‹ La houilleChapitre 7 sur 27 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le forage des puits. — Les galeries souterraines. Travaux de maçonnerie et de charpente. — Gomment on exploite la houille. — Les procédés barbares. — Les procédés modernes et l'économie

Les étendues, souvent considérables, occupées par le charbon de terre sont désignées par les géologues sous le nom de bassins houillers ; tantôt le charbon et les roches avec lesquelles il est uni comblent les lits d'anciennes mers ou de lacs disparus, et les gisements qui s'enfoncent dans les entrailles du sol apparaissent en d'autres points à sa surface, affleurent môme au jour, et, dans<ce cas, les mines de houilles sont toutes découverles. Tantôt, au contraire, le noir combustible est caché sous le sol ; rien ne révèle son existence ; rien ne fait soupçonner, à la surface de la terre, la présence de richesses souterraines, et alors c'est le hasard ou la science qui met à nu les précieux

LE TR.IV.UL SOUTERPaL^. *:

S'tsements. C'est ainsi qu'en 1815 le forage «iuii Pviîts, dans la Sarthe, fit découvrir un ^ri-sf^fii-ifit ^Oondant: parmi les déblais on remanju^ un^ 'Matière noirûlre, qu'on reconnut j-ur -tpe i^i charbon: elle brûlait en effet avec une t-lir: f.sUiîLr éclairante, et Theui-eux propriétaire «ir ^^ ir:- ^^ains trouva la fortune au fond dè^>n :-'jitr.

Dans d'autres cas, la science e-l l«r «iji-ir Oj :.r.:-

^eur; la géologie lui indique de^ {•r'»U.:.;./-rr -: /.L

^'éritie par des sondages, par d»n t'fr4^i^ :-r..'f:.i-,

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le noir combustible.

Ces forages, également péniM'"?.- — : -.*-. .-">ment percés dans l'érorr»' trn -*•:-- :.• :

gisement de houille : un ru •■.?,:.:.■. . • *- • en soupronne la iirofundr'jr . • i; . \'.

maintenant livrer ii rindu-rt:;- • •• - -.

utile. On commeno* \*iii rir;-^-: :■-ouvrir des galeries d^n^ le-? ni>----quand le teri-ain t:>i «iinijift" ♦>-. •:.'.'.: .-. • périeurc est dure et ré^irt^nt»-, ;. v'c -.

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progressivement. Onand br -^/: •-■' ' -.:. ■ la roche est tendre et -ruy--; \:..- •:

comme pour les gié?? et b-^ ■/ f,: ^v- ... *-. - 1er le puits, et le vmda;;': hi!r: ■ - -, * . ' ' de sérieuses difficulti'r^- 0,A<r:' ; •nappes d'eau soul^-Tmîmr^, !>:. ;- *-- ' '*'

TA- j.

il faut que rcndiguement vienne opposer une barrière à Fenvahissement des eaux, il faut joindre au sein du liquide des pièces de bois, les unir et les cimenter si bien, qu'elles deviennent complètement imperméables. Quelquefois il faut percer des sables désagrégés,, des terres coulantes, el ce travail devient un miracle de patience et de persévérance, mais le mineur- ne se décourage jamais ; les difficultés semblent l'aguerrir et le fortifier ; né pour la lutte, il aime la bataille, il se réjouit à la vue des barrières qu'il doit traverser, et plus l'œuvre est minutieuse, plus il se félicite du résultat obtenu au prix de mille déboires. Nous avons décrit ailleurs^ les procédés usités pour forer les puits, et nous ne reviendrons pas sur la description des outils si merveilleux que les Arago, les Mulot et les Kind, ont imaginé pour en doter l'art du mineur. Poursuivons notre pérégrination souterraine, et suivons le forage jusqu'au milieu du gisement houiller.

Quand le puits est terminé , quand le succès a couronné l'œuvre, le mineur se réjouil; il a remporlé la première victoire; la fête est Tétape du travail patient, et le puits reçoit son baptême. Les solennités de TÉglise se mêlent aux labeurs de l'industrie; le puits est couronné de guir-

* Forapfo des puits artésiens, voy. VEau^ 1 vol. in-12, L. Ha- •«ettc et C«

LE TRAVAIL SOITEUUAIN. •:»

landes cl de fleurs; les chants joyeux se font entendre, et les bL»nédiclions sont données à eet orifice, chemin du travail et de la fortune, voie féconde et prospère, qui va donner le pyin à des milliers d'ouvriers !

Le trou de forage qui pénètre dans les entrailles du sol se remplit constamment d'eau, el il fimt constamment aussi pomper et chasser ce liquide ; c'est dans ce travail que la machine à vapeur intervient ; nuit et jour le jûston accomplit son mouvement de va-et-vient : nuit et jour les pomjH^s sont à l'œuvre et lullenl contre les éléments qui, semblables aux dragons de la Fable, ferment le chemin que les hommes ont eu la témérité de s'ouvrir. La pompe des mines t»st restée aujourd'hui telle que AVatt Ta tirée de son cerveau: jkis une modification, pas un peifectionnement: le grand génie de l'Angleterre, le ])ére de la mécanique moderne, a créé tout d'un coup, et de tr>ut<*s pièces, la pompe à vapeur des mines, qui a si justement gardé son nom.

Les difficultés, les |H*rils, les obstacles, 1 imprévu, qui arrêtent le mineur dans le fora;:e de> puits, se présentent encore devant lui quand il veut percer les galeries souterraines; ils se dressent à ses yeux plus redout;ilJes et plus meiiaçants. Dans le percement hori/onial, la \nvWnni est plus grande et le dan;:er plus imminent. Ouand la galerie est ouverte dafis unJJBlJi^'' schisteux,

«t U HOUILLE.

elle tend à se rermer naturellement; car le poids du sol qui la couvre agit avec une puissance inconcevable, et quelquefois une galerie dans l^ quelle un homme tient debout ne livrerait plus passage à une souris, quelques semaines apréa. Pour obvier à ces inconvénients, il faut maçon-

ner les galeries comme on a maçonné lespuil^* il faut y construire des tunnels en pierre ou cï* briques, y dresser des charpentes, y entasser deS étais. Pour boiser les galeries, on construit danS différentes régions du canal souterrain des cadres formés de poutrelles solides, ajustées en forme de trapèze ; on se sert du bois non èquarri, tel qu'il sort du chantier. L'espace compris entre chaqiie

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ig LA HOUILLE.

jisement de houille est une mine d'or, mais à quel prix peut-on l'exploiter I Les millions sont jetés dans les puits de forage avant que l'amortissement, pendant de longues années, permette de les retrouver.

Les premiers peuples qui exploitaient la houille employaient pour l'extraire du sol des méthodes grossières et barbares ; on gaspillait le charbon, on ne creusait que des galeries étroites, et le mineur, qui n'était pas un homme libre, mais un criminel ou un condamné, broyait lentement h roche à l'aide d'un outil insuffisant. Couché sur le flanc, la tète penchée, il frappait la roche noire, et les débris péniblement arrachés étaient péniblement ramenés à la surface du sol ; ce travail, véritable torture, a reçu le nom de travail à col tordu. Il n'y a guère plus de dix ans que cette besogne de galérien est abandonnée; mais, de nos jours encore, on voit, en Ecosse, de malheureuses petites filles, des enfants, qui portent sur des échelles branlantes des hottes pesantes chargées de houille. Une courroie est fixée à leur front, une lampe est attachée sur leur tète, un fardeau est rivé à leurs faibles épaules, et, ainsi équipées ployant sous leur charge, elles gravissent les Ion gués échelles, marchant à la suite les unes de autres; quelquefois la courroie se brise, et Tinfor tunée ouvrière, qui perd l'équilibre, est précipité au fond de l'abîme; quelquefois encore, un bloc d

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houille se détache et vient donner la mort à ces esclaves, enfants de l'industrie moderne! Maïs qu'importe au propriétaire de la mine, l'appât du gain a fermé son cœur à la pitié, et il exploite avec férocité de pauvres êtres qui meurent pour gagner un morceau de pain !

Dans les couches puissantes de houille, on a employé jusqu'à ces dernières années, et surtout en France, une méthode d'exploitation non moins barbare^ connue sous le nom expressif de méthode par éboulement. Armés de pics, les mineurs taillaient un grand bloc de houille et finissaient par en déterminer la chute. Au dernier moment, ils s'enfuyaient quand la formidable avalanche était imminente. Mais il fallait étaver les vides immenses qui se formaient, il fallait éviter la formation des crevasses qui s'ouvraient quelquefois d'ellesmêmes jusqu'à la surface du sol, en offrant aux eaux superficielles un passage devenu funeste. En outre, les deux tiers au moins de la houille étaient abandonnés dans la mine, comme étais ou piliers; et celte méthode, véritable gaspillage, n'a pas tardé à être complètement abandonnée.

La nécessité de produire le charbon de terre au plus bas prix possible a peu à peu conduit les mineurs à la méihode par remblais, qui consiste à retirer des entrailles du sol toute la houille abattue ;

chevaux et les machines sont les forces molrices employées, puissantes, économiques, et avec tous ces perfectionnements le charbon de terre est livré à l'industrie en plus grande al)ondance et à un prix de revient plus faible ; la vie dos miifeurs est protégée ; le salaire s'accroît ; le dangBir disparaît et l'industrie bien dirigée rcni- •place des procédés barbares et indignes d'hommes civilisés, ^f -lia disposition à donner aux galeries, leur di- !llyiBtion, leur forme, les moyens de les consolider, *|ri«it avec les différentes houillères; et chaque jJngènieur, d'après les allures du massif houiller, l^fàge des mesures à prendre et des travaux à Cn^ëcuter. L'outil qui sert aux mineurs à abattre la houille est le pic , dont la forme varie suivant la dureté du gisement ; quand il est trop résistant, on emploie la poudre et le sautage. C'est ainsi que, dans tous les pays , les progrès de la science ont permis à des méthodes économiques et humaines de remplacer des procédés barbares et dispendieux. Aujourd'hui le mineur n'est plus à plaindre, et pour s'en assurer il suffit de le voir à l'œuvre. Qu'on aille à Anzin ou au Creusot, à Newcastle ou à Commentry, on verra les noirs travailleurs qui creusent, en chantant, le débris fossile, et ï«i, après une journée laborieuse, rentrent gaiement au logis, où ils élèvent leurs enfants pour en faire des mineurs. Comment pourrait-il en être

autrement ? puisque le charbon de terre, c'est la j richesse , c'est la fécondité, si une intelligente industrie sait en tirer profit.

L'avenir, a dit Robert Peel, est au pays qui produira le plus de houille. Cette phrase célèbre ré* sume l'importance des gisements de charbon de terre, attestée par la petite Belgique qui n'occupe un rang important dans la classification des États, que parce qu'elle est riche en débris noirâtres des forêts antédiluviennes. Aucun pays n'est mieui doté que la libre Belgique, qui trouve dans son sein toutes les qualités de la houille ; aucun pays n'esl plus prospère. L'Angleterre, qui puise dans son sein le fer et le charbon en si grande abondance, est à la tête du commerce du monde ; la Prusse et la France ne viennent qu'en seconde ligne sous ce rapport. Les États-Unis et les Indes sont riches en charbon fossile, et ces contrées étendues semblent être les contrées de l'avenir, qui marcheront à la tête de la civilisation , quand les mines européennes seront épuisées. Étrange spectacle que celui de cette exploitation formidable, surtout quand on se reporte en arrière, aux siècles précédents, qui n'avaient nul soupçon des ressources que l'on pouvait rencontrer dans le sein de la terre !

Il n'y a pas très-longtemps , en effet, que Ton met à profit le noir combustible. Sous Henri II, les

docteurs de la Sorbonne l'avaient excommunié pour « ses vapeurs sulfureuses et malignes », et un édit royal avait défendu aux maréchaux ferrants de l'employer « sous peine de prisons et d'amendes ».

. On est tenté de croire que l'industrie moderne s'est hâtée de rattraper le temps perdu , car on est vraiment terrifié en songeant à l'énorme consommation de charbon déterre dans le monde entier. Aujourd'hui Londres consomme près de six millions de tonnes de charbon de terre, et le vovageur qui arrive dans la capitale des trois royaumes doit cesser de s'étonner en voy&nt l'auréole de fumée noirâtre qui plane au-dessus de l'immense cité. Paris en brûle un million de tonnes par an, et la houille, jadis bannie de notre brillante métropole, yestreçuede toutes paris. L'aulorité, loin de l'interdire, en attend l'arrivée; car son passage par l'octroi .grossit singulièrement les revenus de l'État.

Partout le mineur est à l'œuvre, partout il arrache au sol le charbon de terre, avec cette sorte d'activité fiévreuse qui caractérise le chercheur d'or en présence d'un filon précieux. 11 y a un siècle, l'exploitation de la houille était à peine créée, et de nos jours des milliers de machines se nourrissent du combustible fossile, des blocs énormes sont san^igsse retirés des profondeurs

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du sol, et plus ■^^■ttmation s'accroît, plus la

fortune d'un pays augmente, plus son P)ien-êtr< s'accroît, plus son commerce devient prospère. - Mais n'y a-l-il pas une ombre à côté de ce rayon nement de richesses ? — Bernard Palissy autre fois s'effrayait de la grande exploitation des forêts il prévoyait l'anéantissement des arbres prospères il conseillait de reboiser le sol et de songer à l'ave nir. — « Que pourras-tu faire sans bois ? » dit-il i la société. — N*est-il pas. permis aujourd'hui de s'inquiéter aussi de cette extraction formidable du charbon, et de dire à l'industrie : « Que pourras-tu faire sans houille ?» — Grave question que bien des e;>prils éclairés se sont posée, et que nous aborderons dans la suite de cet ouvrage.

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