HAUTE VALEUR
La paix de TEurope eût été à jamais délivrée du péril qui Ta le plus souvent troublée depuis un demi-siècle.
La Turquie victorieuse , au contraire , voici ce qui arrivera :
Ce sera, au lieu de l'amputation qui Teût sauvée, la gangrène dont elle mourra.
Comment se relèvera-t-elle de sa banqueroute ?
N'ayant plus le prétexte de la guerre, que répondrat-elleà ses créanciers qui viendront réclamer impérieusement qu'on leur paye tout au moins le dividende formellement promis par la fameuse Déclaration de la Sublime Porte du 6 octobre 1875 ?
Quelle suite donnera-t-elle à ses réformes pompeusement annoncées ? Les accomplira-t-elle ou les abandonnerat-elle ?
Comment se répareront les dévastations de la guerre ?
Comment s'oublieront les atrocités commises à l'ombre de ce nom ?
Comment s'amortiront les haines du vaincu plus inextinguibles que jamais ?
Quelle digue sera assez forte pour arrêter les débordements du vainqueur ivre de fanatisme ?
Puis, si, comme il y a lieu de le conjecturer, nonobstant ses sultans les uns assassinés, les autres déposés, coup sur coup, son gouvernement est plus impuissant que jamais à réprimer les abus et les excès d'une autorité sans limites et sans contrôle, si le sort des huit millions de chrétiens , ses sujets en Europe, est plus lamentable encore dans l'avenir que dans le passé, quelle sera vis-à-vis d'elles-mêmes et de leur conscience la responsabilité morale des puissances
qui, en 1853, prenant parti ponr la Turquie contre la Russie, ont empêché la délivrance de ces huit millions de chrétiens, conséquemment maintenu Tesclavage, le trafic des femmes et la castration des hommes préposés à leur garde?
Quelle sera la responsabilité morale de TAngleterre ?
Quelle sera la responsabilité morale de la France ?
Quelle sera la responsabilité morale de Fltalie ?
Quelle sera la situation du gouvernement russe, paralysé vis-à'vis de son peuple indigné ?
Quelle sera également la situation de T Autriche, le proche témoin de toutes les souffrances des malheureuses populations de THerzégovine, de la Bosnie et de la Bulgarie, sur lesquelles le joug ottoman s'appesantira plus terrible que jamais ?
Les difficultés les plus grosses, pour le gouvernement ottoman, ne sont pas celles qui finiront le jour de la signature de la paix ; ce sont celles qui commenceront.