CHAPITRE II
Les ricliesses de la terre. — Bassins houillers des continents. — Les États-Unis et la Grande-Bretagne. — La Belgique, la France et la Prusse. — La superficie des gisements de charbon fossile.
Lcntementenfouies dans les profondeurs du sol, les forêts antédiluviennes se dessèchent dans leur sépulcre et dorment dans leur tombeau pendant des milliers d'années! Qui, le premier, porta la main sur ces reliques d'une époque disparue, qui pour la première fois creusa ces gisements immenses et en retira le premier bloc de charbon? C'est la nature, dit-on, qui enseigna aux hommes que des richesses s'étendaient sous la terre, et c'est la Grande-Bretagne, le pays de la houille, qui dévoila, pour la première fois, le noir combustible. « Les eaux, dit Whitaker, dans son histoire de Manchester, amènent fréquemment, du haut des montagnes, les extrémités des couches de houille qui y affleurent au jour, et les Bretons durent sans
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doute remarquer ces pierres biillantes et, soit par l'effet du hasard, soit par la réflexion, en découvrir l'utilité. Une autre preuve plus positive résulte de la découverte récente de plusieurs masses de houille, enfouies dans le sable, sous la voie romaine de Ribchcster. »
En 1259, Henri III accorda aux halûtants de New-Castle-upon Tyne une charte pour Toxploitation des mines de houille, qui prit do jour en jour un nouvel essor et acquit graduellement une haute importance. D'après ce que nous venons de mentionner, l'exploitation de la houille aurait une origine bien antérieure à celle que lui assignent les Belges. Ceux-ci prétendent que la découverte de celte matière est due à un forgeron nommé HuUos qui vivait en 1049 ; il est fort difficile d'émettre une opinion certaine à cet égard : quoi qu'il en soit, une fois que les hommes furent en possession du charbon de terre, ils ne tardèrent pas à en apprécier les qualités et les nombreux usages. Dès que le premier mineur eut mis la main sur la houille, on rechercha dans toute la terre les gisements si précieux du cliarbon fossile.
Il va sans dire que, dans les pays où la houille vient affleurer au jour, on connut de tout temps le noir combustible ; mais son exploitation ne fut pas la conséquence immédiate de celte connaissance; pour qu'une exploitation organisée s'établisse régulièrement chez un peuple , il faut que
Tii LA HOUILLE.
sa civilisation ait atteint un certain degré de ^ leclion; il est de toute nécessité qu'il existe un commerce ([ui exporte, ou une industrie qui consomme. Aussi les traditions nous montrent-elles les Flandres , le premier pays réellement industriel, exploitant les premières mines de houille. C'est au douzième siècle que le charbon de terre auraitété exploité aux environs de Liège, et la légende rapporte nombre de récits sur le premier mineur qu'on appelait le prudliomme houilleur ou le vidllard charbonnier. Ce fut dans les quinzième et seizième siècles, que les exploitations s'étendirent de Liège à Mons, en donnant une énergique impulsion au commerce à la prospérité duquel elles devaient singulièrement contribuer. Mais la houille n'eut pas grand succès, malgré les avantages qu'on (levait tirer de son exploitation qui végéta, pour ainsi dire, jusqu'à la fin du siècle dernier, comme nous rindique un écrit de Savary : « Le bois étant devenu très-rare et très-cher à Paris en 1774, on amena ciuelqucîs bateaux de charbon de pierre qui se débitèrent d'abord assez bien aux ports de Saint-Paul et de l'École. Le peuple y courut en foule, et même plusieurs bonnes maisons voulurent en essayer dans les poêles et cheminées des anticbambres ; mais la malignité de ^ ses vapeurs et son 0(hMir de soufre en dég rent bientùt; et," la venU». des premiers h*< n'ayant pas réussi, les nouvel marcha*
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toliajrbons de pierre cessèrent bientôt d'en faire ve- Tiir pour la consommation de Paris. »
Si la Belgique a été le premier producteur de la Houille, la France en fut le premier consommateur, et c'est pour envoyer des liouilles à Rouen ^ue les exploitations anglaises prirent naissance plus tard*.
Les États-Unis sont merveilleusement dotés par la nature qui y a accumulé toutes les richesses, et les bassins houillei's s'étendent en abondance dans le sol de cette grande républiciue. Mais les hom- Uies, dans ces pays nouveaux, n'ont pas encore profité de la dixième partie des sources précieuses qui s'étendent sous leurs pas, et ils n'en connaissent môme pas rétendue exacte ; à quoi bon comp- . ter ses richesses, quand on sait que la prodigalité la plus exorbitante n'en pourra entamer qu'une faible partie? 11 y a des houillères en Amérique jusqu'au Groenland, jusqu'à la mer deBaffin, jusqu'au pôle ! Plus bas, du côté du Pacifique, nous rencontrons les amas de charbon fossile de la Californie, situés dans une localité exceptionnelle; près de la grande baie deSân-Francisco, nous trouvons les gîtes del'Orégon, que la main du mineur a respectés jusqu'ici. Quel avenir dans ces mines immenses I Aujourd'hui que le chemin du Pacifique
'a kouille, par
a rejoint New-York et San-Francisco, qui ouvrent à Londres la voie de Pékin, les gisements fossiles de la Californie , situés à l'entrée même des ports , peuvent alimenter le monde entier. C'est aux États- Unis qu'appartiennent les plus abondantes houillères du globe ; elles s'étendent autour du lac Salé, où les Mormons les exploitent ; elles sont enfouies dans les profondeurs du sol qui avoisine le golfe Saint-L*aurent ; elles se développent au pied des Alleghanys, jusqu'au Missouri, jusqu'à l'Arkatisas, pour venir joindre le pied des Montagnes Rocheuses ; elles envahissent la Pensylvanie, la Virginie, Etats auxquels elles donnent la richesse et la prospérité ; elles sillonnent les territoires del'Illinois, de rindiana et du Missouri ; elles apparaissent partout puissantes et massives, toutes prêtes à féconder la nation nouvelle.
Les houillères des États-Unis sont huit fois plus étendues que toutes celles du monde entier ; exploitées depuis quarante années, elles produisent presque autant de houille que la France et la Belgique ; elles occupent le quart au moins de l'immense superficie des États-Unis ; ce sont de vastes greniers d'abondance où puiseront nos fils.
Après les États-Unis, c'est la Grande-Bretagne qu'il faut visiter, pays noir, patrie de la houille, qui en déverse des millions de tonnes dans les Indes, en Australie, dans toute l'Europe, et dans le monde entier. L'Angleterre a ses deux plus gran-
des houillères sur le bord même de la mer, et les wagons chargés du noir combustible glissent jusqu'aux vaisseaux qui l'emportent dans tous les pays à travers Fimmensité des mers; elle a le minerai de fer à côté du charbon, c'est-à-dire la matière première à coté de l'outil. Avec du pain et du fer, disait Bonaparte à ses soldats, on peut faire la conquête du monde ; que ne ferait-on pas avec de la houille et du minerai ! L'un de ses grands gisements est assis au couchant et forme l'immense bassin du pays de Galles, qui envoie sur toute la terre le cardiff, le fameux charbon que recherchent tous les chauffeurs. L'autre se dresse au levant; c'est le bassin deNewcastle, qui, à lui seul, produit autant de houille que la France tout entière ! Le charbon de terre a attiré autour de lui un peuple de 40,000 travailleurs, qui vit et prospère ; et Swansea, autrefois inconnue, est devenue, grâce à .la houille, la patrie des fondeurs. « C'est elle qui envoie ses navires doubler le cap Horn, pour rapporter les minerais du Chili ; c'est pour elle, c'est pour enrichir ses lords, que travaillent les nègres de Cuba, et les populations libres de Coquimbo ou de la Paz, et c'est uniquement à la houille qu'elle doit sa puissance K »
Les Anglais sont, à juste titre, fiers de leurs houillères , et ils racontent avec orgueil que la
* Amédée Burat, Géologie appliquée.
houille de Newcastle s'expédie parfois sur trois cents navires à la fois, par un même flot de marée; le vent enfle les voiles, et la cargaison, mille fois plus précieuse que celle d'une mine d'or, va gagner tous les rivages du monde.
La Belgique est riche en gisements du noir combustible; on rencontre dans ce pays toutes les qualités de la houille, plus une variété toute particulière, le flenu^ excellent combustible que recherchent même les usines de Paris.
Le bassin houiller belge , très-développé entre Liège et Mons,, s'étend de l'est à l'ouest sur une longueur de plus de cent soixante kilomètres. Dans tout ce parcours, le sol est littéralement hérissé d'usines, d'ateliers de construction et de machines. Vu de loin, les cheminées de briques se dressent si rapprochées les unes des autres, qu'on serait tenté de les prendre pour une série de grands arbres isolés que l'on cultiverait sur tout un territoire.
L'Europe centrale abonde en bassins houil- 1ers, et la Prusse exploite abondamment le charbon fossile, dans les mines puissantes de Sarrebruck, d'Aix-la-Chapelle et de Silésie. La France compte aussi des houillères importantes, notamment celles de Rive-de-Gier et de Saint-Étienne. L'immense bassin qui s'étend entre le Rhône et la Loire est essentiellement formé de houille. Le ter-
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' rainnoir s'appuie d*une part sur les escarpements du mont Pilât, et de l'autre il touche les chaînes du Lyonnais et du Forez. Quand on sort de Lyon pour aller à Givors, une fois parvenu à Rive-de-Gier , Taspect du pays change presque subitement.
On ne voit plus que puits et galeries de mines, que forages et pompes à feu en activité ; le sol est noir, une couche de charbon saupoudre tous les visages comme tous les objets. Çà et là des fours à coke lancent dans l'air mille flammèches brillanles, et le soir tout s'illumine; on dirait un pays volcanique où mille feux souterrains jaillissent comme une illumination fantastique à la surface du sol. L'atmosphère elle-même est modifiée parTexploitafion de la houille, car une infinité de cheminées vomissent constamment dans Tair des torrents de fumée noirâtre, qui se rassemble en un immense nuage obscur, semblable à un vaste couvercle massif et compacte. Celte brume mystérieuse semble protéger tout le travail patient et laborieux qui s'exécute dans cette- vaste région. Elle abrite ces immenses fournaises de Tindustrie, où toute une irmée de mineurs et de forgerons est sans cesse \ l'œuvre pour subvenir aux besoins des sociétés. A la fin du seizième siècle, Saint-Élienne était une bourgade qui ne comptait guère qu'une centaine d'habitants, généralement experts dans la confection des armes et des outils. Aujourd'hui le chiffre de ses habitants s'élève à plus de 100,000,
et rexploitâtion houillère est certainement une des causes les plus puissantes de cette étonnante prospérité.
Quand Saint-Etienne ne nourrissait que quelques centaines d'habitants, Rive-de-Gier et Givors n'exisi aient pas encore. Ces villes prospères ont été créées par la houille et le fer.
Épinac et Blanzy, dans le département de Saôneet-Loire , sont encore des houillères importantes parmi celles qui se comptent dans le territoire français.
C'est là que prospère le Creusot, jqui, inconnu il y a un siècle, est devenu, grâce au noir combustible, la vallée de l'industrie prospère. Plus de 10,000 ouvriers vivent sur ce vaste plateau et travaillent à extraire la houille et le minerai, à fabriquer la fonte et le fer, à donner naissance à d'admirables machines qui, plus tard, pour fonctionner elles-mêmes, auront recours au charbon de terre.
Passons dans le Gard et arrêtons-nous un moment devant les belles houillères d'Alais et de la Grand-Combe, saluons dans l'Aveyron le vaste bassin d'Aubin, riche en noir combustible; jetons rapidement les yeux sur les grands établissements de Saint-Chamond, de Carmeaux, de Brassac et de la Moselle, et nous aurons les données nécessaires pom* dresser le bilan de la richesse houillère de la France. Moins bien doté que les pays précédemment mentionnés, notre territoire n'a pas été
cependant oublié dans la distribulion du cbarboii fossile, et s'il est moins riche que les Étals-Unis et que la Grande-Bretagne, il est inoins pauvre que l'Espagne, que l'Italie, que la Grèce, où se comptent seulement quelques rares gisements. Du reste, il ne faut pas oublier qu'il n'a rien à envier à ses voisins ; s'il a moins de houille, il a plus de blè et plus de bon vin.
En Afrique, on a trouvé çà et là des gîtes carbonifères assez abondants au cap de Bonne-Espérance, sur la côte de Mozambique, le long des rives du Zambèse. Mais comment parler des richesses souterraines d'un pays dont la superficie même n'est pas connue? Que d'explorateurs devront encore parcourir ce vaste plateau africain, combien de Speke et de Livingstone devront dévoiler à la géographie des lacs ou des fleuves nouveaux, avant que des sondeurs aillent creuser Tépiderme de ce sol encore vierge et dresser la carie de ses richesses souterraines !
11 y a aussi des mines de cliarbon dans la grande ile de Madagascar; mais il n'est guère prudent encore aujourd'hui d'aller les exploiter ou les découvrir. Un de nos amis qui a exploré ces contrées nous a souvent raconté que les habitants ne pardonnent jamais à celui qui creuse le sol. Ils accueillent l'étranger qui n'a pas le caractère de mineur ; mais ils punissent de mort celui qui fore un
puits, sans qu'on puisse guère expliquer^la cause de cette singulière façon d'agir. Toutefois, si Tob n'est pas fixé d'une manière précise sur les gisements de la grande ile africaine, on sait que dans certaines régions le charbon fossile y abonde.
Il y a encore des mines importantes dans l'Inde, dans la Birmanie, dans la Cochinchine, dans la Chine, dans le Japon, dans l'Asie cenLraile, dansla Sibérie et la Perse, et ces gisements^ commencent dc-jà à être exploités, principalement dans l'Inde, sous l'impulsion des Anglais ; on ne sait trop que présumer de leur étendue. Nul doute que ce sont des réserves précieuses pour l'avenir. Quoi qu'il en soit, le tableau suivant représente l'impo^ tance relative des bassins houillers connus :
Surface rroductioii
dos bassins houillers. annuelle.
Ilos Ilritaimiquos.. . 1,570,000 luntaiTs. 98,000,000 tonnes.
Russie, Saxe, Bavière. 000,000 — 20,000,000 —
France 550,000 — l!2,(H)0.000 —
Holi,n(iiie 150,000 — 12,000,000 —
Aulriche, Bohôine. . 450,000 — 3,000,000 —
Espa-ne 150,000 — 400,000 —
Un fait assez frappant dans la distribution des terrains houillers, c'est leur accumulation dans l'hémisphère boréal. Les plus étendus sont en effet concentrés dans le nord-ouest de l'Europe entre les 49* et 50* parallèles. Dans ces limites se trouvent compris les grands dépots des Iles Britanniques, de la Belgique, de la France et de l'Ai-
lemagne ; à mesure que Ton s'avance de celte zone -vers le Sud, il y a une sorte de décroissance dans l'importance des bassins. Les petits bassins de l'Andalousie sont les derniers dans cette direction méridionale, car Ton en connaît fort peu dans toute l'Afrique. Il semblerait donc qu'il y a incompatibilité entre les régions australes et le terrain houiller,si l'on n'avait récemment constaté son existence sur plusieurs points de l'Australie \ A quelle cause faut-il attribuer ces irré^rularités de distribution des richesses minérales? Comment expliquer cette distribution singulière? C'est à quoi nul aujourd'hui ne saurait répondre : dans bien des cas, la science se borne à constater des faits de cette nature sans en découvrir le pourquoi. 11 en est pour la houille comme pour les océans qui, principalement accumulés dins un hémisphère tei'restre , cèdent la place aux continents dans l'autre partie de noire planèle.
.* Amédée Burat.