‹ La honte de l'EuropeChapitre 17 sur 18 · LA SAINTE ALLIANCE MARITIME · texte numérisé non relu

LA SAINTE ALLIANCE MARITIME

11 feptembre 1876.

Quelle utopie de publiciste ! — Je nie que ce soit une utopie ; mais si c'en est une , en tout cas ce n'est pas nne utopie de publiciste , c'est une utopie d'empereur, car conception et nom de la chose appartiennent à Napoléon I^ :

Dks 1800, la SAINTE ALLIANCE MARITIME que poursuivait Napoléon avait donné la mesure de ce qu'exécuterait TEmpereur.

LA HOKTB DE L*KVBOFK. n

Aussi lun, Tidée npoléoÙMe, ^wie s«kib 4armiM oat &ile gverrièra cl conqaéraale» 4*iMastmlle H eommtnidt qm'ék éuhen réftBlè, a«ail-dk pov okjet k uns ir iJU t asML icumv des paiples (1).

Le 12 juin I8I6, le laincii de Waterioo dicteit cette rè^e de conduite :

Nous deions nous nbaHie dliuimiii sur lu uuk xaviuahuk UES uns el rENTIÈRS UBERTC d*uu écuahu dsitkkbl.

Hais non , mais non , Tunion maritime européenne n'est pas une utopie» car elle ne tardera pas à être la nécessité.

Il est visible k tous les regards que le vieux monde européen tombe -en ruine ;. bientôt il n*en restera plus rien. De petites principautés sont devenues de grands empires, et plusieurs royaumes n*existent plus même de nom. Ses idées, ses intérêts, ses ressources, ses besoins ne sont plus ce i)u'ils furent et ne sont pas encore ce qu'ils seront.

Un continent, si vaste qu*il soit, ne se suffit plus. L'Europe a besoin de l'Amérique, de TAfrique, de TAsie, soit pour s'approvisionner, soit pour écouler les produits qui excédent sa consommation et forment sa base d'échanges.

L'Amérique, l'Afrique , l'Asie ont besoin de l'Europe.

Si l'Angleterre n'avait pas l'Asie et le monde entier pour marché, que deviendrait-eUe? Que deviendrait son industrie? Que deviendrait son commerce? Comment nourriraitelle ses populations laborieuses?

Si le fleuve de l'émigration allemande n'avait pas pour embouchure les États-Unis, que deviendrait-elle? où s'écoulerait-elle ?

Si la France n'avait que les Européens pour tributaires de .son industrie , à quel chiffre ne descendrait pas le total de ses exportations?

(1) F. M PKBnonr, tOceidmUfiwnfûii, 1834.

7^ 'jimno» ne u.%3atm iwnk.

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\ jk xtv f^um 1 roffI«-s & «aanpdr la nan^ptioB à vapear, ««M r>:{oiu?re «iaos ««b virrinp ai pcirt ie Jcatimliaii ^œ ripf«l«* 'fan« a anrriie.

Ott^ navîîjatuNi «TeiiM!é« a èti* one inuiicnse et hieiifiu-' *imt^ r^^'Anûnn *lont p«tt d*esprtU. très-pen d*espri^, se •/smdetU ^nejvn esKUnseni mmple. A peine si les gonersein^iifii ««» iooteiit èp^ «m imineiisiLe ! Le bandeau de la nm- .ine !#?'< av^mqle,

P^up(<?9 et ^ooTernements semblent être parfont les dcnx #»ttrémîu*^ d'an même levier mis en monvement : rime s*a- Ua'î^mnt en même temps qne Tantre s'élève. Parfont les (^espief ^praïuiissent, et parfont les gonremements s'amoinrffi^f^nt; parU>ot h raisim popnlaîre est en progrès, et par- Ufni i'euprit gonvememe nl al est en décadence.

(>fi il tàat arrêter le progrès de la raison parmi les penpies, on ff haï innèîer k décadence de Fe^Nrit parmi les gonrer-

Snmnh le» gooTememenii n*ont en besoin de pins de

prfnii^fi , jAmab il« n*en ont en moins.

A /(rfOf cel/i tient^il? C'est qa'ils voient les questions on /'lle# ne mmî plan et qa*ils ne les voient pas où elles sont.

Hii% temps où la navigation à voiles était docilement sonrrifse hii hon plaisir et aux caprices et foreurs dn vent, il Hnii lo;(i/|iie et natorel que la politique du morcellement torrHormi dominAt la politique de Texpansion maritime. Mft)i ilr|Hili que la navigation à vapeur s'est emparée souve-

rainement de runiversalité des mers, il n'est plus logique, il n*est plus naturel que ce ne soit pas la politique de Tex* pansion maritime qui domine la politique du morcellement territorial. Cela ne s'explique que par la lenteur des gouver* nements à comprendre ce qu'un progrès de la science , ce qu'une invention du génie de Thomme peut renfermer en germe de réformes fécondes et nécessaires.

Ln mot caractérise et résume partout leur politique; c'est le mot : trop tard! Mais s'il s'agissait d'un capitaine de vaisseau qui eût attendu d'avoir échoué pour s'apercevoir qu'il y avait un écueil facile à éviter, ou d'un colonel de régiment qui se fût laissé surprendre et désarmer par sa faute, ces mêmes gouvernements les feraient impitoyablement juger. Ne seraient-ce pas eux cependant qui, en raison de l'importance de leur tâche, devraient, sous peine de crime et de châtiment, donner l'exemple de la vigilance?

En septembre 1866, il y a juste dix ans, j'écrivais :

tt En réalité, il n'y a point de question européenne d'Orient ; il n'y a qu'une question de liberté des mers à garan* tir par le désarmement et la neutralisation en droit et en fait de tous les détroits, à commencer ou à finir par le détroit des Dardanelles.

tt Toutes les puissances maritimes , sans exception d'une seule , même l'Angleterre , ont intérêt à ce que la liberté et la sécurité des mers soient entières, à ce qu'il n'existe plus sur aucune mer ni féodalité ni piraterie.

tt Plus de mers fermées par des traités ! Plus de mers barrées par des canons !

tt Dans un avenir qui ne saurait être éloigné , la force re* lative des nations maritimes se mesurera exclusivement au nombre des navires que chacune d'elles s'enorgueillira de compter.

tt Si l'Empire turc, s'effondrant sous le poids de ses dilapidations, disparait dans le gouffre du déficit que creuse cet

76 QUESTIONS DE L'AKfNÉE 1876.

État avec une aclivité qu'il ne met qu'à celte tâche , Angleterre, Autriche, Espagne, France, Italie, Portugal, Russie et Suède en seront quittes pour ériger Constantinople en ville libre toujours ouverte et en port franc.

tt Constantinople , avec sa population flottante, compte 1,100,000 âmes; sa population fixe est de 855,000 habitants. Cette ville a donc à elle seule et par elle-même une importance qui suffit à son inviolabilité.

a Savoir si les Turcs valent plus ou valent moins que les raîas ; si les musulmans valent plus ou valent moins que les chrétiens d'Orient, que les six nations j — la nation grecque, la nation arménienne , la nation arménienne-unie , la nation israélite , la nation catholique , la nation protestante , — est une question intérieure , une question turque : ce n'est pas une question extérieure, ce n'est pas une question européenne. L'Europe n'a rien à y voir, et n'a pas plus à s'en mêler que du sort des Romains à Rome ou des Espagnols en Espagne. Une seule question intéresse l'Europe en droit et en fait : c'est la question de liberté , de neutralité et de sécurité maritimes.

tt Réduite à ces termes vrais , réduite à ces termes étroits, il n'y a plus de motif, il n'y a plus de raison pour qu'en prévoyance de la chute de l'Empire turc et des conflagrations que pourrait causer cette chute, l'Europe se ruine en armées permanentes, dont le poids écrasant est un immense obstacle à l'essor de son commerce , de son industrie et de son crédit, ce levier d'une puissance incalculable '. »

La question est restée en septembre 1876 dans les termes où je la posais en 1866. Elle n'a point fait un pas en avant depuis dix ans, quoique la justesse de la solution indiquée fût évidente.

C'est en vain que je n'ai cessé de répéter sous toutes les

(1) LE SUCCÈS. Queftioni de lannëe 1866. Les questions sxTiBiBiniBS, p. 356.

formes et en toute occasion : a II n'y a pas. de question d'Orient, il n'y a qu'une question de détroits. Or, toute question de détroits est une question de liberté de navigation. » J'ai crié dans le désert; hormis Moustapha-Fazil-Pacha , il ne s'est pas trouvé dans toute l'Europe un seul homme d'Ëtat pour m*entendre et me comprendre. Que font donc les hommes d'État? Ils laissent à des générations entières le temps de s'exterminer, quand ils auraient pu en empêcher Textermination ; ils laissent des armées leur donner l'exemple de tous les crimes , de tous les excès , de toutes les atrocités ; ils laissent la dévastation du sol réduire les populations à la misère , quand il eût été si simple de répandre parmi elles le bien-être par le travail.

La vieille politique, la petite politique, la politique du morcellement territorial , la politique de la rivalité , la politique de la guerre , la politique du cardinal de Richelieu et du prince de Bismarck se résume dans ce mot :

La terre.

La politique nouvelle, la grande politique, la politique de l'expansion maritime, la politique de la réciprocité, la politique de la paix , la politique de Christophe Colomb et de Ferdinand de Lesseps se résume dans ce mot :

. La mer.

Avant que cette vérité se soit fait jour dans leur esprit , combien de temps faudra-t-il encore la répéter aux ministres qui tiennent dans leurs mains les destinées de l'Europe? Quand donc, enfin , comprendront-ils que lirerté maritime et UNION européenne sont synonymes , que le nouveau droit européen aura pour fondement le droit a la mer et que le grand mot sacramentel ne sera plus : équilirre^ mais

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