‹ La houille blancheChapitre 52 sur 55 · HOUILLE BLANCHE ET HOUILLE NOIBE · texte numérisé non relu

HOUILLE BLANCHE ET HOUILLE NOIBE

des usines thermiques pour les périodes de basses eaux.

Il ne faut donc pas croire que l'aménagement des eaux courantes affranchira nécessairement l'industrie des achats de charbon. On a observé que le progrès des aménagements hydroélectriques a déterminé dans les Alpes françaises, entre 1906 et 1920, un accroissement sensible dans la consommation du charbon. La même constatation a été faite en Italie. Il est possible que cet accroissement soit momentané, et qu'on arrive, par le développement des barrages-réservoirs et la conjugaison des usines, à limiter le nombre des installations thermiques, mais rien n'est moins sûr. Il peut très bien arriver que l'industrie hydroélectrique ait intérêt, dans certaines régions, à maintenir, ou même à accroître les usines à vapeur plutôt que d'aménager des bassins de retenue. Cette nécessité pourrait s'imposer, si la sécheresse qui a sévi dans l'Europe occidentale persistait; si la main-d'œuvre et le prix des matériaux de construction se maintenaient longtemps aux cours actuels, et si, d'autre part, le prix du charbon continuait à baisser.

Encore moins peut-on espérer qu'on pourra, un jour, remplacer entièrement la houille noire par la houille blanche. Les usines hydroélectriques ne sont en possession de toutes leurs chances de vaincre que dans leur domaine propre, et il faut bien qu'elles soient assurées de vendre l'énergie qu'elles produisent. Bien plus asservies que la houille aux conditions du marché, elle ne peuvent s'équiper que suivant ses besoins, au fur et à mesure qu'elles sont assurées de trouver le placement de leur courant.

Est-ce à dire que la houille blanche ne pourra, dans les pays à production mixte, lutter contre la houille noire ? Il s'en faut de beaucoup. On peut affirmer, sans s'aventurer, que l'emploi de la houille blanche permettra de

réserver aux fabrications industrielles le combustible indigène consommé actuellement pour l'éclairage et pour les transports et, par conséquent, de restreindre, un jour, les achats de charbon étranger. On est assuré aussi qu'elle est appelée, dans les districts où elle est abondante, à provoquer la création d'industries nouvelles qui, sans elle, s'installeraient ailleurs. Ce sont là des avantages considérables pour des domaines comme la France, l'Espagne, le Canada, par exemple, auxquels la houille blanche facilitera, par le moyen de leurs propres ressources et sans le recours à l'étranger, le développement et l'exploitation de leurs richesses nationales.

L'innovation la plus considérable de notre époque et ta plus riche en conséquences économiques a été la mise en œuvre de l'énergie extraite de la nature inorganique. C'est cette énergie qui, utilisée sous les espèces les plus diverses, force mécanique, chaleur, lumière, électricité, a donné à l'homme les moyens d'entreprendre l'exploitation d'un domaine dont il n'avait pu, tout d'abord, qu'entrevoir et à peine entamer les richesses.

Ces forces nouvelles, l'homme les a jusqu'ici puisées à une source presque unique : le charbon. Or, le charbon est très inégalement réparti dans le monde. Seuls quelques pays, l'Angleterre, l'Allemagne,, la France du Belgique, les Éuts-Unîs et un petit nombre 1 possèdent et l'exploitent. Il en est résulté un véritable privilège. Ils ont, pour ainsi ipolisé l'énergie, l'ont exploitée sur place, ou t commerce. Cette situation a eu, depuis un plus graves conséquences géographiques.

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