CHAPITRE I
Les débris d'un monde disparu. — Los empreintes et les végéta'ix de la houille. — Aspect do la terre pondant cette période g-éologique. — Absence d'animaux terrestres. — L'atmosplière.
C'est au milieu de révolulioiis nombreuses que le globe terrestre s'est lentement formé ; pour arriver à son état actuel, il a traversé une longue suite de modifications. 11 en est à peu près de la terre comme des sociétés qui ne conquièrent une stabilité durable qu'au prix de grandes épreuves. C'est dans la douleur que s'accomplit l'enfantement des faits comme l'enfantement des choses, et c'est pendant des déchirements volcaniques et des bouleversements géologiques que s'est constitué le sol, aujourd'hui le
théâtre des événements humains. Tout périt et tout change, tout se métamorphose, tout meurt et tout nait ; h\ matière, circulant en quelque sorte dans un cycle éternel, revêt à travers les siècles les fornics les plus variées.
Le morceau de houille dont nous entreprenons l'histoire, avant d'hêtre charbon, a été arbre, avant d'étie inerte , a vécu : ses rameaux verdoyants ont longtemps palpité sous Tardeur puissante des ravons solaires.
IJien avant Tapparition des hommes sur la scène <hi mondes la terre était couverte de végétaux et d'épîiisses forêts qui ont lentement grandi, pendant (les siècles; aujourd'hui demeure des hommes, notre planète était autrefois le domaine des plantes. Ouehjue luxuriante qu'hait été la végétation de ces époques reculées, quelque puissantes qu'aient été ces lorèts primitives, après une longue période (le prospérité, elles ont peu à peu disparu à travers les àgos. — 11 n'est pas de règne, si glorieux qu'il soit, qui n'ait une durée limitée. — Les arbres superbes sont tombés, les plantes robustes sont mortes, et le décor a changé sur tout le théâtre de la terre.
Mais l'empire végétal n'a pas disparu de la scène du monde sans v semer des débris abondants; NiniveetBabylone affirment encore aujourd'hui leur splendeur passée, par les chapiteaux, les pierres et les colonnes confusément amassées sur
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leur tombeau ; la végétation houillère a de même laissé (les témoins de sa puissance.
Ces débris du rtgne végétal anéanti, ces ruines des forêts antédiluviennrs se retrouvent dans toutes les parties du monde ; ce sont les gigantesques amas noirâtres que nous appelons charbon de terre. Les mines de houille sont formées des milicrs de cadavres de végétanx formidables, lentement carbonisés à travers les âges; et il est permis au poëtc de les considérer comme Tossuaire gigantesque de tout un peuple de plantes et d'arbres immenses.
11 est certain que la houille esl le résultat de lu décomposition de végétaux qui ont étendu leur verdure, pendant une longue période, à la surface des continents. Quand on parcourt les galeries souterraines creusées dans les gisements de charbon déterre, il n'est pas rare d'y rencontrer des débris de piaules nettement conservés, des empreintes de feuilles et de fougéies, des troncs même encore debout dans l'amas de charbon.
Aux mines de Treuille à Saint-É tienne, des troncs fossiles sont gravés dans le gisement du noir combustible; on les trouve debout dans leur tombeau , à la place qui les a vus naître. Carbonisés, inertes et sans vie, ils ont l'élégance de l'individu vivant. Ces cadavres se dressent avec majesté, comme au jour où, pleins de sève et de
ralcment qu'une très-faible profondeur. Telles sont les vastes tourbières des bassins de la Somme, (le la Seine et de la Loire. Quelquefois le phénomène du tourbage se produit sur des pentes que couvrent des plantes abondantes, basses et serrées. Ces végétaux entremêlés agissent comme dii^ sorte d'épongé, qui retient constammentnappe d'eau où ils se décomposent. Telles les tourbières des pentes montagneuses de:
France et des Vosges ; toutefois, sur ces ve la génération de la tourbe est loin d'être aus rapide, aussi active que sur les plateaux hori2Q9||()i taux. .-.i
D'après les remarquables travaux de M. Eliedk Reaumont, il se développe dans les eaux stagnaatei^ où la tourbe prend naissance deux espèces de ^w gélatioii; l'une, au fond, engendrée par des végé^ taux aqua tiques ; l'autre, superficielle, produite piâjf . des plantes terrestres qui prennent racine sur uili|^cspèce de radeau solide, formé par les feuilles €t les bois moris qui surnagent, el que vicnnëHl grossir une infinité de débris organiques. Une fojà;, , que ces végétaux lerrestres ont pris naissance, fl\^ i s(» foime à la surface de l'eau un gazon superiicicÂ. qui se ct)nsolide de j(mr en jour; sa solidité s'aor' ' croît constamment, et il peut bientùt servir dfct. sup])ort à des arbres assez grands. Quand onpâr^ . (îourtccs terrains superposés à des nappes d*eau, ou s'aperçoit qu'ils sont élastiques, sonores, et la
Irait les débris d'une autre forêt. Au-dessous de celle-ci, d'autres arbres existaient encore en grande abondance. Etrange agglomération, entassement formidable et majestueux ; des forêts superposées aux forêts, des arbres sur des arbres, donnent naissance à ces mines gigantesques qui nous frappent par leur grandeur et leur étendue merveilleuse !
4)ans les cinq parties du monde, dans toutes les régions de la terre, en Europe comme en Australie, en Amérique comme dans les Indes, le mineur qui creuse Tépiderme terrestre trouve abondamment la houille , et le géologue qui l'étudié observe ces empreintes, ces débris, qui attestent la splendeur d'une vie surabondante et luxuriante.
Là, ce sont des fougères aux J)ranches ramifiées, ici des calamités aux tiges aplaties, plus loin des fruits primitifs, des feuilles dentelées comme une fine mousseline, ou compactes comme celles d'un végétal grossier.
Les empreintes des fougères nous présentent des pecopteiis dont les folioles, peu détachées du pédicule, se réunissent quelquefois en une seule feuille profondément découpée , des nevropteris , parmi lesquels on rencontre souvent une variété assez fréquente dans les fossiles de la houille (fig. 4 et 5 ) , des odontopteris aux feuilles plus larges et plus rapprochées (fig. 6), des calamités qui offrent l'as-
tillon lurent frappés d'une véritable stupeur, et on eut toutes les peines du monde à les persuader qu'ils n'avaient pas déterré quelque géant fabuleux, enfoui dans le sol depuis les mystérieuses périodes du moyen âge.
L'échantillon que nous mentionnons est un des plus étonnants dont se soient enrichies les collections modernes ; aussi l'avons-nous représenté en totalité dans la figure 9 , en donnant plus loin les détails de la tête (fig. 10).
La découverte des palmiers dans le charbon fossile a principalement surpris les naturalistes, car ces arbres devaient vivre anciennement avec le pin dont les débris se trouvent aussi dans la houille ; aujourd'hui ces deux espèces semblent se fuir. — C'est- toujours un fait étonnant de voir ensemble des pins, arbres du Nord, avec des palmiers, rejetons des tropiques ; et Colomb ne manqua pas d'être frappé de ce fait , quand il débarqua en Amérique ; il écrit à Ferdinand le Catholique, avec étonnement, que « l'on trouve des palmiers et des pins dans le pays nouvellement découvert. » Ce qui se présente par exception sur la terre actuelle était presque une généralité à l'époque houillère.
Les palmiers de la période houillère avaient de grandes analogies avec ceux qui couvrent encore aujourd'hui le sol des régions tropicales. La figure 8, qui est une reproduction très-exacte d'un bel échantillon trouvé dans le terrain tertiaire
clans les estuaires ; on a même découvert dans des schistes, aux États-Unis, des empreintes de pattes d'animaux moulées sur une argile tendre, jusqu'à des gouttes de pluie, ou bien encore la trace capricieuse des ondulations des vagues de ces âges disparus; trace si fugace, restée indélébile à travers les siècles !
Les empreintes de fougères sont les plus atxMMi: dan tes, et le nombre de leurs variétés est cons^ dérable ; c'est toute une flore abondante et cof|^ ^ plexe que celle de la houille , et le botanislilF énumère diflicilement toutes les espèces qu'il reéj^^ contre dans les entrailles du sol. Spectacle étdoQ^. nantque celui de ces débris, encore conservés jt(j qu'à nous!
Nous n'en finirions pas s'il fallait énumérer liste des fossiles que le géologue peut rencontnÉ dans le terrain houiller.... Il nous suffira d'avoil^ mentionné quelques types caractéristiques doÉp nant une idée des débris formidables abandotir nés dans l'écorcc terrestre i)ar un monde dispara» Si les plantes sont abondantes, si la flore est ricfiè et multiple, les coquillages ne sont pas moiiÉ^ nombreux et se comptent par milliers. Quelqutili espèces offrent de grandes analogies avec celles (jui régnent encore à la surface des continents. Pour n'en citer qu'un exemple, mentionnons les étoiles de mer fossiles que l'on trouve assez fréquemment dans des rognons de fer carbonate
contemporains de la période houillère , et qui , [juoique âgées de plusieurs niilliei's de siècles , paraissent avoir été recueillies sur nos rivages modernes (fig. H).
Presque tous les grands phénomènes géologiques qui ont déterminé la formation de Técorce terrestre se manifestent encore lentement sous nos yeux pendant Fépoque actuelle. C'est ainsi que les perturbations mécaniques, qui ont rejeté les eaux bien loin de leurs rivages, sont encore . représentées de nos jours par les soulèvements du sol et par l'effort des volcans ou des tremblements ' de terre ; c'est ainsi que la lente génération des i roches s'effectue sous nos yeux , par le dé- '- pôl des cours d'eau et des mers; mais tous ces \ phénomènes modernes n'ont plus la puissance \ d'aclion des phénomènes anciens, c'est un mouvement ralenti, un effet atténué et comme une lointaine réminiscence.
La formation de la tourbe, qui prend naissance sous nos yeux même, a sans doute de grandes analogies avec la formation de la houille, et son étude peut nous donner quelques aperçus précieux sur la création des immenses gîles rarbonites où puise aujourd'hui Tinduslrie morlerne La plupart des tourbières se trouvent dans de* plaines basses où les eaux ne peuvent s'écoubri que difficilement, et où elles ne yré^^uUini j/éné-
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contemporains de la période houillère , et qui , quoique âgées de plusieurs milliers de siècles , paraissent avoir été recueillies sur nos rivages modernes (fig. H).
Presque tous les grands pliénomènes géologiques qui ont déterminé la formation de Técorce terrestre se manifestent encore lentement sous nos yeux pendant Fépoque actuelle. C'est ainsi que les perturbations mécaniques, qui ont rejeté les eaux bien loin de leurs rivages, sont encore représentées de nos jours par les soulèvements du sol et par l'effort des volcans ou des tremblements de terre ; c'est ainsi que la lente génération des roches s'effectue sous nos yeux , par le dépôt des cours d'eau et des mers; mais tous ces phénomènes modernes n'ont plus la puissance d'action des phénomènes anciens, c'est un mouvcRient ralenti, un effet atténué et comme une lointaine réminiscence.
La formation de la tourbe, qui prend naissance sous nos yeux même, a sans doute de grandes analogies avec la formation de la houille, et son étude peut nous donner quelques aperçus précieux sur la création des immenses gites carbonifères où puise aujourd'hui l'industrie moderne
La plupart des tourbières se trouvent dans des plaines basses où les eaux ne peuvent s'écouler que difficilement, et où elles ne présentent gêné-
l'îilemunt qu'une très-faible préft sont les vastes tourbières des bassin de la Seine el de la Loire. Quelqu nicnc du tourbage se produit sur couvrent des plante» abondantes, ht Ces végétaux entremêlés agisseo' sorte d'épongé, qui retient con nappe d'eau où ils se décompose les tourbières des pentes monta] France et des Vosges ; toutefois, suj la génération de la tourbe est lo rapide, aussi active que sur les pli taux.
D'après les remarquables travaui Iteaumont, il se développe dans les e où la tourbe prend naissance deux gétalioii; l'une, au fond, engendrè taux aquatiques; l'autre, superlîciel des plantes terrestres qui prennent espèce de radeau solide, formé pai les bois moris qui surnagent, el grossir une infinité de débris organ que ces végétaux leii'esties ont pri se foime à la surfuccî de l'eau un gt qui se ciinsolide de jour en jour; s croit conslamiiionl, et il peut bic suppiiri ji des arbres assez grands, court CCS terrains superposés à des nappes.' on s'aperçoit qu'ils sont élastiques, sonores,'.
moindre cavité qu'on y creuse fait entrevoir le liquide stagnant.
« Pour bien apprécier, dit M. Burat, le phénomène de Taccroissement des tourbières, il suffit de bien se rendre compte de leur structure intérieure. Le gazon superficiel forme une surface solide, élastique, au-dessous de laquelle se trouve Teau, remplie par les plantes ascendantes du fond et les racines descendantes du gazon ; ces plantes et ces racines enchevêtrées déterminent un feutrage spongieux. Du fond de l'eau se développent et montent les plantes aquatiques qui augmentent l'épaisseur du feutrage et dont la décomposition successive accroît incessamment l'épaisseur de la tourbe. Cette tourbe se stratifié à mesure qu'elle se produit et elle exhausse le fond de la tourbière. »
L'apparence de la tourbe est très-variable, suivant la nature des végétaux qui la constituent. La tourbe mousseuse est la plus abondante ; elle est formée de végétalix rampants, agglomérés et entrelacés. La tourbe feuilletée est essentiellement produite par des feuilles superposées, et on rencontre dans sa masse les troncs et les branches desarbresoùces feuilles ont pris naissance. Généralement ces troncs sont déformés, aplatis et couchés; cependant ils reslent quelquefois debout comme les fossiles qui se trouvent dans la houille. Ces gisements prennent le nom impropre de forêts sous-marines^ parce qu'on les rencontre sou-
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vent sur les rivages de TOcéan, à un niveau inférieur à celui (les eaux; mais ils sont constitués par des végétaux terrestres, des chênes, des bouleauit, transformés en tourbe, que l'immersion subile des eaux ou la pression des sables a profondément enfouis dans les entrailles du sol. La baie de Saint-Michel présente un bel exemple géologique de la submersion de la tourbe, située wos le sol du riva^çe, derrière des levées ou barres de galets que les ouragans et la tempête ont postérieurement détruites. x\ l'époque des Rom|^, cette baie était couverte de bois, et la levée I^ raie, brisée par la force des flots, vers le hi •'*^^siècle, submergea la foret; bientôt le sol tour de la forùt fut envahi par les sables, et ai d'iiui c'est sous les dunes qu'on le rencontrejîi|r dant la tempête ; le choc des vagues rend inavfestc cette formation séculaire; les flots fragg^it le fond du rivage et en arrachent des débris debti^ noircis par une altération analogue à celle des tourbières.
Oui nous dit que ces tourbières ne se transformeront pas un jour en charbon de terre et que nos descendants ne puiseront pas plus tard dans ces gisements en voie de formation? A part la différence minéralogique des produits, rien ne s'oppose à assimiler les conditions de formation de la houille à celles qui donnent naissance à la tourbe. CellQ hypothèse se présenle naturellement à la
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pensée ; elle se trouve vivifiée par l'obscn ation
même de la nature qui nous montre dans ses créations multiples l'action des mêmes causes produisant les mêmes effets. Cette lente formation de la tourbe est peut-être l'image de la formation des gisements séculairesde la houille; nous aurions sous les yeux le tableau de l'action des forces naturelles, qui travaillent patiemment à travers les âges, et qui, aidées par l'influence du temps, produisent des œuvres immenses. Nous trouverions ainsi la confirmation de la grande pensée de l'illustre Leibnilz qui considérait le présent comme un miroir où se reflète le passé pour réfléchir l'avenir.
L'étude des empreintes de fougères et d'arbres divers ne nous permet pas seulement d'affirmer en foute certitude l'origine de la houille ; elle nous autorise encore à reconstituer par la pensée le monde disparu de cette période si surprenante. Pompéi et Herculanum, enfouis sous la lave volcanique, se dressent aux yeux de l'historien qui décrit les maisons de ces cités gracieuses, et qui voit la foule des morts se réveiller pour animer les rues aujourd'hui désertes et silencieuses ; les fossiles de la houille semblent de même sortir d'un lo«*^i||^s pour apparaître aux yeux du géologue. >*^^ historien de la nature ;"'*», sous
} c \ science, les fougères relèvent
leui's rameaux épais, les Icpidodendrons aux tiges élancées et flexibles reprennent vie ; les lycopodiacé(»s verdoyantes baignent leurs racines dans les marécages autour d'un tapis de verdure éternel et sans limites. La terre, d'un pôle à l'autre, est cou verte d'un épais manteau de verdure, et les végétaux de la houille ressuscitent à la voix de la géologie. Voilà les continents qui se revêtent d'un ombrage immuable et prodigieux.
Étrange décor qui embellissait la scène de notre planète; nos végétaux les plus humbles étaient les plus orgueilleux ; les fougères de notre époque ne sont plus que les représentants racliitiques des lougércs antédiluviennes, et les humbles herbages (l(i nos marais sont une image en miniature des ros(vnix gigantesques qui couvraient le sol. Les végétaux primitifs avaient une uniformité saisis- ■ saille, (|uolque chose de gi^and dans la pauvreté (rcsjM'ccs. La nature, prodigue de force et de fécondité, semblait avare de variété. Pas de fruits, pas d(î llcuirs, comme contraste dans la monotonie des nnanc(îs;pas d'animaux terrestres pour animiîi' de leurs mouvements ces forêts silencieuses. La vi(^ végétale immobile, éternelle; sur les eontinenis, cà (»t là d(»s marécages; plus loin, des mers élenchies. Pas un ois(»au ne voltigeait sur les rameaux épais; pas un mammifère ne cliercliîiil l'onibn^ sous les feuilles ; TOcéan seul avait de, nombreux habitants. Quel(|ues rares insectes
la part du végétal; chaleur emmagasinée, deven^ae latente, qui ne devait apparaître que le jour où l'homme brûlerait le noir combustible. Quand on échauffe le charbon de terre, il brûle, il se combine avec Toxygène de l'air et dégage de la chaieiar; on peut dire, sans être paradoxal, que cette chaleur n'est autre que celle des rayons solaires antédiluviens, concentrés pendant des siècles dans la houille; ils se dégagent aujourd'hui pour féconder l'industrie des sociétés modernes.
Pour quels regards et pour quelle pensée se développaient ces forêts majestueuses? Pour quel but et pour quelles fins prospéraient ces ombrages solitaires? Problème sans solution, énigme sans réponse, pour qui se garde de se ranger à ra>is de quelques esprits imprudents qui croient que tout dans la nature a été fait dans l'intention de l'homme; n'cst-ilpas plus prudent de prendre Buffon comme guide, ou d'imiter le bon sens plein de finesse de Fontenellc ? « Nous sommes, a dit ce profond philosophe, tous faits naturellement comme un certain fou Athénien, qui s'était mis dans la fantaisie que tous les vaisseaux qui abordaient au port du Pirée lui appartenaient. Notre folie à nous autres est de croire aussi que toute la nature, sans exception, est destinée à nos usages, et quand on demande à nos philosophes àjquoi sert ce nombre prodigieux d'étoiles fixes, dont
une partie suffirait pour faire ce qu'elles font toutes, ils vous répondent froidement qu'elles servent à leur réjouir la vue. >/
N'est-ce pas aussi folie de s'imaginer que ces gisements de houille ont été uniquement cn;és à notre usage , de s'extasier sur l'accumulation de ces débris antéhistorîques, rassemblés dans le sein de la terre pour présider aux besoins de notre industrie? On irait loin avec une telle manière de voir, et on se trouverait, en procédant ainsi, logiquement conduit à dire que le chéneliége a été créé, il y a des milliers d'années, pour que l'homme un jour pût en faire des bouchons. Il faut bien tenir en garde ses sentiments quand on étudie la nature, et se garder d'être assez vaniteux pour croire que tout, dans le monde, gravite autour d'un cercle dont l'homme est le centre. Ne cherchons pas pourquoi la houille s'est produite ; nous l'ignorerons toujours : hàtons-nous de dire, une fois pour toutes, que le savant a pour mission d'étudier ce qu'est la nature, et non pourquoi elle est, ce qui ne Tempéche pas du reste de se sentir transporté d'admiration à la vue des mystères qui l'environnent de toutes parts.