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L'INTÉRIEUR DU MASSIF

Dans l'intérieur du Massif (fig. 9), la Loire supérieure et même l'Allier n'ont, dès qu'elles ont quitté la région de leurs sources, que de très médiocres aptitudes. En revanche, les surfaces intermédiaires sont beaucoup plus favorisées. Les hauteurs de la Lozère et du Vivarais, les monts du Forez reçoivent 1 m. 200 à 1 m. 500 de pluies et de neiges ; le versant occidental de la chaîne des Puys, domaine de la Sioule, près de 1 mètre. Audessus des profondes dépressions où les deux fleuves rassemblent les eaux de la montagne, les pentes sont brusquement inclinées. L'ensemble des aptitudes phy-

siqiies est donc favorable. D'autre pari, l'énergie électrique trouve un marché rémunérateur dans les puis-

sants foyers indi ils ont fait appel

d'importantes usines distribuent autour d'elles la lumière et l'énergie.

La Loire supérieure et le Lignon de la Haute-Loire en actionnent, pour leur part, quatre, dont l'une, le Château du Lignon, donne 4000 HP. Sur la Loire, en aval du lac d'issarlès, un projet prévoit l'aménagement de quatre chutes étagées d'une puissance moyenne de 70 000 HP. Plus bas, la Loire actionne deux autres établissements situés aux deux extrémités de la plaine du Forez : Saint-Victor (800 HP) et la Vourdiat (1400 HP). L'Ance du Nord et le Lignon de la Loire (ou de Boôn), descendus des monts du Forez, sont presque entièrement utilisés. Sur la première se trouve l'un des plus puissants établissements du Massif Central, l'usine de l'Ance (17 000 HP). Sur le Lignon, Saint-Martin (1 600 HP) et Vaux (840 HP). Dans le domaine de l'Allier on ne peut citer que l'usine de Lempdes, sur l'Alagnon (600 HP). Mais la Compagnie électrique de la Loire et du Centre est en train de construire une puissante centrale au confluent de l'Allier et de l'Ance du Sud, à Monistrol d'Allier, au pied de la Margeride. Alimentée par les deux rivières, l'usine aura une puissance installée de 20 000 HP, au moins.

L'énergie fournie par l'ensemble de ces établissements atteint, dès à présent, près de 50 000 HP. Elle est entièrement absorbée par la région industrielle de la Loire. Le courant est conduit à Saint-Etienne, Unieux, Saint-Chamond, Firminy, et, plus loin, à Roanne, par le réseau de la Compagnie électrique de la Loire et du Centre. Il y rencontre et y renforce l'énergie électrique élaborée par les centrales à moteur thermique et le courant venu de Grenoble parla ligne Dauphiné-Centre.

Quant à la région agricole et industrielle de la Limagne, avec son foyer d'usines de Clermont-Ferrand, elle est alimentée par deux affluents de l'Allier. La Dore,

descendue des monta du Forez, actionne deux usîaes, dont l'une, Sauviat, donne 2700 HP et envoie son courant à Thiers et à Vichy. La Sioule, venue des Puys, fournit, en trois établissemenls, 25 000 HP utilisés par la ville et par les industries de Clermont-Ferrand, par la Limagne et par la vallée de TAllicr jusqu'à Grioude.

/r. — LA BËGION OCCIDENTALE

La région la mieux douée est certainement la région occidentale, c'est-à-dire le revers des massifs volcaniques, Aubrac, Cantal, Monts-Dore et chaîne des Puys, et, en avant, le vaste plateau de roches anciennes qui, du plateau de Millevaches, s'abaisse de toutes parts en longues pentes. Régime des pluies, hauteur et agencement des pentes, conditionséconomîques, tout concourt à faire de cette région un puissant réservoir d'énergie, le plus riche de notre pays après les Alpes et les Pyrénées.

C'est d'abord la partie la plus abondamment arrosée du Massif Central. Si le domaine du Cher supérieur, déjà assez enfoncé dans l'intérieur du Massif et masqué à l'Ouest, ne reçoit que m. 650 de pluie (sensiblement la même quantité que le Forez et la Limagne), partout ailleurs les précipitations annuelles atteignent ou dépassent 1 mètre, avec des maximaqui s'élèvent à [ m. 500 aur le plateau de Millevaches, près de l m de-Dôme et dans les Monts-Dore, et 2 mi Cantal. Les condensations ne sont pas se abondantes, elles sont aussi plus régulière reste du Massif et réparties à peu près mois de l'année, la région occidentale du \ recevant, successivement, les pluies mai saison froide et tes pluies continentales chaude.

Les données pluviométriques sont entièrement confirmées par les postes de jaugeage des cours d'eau. Tandis que la Loire, l'Allier, le Cher n'écoulent guère que 12 à 14 litres d'eau par seconde et par kilomètre carré de bassin versant, les débits des rivières de l'Ouest sont beaucoup plus considérables : pour la Creuse, 17 à 18 litres; pour la Vienne, 23 litres à Eymoutiers et 20 litres à Limoges ; pour la Dordogne, 27 litres à Vernéjoux, 23 litres à Souillac; pour la Gère, 30 litres. Pour la Truyère, au-dessus de son confluent avec le Lot, le débit moyen est de 23 litres. Plus haut, il tombe à 16 litres, les hautes surfaces de la Margeride, où se trouvent ses sources, lui fournissant moins d'eau que le Cantal. Et effectivement, c'est bien le Cantal qui fournit à la Truyère, comme à la Gère, ses eaux les plus abondantes*.

Le régime de toutes ces rivières est celui des cours d'eau des montagnes moyennes, où les glaciers font défaut, où les neiges fondent vite. Celui de la Dordogne et de ses affluents est caractérisé par une longue période d'eaux moyennes (d'octobre à juin) et une plus courte période d'étiage (juin-octobre). La période des eaux moyennes débute avec les premières pluies d'automne et s'achève lorsque les eaux de tête cessent d'être influencées par l'apport des dernières pluies printanières. Les basses eaux se placent pendant les mois d'été où les précipitations sont moins abondantes et l'évaporalion plus active. Le minimum d'été est toujours plus déprimé que l'étiage le plus bas de l'hiver. Sur cette courbe générale des débits se greffent des montées secondaires des eaux. Les plus régulières son

1. Les chiffres donnés plus haut représentent le débit moyen ou module. Il est, pour ces rivières, sensiblement plus élevé que le débit caractéristique moyen.

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celle du printemps, provoquée par la fonte des neiges, et celle de l'automne, suscitée par les pluies qui marquent invariablement le début de la saison froide. D'autres, plus courtes et plus détachées, proviennent des averses locales et des orages. Les « dents de scie » qui accroissent momentanément le débit des rivières ne peuvent être utilisées par Ips turbines. Mais elles peuvent être retenues et conservées pour les périodes d'étiage. Ainsi s'alimenteront les réservoirs dont il sera question plue loin.

La région occidentale n'est pas seulement la mieux pourvue d'eaux pluviales et neigeuses. Elle est aussi la plus favorisée par la hauteur des chutes et par les conditions topographiques. Mais, ici, il faut distinguer.

C'est à l'Est, dans les massifs volcaniques, que se présentent les plus fortes altitudes et les formes topographiques les plus variées. La plupart des cours d'eau ont creusé leurs vallées dans les roches volcaniques et dans leur soubassement de roches anciennes. Dans les basaltes, ces vallées s'ouvrent largement, amples de formes et douces de pentes. Dans les granités et les gneiss, elles s'enfoncent profondément, raides et étranglées. La plus remarquable est celle de la Truyère. Elle se compose de trois séries de délilés, séparées par des paliers étages : la première dan» les granités de la Mai^eride; la seconde au-dessous de la tertiaire de Malzieu, sorte de Liraagne la troisième en aval de la double coulée Cantal et de l'Aubrac, celle-ci particulière et inclinée à 25 pour 1000. La vallée de I de la Dordogne, en amont du Chavanon Gère et des autres rivières du Cantal, s tourmentées, présentent cependant des variés et de fortes pentes. Dans leurs do possible d'aménager des chutes de 200 k CAVAii.Lfcs. — Houille blanche.

moyen de barrages et de canaux d'amenée. Des lacs d'origine glaciaire, dans le Cantal, peuvent être utilisés comme réservoirs. Ainsi les aptitudes de la région se rapprochent de celles que nous offrent les Alpes et les Pyrénées.

Sur le plateau cristallin de l'Ouest, il en va tout autrement. Ici les peijtes sont médiocres, les chutes moins nombreuses et moins hautes. La région se compose de trois zones de constitution géologique identique, mais d'altitude différente. La plus haute, appelée p«ir les habitants la « Montagne » (980 mètres au plateau de Millevaches), se présente sous la forme d'une surface aplanie légèrement inclinée vers l'Ouest, couverte de landes et de bruyères, coupée de fonds spongieux et de tourbières. Les eaux qu'elle égoutte forment les sources de plus de vingt rivières irradiant vers tous les points de l'horizon. La seconde (800 à 300 mètres), que l'on peut qualifier de « Plateau », est un vaste plan incliné, disposé circulairement tout autour de la Montagne, couvert de châtaigniers, de prairies et de cultures. La troisième enfin, abaissée au-dessous de 300 mètres, comprend les vallées qui s'enfoncent dans la masse du pays et qui s'ouvrent plus largement à leur débouché sur la plaine.

La plupart des chutes et des rapides se trouvent au contact de ces zones étagées. Sur la Vienne, c'est le site d'Eymoutiers, au passage du Plateau à la Plaine. Sur la Vézère, c'est le Saut de la Virole, au contact de la Montagne et du Plateau, et les rapides du Saillant à l'entrée en Plaine. Sur la Corrèze, la chute de Bar, est à la limite du Plateau et de la Plaine, tandis que sur la Montane, la belle cascade de Gimel est à la lisière de la Montagne et du Plateau. Il y a ainsi deux zones concentriques de chutes. Dans l'intervalle, les pentes sont faibles, 8 à 12 pour 1000 dans la Montagne; 3 à

6 pour 1000 sur le Plateau; moins de 3 pour 1000 en Plaine.

On ne peut, dans ces conditions, obtenir de grandes hauteurs de chute. Les canaux d'amenée seraient trop longs et trop coûteux. Fort heureusement la topographie de la région fournit le moyen d'obtenir les dénivellations nécessaires. Dans le plateau les rivières coulent étroitement encaissées au fond de gorges resserrées et sinueuses. Il est facile de les couper par des barrages, en arrière desquels les eaux s'accumulent et d'où elles tombent d'une hauteur suffisante, 50, 60, 80 mètres et davantage. L'usine est. placée immédiatement au pied du barrage ou tout à côté.

Ce dispositif, caractéristique des futures usines du Centre, présente un avantage considérable, c'est qu'il permet d'accumuler en puissantes réserves les eaux inégales mais très abondantes des crues saisonnières et des orages. La médiocrité de la pente est, alors, une très précieuse condition pour l'aménagement des forces. Elle permet à la nappe d'eau de s'étendre très loin vers Tamont, formant un lac étroit et très allongé. Ainsi se présente le bassin de Rochebut, sur le Cher. Si l'on a pris la précaution de construire le barrage au confluent de deux ou plusieurs vallées, le lac prend une forme digitée et peut avoir une très grande capacité. Ce sera le cas pour le réservoir du Chambon, sur la Dordogne.

On obtient ainsi, et au moyen d'un seul ouvrage, hauteur de chute et régularité du débit. L'aménagement de ces travaux est facilité par la solidité du socle, composé de roches dures, par l'abondance et la valeur des matériaux de construction, par le faible prix des terrains à acquérir et à submerger, les agglomérations et les routes se tenant le plus souvent à mi-pente ou sur le plateau même. Ainsi se trouveront aménagées les usines du Massif Central. Elles ressembleront beaucoup

plus aux installations suédoises ou canadiennes qu'aux grandes chutes des régions alpestres.

La région occidentale, la plus riche du Massif Central en houille blanche, est aussi celle où les conditions économiques d'exploitation sont les plus favorables. Le charbon étant rare et dispersé, les usines hydroélectriques des Pyrénées et des Alpes, lointaines, la houille blanche n*a, pour ainsi dire, pas de concurrents. Et les entreprises qui l'exploitent sont, par avance, assurées de trouver une abondante clientèle.

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