CHAPITRE I HUNYADI, CAPITAINE GÉNÉRAL
Au triste et pacifique Amurath venait de succéder un sultan de vingt ans, musulman enthousiaste, chef intrépide, qui savait manier le cimeterre et voulait se ruer en avant, toujours en avant; un vrai fils d'Othman, un digne enfant du prophète, Mahomet II. Dès les premières années de son règne, il n'avait pas craint de dévoiler les projets terribles qu'il nourrissait contre la chrétienté. De toutes les provinces de son empii'e, il avait convié les croyants fidèles à la sainte guerre, et les avait rassemblés en d'innombrables hordes prêtes à s'élancer à la conquête universelle. Bien plus, comme pour défier ses ennemis par un dédaigneux avertissement, il avait fait élever en face même de Constantinople, une menaçante forteresse qui semblait annon-
39H JEAN DE ULNYAD.
cer au monde que le suLlime sultan des Osmaulis se décidait enfin à jeter aux quatre vents du ciel les misérables restes de la domination byzantine.
L'Europe s'aperçul-elle du danger? En comprit-elle rimminence, Fimmensité? Par la voix de Frédéric 111, l'Europe somma Mabomet de renoncer à lui faire peur \
a Frédéric, par la faveur de la clémence divine, empereur des Romains, avec un litre supérieur, au gi'and et puissant prince, seigneur des Turcs, sîdut nous donnons, lui souhaitant de reconnaître la voie de la vérité (1).
« D'après témoignage véridique, il nous a été dénouer que tu as construit une forteresse en face de Tillustre citt* (lonstantinopolitaine, et de plus que tu fais des préparatifs militaires pour assiéger ladite ville, et eu expulser sou très-illustre empereur, notre frère ,2, ;
a Mais, comme ledit empereur est chrétien et adoratem de la foi orthodoxe, comme le peuple de celle ^ille a été baptisé dans la reUgion de Notre Sauveur; comme cette cité, construite par le grand Constantin, qui lui a donii^' son nom, est possédée par des empereurs chrétiens ; conmie nous ne devons souffrir. Nous, pas plus que la chrétienté, que par toi ou les tiens ledit lieu insigne soit assiégé, ni que cet empereur fidèle soit opprimé (3; ;
« Pour cette cause, par le présent diplôme revêtu de uotie sceau, nous te requérons et avertissons que tu ajes ai
(1) Fridericus di>ina favente clemencia Romanorum inipenitor, etc., ouni titulo maion magno et potenti priucipi Thurcoruni domiuo salulcm et \mn teriiatis agnoscere.
(2) Veridico ad nos testimonio delatum est, te castellum quoddam ex opposite inclite civitatis Constantinopolitane construxisse , et insuper apparaium facere belliGuni quo civitatem illam oppugnes, et serenissimum eius imperatorem fratrein oostrum exiod€ repellas.
(3) At cuni dictus imperalor christianus existât et orthodoxe fîdei cultor, totusque populus iiiius l)rbis« in Salvaioris nostri fide baptizatus ait, semper quoque civiias illa a Magno Conslantino constructa qui loco nomen indiiiit ab iniperatoribus chrislianis sit possessa , neque nobis, neque christianitaii ferendum est, ut a te, tel tuîs, ant locus Ule insignis oppognetur, tut imperalor ille fidelis opprimatur.
PLUS TOT À DÉTRUIRE LA FORTERESSE SUS-ÉMONCÉE, A t' ABSTENIR ABSOLUMENT DE TOUTE ATTAQUE ET CONTRE LA CITÉ ET CONTRE L^EMPEREURy A NE LEUR POINT PORTER PRÉJUDICE OU A NE POINT PERMETTRE QU'ON LEUR EN PORTE (1) ;
i( Si NONy NOUS FERONS EN SORTE, DE CONCERT AVEC TOUS LES ROIS ET PRINCES CHRÉTIENS, AVEC L^IDE DE TOUT NOTRE EMPIRE^ QUE TOUS TES EFFORTS SOIENT PARALYSÉS, ET, GRACE A NOS CO- RELIGIONNAIRES ET FRÈRES EN ChRIST BIEN-AIMÉS, NOUS SUR- VIENDRONS A TEMPS OPPORTUN CONTRE TA PUISSANCE ET TA MOLES- TATION (2).
c( Donné en notre ville de Neustadt, en Autriche, sous le sceau de notre impériale Majesté, le vingtrdeux janvier de Tan du Seigneur quatorze cent cinquante-troisième, la seconde année de notre royauté, la première de notre empire (3). »
Plaisante ironie ! Le petit renard d'Allemagne qui menace le lion ottoman !
Ce grand effort de courage déployé, Frédéric III se remit pacifiquement à cultiver ses chers jardins, à intriguer pour la grandeur future de sa bien-aimée maison, à créer archiducs les ducs d'Autriche, à faire graver sur tous ses meubles, porcelaines, argenteries et armoiries son fameux A E 1 0 U (4) ! Et le pape, « fantôme éblouissant, » comme dit
(1) Eam ob causam per has litteras nostro sigillo munitas te requirimns fttqae monamas » ut et casielluiu prefatum quaDlocîus deleaa , et ab omni impugnacione et cititatis et imperatoris huiusmodi oinnino desistaa , neque damnum aliquod eis aut iuferras aut inferri peruiittas.
<2)Alioquin operam dabiDius cum omnibus regi bus et prÎDcipibascbristiaBis, cuinque omni nostro imperio ut tuos constus debilitemus , ac sociis fidei nostre et fralribus in Chrisio ^diligendis ad versus tuam potenciam et loolestacioneoi oportune subTeniaiuus.
(3) Datum apud civitatem uostraoi novam in Austria nostre imperialis Maiestalis sigilli sub appressione die 22iJ Januarti Anno Doniini tf-mo CCCCL tertio, Regni â-do ioiperii primo.
Ad niandetum propriuni domini imperatoris. In consilio Ulricns Welezli.
(Teleki^ Hunyadiék kora, t. X, dipt. clxxiii}.
(4) Ausirisp - Est - Imperare - Orbi - Uni?erso.
400 JEAN DE HUNYAD.
Piccolomini, le pape en vain laissa tomber quelques mots belliqueux de ses lèvres chevrotantes 1 L'Occident catholique se tourna du côté où le ciel était toujours serein, vei-s l'ouest, et s'endormit.
Le 29 mai 1453, l'Occident fut réveiUé par un épouvantable bruit. Battu en brèche par le canon turc, l'empire dt^ Constantin, de Théodose, de Justiiden et des Paléologues s'était écroulé. Des miUiers de fugitifs, cachant sous leui> manteaux les débris oubhés de la pensée antique, vinrent par leurs larmes attester au monde chrétien l'horrible réahté. Abandonnée, divisée, Constantinople avait résisté cinquante-trois jotirs à l'assaut de quatre cent mille Ottomans î Mais, transportée par terre , la flotte turque s'était tout à coup étalée, voiles au vent, dans le port même de Byzauce, et secoués par la canonnade, les murs cyclopéens de la rivale de Rome avaient hvré passage aux janissaires et à Mahomet! Maintenant la ville a subi les horreurs du pillage, les belles Grecques gémissent enfermées dans le sérail, plus de soixante mille chrétiens pleurent leur liberté, la tête de l'empereur est promenée au bout d'une pique à travers l'Asie ; Sainte-Sophie est ime mosquée !
Maîtres de Stamboul, de k clef de la MéditeiTanée, les ( )ttomans ne lanceront-ils pas leui's vaisseaux à la mer, n'envahiront-ils pjis l'ItaUe, la France, l'Espagne, comme jadis les Arabes, leui-s coreUgionnaires? Ne vieudrout-ils pas bientôt, demain, sur la coupole de la basihque des Saints Apôtres planter leur victorieux croissant? Il ne s'agit plus d'être égoïste, et de jeter au vent de folles menaces, et de pâlir et d'attendre. Hier, c'était le danger, mais le hasard, peut-être la victoire. A cette heure, c'est la vie ou la mort. L'ennemi est aux portes. Aux armes!
L'Europe occidentale ne s'est point préparée ; elle comprendrait son devoir, elle ne pourrait pas le rempUr. Quelle nation prendra donc en main la cause de toutes?
L'Italie ? Couronnée du lumineux diadème de Fart et de la poésie, Tltalie n'est pas une nation , c'est un amalgame dont les mille éléments divers, théocraties, républiques, monarchies, principautés, aristocraties et démocraties, se combattent, s'affaibUssent , se tuent : un beau manteau bleu, saupoudré de paillettes d'or, qui cache une boue sanglante ; de rocs dont on fait des barrières, point.
L'Allemagne? Son empereur n'est qu'un autrichien sans autorité, sans grandeur, sans courage, occupé uniquement à remphr sa caisse vide, à marier de façon convenable les princes mendiants de sa famille. Son vieil empire n'est plus qu'un chaos : princes, ducs, marquis, palatins, électeurs et barons, qui se jalousent; petite féodalité qui s'unit pour combattre la grande ; bourgeoisie qui lutte contre l'oppression du privilège ; servage qui proteste et qui commence à promener la flamme vengeresse ; des centaines de gouvernements axjx formes variées ; des centaines d'intérêts et d'idées se niant mutuellement ; point d'unité, point de force, le néant.
Et l'Espagne? 11 y a encore des Maures à Grenade, et quatre autres royaumes, Aragon, Castille, Portugal et Navarre : l'Espagne est un fœtus, elle n'est pas née, elle naîtra.
Et l'Angleterre? Et la France ? Les deux fortes nations se sont épuisées l'une par l'autre : une lutte séculaire a bu leur noble sang. A présent, les derniers bataillons des Anglais s'en retournent, vaincus, de Vautre c6té de la Manche, et le gentil roi Charles VII, grâce à Jeanne , est rentré en sa bonne ville de Paris, et réorganise son royaume. Voici venir les Deux Roses, York et Lancastre. Voici venir Charles le Téméraire et Louis onzième le Niveleur. Rien à attendre de l'Angleterre, si vaillante aux croisades! Rien à attendre de la France, cette protectrice tlévouée de tous ceux qu'on opprime I
40S JKAM DE HUNYÀD.
Alors, la Pologne ? La Pologne , gouvernée par Tindolent Kasimir IV, est tiraillée dans tous les sens ; d'abord par ses nobles turbulents, ensuite par les Tartares, qui sans cesse ravagent son territoire , par les Lithuaniens à tout propos révoltés, enfin par les chevaliers de Prusse, les odieux Teutoniques. La Pologne ne renouvellera pas la douloureuse tentative de Varna. Donc, l'Europe entière peut gémir. Elle n'est pas en état de combattre.
Il reste une nation, la plus petite peutrétre : la Hongrie. Un siècle déjà de batailles continuelles et deux affireuses défaites, — il y a quelques années à peine, — lui ont largement ouvert le flanc. Les intrigues allemandes, les luttes intestines lui ont encore enlevé de sa force aux trois quarts perdue. N'importe! 11 faut, au nom du salut européen, que la Hongrie se redresse. La Hongrie se redressera. La Hongrie est la barricade de la chrétienté. Elle se tuera à force de sacrifices ! Morte , on l'oubliera peut-être , sans doute ! La Hongrie se sacrifiera, sauvera l'Europe , même indifférente, même ingrate. Le peuple hongrois est un héros. Les héros ne raisonnent point. Ils agissent.
La prise de Constantinople produisit en Hongrie un immense effet. Comme au lendemain de Varna ou de lUgômezO, l'épouvante y fut presque générale et les yeux inquiets cherchèrent un sauveur et trouvèrent encore Jean de Himyad.
Le souverain lui-même, pauvre enfant pâle d'efiroi, sembla comprendre de qui dépendait la conservation de son tr6ne menacé, et, bien conseillé, s'empressa de déc^^ ner à son loyal Ueutenant de nouvelles marques de sa gratitude pour le passé et de ses espérances pour l'avenir. Rappelant une fois de plus les éminents services du Goii-
BBLQRADB. 4M
verneuTy qui avait sauvé la Hongrie de ses ennemis intérieurs et extérieurs, qui même en avait étendu les frontières compromises, et qui, après tant de victoires , était venu loyalement déposer à ses pieds le pouvoir suprême dont il s^était si bien servi , Ladislas le Posthume, « roi élu et né de Hongrie, rt par « lettres royales i> du 14 septembre 1453, donna, en toute propriété et à titre de récompense nationale, au «fidèle et magnifique» Hunyadi Jânos, les districts valaques du comitat de Ternes, Sugya, Suapan et Thuerd (1).
La libéralité royale lui ayant prouvé qu'il était à Tabri des intrigues de cour,- Jean recouvra cette confiance en lui-même, qui jusqu'alors avait fait sa force, et, sûr de b valeur de ses vieux compagnons d'armes, connaissant aussi l'bérolsme inné de U nation entière , il considéra le péril en face et se sentit de taille à se mesurer avec lui. il pressa donc le roi de convoquer immédiatement la diète et d'y faire décider tout ce qui pourrait être utile à la direction et à la généralisation de la résistance contre une attaque très-probablement prochaine.
La Diète se réunit à Bude le 14 janvier 1454. Tout d'abord elle accorda d'amples subsides en hommes et en argent, et proclama 1' « insurrection générale, )» en cas d'invasion. Ensuite elle choisit des commissaires, chargés de surveiller la rentrée de l'impôt, la levée des troupes, de juger ceux qui ne rempUraient point leurs devoirs envers la patrie en danger et de les punir conformément à une pénalité très-rigoureuse établie à cette occasion. Par
(i) .... Ipsios oomitit lohtanw tel sola it\ muima indastrit, nagnanimiute, illustribus actibus et bellis maiimaTirtuteconfectiSyCrebrisqiiereporutis TÎctoriis tam externis malis , qnam mîHbus brllis ereptom atque non solttin conserratiun est, sed et dilatatis ooaiiBibus oiagniice aagmentatmn , nobîsque et sab nostro nomine tentum , tuutum , gubernatum et postremo hiis diebus nÔTitsimis ejasdem regni possessio paciflca fideliter Dobif est restituu. ^ (Suit la donation). — (Teleki, t. X, dipl. cxltu).
404 ^KÂK DE HUIITIB.
exemple il fut décidé qu'une fois le recensement fait, pour chaque piéton qui ne répondrait pas à l'appel, le « po^esseur r> en défaut paierait une amende de dix florins d'or; et pour chaque cavaUer absent, seize florins : tout noble qui refuserait de se présenter au « camp royal, » serait noté d'infamie, perdrait son droit de noblesse et ses biens; tout non noble, qui ne s'armerait point, serait puni de mort. Enfin, pour que les commissaires eux-mêmes se trouvassent dans l'impossibilité de mal remplir leur mandat, on décréta spécialement que s'ils recevaient de l'argent au Ueu d'enrôler des soldats, ils encourraient la peine capitale. Toutes ces utiles mesures étant prises, les Ordres chargèrent Hunyadi de la direction suprême des préparatifs miUtaires et, à l'unanimité, le nommèrent Capitaine général de toutes les armées hongroises contre les Turcs, pendant un an (1).
La diète de Bude siégeait encore lorsqu'on apprit que Maliomet dirigeait ses armées vers l'Ouest , et que déjà il avait sommé le despote de Rascie de se tenir prêt à lui Uvrer sa principauté dans les vingt-cinq jours.
Effrayé d'une menace aussi inattendue, car il se croyait en paix avec les Turcs, Georges Brankovich retint l'ambassadeur du sultan et en toute hâte mit ses forteresses en état de défense. Mais le terme fixé s'écoula trop vite et les Turcs entrèrent brusquement en Serbie. Brankovich, mal préparé, n'ayant que fort peu de troupes à sa disposition, se vit dans rimpossibiUté de leur opposer une résistance sérieuse. Les Hongrois seuls pouvaient le sauver, mais il avait eu le malheur de se faire un ennemi de leur chef, et il ne voulait point s'abaisser jusqu'à implorer l'assistance du noble vaincu, qu'autrefois il avait emprisonné et rançonné lâchement. Pourtant les Turcs s'étaient rués sur ses
(1) Ladislfti Poslh, Décret 1454.'
états; à marches forcées ils s'avançaient vers SzendrO I Alors le despote se vit contraint de mettre son intérêt audessus de son amour-propre; il partit pour la Hongrie et réclama des secours (1).
Jean de Hunyad comprit tout de suite que si les Ottomans s'établissaient en Rascie, ils se trouveraient aux portes mêmes de la Hongrie, devant Belgrade, que depuis si longtemps ils désiraient pour être maîtres du cours du Danube. Il oublia donc les trahisons et les injures du prince Georges , et comme l'armée nationale n'était point encore prête, rassembla ses banderies particuhères, s'élança contre les envahisseurs (2). Avec une rapidité extraordinaire, il évita leur corps principal, entra en Bulgarie et surprit leur arrière-garde. Grâce à cette habile diversion, les troupes de Mahomet furent obUgées d'évacuer les états de Brankovich et de battre en retraite afin de défendre leurs propres provinces, que le capitaine magyar ravageait impitoyablement. Mais ils ne purent arriver à temps et
(1, Telcki, t. II, p. 338.
(2) Tburoczi, Chronica, P. IV, cap. il. — Ranzani, Epitome, ind. xxiii. — fioniinii, dec. m» L. VII, p. 476. — Ces trois chroniqueurs placent Texpédi lion de Hunyadi en Bulgarie et en Serbie, à la niônie époque que le guet-apens de Losoncz. Mais d'après deux documents officiels, — d'abord une lettre écrite à Frédéric UI, dans laquelle Hunyadi lui mande sa victoire récente et l'excite à lui envoyer des subsides contre les Turcs, haq^ieh, m^me après la prise de Constantitiople, seul il a vaincus (Pray, Annales, P. III, p. 145 147); ensuite un appel aux armes fait parle capitaine général aux Saxons transylvains, dans lequel il leur narre la première retraite de Habometdevers Sophia et leur annonce que le sultan prépare une nouvelle expédition (Teleki , Hunyadidk kora, t. X, dipl. ccxi) ; — d'après ces deux documents, l'un et l'autre datés de 1454, le dernier du 10 août, la date indiquée par Thuroczi, Ranzani et Bonfinio ne peut être admise, tu qu'elle n'est appuyée sur aucune pièce authen> tique. Néanmoins , le savant auteur de ïHistoria crilica regum Bungatiœ (t. XIII, p. 735), Katona, lequel, il est Trai , n'avait point connaissance du deuxième document, tout en acceptant pour cette double expédition, la date de 1454, laisse à penser qu'antérieurement, peut-être k l'époque précisée par les chroniqueurs, il y eut une autre guerre turque. Ceci n'a rien d'impossible. Du temps de Jean de Hunyad, les incursions ottomanes étaient presque annuelles. Cependant, faute de preuves assez réelles, nous nous sommes rangé à l'opinion de Pray et de Teleki.
4Ûe JEAN Itt HDKYAD.
hii Uvrer bataille. Rappelé en Hongrie pour réprimer ks ravages qu'Ulric de CiUey exerçait du côté de k Croatie, Hunyadi avait été forcé de remettre à une autre époque la continuation de la campagne (1).
Le brusque départ du Capitaine général rassura le sultan. Mahomet revint sur ses pas, mit la Rascie à sac, et commença le siège de SzendrO, où Georges Brankovicb s'était enfermé. La viUe, grâce à ses fortes murailles, résista. Ennuyé de ne pas y être entré sans coup férir, Mahomet ramena son armée en arrière et abandonna le commandement à Ferecz-Beg,
En ce moment même, Jean de Hunyad entrait en Rascie, réunissait ses troupes aux troupes de Brankovicb et se précipitait au-devant des Ottomans. Pendant une nuit toute entière , il marche ; et le matin, au point du jour, il s'arrête à c6té de leur camp. Au lever du soleil, les Turcs aperçoivent galopant dans la plaine les cavaUers hongrois et serbes^ ils distinguent Fétendard redouté de Yànilo, qui resplendit au milieu de cent autres bannières. Suivant les prescriptions sévères du sultan, son maître, Ferecz-Beg ne devait point risquer la bataille. 11 cherche donc à s'éloigner dans la direction de Sophia. Mais Hunyadi, ardent à le poursuivre, finit par l'atteindre , à force de tactique le contraint à combattre , est vainqueiu*. La lutte , trèssanglante , a duré jusqu'au soir : des miUiers d'Osmanlis sont morts ; Ferecz-Beg, pris par les Magyars, a été solennellement déposé entre les mains de leur chef (2).
Hunyadi ne se contenta pas de cette victoire : il poiu*chassa les fuyards et se hasarda jusqu'à Viddin, en pillant et saccageant tout le pays. Apprenant alors que d'Andrinople des renforts considérables arrivaient à Mahomet II ,
(!) Teicki, l. Il, p. 337. - tiTiaii^.
(2) Thuroczi, Chronica, P. IV, ctp. il.— Bonfinii, décad. m, L. VIÏ . p.-i76
il se retira devers Belgrade, entraînant avec lui un nombre énorme de prisonniers et un butin prodigieux (1). Il donna les prisonniers à Georges Brankovich (2), lui faisant sentir par là la magnanimité de sa clémence , distribua les dépouilles conquises entre ses cavaliers fidèles, et retourna en Hongrie.
La noblesse de second ordre, la bourgeoisie et la plèbe, c'est-à-dire le vrai peuple bongrois, se portèrent au-devant de Hunyadi et Tacclamèrent comme un libérateur (3).
Jean de Hunyad, avant de gagner Bude et d'y reprendre son lourd labeur politique, s'en alla passer quelques jours auprès de sa chère Elisabeth, sa belle et forte femme.
Son second fils , Mathias , avait alors atteint sa onzième année. Déjà il était la joie de son père, l'espérance des patriotes hongrois. Intelligent, énergique, courageux, sensible, enfant, il promettait ce que plus tard, homme, il deviendrait. Ou devinait en lui un autre héros , digne héritier de l'héroïsme paternel.
Pendant ce trop court oubli de la chose politique , au miUeu de sa famille , le capitaine général , avec l'épée de Latszkovitz, créa Mathias chevalier, l'en trouvant digne, et lui dit :
a Au nom de Dieu, au nom de la très-sainte Vierge, au « nom de saint Etienne et de saint Ladislas, je te consacre « chevalier de Hongrie. Sois bon, loyal et brave (4)! »
Bon ! loyal ! brave ! N'est-ce pas dire : imite-moi? Ces trois mots, subUme recommandation d'un grand homme
(1) Teleki, t. II. p M±
(â) Thurorzi el Ranzani, 1. c.
(3) Katona, t. XIII, p. ^H)3 et seq.
(4) Fessier, Mathias Corvinus, U 1, p. 51.
MB lEAlf DE HUmTÀD.
à un grand roi futur, contiennent Hunyadi tout entier. Ne fut-il pas éminemment bon , lui qui tant de fois sut pardonner rinjure ! Ne fuWil pas éminemment loyal , lui qui , appuyé sur une popularité enthousiaste, tenant entre ses mains le gouvernement de son pays, ne se mit poiut à la place d^un prince sans valeur, en pension chez son parent? Et brave? Ses combats, qu'on ne peut pas compter, et son sang tant de fois versé pour la patrie, attestent assez que , s'il en fut de plus renommés, il n'en fut pas de plus vaillant.
Les saintes joies de la paternité ne firent pas oublier à Hunyadi que le Turc était maître de Coustantinople , et qu'il fallait contre lui bâtir d'infranchissables obstacles. Poursuivant d'un côté les préparatifs commencés à l'intérieur, il s'efforça de ramasser des auxiliaires à l'étranger.
Tout d'abord, il écrivit au souverain le plus voisin, le premier en titre des princes de l'Europe, à l'empereur d'Allemagne. Il lui manda sa dernière victoire, lui démontrant ainsi que les Turcs n'étaient point invincibles, et l'excita à porter secours à la Hongrie , car, en protégeant la nation hongroise , il veillerait à la sûreté de son propre empire, entamé, si par malheur la baïuière danubienne était renversée (1).
Frédéric III comprit ce que Jean de Hunyad lui écrivait. Peu disposé à se mettre lui-même eu campagne ou à consentir à quelques sacrifices personnels d'hommes et surtout d'argent , mais très-heureux d'utiliser sa dignité impériale, par trop irréelle jusqu'alors, en poussant -l'eippire germanique à une croisade d'mie incontestable utiUté , il ordonna trois fois la réunion d'une diète générale des États allemands à Francfort. Réveillée par un éloquent discours d'iEnas Sylvius , l'assemblée fut unanime pour voter la guerre ; mais, dès qu'il fut question des moyens
(1) Ex iittens Hunyadi, ap. Pray, P. Ul, p. 145-146.
de la mener à fin , de fournir des subsides , de lever une armée, Ton ne s'entendit plus; on discuta tant, que la discussion aboutit à néant (1). L'Allemagne, impassible , regardera la Hongrie combattre.
Seule, toujours seule , la Hongrie a donc à parachever, malgré la chrétienté , le salut de la chrétienté. En conséquence , pour qu'elle s^oit capable d'un tel labeur, il lui faut combiner toutes ses forces , rassembler en faisceau toutes ses volontés, jadis si diverses, se faire une dans un but unique.
Elle doit être à Tabri des dissensions intestines, puisque Ladislas le Posthume, ce prétexte des anciennes discordes, enlevé à son tuteur, a pris enfin possession du trône de sou père. Elle doit être à Tabri des menées étrangères, puisque l'émissaire de l'Autriche a été honteusement chassé des conseils du roi ; puisque Frédéric III lui-même semble se rapprocher des Magyars contre les Turcs. Elle doit être à l'abri des jalousies et des conspirations des barons, puisque le gouvernement n'appartient plus, nominalement au moins, à l'un des magnats, envié par les autres ; puisque, d'ailleurs , le Ueutenaut royal , Jean de Hunyad , a signé une alliance fraternelle , offensive et défensive , avec les deux plus remuants , les deux plus redoutables de ses ennemis d'autrefois. Pacifiée , trauquiUe intérieurement , la Hongrie va se lever en masse, se ruer sur les contempteurs du nom de Jésus. Quiconque de ses citoyens s'efforcerait d'arrêter son élan, de lui créer des embarras nouveaux, de troubler la paix pubUque , serait un traître infâme envers elle et envers la foi chrétienne. Quel Magyar oserait assu-
f!) Prty, P. ni . p. 146-147.— Kalona, HM, critka, t. XHI, p. 965 et aeq.
4t§ JEAN DE RUNTAD.
mer sur sa tête une responsabilité aussi lourde, la ruine de la patrie, peut-être ? Qui? Un des plus nobles d'abord , le Palatin Ladislas de Gara , et ensuite le roi lui-même !
Le Turc est là, à quelques journées de distance, assis sous sa tente, le regard tourné vers TOuest, le cimetenv en main, ivre de sa dernière victoire, de la prise de Stamboul; et les dissensions viendront encore troubler le peuple hongrois, qui s'arme; l'arrêter quand il va partir pour la bataille, l'obliger à un retardement fatal, compromettre la civilisation européenne, dont il est le soldat? Incroyable folie ! Attristante réalité !
Hunyadi, le parvenu, devait être durant sa vie entière exposé aux attaques haineuses des hauts seigneurs, arrogants et tyranniques oligarques. Eux, ils voulaient s** diviser la patrie, comme un champ , pour en jouir. Lui, il teuidt à la const^ver unie, indépendante, glorieuse, heureuse, et toujours il était prêt à lui sacrifier s«i personnaUté, sa vie. Aussi les grands n'avaient-ils pour partisans et pour auxiliaires que leui'S nombreux ser>iteui> et les aventuriers qu'ils s'attiraient par la corruption. Hunyadi, au contraire, était soutenu, poussé même plus loin que son désir, par la masse nationale, par le peuple des petits nobles.
Dans ces luttes de Jean de Hunyad contre Cilley, Gara, Ujlaki et autres, il faut voir quelque chose d'identique à ce qui se fit en France et presque partout au quinzièm*^ siècle : c'est la bataille contre la grande féodalité , c'est le commencement du travail unitaire et égalitaire, de l'a^ cension vers la justice, le droit de tous. Si Hunyadi n'avait pas eu à résister sans cesse à l'invasion ottomane , il inii peut-être donné au monde un Louis XI honnête et chevaleresque. Son fils Mathias , qui fut roi, successeur de sa pensée, en plus d'une circonstance a manifesté son inimitié contre les têtes trop hautes ; s'il avait eu le temps dr
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les abattre, peut-être la Hongrie ne se fût-elle pas trouvée aussi faible la veille de Mohàcs.
Les honneurs accordés à Hunyadi par Ladislas le Posthume, sa nomination à la dignité extra-constitutionnelle de Capitaine général du royaume et d'administrateur des finances duiant Tabseuce du roi, enfin le mandat que lui avait confié la diète de Bude de diriger les armements et la guerre contre les Turcs, avaient excité parmi un certain nombre de magnats une énorme jalousie. Hunyadi n'était plus de nom Gouverneur, mais il avait conservé presque intacte, son ancienne autorité. Cette puissance en dehors des lois ordinaires éveillait les susceptibiUtés de ces défenseurs des vieilles coutumes, prêts à sauter par-dessus la constitution de Saint-Étienne et les décrets de ses successeurs , si cette constitution et ces décrets gênaient leur ambition, prêts à les mettre en avant, à les louanger bien haut, s'ils servaient leurs desseins. Ladislas de Gara, ennuyé de n'être Palatin qu' « in partibus, » de ne jouir qu'à demi de la confiance de la nation. Gara se mit à la tète des mécontents. Ses efforts tendirent d'abord à diminuer les prérogatives du Capitaine général, afin que, par la suite, peu à peu dépouillé de son pouvoir, l'homme même devint phis facile à abattre. Pendant donc que Jean s'en allait vaincre les Turcs en Serbie, profitant du séjour du Posthume à Prague, où il se faisait inaugurer roi de Bohème, Ladislas de Gara, sous prétexte d'affaires pressant**s, convoqua une diète, qui fut trèMncomplétement composée, la plupart des amis de Hunyadi se trouvant avec lui en campagne. A peine les Ordres étaient-ils rassemblés qu'il leur soumit un projet de décret en vertu duquel, à l'imitation de l'ancien « Consiliumregium, » et vu l'absence incessante du roi, un sénat, composé de dix-huit membres, dont six prélats, six barons, six nobles, gouvernerait, au nom de Ladislas, politiquement, économiquement et mili-
M JEAN DE HUNYAD.
taireroent. Dans ledit projet, aucune mention n'était faite de l'autorité du Capitaine général : donc de fait elle était abolie. Sur les instances de Gara, l'Assemblée n'examina que très-«ommairement la proposition et d'un vote lui donna force de loi.
A son retour, Hunyadi comprit qu'il lui importait à lui, aussi bien qu'au peuple hongrois, de défendre le pouvoir, dont le roi l'avait, à son grand honneur, gratifié. Il protesta. Il manda aussitôt à Eytzinger, qui gouvernait l'Autriche à la place du comte de Cilley disgracié, qu'il eût à exposer sa cause par-devant Ladislas. Averti et heureusement conseillé, le roi écrivit de Prague qu'il ne contre-signerait cette création du conseil des dix-huit que si ce conseil avait été institué dans le seul but de rendre le gouvernement plus facile à son Ueutenant; conséquemment il fallait que Hunyadi en fût membre, en dirigeât et approuvât les délibérations (1).
Ainsi attaquée à la base par la volonté royale, la supercherie de Gara croula d'elle-même, et Jean conserva sa puissance. Fort de l'appui de son souverain, il s'en servit pour continuer les préparatifs de la guerre turque. Par malhein* son repos ne dura que fort peu de temps.
De Prague, le Posthume s'en alla à Breslau recevoii' le serment de fidéUté des Silésiens, puis revint à Vienne. Là, obsédé par Frédéric III, qui avait avec soin entretenu l'influence dont il s'était emparé sur cette enfantine faiblesse, il remercia Eytzinger de ses services et rappela près de lui Uhic de CiUey (2).
Les choses dès lors changèrent de face. Les calomnies contre l'ex-Gouverneur de Hongrie furent reprisesavec plus d'acharnement que jamais. Profitant vite de l'avantage
(1) Ex iiiteris Ladislai Postb. ad Honyad. ap. Pray, Annales, adann. 1454, P. ïlf. p. 126-132.
(2) Curei Ann. Silesiœ, p. 153.
que les émotions d'une réconciliation lui fournissaient sur son élève indécis, Cilley lui répéta, et cette fois Im fit croire qu'on l'avait trompé, qu'il avait été le jouet de ses implacables ennemis, que Hunyadi était bien réellement un traitre et aspirait au trône. Ses menées ne sont-elles pas évidentes, insinuait-il ? S'il a réclamé avec tant d'insistance la Sainte Couronne déposée entre les mains de Frédéric, estce pour Ladislas, déjà couronné? n'est-ce point pour l'apposer siu* son propre front? Cet homme, à trois reprist^s différentes, s'est efforcé d'usurper la souveraineté. Les j
Turcs, dont tout haut il est l'adversaire, sont ses amis se- |
crets. Il leur a livré quatre armées hongroises et un roi. |
Il joue avec eux. Sesprétendues hautes actions, exagérées par lui et ses complices, n'ont pour but que de lui faire quand même une popularité. S'il ne réussit pas à se conquérir l'assentiment des Magyars, alors il appellera ses alliés, les Turcs, et ceux-ci lui mettront le sceptre dans la main. Que le roi se garde donc de se hasarder en Hongrie ; même en Autriche, qu'il se défie, qu'il craigne les pièges, le poignard, le poison. Aucun ipoyen ne répugnerait à Himyadi (1).
Tels étaient les odieux mensonges que Cilley et ses complices, entre autres Gara, répandaient journellement autour de Ladislas. Le pauvre Posthume, blêmissant d'épouvante , se livra corps et âme à ceux qui se prétendaient être les protecteurs dévoués, les sauveurs de sa vie et de son trône.
Coimaissant la versatilité de Ladislas , craignant qu'un conseil venu de Hongrie ne ruinât tout à coup l'échafaudage d'infamies qu'il avait si laborieusement édifié , Ulrie
(1) Pray, III, p. I3S.
4t4 ilAH DE HUMYAD.
de Cilley s^empressa de pousser les choses à rextréme. Coimne il était fort difficile de mettre la main surHunyadi, en Hongrie même, il amena le roi à écrire à son Capitaine général qu'il avait à l'entretenir de vive voix d'afiTaires de la plus haute importance, et qu'il fallait qu'il ne retardât, sous aucuji prétexte , sa venue immédiate. De la sorte , on pourrait tendre un piège à l'ex-Gouverneur du côté de Vienne, et, sans bruit, le faire disparaître.
Jean de Hunyad, aussitôt après la réception de la lettre royale, se mit en route. Averti à temps par ses amis d'Autriche, il suspendit son voyage et répondit au roi qu'il était prêt à lui obéir, à se rendre à son invitation, mais que l'appeler en dehors des limites hongroises, quand son devoir ne l'y obUgeait point, ne lui paraissait ni légal, ni sùr(l]. Ce refus servit Cilley. Hunyadi ne vient pas; donc il est coupable. Séduit par cet argument, en appar rence irréfragable , Ladislas le Postume autorisa Ulric à agir comme bon lui semblerait
Cilley tenta bientôt un second essai. Mais comime il n'était pas aussi rusé que méchant, il dressa si maladroitement ses embûches, que son ennemi, malgré son aveugle loyauté, ne put s'y laisser prendre. Au nom du roi, il donna donc rendez-vous à Hunyadi sur les confins de l'Autriche et de la Hongrie, à Kôpcsény. Jean, qui ne voulait pas que sa légitime prudence fût taxée de trahison, s'y rendit, mais ne négligea point d'emmener deux mille cavaliers dévoués. Non loin de KOpcsény, il s'arrêta et fit avertir Ulric qu'il attendait les ordres de Ladislas le Posthume, et qu'il était prêt à recevoir son envoyé. Cilley dépêcha aussitôt un de ses hommes d'armes, avec cette réponse :
« — • Au nom du roi , je suis venu. Adonc , il convient « queje capitaine me rende visite, à moi, qui lui apporte les
(1) Pray, P. UI, p. 133.
c< ordres de son souverain. D^ailleurSy suis-je de race si inc< iime qu'il me faille céder le pas à Jean de Hunyad?... »
Hunyadi répliqua :
<( — D'ordinaire les députés doivent les honneurs à ceux « vers lesquels on les envoie. Sous le rapport de la noblesse, « Je ne sais comment me mettre en parallèle avec le comte «( deCilley;àmoinsquecelui-cinemecompare, nonàsesan- « cètres, mais à sa propre personne. Or, moi, par ma valeur a et mes victoires sur les Turcs, j'ai obtenu que la gloire de <( ma famille datât de moi-même; car j'ai éclipsé le renom « de mes pères. Du reste, Ulric n'ignore pas que, d'après la « coutume hongroise, moi, qui ai été Gouverneur, qui ooft cupe encore le premier rang après le roi, je marche trèsce loin par-devant les comtes de Cilley, bans d'Ësclavonie ( 1 ) . »
Ayant ainsi appris à son ennemi qu'il n'était point dupe de ses ruses et qu'il le méprisait, Jean de Hunyad rebroussa chemin.
Furieux d'avoir manqué son coup, Ulric, avec plus de ténacité que jamais, diffama le Capitaine général , excita contre lui la haine du roi et trama sa perte de quelque manière que ce fût.
Voyant que Ladislas persistait à suspecter sa fidélité^, Jean de Hunyad résolut d'aller lui-même en appeler du roi trompé et corrompu par la malveillance au jeune prince Uvré aux seuls instincts de son cœur, aux seuls conseils de sa raison. Il partit pour l'Autriche ; mais, avant de s'engager en pays étranger, il demanda un sauf-conduit, qu'on daih gna lui promettre. Il n'était plus qu'à huit milles de Vienne, lorsque, ne voyant point arriver lesdites lettres de sûreté , il s'arrêta ^t les fit reclamer. Un noble cavalier, Lamberger, ^int lui annoncer qu'il eût à se porter au-devant du roi , qui venait de sortir de la ville avec Ulric de Cilley, et
(I j BoD6nii, decad. m, L. VII» p. 4M,^ Pray, P. IIl, p. 134.
queVun etrautren^étaientpas loin. Jean se remit en marche. Cependant personne ne venait au-devant de lui. La campagne était déserte. Très-inquiet, redoutant une embûche y le capitaine se reposa encore , non loin des port^^ de Vienne, dans une \illa. Impatient de tant de lenteui-s, Cilley advint lui-même ; afin de n'éveiller aucun souprou , il n'amenait avec lui que quarante cavaliers.
« — Montez à cheval, cria-t-il à Hunyadi. Le roi arrive. u qu'il ne vous attende pas!
<x — Les champs sont Ubres au loin, observa Jean, et je « ne vois venir ni le roi, ni aucun autre.
« — A cause de la chaleur, ajouta Cilley, le roi s'est mis « à l'ombre là-bas, entre ces vignes et ces arbres.
et — Et le sauf-conduit?
« — Le roi vous le remettra. »
Hunyadi se tourna vers Lamberger et lui dit :
« — N'est-ce pas (jue vous avez menti, chevalier? »
Lamberger courba la tète sous le franc coup d'œil du Magyar et répondit :
a — Ce que le comte m'a ordonné d'affimer, je Tai af- « firme. S'il y a quelque erreur, prenez-vous-en à lui. Que « celui qui a ordonné se défende. Moi, j'ai dû obéir. » |
Jean fronça le sourcil, lança sur Cilley un regard de co- î 1ère et lui jeta ces mots à la face :
a — Et c'est ainsi que tu prétends te jouer des hom- « mes !... Tu veux me surprendre par la fraude; moi, je ' « puis te saisir par la force. Tu m'as creusé un piège ; tu y , « tomberais toi-même, si je voulais. Qui peut m'empêcher , « de me venger de toi, de te châtier conune tu le mérites? 1 « Mon respect pour le roi te sauve. A lui, non à toi, je fais « don de ta vie. . . Mais garde-toi bien rie jamais réapparaî- i « tre (Ic^vant mes yeux ( 1 ; ! ... »
(1) i£neae Sylvii, Hist, Bohemiœ, cap. vi. — Kaprinai, Historia diplomafiva Lafh.<ilai, P. H, p. «46. — Pray. P. Hl, p. 134-135. 1
Et Jean de Hunyad fit signe à son escorte, et au galop s'élança vers la Hongrie, où il rentra sain et sauf.
Dès qu'on sut l'attentat dont le héros avait failli être victime, une profonde indignation se manifesta dans le peuple hongrois. Des cris de haine furent proférés contre l'odieux riric de Cilley et même contre sa pauvre petite créature, dont la faiblesse menaçait de devenir dangereuse, contre Ladislas le Posthume. Des nobles accoururent en grand nombre se joindre aux amis intimes, aux parents, aux vieux compagnons d'armes du Capitaine général , et firent briller leurs épées, prêts à exterminer tous ceux qui oseraient attaquer le sauveur de la patrie. Parmi eux on remarquait des personnages de la plus haute illustration, les Szilâgyi, les Szekeli, les Kinisi, les Roszgônyi (1).
Aussi puissamment soutenu, aussi indignement rémunéré de ses loyaux semces, Hunyadi pouvait se croire autorisé à combattre ceux qui, par leurs intrigues, empêchaient la nation de se préparer à la guerre ottomane et partant compromettaient son présent et son avenir; il pouvait, avec autant de droit que quiconque, se croire digne de gouverner un pays que tant de fois déjà il avait sauvé au péril de sa tête, exercer une légère pression, au nom du salut public, sur l'opinion déjà très-bien disposée en sa faveur, renverser ce souverain de quinze ans, plus allemand que hongrois, qui s'abandonnait à la direction d'un scélérat, et se mettre à sa place, lui, honune, soldat vaillant, patriote éprouvé.
Mais il répugnait à son inflexible probité de violer ou d'éluder les lois de son pays. Jusqu'alors il avait continuel-
(1) Thwocxi» p. IV, np. uu.
4i8 JEAN DE HUNTAD.
lement immolé sa personne et son intérêt au devoir : il persévéra dan* le sacrifice. Il apaisa l'irritation sans cesse croissante des bons citoyens, qui lui offraient Tassistance active de leui's bras, les contraignit à remettre dans le fourreau leurs sabres déjà tirés (1), et, se contentant de l'autorité que lui conféraient les déciets de la diète , poursuivit son œuvre de salut.
Toutefois, ne se croyant pas eu sûreté, il voulut au moins assurer sa chore famille contre les embûches de ses ennemis. Comme la fiancée de Mathias^ Elisabeth, fille de Cilley, était morte prématurément, il demanda pour être mariée plus tard à Ladislas, son fils aîné, la fille de Gara. De la sorte, il espérait rendre moins redoutable à ceux qu'il laisserait après lui les Gara, les Cilley et leurs complices.
A cela se borna toute la pohtique personnelle de Hunyadi. Le héros était père. Pour lui-même, il ne craignait rien : sa conscience était satisfaite. Mais pour ses enfants, il craignait tout. Pour eux il sut dominer son orgueil, implorer des gens que, seul, il aurait poussés du pied.
Nouveau sacrifice. Nouveau devoir admirablement rem-
pu.
Cependant les Turcs achevaient et affermissaient la conquête de l'empire grec. Le malheureux résultat de leur dernière tentative contre la Serbie leur avait démontré une fois de plus que, du côté du nord-ouest, ils rencontreraient une sérieuse résistance. 11 leur sembla donc inotile de pousser dans cette direction de faibles années qtd, presque toujours, seraient vaincues et reviendraient aox trois quarts détruites. Au lieu de s'exposer à des pertes
(1) Palma, P. U, p. âd8-29G.
qui, accumulées, finiraient par devenir considérables, ils préférèrent se mettre d'abord en sftreté au sud et à Test, attendre ou préparer une occasion, puis lancer tout à coup une innombrable horde sur rOccident.
Voilà pourquoi, sans doute, de 1454 à 1456, les Turcs n'inquiétèrent point les Magyars. Ceux-ci auraient dû se défier d'une paix irréelle cachant un piège, et employer ces précieux mois de repos à d'énormes préparatifs. La diète de 1453 avait voté des armements considérables. En 1455 ils n'étaient pas efTectués : on sait pourquoi.
Un nouveau pape venait de monter dans la chaire de saint Pierre, CaUxte III. A peine couronné de la tiare, il poursui\it l'œuvre de son prédécesseur : la croisade générale contre les Turcs. Tout d'abord, il ordonna que des prières quotidiennes fussent adressées au « Dieu des armées, » qui seul était assez puissant pour raUumer le courage éteint de ses pauvres soldats mortels, pour élever la force de leurs bras à la hauteur du péril qu'il fallait vaincre ;i). Ensuite, comme Nicolas V, il dépêcha lettres et légats vers tous les princes de la chrétienté, les excitant à se lever en masse, à courir reprendre Constantinople aux infidèles, à venger enfin l'honneur du nom du Christ, dont depuis si longtemps ils ne s'inquiétaient guère. Naturellement fort respectueux envers leur chef spirituel, les rois et les princes protestèrent de leur zèle, accumulèrent promesse sur promesse, mais ne prirent point les armes, gardèrent leurs soldats et surtout leur argent. •
Désespérée de l'insuccès de tant d'efforts, la papauté se tourna vers l'unique chevalier de la chrétienté, vers le peuple hongrois. Nicolas avait envoyé de ce côté un pieux frère franciscain, Jean de Capistrano, avec mandat de prêcher et d'organiser une croisade dans tous les pays catbo-
(1) Raynald, Annaiei Ecclesiœ, ad. ann«t458.
490 JEAN DE HUNYAD.
liques du Danube (1). Calixte renouvela sa missioD et lui adjoignit un auxiliaire, le cardinal diacre de Saint-Angéli. Le moine devait surtout agir sur les populations, prêcher la guerre sainte, rassembler et armer les volontaires. Le prélat était spécialement chargé de la diplomatie : à lui d'apaiser une querelle très-épineuse que Cilley venait d'exciter entre Frédéric III et son jeune parent; à lui d'opérer la réconciliation entre Ladislas le Posthume et Hunyadi, en un mot, d'éloigner de la Hongrie tous les embarras qui la gênaient et de la lancer, une et forte, contre les maîtres de Byzance.
Le différend avec l'empereur fut vite apaisé. Mais il fut plus difficile de rendre la raison au pauvre enfant, qu'Ulric avait corrompu. Il fallut même de grands efforts d'habileté et de délicatesse poiu* étouffer la juste rancune du loyal Capitaine contre son souverain, envers lui si injuste, si ingrat.
Pendant donc que le cardinal de Saint-ÂngéU travaiUait de son côté, le pape lui-même, très-intéressé dans la question , daigna mettre la main à l'œuvre de concorde. Eu septembre 1435, il écrivit de nombreuses lettres à divers personnages auxquels il supposait une influence soit sur Jean, soit sur Ladislas. Sachant que l'un et l'autre, ils estimaient et aimaient le cardinal archevêque d'Esztergom , Deuys Széchi, il lui recommanda d'employer toute sou autorité au rétablissement de la concorde entre les deux premiers personnages de la répubUque magyare.
Denys se rendit à Vienne et put parler au roi. Il énuméra les services de Hunyadi , attesta , prouva sa fidéUté constante, sa rare modération; et, les calomnies • détruites, se hâta de démontrer combien il importait au salut du trône et de la patrie de ne point mécontenter
(1) Thuroczi, P. IV, cap. lu.
le seul ennemi que redoutât Mahomet, le seul général qui possédât la confiance illimitée des Hongrois et de tous les chrétiens. Ebranlé par tant de vérités, Ladislas fit aussitôt mander à Hunyadi qu'il regrettait d'avoir si mal agi à son égard, et que tous ses soupçons avaient disparu pour jamais.
Jean de Hunyad hésita quelque temps à accueillir les avances royales. Il avait le droit d'être soupçonneux. Mais l'archevêque d'Esztergom lui ayant ordonné de les accepter, au nom de la patrie périclitante , il se soumit sans arrière-pensée.
La concorde fut donc rétabUe aux conditions suivantes : Hunyadi, maintenu Capitaine général du royaume, aurait la direction suprême de la guerre contre les Ottomans, administrerait librement le budget annuel consenti par la diète, et occuperait toutes les places de la frontière menacée par l'ennemi ; seulement il résignerait le commandement des autres forteresses, et, à la première occasion, enverrait à la cour son fils Mathias, qui y serait élevé sous les yeux du souverain (I).
Malgré le reste de défiance qui ressortait de ces deux dernières stipulations , Jean accepta la paix telle qu'on avait daigné la lui faire. Avant tout, il se devait à son pays et à sa foi.
Les agents du pape , qui avaient réussi à mener à fin cette utile récouciUation , comprenaient fort bien qu'elle ne serait pas définitive avant d'avoir été consacrée par un acte pubUc émanant de la générosité royale. Il importait de prouver à la Hongrie, très-mécontente des iujuies
(1) iEncae SylTÎi, De rébus Friderid llï, P. MI. — Gérard de Roo, //istorin Austriœ, L. VI. — Pray, P. Ul, p. ti4.
m JEAIf DE 9UKTAD.
faites à son héros , que le souverain était bien à Tabri des paauvaises iiiilueuces, et qu'il saurait désonnais reconnaitre la haute valeur de son Capitaine général.
Bi^n conseillé, LaïUslas le Posthume s'empressa donc de renouveler le solennel hommage de 1453, de témoigner une fois eiieore de sa rt'tonnaissance et de son estime envers rex-(iOuverneur de son royaume.
Par un diplôme ilaté du 28 avril 1456, de Bude, revêtu du grand sceau du roi, — contre-signe par le grand chanceher Denys, archevècjutî d'Esztergom, par les divers prélaU composant le sénat royal, par le palatin Ladislas de Gara, l(»s vajvodes de Transylvanie, Nicolas Ujlaki et Jean de Roszgony, par le juge de la cour Ladishis de Palôcz et les différenti^ digiiitidres du pahds , enfin, par Ulric « l'illustre comte de Cillt^y et de Zagor, » — toutes les donations de dignités et de terres, précédemment faites en faveur do llunyadi Jânos, sont déclarées bien et dûment authentiques et irréfragid)les, soit dans leur teneur générale, soit dans la teneur de chacune de leurs clauses particulières (1).
(i) Ladislaus, etc ambas litteras (30 jan. 1453), nonobrusas, Don
cancf'llatas, n(M|uc in alia sui parte suspectas, ymnio mcrc et sincère vcritatis inicjîriiaie prcî^ollenies <le veibo Qff verbuin prapsenlibus insertasquoad omnes earuni continencias, articules et clausulbs, in quantum eodem justo modo, et de re^çni nostri foni.uctuiline sine prauilate sunt emanaie, viribusque eaxum vcriias suffragalur, acccptanius, npprobuiruiset ratiticanius, ect. (Teleki, t. X, dipl. ccxLv.) — Faisons mention ici d'une autre lettre royale du 7 avril de la même ani'éc, en vertu de laquelle le r<>i reconnaît que HunyaJi a prêté k l'Etal 20,000 florins d'or et en co!isé(|uen«'e lui abandonne le titre et les revenus de comte de Teniesvar juscju'a rentier paiement de la somme sus-éuoncéc. — Quod quia fulclis nobler grute <lileclus, Spectabilis et MagniGcus Johanoes de Hunyad, etc., majcstati nosire ad presens octo millia florenorum auri... Bssignavit, volenles igitur nos eunidem Johannem comitem de redhibitione tam ipsoruin octo millium. . . quam elium aliorum duodecim milliuoi florenorum auri, quos. . . nobis alias. , . nssignavit. . . eertum reddere. .. Castruni n(tstrum Tliem(>s\var. . . cum li()n«)re comiiatus... Johanni de Hunyad... insorihimiis. . . ac possidciulum et liabcndum «lonec nos aut successoros nostri... sibi aut suis beredibiis. . . de vif^'inti millibus florenorum auri salisfacere potenmus aut potcruut, etc. (Teleki, t. X, dipl. ccxi).
BELGHADE. ilS
Une autre pièce y émanée du conseil du roi, confère au comte de Besztercze le château de Budischa, en RasciCi avec le territoire, les villages, mines, cours d'eau et tout ce qui en dépend, à titre perpétuel et irrévocable — 12 mai 1456. Ses considérants rappellent et confirment ceux de l'inscription du 30 janvier 1453. Les voici :
« Ladislas , par la grâce de Dieu, etc.,
« Parla teneur des présentes, Nous recommandons et signifions à tous ceux auxquels il est utile (ce qui suit).
c( Comme rien n'assure davantage la stabilité d'un royaume que l'amour des sujets, il convient toujours aux princes de se montrer, par leur munificence, libéraux envers leurs serviteurs, afin de se les concilier par de continuels bienfaits, afin de gagner leurs zélés services par l'affection plutôt que par la crainte, et de les affermir dans la fidélité (ij.
a r/est pourquoi , sous ce point de vue , Nous avons considéré la très-illustre loyauté, les vertus admirables, les multiples et très-forts senices en tous genres de notre fidèle et sincèrement aimé , Tlionorable et magnifique Jean de Ilunyad , ci-devant (iouverneur de notre royaume de Hongrie , actuellement comte pc^rpétuel de Besztercze, qui, s'il brille au-dessus des autres par son intègre fidélité, par sa puissante valeur, jusqu'à cette époque de notre âge , fut aussi de notre royauté, de notre honneur et de ce royaume le conservateur magnanime et la colonne. Ses belles et magnanimes actions, tant à cause de leur splendeur propre, que parce quo déjà nos privilèges, précédemment écrits, les ont plus en détail recommandés aui siècles futurs, pour le moment. Nous avons résolu de ne
(I) Quotl cum rrgnuni siabile nirhil ma«:is quam amor subditoruiu perficiat, expeilil sempcr pnncipibus gesia muniticmpiasuisct redderr libérales ut duni seruitores, coutinuis bcnofiriis sibi conciliant, eos amore pocius quam timoré promptos suis obsequiis alliciant, firmosque in fide faciant.
4M JEAN DE RUNYAD.
les point spécifier; mais cependant, comme Nous en a^ous été informé par un témoignage digne de foi, Nous pour vons rapporter et avouer ceci (1) :
« Notre royaume de Hongrie, durant les années de notre enfance, et lorsque Nous >ivions élevé à l'étranger, au dehors attaqué par la tyrannie des Turc^, au dedans bouleversé par de très-graves dissensions et parricides , se trouvait placé à deux doigts de sa ruine; grâce aux soins im- OUES ou srnTOUT aux solns de JEAN LLi-MÉME , grdce à sa magnanimité , à ses victoires fréquemment remportées ,
(notre royaume) put arraché aux invasions extérieures ET
MU GUERRES CIVILES , ct non-soulemenl fut conservé , mais encore, par l'extension de ses frontières, magnifiquement augmenté, pour Nous et en notre nom, tenu et gouverné; enfin, dans ces derniei-s jours, la possession pacifique de ce
MÊME ROYAUME NOUS FUT FIDÈLEMENT RESTnUÉE (2).
K Adonc, à l'avantage et à l'honneur de cet homme bien méritant, qui, en tant d'actions et d'affaires du royaume, non-seuloment a perdu phisieurs de ses plus cheis
(1) Considerauiinus ituqiic lioc resprciu clarissiniam lideni virtutesqut: magnificas, inullimoda obsequioruin gênera et fortissima fidelis nostri sincère dilecti Spectabilis et Magnifici Johannis de Hunyad pridem regni nostri Huagaritf gubernatoris nunc vero coniitis perpetuî Bisztriciensis, qui sîcut integritale fidei céleris clarior iia potcnii virtute usqae ad bec nostre elaiis teuipora Regii status ac bonoris et huius regni couseruator magoaniroas (un et columpna. Que quidein egregia ac magnifica gesta tum propter sui magniiudiuem, tum Tero quia ea iam pridem scriptasuperinde priuiie|(ia noslni laciori sermone futuris commendarunt seculis, ad presens quantum ad eorum specificacionem preterire constituimus , base tanien superinde prout fide digne lestimonio docemur referre possumus et coofitcri,
(2) Quod hoc Regnum nostrum Hungarie, quod prcteritis annis nohis extuac apud incunabulis et aliénant educationeni etalem agentibus foris Teucrorum grassante tyranuide et iutus grauissiniis dissensionibus et parricidiis coufluctuans in pendenti ferme ruina posiium extiterat, ipsius Johannis vel sola Tel maxime industria magnan imita te illustribus actibus et bellis maiima virtuie confectis , crcbrisque reporiaiis vicloriis lam externis malis quam ciTilibus bellis ereptum atquc non solum seruatum est sed et dilatatis suis confiuibui Diagnifice augmentatum noblsque et sub nostro nomine tentum, tutatum, gubematum ac postremo diebus hijsejusdem regni posscssio pacifica fideliter nobis est reslituta (Teleki, t. X, dipl. ccli).
amis^ frères et parents, enlevés par la calamité de la guerre , mais encore, plus d^une fois , a répandu de son propre sang, (Nous) désirons lui continuer notre libéralité, et même le combler de bénéfices. »
Suit la donation.
Confirmer ainsi les éloges et les récompenses précédemment décernés à Ilunyadi , les fortifier par de nouveaux hommages et de nouvelles faveurs, c'était rétablir sur sa base la position du Capitaine général, non moins que celle du souverain ; c'était réunir en un vouloir unique , pour le bien de la patrie , deux volontés également puissantes et malheureusement ennemies , la volonté de Jean de llunyad et celle de Ladislas le Posthume , la volonté du peuple hongrois et celle du roi de Hongrie. Dans les circonstances graves où alors se trouvait la patiîe, eu face dû Turc victorieux , une telle réconciliation était plus qu'un fait heureux et juste, c'était un acte de salut public.
Mais Ladislas se souviendra-t-il longtemps de ce qu'il a proclamé et promis ? Qu'importe ! Jean aura le temps de parachever sou œuvre et de moiuir.