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CHAPITRE XII

L'acide phcnique. — Le phénol Bobœuf. — La panacée universelle. — La thérapeutique. — L'assainissement. — L'usine à gaz et les poitrinaires. — Inhalation de goudron.

La thérapeutique a ses modes et ses passions ; elle a ses médicaments favoris qu elle préconise et qu'elle exalte ; de temps en temps elle fait surgir quelque remède qui, véritable panacée, doit guérir tous les maux. Depuis plusieurs années, le remède souverain, l'agent d'assainissement par excellence, est encore un produit extrait de cet inépuisable goudron, d'où l'on tire déjà tant de choses; nos lecteurs ont nommé l'acide phénique, auquel on veut faire jouer un rôle universel ; il cautérise les blessures et les plaies; il est épuratil et fortifiant ; il combat la putréfaction et la décomposition des matières organiques ; il assainit les hôpitaux ; il doit servir à l'usage externe et à l'usage interne ; il peut se prendre sous toutes les

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formes et pour toutes les maladies. Albert le Grand ou Nicolas Flamdn^ont jamais pu rêver d'antidote plus meneilleux,de panacée plus précieuse et de baume plus salutaire !

Loin de nous la pensée de dénigrer ce phénol si merveilleux^ qui a rendu et rend chaque jour de grands senices à la thérapeutique ; mais notre intention est de rester dans les limites d'un examen rigoureux, d'une appréciation juste et modérée, sans nous précipiter dans Tenthousiasme exagéré de quelques adeptes trop fervents.

Runge, en préparant pour la première fois cette substance en 1854, se doutait bien peu de son succès futur: il la retira du goudron de houille et lui donna d'abord le nom d'acide carbolique; Liuront plus tard y substitua celui, d'acide phénique (du grec saivw, signifiant p éclaire); Gerhard, quelques années après, l'appela phénol.

Le phénol a ètè long à faire son chemin dans le monde: mais, une fois lancé, il s'est rapidement ouvert une voie glorieuse, car il se consomme actuellement en grande abondance ; en un mois, aujourd hui, on vend plus d'acide phenique qu'il ne s'en était produit dans les trente premières années de son existence. On n'a pas oublié Timmensc succès du phénol Bobœuf, qui est essentiellement composé de phénale de soude, et qui s'est livré à la consommation dans des proportions vraiment fabuleuses.

L'acide phénique, quand il est pur, est un corps solide, incolore, qui cristallise en longues aiguilles soyeuses d'un très-bel aspect ; mais la moindre trace d'humidité liquéfie ses cristaux qui produisent alors un liquide huileux et brunâtre. Son odeur forte et aromatique a quelque analogie avec celle de la créosote ou du goudron de bois. Sa saveur est acre et brûlante ; il agit sur la peau avec une énergie extrême, et y détermine des brûlures dangereuses. Mais il se dissout facilement dans Téther et dans l'alcool, et c'est ce dernier liquide qui le maintient à l'état de dilution et permet de l'employer en médecine avec efficacité.

L'acide phénique est extrêmement caustique quand il est pur, et il brûle la peau avec une grande énergie. Je n'oublierai jamais un terrible accident dont a été victime un jeune homme qui était garçon de laboratoire sous ma direction ; ce pauvre garçon transportait d'une pièce à l'autre un flacon rempli d'acide phénique ; par mégarde, il le choque contre une table et le casse. Voilà tout le liquide qui se répand sur ses bras et sur ses jambes, qui filtre à travers ses vêlements et . attaque les chairs. En moins d'une seconde, il est saisi de vertige et de délire; des boursouflures énormes, des cloches se forment sur ses jambes, avec une rapidité inconcevable, et par malheur l'eau ne peut rien pour enlever l'acide phénique, qui n'y est pas soluble. Le temps de préparer un

onguent oléo-calcaire, el la terrible substance a produit des brûlures profondes, que trois mois de soins guérirent à peine.

L'usage de l'acide phénique en médecine va grandissant chaque jour, et des observations nombreuses mettent en évidence son pouvoir antiseptique. C'est surtout la chirurgie qui utilise cet agent précieux ; mais il est facile de prévoir que, dans un prochain avenir, la médecine interne l'emploiera non moins efficacement que la chirurgie.

Comme on le sait, l'acide phénique s'emploie en dissolution dans l'alcool, et c'est cet alcool phénilique qui sert actuellement dans les hôpitaux. Rarement l'alcool phénilique est employé pur, bien que ce soit un précieux agent de cautérisation ; on a l'habitude de l'étendre d'une quantité d'eau plus ou moins considérable. Une solution qui renferme 5 à 4 grammes par litre d'eau est très-usitée.

Cette eau phéniquée est des plus précieuses pour le pansement des plaies de toute nature, et spécialement pour les plaies creuses, fétides et pour celles qui suppurent. Il n'est peut-être pas de liquide qui convienne mieux pour laver des blessures, et l'alcool lui-même cède le pas à l'acide phénique. Le pansement avec la charpie imbibée d'eau phéniquée suffit pour préserver les plaies d'érysipèle et des autres complications contagieu-

;es. Bien plus, la présence de Teau phéniquéc lans les salles d'hôpital suffit pour les désinfecter 3t en rendre le séjour moins pénible aux gens de service.

^ En admettant comme vraie Thypothèsc de l'existence des miasmes animaux, on peut dire que Tacide phénique est le destructeur tout particulier de ces miasmes ; par suite son rôle sera très-probablement, tôt ou tard, capital comme préservatif du choléra et des autres maladies analogues.

L'utilité de l'eau phéniquée dans les soins de propreté est de premier ordre. L'eau Irùs-légèrement phéniquée est exceller) te pour laver la bouche, les dents. Il suffit de se rincer la bouche avec l'eau phéniquée pour éprouver ensuite une sensation de fraîcheur très-agréable, et conserver des dents atteintes déjà d'un commencement de carie. Au premier moment, le parfum empyreumalique du liquide répugne; mais on s'habiluc à son odeur, qui cesse bientôt d'être désagréable.

Voici encore un usage bien précieux de l'acide phénique : il neutralise complètement le venin des serpents. Quelques gouttes d'acide phénique suffisent pour foudroyer des serpents monstrueux, et des expérimentateurs ont constaté qu'une solution forte coagulait le venin. On peut l'appliquer à Textérieur sur la plaie venimeuse que Ton agrandit, tandis qu'à l'intérieur on peut le donner en potion .

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