CHAPITRE XIY
La bouille elle bois. — Injection des bois. — M. Boucherie. L'acide phénique et les huiles lourdes.
Nous avons essayé de montrer Timportance du combustible fossile, débris des forets antédiluviennes et nous avons fait comprendre l'utilité de la houille ; le bois, cet autre combustible végétal, n'offre pas moins de précieux usages, et depuis que les forêts se dévastent, depuis que les arbres de nos pays tombent impitoyablement sous la hache du bûcheron, on a cherché à parer à cette destruction, en donnant aux bois de construction une grande durée de conservation. Chose singulière, les matières extraites du goudron de houille peuvent être employées avec efficacité pour le grand problème de la conservation du bois ; la houille, ce cadavre du monde végétal passé, four-
nit aux végétaux vivants la substance qui les empêche de se décomposer : tout en faisant l'histoire du charbon fossile, nous sommes conduits à parler des combustibles végétaux de notre époque, au point de vue de leur conservation.
Que d'esprits prévoyants ont répété depuis des siècles, que le déboisement trop rapide des forêts est un fléau, que la destruction des arbres qui président à Tharinonie des pluies est un crime, que les végétaux centenaires s'en vont de l'Europe et que les forêts se dépeuplent ; mais on n'a pas tenu compte de ces avis salutaires, et une autre bande noire semble prendre un secret plaisir à dévaster les forêts. Bien loin de nous, quelques sages philosophes s'en plaignaient déjà. Au seizième siècle, l'illustre Bernard Palissv écrivait à ce sujet : « Quand je considère la valeur des moindres giles des arbres ou épines, je suis tout émerveillé de la grande ignorance des hommes, lesquels il semble qu'aujourd'hui, ils ne s'étudient qii'à rompre les belles forêts que leurs prédécesseurs avaient si pieusement gardées. Je ne trouverais pas mauvais qu'ils coupassent les forêts, pourvu qu'ils en plantassent après quelque partie : mais ils ne se soucient aucunement du temps à venir, ne considérant point le dommage qu'ils font à leurs enfants à l'avenir... Je ne puis assez détester une telle chose, et je ne puis m'empêcher de l'appeler une malédiction et un mal-
heur à toute la France, parce que, après que tous les bois seront coupés, il faut que tous les arts cessent... »
Aujourd'hui, la houille a remplacé le bois comme combustible: maisellen'a pu le remplacer dans les constructions , où il joue un rôle de premier ordre malgré l'introduction du fer dans l'art des matériaux.
Les rails de fer où glisse la locomotive sont soutenus partout par des poutres en bois rivées au sol ; les charpentes de bois se dressent de toute parts devant les constructions de pierre que Ton veut exécuter; elles sont la première nécessité de la marine, qui en construit tous ses navires. Mais le bois, qui jouit de tant de qualités propres à en faire une substance merveilleuse pour ces constructions, ne se conserve pas indéfiniment ; il renferme des matières organiques qui se décomposent dans son tissu et qui en déterminent la pourriture ; d'ailleurs, des animalcules ou des champignons s'attaquent constamment aux bois qu'ils détériorent, quelquefois avec une rapidité terrible. On cite l'exemple du navire le Foudroyant, qui, en quatre années, tomba en pourriture par suite du développement spontané de germes parasites dans sa charpente.
Conserver le bois au sein de l'eau ou dans la terre, le préserver de l'attaque des animacules , de la putréfaction, est donc un problème de pre-
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liter habilement du mouvement ascensionnel de la sève pour entraîner avec elle le liquide qui doit conserver le tissu végétal.
L'arbre est encore debout, on fait une saignée circulaire autour de son tronc, on entoure celte plaie d'un sac imperméable, que Ton alimente à ! Taide d'une solution de sulfate de cuivre ou d'acide phénique. La circulation de la sève n'est pas interrompue, elle accomplit toujours son mouvement ascensionnel, mais elle entraîne avec elle l'agent antiseptique; bientôt c'est une sève artificielle qui remplit les pores du végétal et qui pénètre dans toutes ses cellules (fig. 59). Si le tronc est alors abattu, il ne pourra plus être détruit par la pourriture, car le liquide qui l'a pénétré empêche la matière azotée d'être soumise à une décompa-'/ sitioii rapide. Les vers et les champignons parasites ne pourront plus trouver leur nourriture dans ce cadavre végétal, embaumé par les secours de la science.
On emploie encore un procédé analogue en le modifiant; lo tronc est abattu et placé dans une position lîoiizontale, près de son extrémité large ; on entoure une de ses bases d'un sac de cuir, que l'on maintientadhérent au bois à l'aide d'une forte ligature. Le liquide préservateur pénètre dans le
sac, et bientôt la sève est chassée par le liquide qui la remplace dans les conduits ouverts.
C'est en 1851 que Brèant eut l'idée d'employer
le tannin, les sulfates de cuivre et de fer, le chlornire de zinc, l'acétate de plomb, la cire et le suif; ruais de l'avis de tous les ingénieurs, un des meilleurs agents de conservation des traverses des chemins de fer est Vhuile de goudron de houille.