CONSÉQUENCES GÉOGRAPHIQUES
1" Elle a été la cause la plus efficace de la conceiir iration industrielle. C'est le charbon, source d'énergie, qui a attiré, de toutes les parties du monde, les matières premières, qui a assuré leur transformation en produits manufacturés destinés à être sous cette nouvelle forme redistribués à travers tous les continents, qui a rassemblé les capitaux, fixé en certaines régions favorisées les usines et la main-d'œuvre. Agissant comme un aimant, les mines de houille ont groupé autour d'elles les grands foyers de la production industrielle, tandis que les pays sans charbon, même les plus actifs et les mieux doués, voyaient leur activité se ralentir, leurs vieilles manufactures se fermer les unes après les autres, leur production industrielle se subordonner à la tyrannie des pays charbonniers.
2<* Et ce n'était pas la production seule qui subissait les effets du monopole charbonnier; c'étaient aussi les échanges. En alimentant les foyers des machines, la houille assurait la victoire du vapeur sur le voilier, la prépondérance des voies maritimes sur les voies continentales. Mais, surtout, en fournissant à quelques pays privilégiés un fret de retour très abondant, il leur permettrait d'abaisser dans des proportions inattendues le prix des transports, de battre tous leurs concurrents, de monopoliser dans leurs ports le commerce de transit et d'entrepôt. C'est parce qu'elle a été le principal sinon le seul pays exportateur de houille, que l'Angleterre a été pendant plus d'un siècle le marché unique de presque toutes les matières premières du globe, du coton, de la laine, du cuivre, de l'étain, du caoutchouc et de mille autres produits. C'est le charbon qui a fixé sur la carte des mers les grandes routes et les grands courants commerciaux. Le commerce, comme l'industrie, a subi la loi du charbon.
Ainsi la production et le commerce du charbon
dominent depuis un siècle et demi la vie économique du globe. Cette fonction prépondérante, le charbon n'est pas près de la perdre. D'abord il est, pour cela, trop abondant. Et puis l'usage qu'on en a fait a créé des habitudes, des intérêts, des groupements si "solidement organisés et si vivaces qu'ils lui survivraient longtemps s'il devait, un jour, disparaître. On ne peut donc s'attendre à voir la houille blanche modifier, du jour au lendemain, un état économique aussi anciennement établi. Elle n'est pas appelée, comme le croient quelques imaginatifs, à révolutionner le monde du travail et de la production.
Mais, d'autre part, il est impossible qu'une source d'énergie aussi abondante et aussi largement ofierte à ; l'homme que l'est la houille blanche ne fasse une active concurrence au charbon et n'ait une action très appréciable sur la vie économique du monde. Ce sont ces conséquences, dont quelques-unes se dessinent déjà, que nous voudrions essayer de dégager.
1<* L'utilisation de la houille blanche a déjà apporté d'importantes modifications à la carte industrielle du monde civilisé. Déjà le privilège des pays charbonniers se trouve atteint. De puissants groupements industriels cherchent à s'en affranchir, et un mouvement de déconcentration se dessine. Ce mouvement se présente sous deux aspects assez différents.
D'abord il tend à constituer des régions industrielles libérées du joug de la houille noire mais tout aussi concentrées que celles qui se rassemblent aux alentours des puits de mine. Il y a à cela des raisons d'ordre général (groupements des capitaux, des voies de communication, de la main-d'œuvre). Mais il y a aussi des raisons particulières. Les centrales productrices d'énergie, en vendant à bon compte leurs excédents, en « passant leurs pointes » aux usines électrochimiques