CONSÉQUENCES GÉOGRAPHIQUES
et électro métallurgique S, exercent autour d'elles une attraction qui ressemble beaucoup à celle que les puits de mine font sentir sur la production industrielle dans les pays charbonniers. Ainsi voyons-nous se constituer, sous l'action de la houille blanche, de nouveaux foyers industriels puissamment concentrés. Les plus vigoureux se sont installés, en France, dans les Alpes du Dauphiné; en Italie, sur la lisière montagneuse do Piémont et de la Lombardie; en Suisse, sur le plateau. Dans l'Europe du Nord, la Suède occidentale et les abords de TroIIhilttan ; en Amérique, les rives du Niagara et le débouché des vallées californiennes, au pied de la Sierra Nevada, sont encore de remarquables exemples de cette concentration des industries dans les régions riches en chutes d'eau.
2° La déconcentration des anciens foyers peut également s'effectuer au profit de groupes plus restreints, plus éparpillés et, pour ainsi dire, plus étalés sur la carte. GrSce à sa dispersion et surtout à la facilité avec laquelle on la détaille, la houille blanche favorise les petites usines, les ateliers isolés des villes, des banlieues, et même de certaines campagnes. Les commodités qu'elle offre au travail à domicile ont éveillé, dans certains milieux, les plus vives espérances. On y a vu la promesse d'un retour aux anciennes formes de l'activité industrielle, à l'atelier familial, dans lequel un petit groupe d'ouvriers s'occupent et produisent sous la direction paternelle du patron ou du chef de fi Et l'on a fondé de grands espoirs sur les conséq morales et sociales de cette transformation.
11 y a une certaine part d'optimisme dans ces sions. La concentration est une nécessité éconc dont les effets avaient commencé à se manifes très bonne heure et que l'emploi du charbon i que hâter et aggraver. On a montré plus haut qi Ca VAILLES. — Houille blanche.
ilO LA HOUILLE ULANCHE
font sentir aussi nettement sur les industries hydroélectriques que sur les autres. Il faut donc être très prudent dans les calculs que l'on établit sur l'application future de l'énergie électrique k l'atelier.
Ou peut cependant admettre qu'elle aura des répercussions appi^ciables sur l'organisation du travail et qu'elle provoquera, dans le domaine social, comme dans le domaine géographique, une plus égale répartition de l'activité industrielle et peut-être des capitaux qu'elle emploie. Seulement les effets ne s'en feront pas sentir partout avec la même force, ni de la même manière. Ils varieront avec l'abondance et le prix du courant, avec l'organisation des réseaux, avec le groupement des populations. La diffusion de l'énergie électrique et son utilisation dans les petits ateliers seront plus faciles dans les banlieues, dans les campagnes où les habitants sont nombreux et agglomérés en grosses bourgades, où les communications sont faciles, que dans les pays purement ruraux. Dès à présent, on y assiste à une renaissance des métiers servis par une famille ou un petit groupe d'ouvriers. On y volt aussi apparaître un nouveau type d'établissements industriels : la petite usine à personnel peu nombreux, installée dans la campagne, à proximité d'une gare ou d'un tramway. Telle apparaît la région lyonnaise avec ses alentours des 1 Lyonnais et des plaines du Bas-Dauphiné.
fets varieront surtout avec le milieu social, occupations et les aptitudes des populations, >t avec leur genre de vie. L'emploi du courant e sera plus répandu dans les pays où les habiassocialion sont restées vivantes, où Ton sait re et se grouper, parce que ces habitudes facil'organisation des réseaux de distribution.
nent il trouvera un encouragement très efficace prit individualiste de certains travailleurs, qui
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répugnent à la stricte discipline du travail collectif et lui préfèrent le libre effort et le travail personnel. A cet égard, l'ouvrier français semble devoir, tout spécialement, s'accommoder du métier à moteur électrique. C'est ainsi que Lyon, avec sa nombreuse et laborieuse population de canuts; Paris, avec ses innombrables ateliers dispersés dans tous les quartiers, surtout ceux du Centre et de l'Est, trouvent les plus précieux avantages dans l'emploi du petit moteur actionnant un outillage délicat et peu encombrant.
Ainsi le courant électrique se sera, une fois de plus, adapté au milieu. Avec sa souplesse et sa plasticité coutumiëres, il se sera conformé aux habitudes acquises, aura réveillé des instincts endormis, se sera, pour ainsi dire, moulé dans les formes de la société laborieuse, produisant ici de la concentration et favorisant le travail collectif, créant ailleurs du travail libre et provoquant la dispersion des ateliers.
3" En ce qui concerne l'application future de l'énergie électrique au travail agricole, les mêmes conr'" "' — s'imposent. Son succès et ses effets varieront milieu, les circonstances et le genre d'occupati grand obstacle k vaincre sera l'organisation seaux de distribution. On les aménagera plus a dans les pays de montagnes, où les cliules soi breuses, que dans les plaines; dans les régions populations sont serrées et groupées en coopérai en syndicats que dans les campagnes où les h. vivent dispersés et sans contact. Fnfin l'applicE courant électrique sera plus rémunératrice d occupations sédentaires de la ferme que dans vaux mobiles et, sans cesse en voie de déplacera terrains de culture ; plus rémunératrice aussi q consommation de courant sera permanente que ( cas où elle est intermittente. Deux genres de
agricoles semblent, dès à présent, appelés à demander son concours à la houille blanche : les industries laitières et Tirrigation. Dans les Alpes, le Jura, la Vendée, en France ; à l'étranger, au Canada, en Suisse, au Danemark, voisin de la Norvège, la houille blanche actionne déjà l'outillage des laiteries et des fruiteries. Les cultures maraîchères aussi feront appel aux réseaux de distribution pour le pompage de l'eau et pour l'irrigation. Celles du bas Rhône absorbent déjà un certain contingent d'énergie. L'avenir le plus brillant semble, dès à présent, être celui qui attend la houille blanche dans les pays où des étendues sèches, des plateaux sans eau sont creusés de vallées encaissées et profondes, bordés de montagnes riches en sources et en lacs. Les hautes plaines de la Castille, les bassins et les plaines du Canada et de l'Amérique occidentale pourront, grâce à la houille blanche, se transformer en riches régions de production agricole.
4** L'emploi généralisé de l'énergie hydroélectrique aura très vraisemblablement une influence sur les courants de circulation. Les transports du charbon tendront à être, au moins dans certaines directions, moins abondants. Il peut en résulter une surélévation des frets et, pour certains pays, comme l'Angleterre, déjà menacée par d'autres concurrences, une diminution de sa puissance d'attraction et de transport.
D'autre part, il est à prévoir que la houille blanche limitera la prépondérance que les voies maritimes ont eue depuis si longtemps sur les voies transcontinentales. Il est remarquable que certaines régions jusqu'ici difficiles à parcourir, mal desservies ou entièrement privées de voies de circulation à grand débit, . vont se trouver considérablement avantagées. Ce sera le cas des régions montagneuses. La traction électrique, capable de desservir des lignes à forte pente, aura raison d'obstacles
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autrefois considérés comme pratiquement inabordables pour U grande circulation. Elh ne sera guère moins coûteuse à établir, mais l'exploitation en sera beaucoup moins onéreuse, la force motrice étant gratuite, le personnel employé réduit, les transports de c h arhipn entièrement supprimés. Ainsi les grands massifs montagneux, comme les Alpes et les Pyrénées ; les régions de relief tourmenté, comme l'Espagne, la Péninsule des Balkans et, en général, toute l'Europe méridionale, seront désormais beaucoup plus faciles à franchir ou à parcourir.
Il y a, enlin, de très fortes chances pour que la houille blanche facilite et accélère la construction des voies ferrées transcontinentales dans les pays neufs. En effet, tandis que les voies de pénétration de faible longueur se ravitaillent aisément en combustible dans les porls où elles s'amorcent, les convois qui circulent plus avant dans l'intérieur doivent, comme les steamers, emporter leur combustible et constituer des dépôts. Le prix des transports devient ainsi de plus en plus onéieux à mesure que l'on s'éloigne des bases. Dans ces conditions, les voies maritimes, quoique plus longues, conservent tous les avantages du bon marché. I,a houille blanche rétablira l'équilibre. Les pays éloignés de la mer, pauvres en charbon, maïs riches en eaux courantes, en retircroni un énorme profit. On peut déjà entrevoir l'aménagement de grandes lignes électrifiées à travers l'Afrique centrale, le plateau des grands lacs, l'Amérique du Sud. S'il est vrai que le xx° siècle promette d'être l'âge des réseaux transcontinentaux ce xix« siècle a été celui des grandes lignes tra niques, on peut être assuré qu'on le devra à la blanche. Ce sera un des plus remarquables :
qu'elle aura rendus à l'humanité et l'un de ci l'on peut prévoir avec le plus de certitude.