‹ La Hongrie, son génie et sa missionChapitre 38 sur 57 · LADISLAS LE POSTHUME PREND POSSESSION DU TRONE · texte numérisé non relu

LADISLAS LE POSTHUME PREND POSSESSION DU TRONE

Le guet-apens de Losoncz et Tinterruption humiliante de la guerre bohémienne rendïdent le pouvoir difficile et lourd à Jean de Hunyad. Entouré d'ennemis qui tramaient sa perte , auxquels nulle infamie ne répugnait ; de plus en plus calomnié et invectivé à l'étranger, il voyait s'écrouler le prestige qui précédemment l'avait soutenu audessus des orages et craignait de devenir bientôt incapable de parachever la mission pacificatrice dont on l'avait chargé. Trop probe pour se défendre contre l'intrigue par l'intrigue, par le mensonge contre le mensonge et contre la trahison par l'illégaUté, le Gouverneur ne songea point à mettre à profit la popularité dont il jouissait parmi les nobles inférieurs et les bourgeois des villes libres, à se créer un parti spécial au milieu des autr'^s partis, àemporter d'assaut, au nom du salut public qu'il avait tant de fois garanti , l'autorité suprême que jadis on lui avait octroyée et dont à cette heure on gênait l'exercice ; à la perpétuer entre ses propres mains, sous prétexte que Ladislas le Posthume, enfant de dix ans, — un Autrichien, — pupille mal élevé et retenu de force par son parent Frédéric, — un Allemand, — n'était pas apte à régner Ubrement et heureusement sur le peuple hongrois, llunyadi se souvint du serment qu'il avait prêté dans la plaine du Ràkos et n'eut qu'une pensée : abdiquer au plus tôt sa puissance transitoire , après avoir

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ramené en Hongrie le roi que les Hongrois s'étaient choisi. Dans ce but, il se décida à tout tenter, la diplomatie aussi bien que la guerre. Les trames antinationales s'ourdissaient sous l'ombre du manteau royal : faire apparaître le roi, la réalité à la place du fantôme, peut-étï^e serait-ce les ruiner; ce serait au moins leur enlever leur raison d'être, les rendre plus faibles, plus faciles à anéantir.

Mais, avant d'entreprendre quelque chose de décisif, il fallait s'affranchir surtout des inquiétudes orientales. C'est pourquoi Hunyadi, n'espérant aucun secours, ni de Rome, ni d'ailleurs , se décida à conclure un armistice avec les Turcs (1). Ce n'était point abdiquer son mandat européen, c'était seulement en retarder l'accompUssement ; c'était, pour l'heure, agir dans l'intérêt particuUer de la Hongrie; et le Gouverneur en avait le droit, puisque personne ne voulait l'aider dans l'intérêt général de la chrétienté.

En 1451, de nouveaux ambassadeurs furent envoyés à Frédéric ni, et, pas plus que les précédents, ne purent rompre l'indécision calculée du roi des Romains. Hunyadi s'adressa alors aux différents peuplc^s qui reconnaissaient le même souverain que les Hongrois, aux Autrichiens, auxMoraves, aux Bohémiens. Ceux-ci, las de la tutelle impériale et des cUssensions qui en résultaient, accueUUrent favorablement ses avances. Une assemblée générale des députés des Hongi^ois, des Bohémiens, des Moraves et des Autricliiens décida, à l'unanimité , que si Frédéric se refusait plus longtemps à remettre le roi, son pupille, à ses sujets qui le réclamaient , on l'y contraindrait par les armes.

Cette coaUtion effraya grandement la prudence de Frédéric III. L'empereur s'empressa de passer en Itahe, sous

(!) Teleki, t. H , p. 204. — Diplôme du 6 février 14S2 , p. 322, t. X. — li'annistice fut conclu en 4451.

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prétexte de s'y faire couronner, et eut soin d'emmener avec lui son cher neveu , accompagné d'un précepteur, sans doute afin que ce voyage fût mis à profit pour son instruction. Cette adroite retraite empêcha la révolte en lui ôlantsa cause (1).

Malgré l'absence de Frédéric, Ilunyadi et ses alliés persévérèrent dans leur entreprise. Us envoyèrent une ambassade à Nicolas V, afin qu'il interposât sa toute-puissance pontificale et ordonnât à l'empereur de restituer le roi Ladislas à ses sujets, qui le revendiquaient. Les ambassadeurs étiuit arrivés à Rome au moment où l'on s'occupait du couronnemcMit impérial, furent très-mal reçus. Us insistèrent. Le pape les excommunia , ainsi que les Autricldens révoltés. En s'en allant , les ambassadeurs en appelèrent au Sacré Collège. A Florence, ils séduisirent le précepteur de Ladislas à force de présents , et ils étaient sur le point d'enlever le jeune prince quand la fraude fut découverte. Tout cela ne fit qu'empirer les choses. Nicolas ordonna à Jean de Hunyad de rompre son union avec les Autrichiens séparés de l'Eglise. Jean, fidèle à son alliance, envoya la lettre au sénat de Vienne. Les Autrichiens déclarèrent que, puisque le pape était circonvenu par les intrigues impériales, il fallait interjeter appel par-devant le prochain concile (2).

Cependant Frédéric, qui ne pouvait pas prolonger indéfiniment son séjour en Itahe , était rentré en son pauvre palais de Neustadt. U essaya de rappeler à l'obéissance ceux que lui et les siens nommaient « les séditieux. » Les plus irrités des alUés, les Autrichiens, lui répondirent eu venant assiéger Neustadt — août 1452. — Le siège dura ; mais les vivres s'éUnt épuisés , Frédéric se trouva

(!) i£oee Sjlfii , Hist, Bohemiœ, cap. lvhi et lix. — Gerardi de Roo , Annalu Austriœ, L. V.

)3) Pray, Annales, P. HI, p. 89-106.

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forcé de mourir de faim ou de rendre Ladislas. Ne poussant pas rentêtement jusqu'à l'héroïsme fou, — il n'était point susceptible de tels mouvements, — l'empereur consentit enfin à se séparer de son neveu, si étroitement aimé. Il sortit lui-même de la ville assiégée , et vint proposer la paix aux chefs de l'armée autricliienne.

La paix fut promptement conclue aux conditions suivantes .

Ladislas, alors âgé de douze ans, sous la garde d'Ulric de Cilley, son parent maternel, serait conduit à Vienne; il y séjournerait jusqu'au moment où une assemblée, composée des représentants de ses divers Etats, aurait indiqué en quel lieu il séjournerait jusqu'à sa majorité; ladite assemblée se réunirait à Vienne le H novembre suivant; pour l'heure, les prisonniers seraient mis en lU^erlé de part et d'autre et Frédéric ne serait pas dépossédé des forteresses hongroises qu'il retenait en gage.

Contrairement à son habitude , l'empereur exécuta les conditions par lui souscrites. Les circonstances l'y obligeaient trop. Le 4 septembre, en présence d'une brillante réunion de prélats et de barons, longuement et majestueusement il fit ses adieux au fils d'Elisabeth et le remit entre les mains du comte de Cilley. Ulric conduisit aussitôt Ladislas à Vienne, où la foule salua de ses acclamations e^* cher duc, si péniblement arraché à la tutelle impériale (1 1.

La nouvelle de la déUvrance du Posthume ne fut pas mohis bien accueilUe par tous les Magyars patriotes, et notamment par Hunyadi. Le Gouverneur et les bons citoyens y croyaient voir la fin tant désirée des discordes civiles. La diète se réunit au plus vite et, pour saluer et congratuler le jeune roi au nom de tout le royaume, dépêcha le cardinal-primat d'Esztergom, les évêques de

(1) iEneœ Sylvii, De rébus Fridenci UI, ad ann. 1488. — Hiff. Boherm'^, cap. LX. — Pray, P. IIÏ. p. tlTi-lâl.

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GyOr, de Vârad et de Vâcz, le Palatin, le vajvode de Transylvanie et le fils aîné du Gouverneur, Ladislas de Hunyad.

Dès les pi-emiers jours une vive querelle s'éleva entre les Hongrois et les Autrichiens au sujet du pays qu'habiterait Ladislas. Les Hongrois parlaient en faveur de la Hongrie, à cause de son importance incontestablement plus grande que celle de la Moravie , de la Bohême ou de l'Autriche. Les Autrichiens objectaient, avec assez de raison, que l'honneur d'avoir délivré leur prince commun leur revenait à eux-mêmes en majeure partie. Naturellement on discuta longtemps sans pouvoir s'entendre et, comme ni les uns ni les autres ne voulaient céder, la chose menaçait de devenir sérieuse et de produire les plus tristes résultats. Par bonheur Ladislas vint en personne décider la question. Aux députés, qui le félicitaient au nom de son royaume danubien, il répondit : « Je suis Hon- « grois, donc je dois habiter la Hongrie. »

Heureux d'une réponse aussi sympathique, les ambassadeui-s s'empressèrent d'aller l'annoncer à leurs commettants. Par la même occasion ils obtinrent les pouvoirs dont ils avaient besoin pour assister aux conférences de novembre, et l'un d'eux, le Palatin, convoqua une diète générale qui, réunie dans les premiers jours de 1453, à Posony (Pn^sbourg), détail assister à la réception et à l'installation définitive de Ladislas le Posthume (1).

A partir du jour où Ladislas le Posthume est remis à ses peuples, le gouvernement de Jean de Hunyad n'existe plus en droit. Nous l'avons vu dans ses différentes phases poUtiques, malheureux quelquefois, patriotique et probe

(I) Pray, P. Hl. p. Iâl-I2i.

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toujours. Il nous resterait à l'examiner au point de vue purement administratif.

Sur ce sujet les documents sont rares et cela ne doit point étonner. Occupé sans cesse à combattre les Turcs , les Bohémiens, les Allemands, à traiter avec Frédéric III et à se défendre contre les conspirations et les ligues des magnats, le Gouverneur n'eut guère le temps d'enti'eprendre de séiieuses réformes. Le silence des chroniqueurs et des historiens nous prouve cfu'il n'en fit point. Toutefois plusieurs faits authentiques peuvent nous donner, sinon renseiTil)le, au moins le sens général, l'esprit de son administration. Elle fut sans nulle doute aussi vigoureuse que sa tactique et que sa diplomatie. Hunyadi, — tous ses actes le prouvent , — fut ce que Ton nomme un chef fort. Jamais il ne procédait par la lente finesse , par les demimesures. Il tranchait plutôt les questions d'un trait de plume, d'un coup de siibre. Il était surtout soldat.

Des Jobbagions, paysans conéables (1), aviùent quitté les comtes, leurs maîtres, pour aller s'établir chez les colons saxons de Transylvanie. Les comtes poui'suivirent les fugitifs jusque dans les maisons de leurs hôtes et les leur enlevèrent. Les Saxons protestèrent contre cet attentat au droit d'asile, que leur conféraient d'antiques privilèges. Hunyadi, malgré les instances des nobles, leur donna raison. Par diplôme du 4 novembre 1447, il reconnut les libertés accordées jacUs aux Saxons des Sept Bourgs, déclara abusive la faculté que s'attriljuaient les seigneurs de leur reprendre de vive force les serfs de libre émigration, ordonna la resti*ution immédiate des sujets ainsi repris par leurs maîtres; enfin permit et enjoi-

(1) Dans les premiers siècles de la monarchie hongroise, jobagio éUUt synonyme de miles, noble , soldat. Plus tard fjobbdgy signifia paysan corvéable. Cette signification se perpétua jasqa'eu 1848. Une peut être question ici que de ces derniers, les premiers n'étant soumis à aucun seigneur.

gnit aux Saxons de défendre leurs libertés contre quiconque oserait y porter atteinte (1).

Deux autres ordonnances, — du3juilletl450 et du l''mai 1 451 , — prescrivirent que les citoyens de Szeben (Hermanstadt) et des autres villes saxonnes, ne pourraient être soustraits à leurs juges ordinaires et ne devraient subir les jugements ni des tribunaux de nobles, ni destiibunaux ecclésiastiques (2).

Ce principe très-équitable, qui, consacré par les anciennes constitutions hongroises, assurait à chaque homme libre une justice aussi juste que possible, Hunyadi l'appliqua encore à Tégard des habitants de Presbourg. Il interdit aux seigneurs titrés et possessionnés, — ^prélats, barons, comtes, châtelains et nobles, — de prétendre soumettre à leur juridiction les juges, jurés, magistrats et citoyens de la ville libre royale de Posony, même lorsque ceux-ci voyageraient en dehors des limites de leur municipaUté. Dans ce dernier cas, les déUnquants seraient conduits pardevant leurs juges naturels, s'ils étaient simples citoyens; s'ils étaient juges ou jurés, par-devant le Gouverneur luimême (3). Bien plus, les Presboiu^geois furent autorisés à

(1) Si quis autem haruin in contrarium facere atteniptaverit extuuc prcsentium vigore predictis Saxonibus plenam et ommtmodam prebemus facaltatem et poiestatis nostre aucloritatcm, ut ipsi, cum tuta ipsoruiii poteiitia ipsis baruin in contrarium facienlibus, potencialiter resistere, et se in eoruni juribus conservare ; juraque et libertatcs suas defensarc, inanusque tenere debeant et 1

▼aleanl, omnibus modis, etc. — Ce beau principe, résistance lérjiHine de topprimé contre ^oppresseur, apparaît dans tous les actes de la législation |

hongroise.

(2i Teleki, Hunyadiâk kura, t. X, dipl. cvi, cxxit, gxxxix. — Un décret de La-« |

dislasie Posthume, daté du 1" février 14S3( Teleki, t. X,dipl. clxxviii), confirma '

tous les privilèges accordés par le Gouverneur aux Saxons de Transylvanie.

(3) Si quis enim quascumque accusaiioncs vel quesliones contra pretitulatos judicem juratos ceterosque cives Posonicnses aut eoruni alterum , sive homines et faniiliares ipsorum predictos habuerint, bij id contra predictos judicem et juratos cives coram nobis, adversus vero alios cives, in praesencia judicum et juratorum predictorum jurîdice prosequantur , quibus ex parte eorum justicia et satisfactio non décrit evidens et condigna. — Règlement du 16 avril 14^ (Teleki, t. X, dipl. cxx). Confirmé par ordonnances du 28 juin 1490 (ibid. cxxiii), du 27 juiu et du 26 août 1451 (ibid. cxlvi, cxlix).

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poursuivre^ arrêter et punir tous les individus qui se rendraient coupables dans l'intérieiu* de leur ville ou sur soa territoire rural de quelque attentat contre les propriétés ou les personnes (1); et même il leur fut permis d^agir suivant les plus sévères prescriptions de la loi contre les débiteurs, tant vilains que nobles (2). Enfin, voulant donner à tous ces règlements la haute sanction du fait, Jean de Hunyad ordonna des poursuites directes contre un pillard de grand nom , le sire Grenberger, qui avait maltraité et volé plusieurs citoyens de Posony (3).

Certes , il n'était que trop fréquent alors , au quinzième siècle, de voir de puissants seigneurs dépouiller d'humbles bourgeois. Mais oser en faire un exemple au milieu d'une aristocratie jalouse de son inviolabilité de naissance, n'é* taitnce point prendre en main la cause de la bourgeoisie contre les usurpateurs féodaux ? Le roi Mathias Corvin manifesta toujours de grandes sympathies pour les villes libres, et celles-ci , plus d'une fois , en l'aidant de leur or et de leurs troupes, quand les révoltes aristocratiques ébranlaient son trône , lui prouvèrent combien elles lui étaient reconnaissantes de son équitable protection. Cette politique du souverain populaire , qui lui donna tant de force et tant de grandeur, ne lui avait-elle point été enseignée et dictée par son glorieux père, le Gouverneur ?

Un dernier trait doit être noté ici, car il suffit pour démontrer que Huuyadi , très-fer\'ent catliolique , n'était pourtant ni inintelligent ni injuste dans sa piété. 11 croyait

(I) Ordonnance du 18 mai iiol (Teleki, t. X^dipl. cxg. — Quosvishomiiies, fures, latrones, Tespiliones et iiialeficos, sivc sint nobiles, sive ignobiles, »ive allerius cujuscunque condicionis et preemineucis.

(2; Ordorinance du 19 mai 14ol (Teleki, t. X, dipl. cxu).

(3) Ordonnance du 26 août 1431. — (Teleki, X, dipl. en). — Notons aussi que dans cette pruiectiou incessante exercée par Hun^adi sur Presbourg, il y a an but essentiellement politique. Placée sur la frontière, Posony appartenait tantôt aux Autrichiens, tautdt aux Hongrois.

au dogme y il se fiait aux prêtres, mais jamais il n^hésita à réprimer les abus ecclésiastiques dout il put être témoin. Maudataires de Dieu, les prêtres, selon lui, devaient don<ner le bon exemple à tous les fidèles : slls commettaient des crimes et s'ils causaient quelque scandale, plus coupables que les laïques, ils devaient être aussi sévèrement pu*nis , sinon plus. Ayant donc appris que les Franciscains d'Ksztergom, de Debreczen et de Szathmàr-Németi déshonoraient leurs couvents et leur ordre par d'ignobles débauches, le Gouverneur, ne se croyant pas le droit de- réprimer lui-même ces honteux excès, s'en plaignit en termes foi t vils au légat du pape, cardinal diacre de Saint-AngcU(l).

Les haines et les calomnies dont nombre d'ecclésiastiques poursuivirent Jean de Hunyad avec une si cruelle persistance, n'auraieutr-elles point un peu pour cause cette inquiétante pudeur du chevalier chrétien ?

Conformément aux dispositions du traité conclu sous les murs de Neustadt, une assemblée générale des députés des diverses nations soumises à Ladisla» le Posthume se réunit à Vienne le 6 novembre 1452.

L'empereur s'y fit représenter par iEneas Sylvius Piccolomini, évèque de Sienne, assisté de trois autres prélats; par les ducs de Bavière, Louis et Otton ; enfin , par Albert de la Marche de Brandebourg et Charles de Bade.

La Moravie, l'Autriche et la Bohême y députèrent les plus illustres, les plus savants et les plus habiles de leurs ecclésiastiques , de leurs chevaUers et de leurs bourgeois.

La Hongrie choisit pour ses mandataires : le Gouverneur,

(\) Lettre du 2(join ia48 (Teleki,t. X, dipl. €ti).

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Jeau (le Hunyad; Denvîi, archevêque d'Eszlergom ; Il«»rczeg de Szeghô, éYèrfue de Kalocsa; Jean Titéz, évècjiie dv Vârad ; Ladislas de Hédervâra, évoque d'Egor ; Malhias de la Baschino , évèque de Nagy-Szeben ; le Palatin Ladislas de Gara, le vajvode de Transylvanie, Nicolas de rjlîi, et les délégués des principales villes libres royales.

L'affaire en question — la paix définitive entre Tempereur et les sujets de son parent, — ne se décida pas aussi facilement qu'on semblait l'espérer. Frédéric éleva d'énormes prétentions ; il réclama la réparation des dommages que lui avait causés sa tutelle ; la restitution de son pupille à sa protection, réputée légitime; le jugement et la punition des révoltés. Les Magyare opposèrent aux volontés impériales une résistance non moins politique : comme lui, ils feignirent de désirer énormément, afin d'obtenir quelque peu. Le saint diadème étant, d'après la loi, inaliénable, et les constitutions antiques privant les étrangei'S du droit de « posséder » en Hongrie , ils soutinrent (jue la couromie d'Etienne V% dérobée à Visegrâd , îiinsi que les villes engagées par Elisabeth , devaient leur être immédiatement remises : Ladislas étant souverain en vertu de son propre droit, Frédéric ne pouvait plus , en qualité de tuteur, retenir ce qui appartenait à son ex-pupille. Les Autrichiens demandèrent aussi qu'on lem abandonnât certaines places et terres que l'empereur avait distraites de la succession du duc Albert et réunies à ses Etats particuliers. Nécessairement, la discussion , ainsi posée, fut très-ardue et fort longue. Les mis et les autres persistant à ne point céder, la conférence de Vienne n'eût peut-être abouti à rien , comme les précédentes, si le frère de Frédéric, Albert, n'étiiit venu présenter dos conditions beaucoup plus acceptables (juo celles d'abord émises.

Voici à quoi l'on s'ariéta : Frédéric , renonçant à la tutelle , rendrait la Sainte (Couronne et les villes hongroises

(lès que la Hongrie lui aurait payé soixante-dix mille florins d^or.

Le cauteleux Frédéric oubliant , comme par mégarde , de contre-signer les diplômes officiels, et la Hongrie ne se trouvant pas en état de solder tout de suite la sonune stipulée (1), la querelle, terminée en apparence, ne fut eu réalité qu^assoupie. Entretenue dans Tombre , elle sembla sommeiller durant un certain nombre d'années , et , soudain , se réveilla plus embrouillée que jamais. Le roi Mathias Corvin crut Tanéantir en trônant dansViennë. Mathias mourut, et aussitôt la maison de Habsbourg recouvra ses états, recommença ses intrigues, et finit par s'implanter en Hongrie. La monarcbie autrichienne a toujours été trèsfaible, mais aussi très-difficile à saisir. Elle sait plier, mentir, faire la morte à propos. Ensuite, après Forage, elle se relève sans que Ton y songe , essuie tranquillement sa honte et se remet à vivre.

Quelques semaines après les conférences de Vienne, dans la première quinzaine de janvier 1453, Jean de Hunyad vint déposer entre les mains du roi les pouvoirs extraordinaires dont il jouissait depuis plus de six ans (2).

Ladislas le Posthume, qui dépassait à peine sa douzième année, était incapable de gouverner par lui-même. 11 devait'donc, dans son intérêt aussi bien que dans Tintérèt de son peuple de Hongrie, laisser à Tex-Gouverneur la puissauce dont il avait jusqu'alors si bien usé ^ le droit de régner en son nom jusqu'à sa majorité légale. Telle était sans doute l'intention des conseillers prudents qui pouvaient pénétrer jusqu'à l'enfant. Mais telle était aussi la crainte de Frédéric, auquel la loyauté et la puissance de Hunyadi faisaient peur. Aussi avait-il confié son jeune parent ,

;1) Pray, Annules, I». Ul. p. Ii3-I25.

:i) Teleki. l. ir. p. ifi7.

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enlevé à sa propre influence, à une auti*e influence, aussi allemande, à Ulric de Cilley.

Cilley, ennemi juré de Jean de Hunyad depuis sa captivité après le siège de GyOr, surtout depuis sa défaite , en 1445, ne demandait pas mieux que d'être Tagent secret de TAutriche. Fils d'un brigand, l'iric était aussi scélérat que son père llermaim : voleur de griuids chemins, séducteur de filles , très-dissolu et très-ambitieux , pour arriver à ses fins, il était capable de tout , et principalement de crimes. Dès qu'il -tint le fils d'Albert, il songea à s'en faire un esr clave qui , s'habituant dès l'abord à n'agir que d'après le bon vouloir du maître , ne chercherait pas à rompre sa chaîne dès qu'il se sentirait devenir homme. La corruption lui sembla le meilleur moyen à employer. Un prince sans mœurs est beaucoup plus facile à dominer qu'un prince chaste. Frédéric, — cet empereur soigneux, qui mettait se^î vieux habits les jours de pluie, — avait accoutumé son neveu à une existence paisible , sobre, réglée. Ulric voulut faire adopter à Ladislas une manière de vivre diamétralement contraire. Ses habitudes pei'soimelles étaient licencieuses à l'extrême. 11 mangeait et buvait cinq ou six fois par jour, entretenait des joueurs de harpe , des poètes, — Homères de ses hauts faits, — des chanteurs et des danseuses qui réjouissaient ses oreilles et ses yeux pendant qu'il rempUssait son ventre. Entre les repas, il daignait parfois s'occuper des affaires pul)liques , et , après , s'en allait par la ville , la barbe rase , les cheveux frisés et luisants , vêtu d'un splendide costume , monté sur un admirable cheval, lançant de çà, de là, des regards de provocation aux jeimes filles et aux fenunes que le bruit qu'ilfaisait dans la rue avec son escorte attirait aux fenêtres et devant les portes (1). Devenu précepteur, directeur, tuteur et

(i) iEnes SyWii Epist., ap. Palma, P. U. Ladislai Pasth^ In.—* Tbo* roczi, P. iV, cap. \lviii.— Bonfinii, décad. ui, L. VUI, p. 496.

gardien de TenfaDt roi, il Tassocia à tous ses plaisirs » et chercha à lui inoculer les goûts du luxe, les appétits de la déhauche.

L'enfant y à ce qu'il parait, ne se laissa pas corrompre aussi aisément que le désirait son maître. Doué ayant Y âge d'une gravité, qui n'était peut-être qu'une sorte de dissimulation naturelle, il parlait peu, rougissait à l'aspect et à l'audition des choses impudiques , ne buvait et ne mangeait que selon ses besoins. Cependant , peu à peu il subissait, au moins intellectuellement, la domination d'Ulrie, et, n'ayant point encore acquis la force de vouloir, il écoutait ses conseils et rarement osait résister à ses ordres.

Cilley s'aperçut vite de cette faiblesse de caractère, et l'utilisa contre Jean de Hunyad. Exploitant avec habileté les bons instincts du cœur de Ladislas , il lui dépeignit le Gouverneur comme un tyran infâme, qui pressurait le pays au heu de l'administrer , qui foulait aux pieds les lois et menait l'État selon son bon plaisir, pour son utihté propre et l'utihté de ses comphces , et non pas , comme il affectait de le dire , pour le profit de tous les citoyens. Se voyant écouter, et se croyant sûr de la créduhté de son auditeur, le comte se hâta de dessiner à gros traits ce que d'abord il n'avait qu'esquissé. Il accusa Hunyadi d'aspireràla royauté, d'avoh- déjàtralii et tué un roi, >^ ladislas leYarnénien, d'avoir hvré aux Turcs deux belles années et la fleur de la noblesse magyare. Tant d'horreurs firent pâlir le jeune prince. La preuve du contraire ne lui étant apportée par personne, il se prit à considérer son loyal Ueutenant comme le dernier des criminels ; irrité et tremblant, il eût aisément autorisé Ulric de Cilley à s'emparer du coupable et à le punir (1).

Instruit de ce qui se passait à la cour de Vienne, Hu-

(1) Prty, P. 111, p. 138, d'après iBiiMs Syltîui.

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nyadi se précautionna contre les embûches que pourrait lui tendre son implacable ennemi. Déjà, par un pacte d'amitié solidaire , il avait enlevé à Ulric deux de ses auxiliaires les plus puissants , Gara , son cousin , et le vajvode Ujlaki. En se réconciliant avec le capitaine Jean Giskra, il lui ravit im troisième partisan. De la sorte , garanti au sommet , il aurait dû penser à se garantir à la base , cVstà dire à se composer un parti dans la petite noblesse, qui, très-enthousiaste en sa faveur, se serait empressée de se ranger autour de lui , pour le défendre en cas de besoin , pour attaquer ses ennemis, s'il les lui avait seulement désignés. Mais Hunyadi était de cette trop petite famille des honnêtes , sur lesquels l'ambition commune n'a point de prise , qui savent respecter les serments et les lois , et qui sacrifieraient leur propre personne plutôt que de traverser le Rubicon. Jean ne chercha donc à triompher des intrigues de Cilley que par la force de la franchise ; il se contenta de prier ceux de ses amis auxquels il serait permis de pénétrer jusqu'au roi, de réfuter les calomnies et de dire la vérité. Les amis remplirent fidèlement leur mandat. Le roi daigna les écouter : il ajouta foi à leurs francheî^ paroles. Alors le patriotisme qu'il avait manifesté quand les Hongrois étaient venus le saluer se réveiUa en son cœur. Il reconnut qu'il avait eu tort de suspecter la fidéhté de Hunyadi ; il se souvint qu'il lui devait la conservation de ses Etats, la restitution de son trône, et, malgré Cilley, s<* décida à obéir à l'opinion pubUque , à octroyer au Gouverneur un solennel hommage de sa gratitude et de son estime.

Vers le milieu du mois de janvier de l'année 1453, sur une des places pubUques de la ville de Vienne , sur celle appelée le Hoff , non loin du couvent des CaiméUtes , un trône resplendissant d'or fut dressé. Ladislas, tenant en main le sceptre, revêtu de tous les insignes royaux, vint

s'y asseoir. Autour de lui se rangèrent les ducs et comtes des Marches , ses parents y les hauts dignitaires et les plus illustres seigneurs de l'Autriche, de la Bohême , de la Moravie et de la Hongrie.

Quand l'assistance se fut mise en ordre, Jean de Hunyad s'approcha , fléchit le genou sur les degrés du trône , et* remit entre les mains de son souverain son titre et sa puissance de Gouverneur du royaume hongrois. Ladislas se leva, en quelques mots remercia Hunyadi de ses grands et loyaux services, le créa «comte perpétuel» de Besztercze, avec inscription de possessions nouvelles, le confirma dans sa dignité de vajvode de Transylvanie, le nomma Caph-aine GÉNÉRAL de son armée et de ses forteresses hongroises , collecteur et administrateur des deniers pubUcs de son royaume.

Tous les assistants , les nobles de l'escorte royale aussi bien que le peuple entassé dans les rues voisines , applaudirent avec enthousiasme à cette éclatante récompense décernée à la vertu (1).

Quelques jours après avoir reçu la démission du Gouverneur, Ladislas traversa le Danube, accompagné d'Uhic de Cilley, escorté par un grand nomj^e de seigneurs magj'ars, et se dirigea vers Posony, où la Diète venait d'ouvrir ses séances.

Conformément àla constitution de saint Étienne,le jeune prince jura par-devant les Ordres de défendre le royaume contre tous ses ennemis, et, s'il pouvait, d'augmenter sa gloire et d'étendre ses frontières. Ensuite, il proclama ime

(1) Tburocti, P. IV, cap. xli.^ Bonfioii, dec. m, L. VII, p. 482. — Ranzani, ind. ixir. — iCneas SylTii Europa, cap. xxii. — Teleki, t. H, p. 968 et SUIT.

aeO JEAN DE HUNYAD

amnistie générale pour tous les faits accomplis depuis la mort de son père, ordonna la restitution des biens illégitimement enlevés durant les gueiTes civiles, abolit les donations faites à cette époque, tant par Elisabeth que par Wladislas, prescrivit la destruetion, avant quinze jours, des forteresses bâties par des particuliers sans le consentement des États, et déclara nécessaire la convocation aussi rapide que possible d'une dirte générale à AUie-Royale. Cela établi, le Posthume prêta serment de respect aux lois et contumes hongroises, et reçut en échange des prélats, barons, magnats et nobles assemblés, promesse de fidéhté et d'obéissance (1).

A cette même diète, le jeune souverain, ainsi inauguré, fortifia de son approbation royale tous les actes des Ordres et du riouverneur pendant son absence , confirma et légahsa les titres, dignités et biens qu'à Vienne il avait accordés à Jean de Hunyad.

Trois lettres royales furent signées à ce sujet. Les deux premières, très-importantes, parce qu'elles contiennent un résumé officiel de la vie de notre héros, commencent ainsi :

« Ladislas , par la grâce de Dieu , roi de Hongrie , de Bohême, de Dalmatie, de Croatie, etc.; duc d'Autriche et de Styrie, et aussi de la Marche de Mora\ie, etc.

« A la perpétuelle mémoire du fait.

a Le pouvoir royal a été divinement élevé sur la terre , d'une part pour le châtiment des méchants, et d'autre part aussi pour la glorification des bons; afin que le peuple, fidèle et soumis, au-dessous de lui pêle-mêle assemblé, soit conduit par la bien\cilkince et gagné par la générosité ; afin que les mérites d'un chacun soient assurés de dignes récompenses. AdoiK', si cotte dite publique est d'ordinaii'e

(1) Ladihliii I\i^lliu:ni Prcrpfa i et ii, 1 ^h\.

GouvERNEun. aoi

acquittée comme un devoir général des princes, il importe d'orner de titres plus brillants, d'exalter par de plus hauts honneurs ceux que leur fidélité plus sincère, leurs actes magnanimes et leurs mérites plus excellents placent audessus des autres. C'est pourquoi , ceci considéré , envers la très-illustre fidélité , les vertus splendides, les très-forts exploits, les multiples services en tous genres de notre féal et sincèrement aimé sujet, le très-honorable et magnifique Jean de Hunyad, de tout notre royaimie de Hongrie jusqu'à cette époque de notre âge Gouverneur magnanime, vajvode de Transylvanie, etc., qui, resplendissant entre tous, et par son intégrité et par sa puissante valeur, depuis notre plus tendre enfance, fut le consei*vateur et la colonne de notre royal Etat et de notre honneur , nous jugeons à propos, non-seulement de solder les dettes de notre reconnaissance et gratitude , mais de plus , par le présent diplôme, de les transmettre à la postérité, sinon en totalité , au moins en partie, afin que ses actions insignes ne se perdent en aucim Age, mais plutôt répandent au loin sa gloire, soient divulguées h son éternelle louange dans les siècles futurs et servent dVxomplos aux autres. Il est juste, en effet, de ne point frustrer dVlopes ceux qui ont fait d'iUustrcs actes et de brillants exploits »

Ici l'on rencontre un résumé, assez étendu pourtant et absolument élogieux, de la vie potitique de Hunyadi, depuis ses premières armes jusqu'à l'époque de son abdication.

Les promesses de son jeune âge, les exploits de son adolescence, alors que sous Sigismond et sous Albert il combattait dans les armées royales, tantôt contre les Bohémiens, tantôt contre les Turcs ; ses rictoires sur les infidèles, quand il était ban de SzOrény et vajvode de Transylvanie ; ses prodigieux triomphes dans la courte campagne de iii3; son élection à Tunanimité au gouvernement du royaume hongrois; enfin la douloureuse défaite de Rigé-

392 JEAN DE HUNYAD

mezO, où le succès ne répondit point à saTaiUance : tels sont les faits qui se trouvent officiellement constatés dans ce diplôme authentique. Mais, ce qui nous semble encore plus important que cette louange publique des hautes actioniJ militaires de Jean de Hunvad , c'est la manière extrêmement équitable dont se trouve appréciée sou œuvre purement gouvernementale. Cette approbation motivée des actes du Gouverneur réfute toutes les calomnies répandues à et» sujet, et, comme elle fut trop tôt méconnue par celui-là même qui Tavait signée en un jour de justice, il importe de la citer en propres termes :

« 11 ne délivra pas seulement le royaume des périls étrangers ; il rétablit aussi la tranquillité intériem*e , et cela de telle sorte que toute la nation et république de notre royaume de Hongrie, — les guerres intestines et les troubles civils, qui pt^u de temps auparavant avaient divisé les volontés et les esprits, étant apaisés et terminés; Tunion ayant été jurée par les uns et par les auU'es; — Nous déclara, élut et reconnut roi. Nous, son maître naturel, successeur et héritier de ses rois notre père et notre aïeul. Ainsi le susdit Jean, (iomerneur, conduisit ce royaume , pour Nous et en notre nom, avec une constante fidéUté et dans cette constance persévéra , même empêché par d'innombrables prises d'armes. Enfin , notre royaume de Hongrie lui-même ayant recou\Té ses frontières depuis longtemps perdues, de beaucoup agrandi, surtout du côté occupé par les Turcs hifidèles, où il s'étendait à l'époque desdits rois notre aïeul et notre père , il nous l'a fidèlement restttué pour le gouverner dans le repos désiré de la paix : ce qui, avouons-le ouvertement. Nous a été réservé grâce a ui SEUL, ou principalement grâce à sou talent, sa sollicitude et son habileté miUtaire il). »

(1) Ex litteris Ladislai Posthumi, 30 jan. 1453, aux Pièces justificatives, k la fin de ce tolume.

GOLVEnNElU. . 393

Là se termine le préambule. Dès lors les deux lettres diffèrent.

Dans la première , sur la demande expresse des nobles présents à la diète de Posony , « représentant tout le royaume de Hongrie, » après mùro délibération etapprobation unanime des Ordres, le roi, « cliangeant la haute charge provisoire de Gouverneur en une autre dignité stable et héréditaire, » élève Jean dellunyad au rang des « grands comtes libres et perpétuels,» avec le titre et la possession du château de Besztercze en Transylvanie.

Dans la seconde, conformément encore au conseil, à la discussion, au consentement toujours unanime des prélats, barons et nobles réunis en asv<^emblée nationale, Ladislas, inscrit Hunyadi et ses héritiers, possesseurs des châteaux de (iOrgény, dans le comitat de Torda, et de Déva, dans le comitat de Huiiyad; des districts de Sudya, de Monostor, Bosar et Supan, dans le comitat deTemes; avec tous leurs villages, teiTes, eaux, forêts et diverses dépendances.

Un troisième diplôme, complément des précédents, aux armes de Hunyadi, — un corbeau, les ailes entr'ouvertes, tenant en son bec un unneau d'or, sur champ de sable ou d'azur, — ajoute* un lion rouge sur champ blanc, la gueule béante, appuyé sur ses deux pattes de derrière, prêt à s'élancer au combat , portant à l'mie de ses pattes de devant une couronne d'or, qu'il semble offrir. Le diplôme explique ainsi les nouveaux emblèmes : le Uon représente le courage déployé par Jean de Hunyad ; la couleur rouge dudit Uon, le sang que le héros a versé; la couronne signifie que Jean a eu à sa charge le gouvernement général du royaume, et Fa remis plus tard à son légitime souverain; le champ blanc est la figure symbolique de sa constante fidéUté (1);

i\) .... Queenim forma leonisrubriin canipo albo... addita eonspicitur.

3M JLA5 M HC9TAJ>

Apres a^oir ain^i pri:? p«>?é**>eiion «le 5«»n tn^ne de Uongrîp, apr^ avoir iaau:z>irê s«>a iv^nie par un acte de ret^oonaii^vnc^ envers le plii> méritant J»* ses sujets, Ladislas 1^ r«>:*tliunîe 5«»rtit de sou r«»yaume, dont il veu.iit de reniettr*» radiiiiiii-tnlion à 1% \-4louverueur, et mallieureusemèiit retourna en Autriche.

A Yieiuie, Cill^y se mit ati?sitAt à n«>uer de nouvelles intrigues. Sa première défaite lui avîiit assez démontré que pi>ur être tout à fait maître de Tenfant-roi, il fallait éLiisiier de kû les cun^ill^rs proWs et le tenir sans cesse courbé sous son uni«pie influence. Prenant au sérieux son n*4e de g:iniieu resjM»nsid>le, il |Kir\int à isoler si complètement le pau\re priuiv ipie nul ne jh^uv ait pénétrer jusqu'à lui S.HUS (pfil eu eût donné Tautorisation bien formelle. CloUré de la sorte, Ladi^hls entendit malgré lui ce que Cilley lui dis;\it ou liû fiiLsiit dire; dans sa naïveté puérile, il finit p;ir ajtiuter foi aux plus absurdes inventions, et bientôt, ci»nune aujKuavant, se trouva Tcnnemi intime «le Uunyaili et de tous les juitriotes magyars.

si^^nitîcat antefatum coniiifin Jo(iann4>m » Sujn»rioribu» nostre abs^nrie temp«iribu5 quibus tidflicet pust sedatuin bujus regai noslri disturbiuni ipso comps Johannfs officium Cubornarjonis generalis rum soo honore el on«'n' sustulit noslro Domine, et sii|iportavii eaomnia que pro defensione regni Doslri et no&lro jure tuendo opportuna fuere in sincerd fide et soliciludine, que sinceritas per coloreni album designalur, egil. excrcuil, et operalus est; m quibuâ quoniaai virluo&a bel/a piuriina suo el suoruin sanguine res|H^nu) niagno animo et leonina ut iljcere soient audacia plerumque confecit.pupuanti leoni et cruento non imlijîiie assimilatus est, Quodautem addilum csl leonetn ip^uiii altero suoruni auleriorutn pedum coroiiain auream t«nere et offcrre, aperte désignât qnod roines Johannes supradictus ^ Corone noslxe jura et possessionem eorunuiom suis laboribus, suisque sudoribus ab impugnancium manibus erepia el tideliier consenata, devota proinptiludine iiiujcstati nostre oblulitac rcstituit suaque precipua assislencia, nosadeoroin regimen f<»liriter inlroduxit /Teleki, Hnnyndiàk knrft, t. X, d. clixvii*.

l'ami sûr et Tappui du comte Ulric et des conspirateurs impériaux.

Cilloy touchait au but quant tout à coup un obstacle se drcïisa devant lui et faillit le briser. Il n'avait pas encore réuss^i à mettre les Autrichiens à la porte du palais de leur duc. Malhabile autant que vaniteux, il n'aviiit pas songé à se les attacher par d'adroites flatteries, à créer entre eux et les Hongrois une rivaUté dont très-aisément il aurait tiré profit. Bien au contraire, il les avait toujours traités avec une hauteur méprisante, comme gens qui ne méritent point d'être hais, en esclaves nés, non point en hommes libres que l'on veut asservir.

Irrités de tant d'insolence, furieux de se voir gouverner d'après les fantaisies d'im étranger déshonnète, les seigneurs autrichiens résolurent de le renverser (1).

Un jour donc, ils se présentèrent plus tôt que d'habitude à l'audience royale. Aussitôt ils fermèrent à clef toutes les portes de la salle. Ladislas leur demanda pourquoi ils prenaient cette précaution. Ils lui répondirent que, d'après les lois anticjues du duché d'Autriche, il était interdit aux étrangei^ d'assister aux conciUabules secrets, et que l'heure était \eiuie de chasser un intermédiaire importun, de parler franchement au prince. Le roi, quelque peu tremblant, demeura silencieux. Un des plus estimés d'entre les assistants, Eytzinger, prit alors la parole, expUqua que la conduite de Cilley, qui allait partout étalant son faste et ses débauches, payés avec les deniers de l'Etat, qui déshonorait les filles et les femmes de tous rangs et de toutes conditions, qui étourdissait les oreilles royales de dé loyautés et de mensonges, avait mécontenté la bourgeoisie aussi bien que la noblesse, faisait déjà regretter le retour tant désiré de Sa Majesté, et tôt ou tard, si l'on n'y prenait

(\) iCneœ Syhii De rébus Fridericilll et Hidoria Bohemiœ, citât, ap. Pray, Ann. Reg, P. \\\, ad. an. 1453.

3î)fl JEAN DE HUNYAD, GOIVERNEUR.

garde, occasionnerait de sérieuses dissensions. Emu, Ladi&las ordonna que, puisqu'il en était ainsi, on chassât de sa présence son impopulaire ministre. En ce moment même, le comte heurta violemment la porte et orgueilleusement cria : Ouvrez-moi ! On ouvrit. Cilley entra. Eytzinger \int à sa rencontre, et lui annonça que, par décision royale, il était exilé. Cilley sortit en dévorant sa colère, et peu après s'éloigna de Vienne, à la grande joie des populations.

La retraite du misérable tuteur de Ladislas le Posthume vint corroborer le bon effet produit en Hongrie par les équitables rémunérations accordées aux mérites de Jean de Hunyad. A l'abri des menées étrangères, plein de confiance en son souverain bien conseillé, le peuple hongrois put espérer quelques jours de repos et de prospérité, qui lui permettraient de réparer ses pertes et de poursuivre son grand labeur européen.

Malheureusement, cette espérance naquit et vécut aussi vite qu'apparaît et brille un feu follet; la tranquillité ne fut qu'éphémère, et soudain se dressa l'immense danger, le Turc triomphant.

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