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Rapport de M. Gauvin, I. C

Ce lac pourrait constituer, pour la régularisation du débit de la rivière Maskinongé, un réservoir important. Ses bords sont presque partout assez élevés, excepté dans le voisinage de l'origine de la rivière dont il s'agit.

M. l'ingénieur Gauvin, du ministère des Terres, a relevé sur le cours de cette rivière, plusieurs cascades d'une certaine importance : la cbute à Lauzon, qui peut donner 900 chevaux- vapeur ; la chute du Poste, 540 chevaux, et la grande chute de Sainte-Ursule, force hydraulique très remarquable, car sa hauteur est de 220 à 230 pieds, avec une capacité de 4,000 chevaux-vapeur.

M. M. Théodore Lefebvre, de Montréal, a fait l'acquisition, en 1907, de toutes ces cascades.

Rivière du Loup. — La rivière du Loup, dans le comté de Maskinongé, est un cours d'eau navigable et flottable. Son bassin embrasse une superficie d'à peu près 640 milles carrés, dont 570 environ en amont de Saint-Paulin.

Les principales cascades sont la chute du Poste où il est possible de développer une force de 400 chevaux, la chute à Yîle à Baribeau, 270 chevaux, la chute aux Trembles qui se trouve sur le canal de droite de l'île Juineau, 1080 chevaux, la chute aux Chaudières, 6000 chevaux, la grande chute ou chute à Magnan, située dans la paroisse de Saint-Paulin, à un demi-mille environ en aval du pont du chemin de fer du Grand Nord. Cette dernière cascade, de beaucoup la plus importante, peut produire 2,000 chevaux-vapeur.

A une faible distance en aval de la chute à Magnan, on rencontre deux cascades à 200 pieds à peu près l'une de l'autre, et qui ont chacune de 25 à 30 pieds de hauteur. Leur puissance collective, à l'eau basse, est d'à peu près 1000 chevaux-vapeur.

La majeure partie de ces pouvoirs hydrauliques a été concédée en 1907 à M. Henry-L. Auger, de Montréal.

Rapides du Coteau. — Dans le comté de Soulanges, les rapides du Coteau se rencontrent sur le fleuve Saint-Laurent, en face de la paroisse du Coteau du Lac.

Les experts estiment que ces rapides pourraient donner 10,000 à 15,000 chevaux- vapeur.

Rivière du Nord. — A signaler dans le comté de Terrebonne, la rivière du Nord qui se jette dans l'Outaouais. Dans la ville de Saint-Jérôme qu'il traverse, ce cours

d'eau fournit la force motrice à Tune des plus grandes papeteries du Canada.

L'un des meilleurs pouvoirs hydrauliques est celui que fournissent les rapides Sanderson, à deux milles de Saint- Jérôme et tout près de l'embranchement du chemin de fer Pacifique canadien. L'ingénieur C.-E. Gauvin estime sa capacité à 1200 chevaux-vapeur.

Lac Tremblant. — Dans le même comté, la chute de la décharge du lac Tremblant ou lac de la Montagne Tremblante, canton Grandison, située à deux milles environ de la station de la " Montagne Tremblante "du chemin de fer " Montréal et Occidental ".

Le lac Tremblant qui a une superficie d'au moins quatre milles carrés, forme un réservoir splenclide qui apporte une grande valeur à ce pouvoir hydraulique.

La chute a 36 pieds de hauteur, et c'est l'opinion de M. l'ingénieur Gauvin qu'en utilisant convenablement le lac comme réservoir, l'on pourrait obtenir une puissance constante de 800 à 900 chevaux-vapeur.

Rivière du Diable. — La rivière du Diable peut produire de son côté une force de plus de 200 chevaux. Sa principale cascade se trouve située entre les cantons Grandison et Wolfe.

Rivière Ouareau. — Dans le comté de Montcalm,la rivière Ouareau, désignée aussi sous le nom de rivière du lac Ouareau, est un cours d'eau très important. Principal affluent de la rivière l'Assomption, elle est en quelque sorte, à certains points de vue, plus importante que cette dernière elle-même en amont de leur point de jonction, alimentée qu'elle est par deux grands lacs, le lac Archambault et le lac Ouareau, qui, constitués en réservoirs, servent à en régulariser le débit.

Les principales cascades sont la chute Magnan, la chute Darwin et la chute Manchester.

La première est située dans le sixième rang de Rawdon, à un mille environ du village. Sa hauteur est de 25 pieds et sa puissance d'environ 1125 chevaux- vapeur. Cette chute est exploitée depuis plusieurs années.

La chute Darwin est sise dans le quatrième rang du canton Rawdon, à un demi-mille seulement du village de ce nom. Là, la rivière Ouareau, très encaissée, coule entre des rochers abrupts qui atteignent en aval de la chute, 80 pieds de hauteur. La puissance absolue de cette chute, à

l'eau basse ordinaire, est de trois mille chevaux- vapeur.

La chute Manchester est située à un mille du même village. Elle a une hauteur de 37 pieds et sa puissance absolue est d'environ 1700 chevaux- vapeur.

La distance moyenne de ces trois chutes à la station de chemin de fer la plus rapprochée sur le Grand Nord, est d'à peu près huit milles.

Rivière Richelieu. — Nous avons affaire ici à l'un des principaux affluents de la rive sud du Saint-Laurent.

Cet affluent, la rivière Richelieu, prend sa source dans l'Etat du Vermont, à quelque 115 milles au sud de la frontière (le 45e parallèle) entre le Canada et les Etats- Unis, et reçoit, par ses nombreux tributaires, les eaux d'un bassin dont la superficie est estimée à 9114 milles carrés, la surface de la partie de ce bassin qui se trouve en amont de Chambly (Chambl y-Bassin) étant égale à environ 8554 milles carrés.

Depuis un point situé à un mille environ en aval de l'île Sainte-Thérèse jusqu'au bassin de Chambly, soit sur une longueur totale de quatre milles et demi, la rivière Richelieu n'est, on peut dire, qu'un rapide ininterrompu offrant sur chacune de ses rives de très beaux emplacements de moulins.

Le Richelieu, en amont du bassin de Chambly, a toujours été renommé pour ses pouvoirs hydrauliques, et de fait, depuis de nombreuses années, de grands moulins empruntant leur force motrice à ce cours d'eau ont existé sur ses bords. On y voit encore en différents endroits les ruines d'anciens moulins qui attestent en quelque sorte de la richesse de cette belle vallée clu Richelieu, que l'importance de ses pouvoirs hydrauliques a contribué si longtemps à rendre célèbre.

Du côté du village de Richelieu, et construite dans la rivière même, se trouve l'usine de la compagnie Chambly Manufacturing qui occupe une superficie de 208 arpents carrés, et les usines Willett, de moindre importance.

Le débit total de la rivière, d'après l'estimation de l'ingénieur de la compagnie, serait de 8800 pieds cubes par seconde, à l'eau basse ordinaire, débit qui correspond à une épaisseur d'eau de 8 pouces sur le barrage déversoir.

Ce volume d'eau, avec la chute disponible de 28 pieds, représente (à l'eau basse ordinaire) une puissance de 28,000 chevaux-vapeur.

La compagnie utilise actuellement 4 groupes de 4 turbines chacun dont la puissance collective, de 10,000 chevaux-vapeur, n'est que la moitié de la puissance totale pour laquelle l'installation a été faite.

Le pouvoir hydraulique exploité par la GJiambly Manufacturing Go., à Chambly, est admirablement situé sous le rapport des communications par eau et par voies ferrées. Il n'est qu'à 15 milles de Montréal, en ligne droite.

La compagnie se proposant de jeter un nouveau barrage sur la rivière, dans le voisinage du lot No 327 de Saint-Joseph-de-Chambly, la chute formée par ce barrage aurait, d'après M. l'ingénieur Gauvin, environ 17 pieds de hauteur et donnerait une force approximative de 17,000 chevaux- vapeur.

Du côté du village de Saint-Ours, la rivière dont le débit, en cet endroit, est de 2,000 pieds cubes par seconde, peut donner une force de 5,000 chevaux.

Ce qui donne de la valeur à la force hydraulique qui pourrait être développée à Saint-Ours, d'après M. l'ingénieur Gauvin, c'est le fait important qu'il n'y a pas, paraîtil, de frasil dans la rivière à cet endroit, et l'avantage très grand qu'a cette force de se trouver assez près de Montréal et très près de Sorel.

Dans les comtés du bas du fleuve, et notamment dans les comtés de Rimouski, de Eonaventure et de Gaspé, les ressources hydrauliques sont beaucoup moins considérables que dans les autres parties de la province. Quelquesunes d'entre elles méritent pourtant une mention spéciale.

Rivière Rimouski. — Il y a d'abord la rivière Rimouski, dont les sources remontent très loin dans l'intérieur. Ce cours d'eau traverse douze concessions du canton Duquesne, s'engage ensuite dans la seigneurie de Rimouski pour se jeter dans le Saint-Laurent, à Saint-Germain de Rimouski.

L'une de ses principales chutes connue sous le nom de Grand Sault est située sur le dix-huitième lot du cinquième rang du canton Duquesne.

La distance du Grand Saidt au fleuve Saint-Laurent, en ligne droite, est de 14 milles.

La hauteur de la chute est de cinquante pieds, et M.

l'ingénieur Gauvin porte sa puissance absolue à environ 1,000 chevaux-vapeur.

Rivière Gascapêdia. — Dans le comté de Bonaventure, nous avons la rivière Petite Cascapédia, d'une longueur de 75 milles, qui coule à l'est et parallèlement à la grande rivière du même nom. Elle sillonne tout le canton New- Richmond.

M. l'ingénieur Gauvin émet l'opinion, dans un rapport de l'année 1900, qu'un barrage sur cette rivière de 30 pieds pourrait constituer une force motrice de 3,300 chevaux-vapeur. Si on portait ce barrage à 50 pieds, on obtiendrait 5,500 chevaux.

Rivière Madeleine. — Voici enfin dans le comté de Gaspé la belle rivière Madeleine qui débouche dans le golfe Saint-Laurent à 343 milles en aval de Québec. Elle a environ quatre-vingt-six milles de longueur et constitue l'affluent le plus considérable du fleuve Saint-Laurent entre Rimouski et le promontoire de Gaspé.

Le territoire égoutté par ce cours d'eau et ses tributaires embrasse une superficie d'environ quatre cents milles ou 256,000 acres carrés. La forêt y est riche et variée. Elle comprend l'épinette blanche, le sapin, le cèdre, le pin, le bouleau, l'orme, le frêne et le merisier. Ajoutons que l'accès de ce territoire forestier est facile.

La grande chute de la Madeleine n'est qu'à sept milles et demi de l'embouchure de la rivière. Cette cascade est à pic et l'eau tombe perpendiculairement d'une hauteur de 62 pieds. Avec un barrage de quinze pieds de hauteur, pour former une prise d'eau, il serait possible, d'après M. J.-C. Langelier, d'obtenir une chute totale de 77 pieds, susceptible de développer 13,202 chevaux- vapeur, dans les basses eaux des saisons ordinaires.

La grande chute n'est pas l'unique pouvoir hydraulique que l'on peut tirer de la rivière Madeleine. Il convient aussi de mentionner la chute du Petit Saut, qui termine une succession de rapides et de cascades commençant au pied de la grande chute. D'après M. J.-C. Langelier, un barrage de 55 pieds de hauteur, élevé à 2,231 pieds en amont de la cascade, donnerait au pied de cette dernière une chute de cent pieds de hauteur, capable de développer une énergie de 17,143 chevaux-vapeur dans les eaux ordinaires, et d'au moins 5,045 dans les plus basses eaux.

Les forces hydrauliques de la rivière Madeleine ont été

adjugées, en 1902, par le gouvernement de Québec, à M. Chas. W. Mullen, de Bangor, Etat du Maine.

Si du comté de Gaspé, nous passons à une autre région absolument opposée, au point de vue topographique, celle de Chicoutimi, nous constatons que là aussi, les ressources hydrauliques sont loin de faire défaut. Presque toutes les rivières et même certains lacs, et toute cette région en est parsemée, ont un cours rapide ou disposent d'une multitude de cascades, petites et grandes, que l'industrie, un jour, ne saurait manquer de s'approprier.

Rivière Chicoutimi. — La principale de ces cascades est celle que forme la rivière Chicoutimi, qui sortant du lac Kenogami, nappe d'eau d'une grande profondeur et de vingt et un milles de longueur, vient se précipiter après une course de dix-sept milles, dans l'imposante rivière du Saguenay.

La magnifique cascade qui termine cette rivière, dans la ville même de Chicoutimi, et dont la force hydraulique est évaluée à plus de 30,000 chevaux-vapeur, a permis à un syndicat canadien-français, d'installer à ses pieds l'une des plus grandes usines du pays. Dans les premiers temps de sa mise en activité, en 1898, la manufacture de pulpe de Chicoutimi produisait déjà journellement quatorze tonnes de pâtes à bois. Aujourd'hui, la compagnie a si bien augmenté l'outillage et la capacité de ses moulins qu'elle peut produire cent à cent cinquante tonnes de pulpe par jour. Toute cette production est expédiée sur les marchés anglais et français dans des steamers qui viennent charger dans le port de Chicoutimi. On exporte aussi, depuis quelques années, aux Etats-Unis.

Il n'est peut-être pas superflu d'ajouter ici que l'installation de cette grande pulperie sur les bords du Saguenay a opéré toute une révolution dans la région. La ville de Chicoutimi a vu se doubler et même se tripler sa population et les centres environnants se sont développés euxmêmes dans des proportions inattendues.

Nous sommes arrivés aux grandes cataractes des régions de l'Outaouais, du Saint-Maurice, du Lac-Saint- Jean et de la Côte-Nord. Celles-ci, à raison de leur importance, demandent un peu plus de développements. Elles représentent en effet des forces tellement colossales qu'on ne trouve leur équivalent dans aucun autre pays. On rencontre bien à la vérité, au Brésil, dans l'Uruguay, et dans l'intérieur de l'Afrique quelques cataractes d'un aspect grandiose qui font l'étonnement des touristes, mais nulle part ailleurs que dans la province de Québec, et notamment dans les régions qui viennent d'être mentionnées, ne se voit un ensemble aussi imposant de forces hydrauliques. Ce n'est pas exagérer que de dire que la plupart des cours d'eau de ces régions — et ils se comptent par centaines — peuvent alimenter indéfiniment la grande industrie.

Pour guider plus sûrement notre lecteur, nous procéderons par régions, en débutant par la plus importante de toutes, celle de l'Outaouais.

EÉGION DE L'OUTAOUAIS

Rivière des Outaonais. — Qui ne connaît déjà la grande rivière des Outaouais, nom qui lui vient de la tribu de sauvages qui habitaient autrefois sur ses bords ? C'est l'affluent le plus considérable du Saint-Laurent.

Prenant sa source dans le plateau laurentien, elle forme le lac Témiscamingue, prend une direction sud-est et se jette dans le fleuve près de Montréal, après avoir fourni une course de plus de sept cents milles. Des rapides fréquents et plusieurs chutes en interceptent la navigation : à Ottawa, les fameuses chutes de la Chaudière, traversées par un pont suspendu, les chutes des Chats ; entre Carillon et Grenville, le Long Sault. Cependant, par le moyen de quelques canaux, des vapeurs la remontent sur une distance de cent milles. Ses principaux tributaires sont les rivières Noire, du Nord, Rouge, Petite Nation, du Lièvre, Gatineau, Coidonge, du Moine. D'autre part, elle est émaillée de nombreuses îles dont les principales sont l'île du Calumet, l'île aux Allumettes, l'île des Chats. A son embouchure se rencontrent l'île de Montréal, l'île Jésus et quelques autres de moindre étendue.

On estime que l'étendue des terres arrosées par FOu-

taouais et ses affluents est d'environ 60,180 milles, dont 40,324 dans la seule province de Québec. Le bassin de l'Outaouais embrasse à lui seul neuf comtés entiers, parmi lesquels celui de Pontiac qui a 21,000 milles, ou 13,500,- 000 acres.

Il est facile de concevoir quelles ressources infinies offre une rivière qui a de pareilles proportions et qui est en outre entrecoupée d'une myriade de cascades plus formidables les unes que les autres. C'est la puissance de chacune de ces cascades que nous allons analyser ici.

Chute des Chats. — Ces chutes sont formées par la rivière des Outaouais, à une trentaine de milles de la capitale du Canada.

Du côté de la province d'Ontario, elles peuvent donner une force hydraulique égale à 50,000 chevaux-vapeur. Du côté de la province de Québec, leur puissance a été estimée par M. C.-E. Gauvin, ingénieur hydrauliste du gouvernement de Québec, à 15,000 chevaux-vapeur K

Le même ingénieur a jaugé le volume d'eau de chacune des cascades qui forment l'ensemble des chutes dites " chutes des Chats ", dans la province de Québec, et est arrivé aux résultats suivants :

Chute du Vieux Moulin 320 pieds cubes (par seconde).

Chute No 1 221

11 Egan Chute " 116

" Conroy Chute " 54

11 Sturgeon Chute " 1,134

" Black Chute" 1,084

" Moore's Chute West " 248

" Moore's Chute East "....... 2,500

Débit total (côté de Québec) 5,677 " "

La puissance de ces diverses cascades a été également estimée comme suit :

Chute du Vieux Moulin 470 chevaux- vapeur.

Chute No 1 580 "

"Egan Chute" 300

" Conroy Chute " 220

" Sturgeon Chute " 2,900

"Black Chute" 2,800

" Moore's Chute West " 650 "

" Moore's Chute East " 7,000 "

Total (côté de Québec) 14,920

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