz, et, rassemblant sous leurs bannières les derniers débris des grandes armées de Ziska et des deux Procope, bâtissaient des châteaux, fortifiaient des villes, en un mot, s'étabUssaient comme en pays conquis (1).
De plus, sous la protection de ces envahisseurs, de nombreux disciples du martyr brûlé à Constance , appartenant à des sectes diverses, — notamment à celle des « Frères de l'Unité (2), ï) ^— passaient la frontière hongroise, et sur le catholique territoire de la Sainte Couronne, fondaient des villages, vivaient selon leurs mœurs, pratiquaient leur culte, contractaient des mariages et faisaient d'assez fréquentes conversions parmi les Magyars des alentours. Ceuxci — les croyants — honnêtes et pacifiques, ne faisaient de mal à personne. Mais, en revanche, leurs compatriotes
(t) Tburoczi, Chronica, P. lY, cap. xlix*
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armés, héros d^autrefois, dégénérés en brigands, sans cesse troublaient la paix publique^ entravaient le commerce et rirulustrie, violentaient les citoyens inoifensifs, dévastaient les campagnes, pillaient les villes, encore et toujours sous prétexte de défendre la légitimité, désormais incontestée^ de Ladislas le Posthume, et de lui reconquérir ce trône magyar, qui se trouvait tout préparé pour le recevoir. En 1451, — aussi bien qu'en 1440, — Jean Giskra de Bran*dis se donnait ce titre prétentieux : capitaine sltbéms
DU TRÈS-ILLUSTRE PRINCE ET SEIGNEUR LaIHSLASi ROI DE H0N«-
GRIE (1).
Un semblable état de choses devait nécessairement atti«rer la sérieuse attention du Gouverneur. Lui, Finfatigable défenseur de Torthodoxie romaine, sans doute il n'assistait point sans douleur à cette propagande que l'hérésie venait faire jusque dans le royaume d'Etienne l'Apôtre. Mais, C€ qui devait l'inquiéter bien davantage, c'était de voir des miUiers d'étrangers s'introduire miUtairement sur le «ol inviolable de la patrie, le mettre à sac et y rester.
Certes, le cas était d'une haute gravité. Il s'agissait de l'indépendance nationale, de l'honneur de la Hongrie, que son chef provisoire s'était chargé de défendre envers et contre tous.
Les affaires avec le pape se trouvant à peu près réglées et le traité avec Ujlaki et Gara semblant assurer la tranquil- Uté intérieure, Hunyadi crut l'occasion favorable. Il leva des troupes à ses propres frais et s'avança contre les Bohémiens. La guerre fut entamée vivement et avec bonheur. L'ennemi, battu en quelques rencontres, fit retraite et laissa plusieurs de ses forteresses entre les mains des Hongrois.
(1) Nos Jofaannes Gyskra de Brandis illustrissimi pritici{)is et domini Ladislai Hungariœ, etc. régis, capiUneus sapremus (Teleki, Hunyadidk kam, t. X, p. 297).
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Ces premiers succès encouragèrent le Gouverneur. Il se porta contre Losoncz, château bâti par Giskra, la place la plus forte de rennemi. Grâce à la solidité de ses murailles, à sa position inabordable et au courage de sa garnison, Losoncz opposa une vigoureuse résistance.
Voyant que le siège se prolongeait et que ses volontaires étaient harassés de fatigue , Hunyadi , en vertu de son autorité \ice-royale, fit proclamer V «insurrection» dans les comitats environnants. Des prélats, des barons, des comtes accoururent en foule avec leurs banderies et leurs gens; et bientôt, pressée de toutes parts par cette armée d'élite, à bout de munitions et de vivres, la forteresse n'eut plus qu'à se rendre ou à subir bravement les horreurs d'un assaut, qu'elle était incapable de repousser.
Cependant une nuit, aloi's que règne dans le camp des Magyars le silence du sommeil, soudain des cris d'alarme se font entendre. Les sentinelles avancées se rephent et courent de ci et de là, répétant cent fois : aux armes ! aux armes! Les soldats sortent de leurs tentes, s'arment à la hâte. Déjà il est trop tard. Le camp est entouré, envahi . Giskra et ses Bohémiens sont partout, rangés en bataille, avançant lentement et massacrant dans l'ombre. Les prélats, les barons, les magnats', leurs banderies et leui-s gens ont disparu comme par miracle. Ilunyadi n'a autour de lui que ses fidèles volontaires. Soldats plébéiens , ils ne fuient point comme les seigneurs. Fidèles à leur cher général, pour le sauver ils se précipitent contre l'ennemi, dix fois plus nombreux , et, sur plusieurs points , le contraignent à reculer. Mais Hunyadi , ne voulant point verser inutilement le sang de ces braves, les rassemble à grand' peine, fait ime trouée dans la masse bohémienne et ordonne la retraite (1).
(1) Bonfinii, decad. m, L. VU, p. 477.
La cause de cette surprise serait encore restée ignorée , si l'un des magnats « insurgés , » Nicolas Bebeck de PelsOcz, n'avait par hasard été grièvement blessé. Les volontaires hunyadiens le rencontrèrent sur la route, expirant. Bebek, effrayé parla mort qu'il sentait venir, demanda un confesseur. Comme il ne s'en trouvait point parmi ceux qui l'entouraient, ne voulant pas comparaître devant le tribunal de Dieu, souillé d'un crime, il se releva, retint son souffle et, d'une voix affaiblie, fit cet aveu: Les magnats, aocouinis à l'appel du Gouverneur, l'avaient vendu au Bohémien ; Giskra n'était arrivé jusqu'au camp hongrois qu'averti, conduit par eux ; lui-même, il avait trempé dans cet exécrable complot, et il suppliait la Providence divine de prendre en pitié le coupable repentant (1).
La trahison n'empêcha point Hunyadi de poursuivre la guerre. Au contraire, il y vit son honneur engagé, il comprit qu'il lui fallait vaincre afin de redevenir assez fort pour résister à tant d'ennemis inconnus. Ne se fiant plus aux soldats des hauts seigneurs, il se fit une armée à ses frais , il rassembla les vieilles troupes dévouées, qui sous ses ordres avaient tant de fois battu les Turcs, et aussitôt il se remit en campagne. Trois forts, Saag, Rosnyô, Szepsi, furent enlevés d'un bond et démantelés. Ensuite il marcha sur Deunchen appelé Walgatha par (liskra , auquel il appartenait en propre, comme Losoncz. Ce château, bâti au miUeu d'une vallée, recevait l'eau d'une petite rivière , qui prenait sa source dans la montagne voisine. Jean s'étabUt sur la montagne, détourna le cours de la rivière, et la soif contraignit les assiégés à capituler. Un peu plus loin, il surprit une autre forteresse, SzôU, et y mit une garnison (2).
(1) Thuroczi , Bonfioio , 1. c. — Ranzanl , Epitome, ind. xxiii. — Pray, P. ni, p. 82.
CE) Thuroczi, l. c.
174 iEAN DE HIWYAd, GOUVERNEUR.
' Pourchasfléy Gifikra reculait toujours. H allait être atteint, quand enfin il reçut de Bohême les renforts que depuis longtemps il attendait, La position du Gouverneur devint alors très- difficile : il avait moins de soldats que Fennemi, sa petite armée, qui venait de traverser presque toute la Hongrie du nord se sentait fatiguée et demandait du repos. Qunyadi cependant ne songeait ni à reculer, ni à mettre bas les armes. 11 voulait en plein soleil se mesurer contre celui qui, la nuit, et grâce à la trahison, Tavait vaincu devant Losoncz, U tenait à vaincre quand même, c'est-àdire à conserver assez de prestige et de force pour triompher des oppositions autinationales et assurer la tranquillité publique. Il marcha donc résolument en avant. Mais un messager de la diète tout à coup se présenta , lui ordonnant de cesser les hostilités et de contresigner les conditions que les Ordres , sans Favertir, avaient arrêtées avec Giskra(l).
Quoique ces conditions fussent des plus honteuses : — le capitaine bohémien recevait dix mille florins d'or et ne rendait aucune de ses forteresses (2) ! — Hunyadi dut s'y soumettre. Lieutenant du roi absent et de la nation, il ne se reconnaissait pas le droit d'enfreindre les commandements de l'Assemblée qui l'avait élu. U était assez pur pour comprendre toute la beauté d'un sacrifice ; en cette circonstance, comme eu tant d'autres, il imposa silence à ses sentiments intimes, il accepta l'opprobre plutAt que de risquer la tranquillité pubUque en le refusant.
0) Tel6ki,t.n,p. 88.
(9) Y. Uttera9 Ordinum et Giskrmofuu, ap. Pray, P. HI, p. 82 et seq.