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CHAPITRE IV

Les ennemis du mineur. — L'explosion de la poudre. — L'incendie. — Le feu grisou. — L'éboulement. — L'inond.ition.

Nous venons de voir quels sont les principaux obstacles qui se présentent au mineur ; mais, à côté de ces premières difficultés, il rencontre parfois des ennemis plus redoutables encore, qui peuvent instantanément détruire le travail de plusieurs années.

Pour arracher aux gisements de houille des blocs entiers du noir combustible, il faut recourir à la poudre qui, par sa combustion et la force expansive qui en résulte, détache de l'amas so^ lide des masses énormes de charbon de terre; mais la poudre est une arme redoutable qui se tourne quelquefois contre ceux qui veulent l'employer.

On perce dans les parois des galeries souterraines, des trous de sonde étroits et profonds^

on y entasse la poudre et , à l'aide d'une mèche lentement combustible, on l'enflamme. Quand le feu a pris à la mèche, les ouvriers se retirent et ils attendent le moment de l'explosion qui facilite leur tache. Il arrive quelquefois que la mèche, trop comprimée dans le trou de sonde, ne brûle pas assez vite, et le moment de l'explosion se fait attendre; il faut alors approcher avec précaution pour remédier à la cause de ce retard inattendu ; mais que d'accidents sont survenus à la suite de cette exploration dangereuse ! La poudre peut détoner au moment où les ouvriers se sont imprudemment aventurés, et les éclats lancés dans l'espace jettent la mort parmi les mineurs!

Quand l'opération s'exécute régulièrement, c'est un grand spectacle que celui des chantiei's ou s'aUument les mines. On entend une véritable canonnade, qui fait retentir l'air avec une violence extrùuie.La dilatation des gaz échappés de la poudre écarte les masses minérales, les fissures, et en détache des blocs énormes ; une fumée épaisse s'élève dans Tatmosphére, puis le calme succède au tumulte. C'est alors que le pic vient achever Tœuvre de la poudre, et que les morceaux de charbons arrachés de leurs gisements séculaires sont lentement débités.

Le tirage à la mine a souvent causé dans les houillères des incendies terribles ; mais ceux-ci prennent aussi naissance quelquefois spontané-

LES DRAMES liES IIOI ILLÊRES. 57

ment par la décomposition du charbon. Quand les houilles menues séjournent trop longtemps dans la raine, elles s'échaufTent sous Tinfluence de la fermenlation, ej la température peut s'élever au point d'en déterminer Tinilammation ; le feu s'alimente, et, trouvant toujours de nouveaux combustibles, il se propage avec une terriOante intensité. Pour lutter contre le feu, le mineur ferme les galeries avec des murs d'argile, qui limitent le champ du/lé^ sastre; mais que de courage, que de fermeté sont nécessaires pour exécuter ces barrages, en face même du foyer incandescent, qui échauffe toute la mine et lui communique souvent une température de soi.xante degrés ! Les ouvriers travaillent tout nus, avec une admirable constance, que vient soutenir le but de salut qu'ils entrevoient.

La chaleur est accablante ; l'air est vicié par les produits de la combustion, et les hommes ne peuvent construire le barrage qu'au prix d'une véri- ^ble torture; ils sont quelquefois anéantis par l'inluence des gaz délétères et ils cherchent à en comlattre-les effets, en appliquant sur leur bouche un inge imbibé d'ammoniaque. C'est dans celte fourlaise infernale qu'ils construisent à la hâte le •empart d'argile, pendant que le feu, travaillant lu fond des galeries, fait, de moment en moment, les progrès rapides, et s'avance avec la vitesse de .'inondation qui balaye tous les obstacles.

Le feu triomphe parfois, et, quand tous les ef-

forls ont 6té impuissants, on abandt 1ère <[ui devient un foyer perpétuel 1 nesjqui brûlent sous terre depuis des uinsi que les Iiouillércs de Uecazevi veyron, et de Comnientry, dans l'Ai ilaminécs depuis un temps immémoi L'incendie qu'allume la houille en tanémenl n'inquiète pas beaucoup l peut éteindre, à ses débuts, ce feu 1 propage que peu à peu, et il arrive jours à le maîtriser. Il n'en est pas feu ijrisou, le plus terrible fléau du u rain.

Le cbarbon de terre dégage de s( gaz combuslible, l'hydrogène proto brille avec une flamme livide, pais:

est pur, mais qui détone avec unépoi cas, s'ilesf mélangé avec l'air. Quam protoearboné s'est dégagé des parois souterraines, quand il s'est mélange corridors sombres et étendus, une é pour transformer la houillère en u qui éclate, en ébranlant tout un m que, et en écrasant sous ses efforti fortunés mineurs qui sont enfouis st

Quand le grisou s'enflamme, onei tonation formidable ; les hommes sont aveugléf lancés dans l'espace et broyés par des matériaux

les travaux. — Tout à l'heure elle va apprendre que son mari est mort comme les autres ! Pauvre créature ! elle en deviendra folle de désespoir. — Pendant plusieurs mois elle va errer parles cam« pagnes et les villages, et demander aux passants où est le père de ses enfants , jusqu'à ce que la mort vienne mettre un terme à sa douleur fiévreuse. — Les victimes du feu grisou se comptent ainsi par milliers ! Le souvenir de la femme du maître mineur s'est conservé dans le pays, et les vieux bouilleurs de Saint-Étienne vous raconleront encore cette histoire si touchante.

Cependant on retourne dans la mine. — Les charpentiers qui travaillaient aux étais ont ét^^ broyés. — A l'écurie tous les chevaux sont morts - Le maître mineur, le palefrenier sont ensevelis sous les décombres !

11 est navrant de penser que ces catastrophe^ sont presque toujours la conséquence d'inqualî^ fiables négligences; car les mineurs sont munis de lampes , qui ne peuvent pas enflammer le li" quide explosif formé par l'union de l'air et de l'hydrogène protocarboné. — C'est à l'illustre chimiste anglais Davy que l'on doit l'invention merveilleuse de ces appareils d'éclairage. — La flamme est enveloppée d'une toile métallique , ([ui, par la conductibilité calorifique dont elle est douée , refroidi» suffisamment les gaz combustibles qui la tra-

écrasent (fig. 15). Le désastre esteffrajant on instantanéité ; c'est la mort subite qui îs victimes sur 1q sol, avant même qu'une de salut ait pu prendre naissance. Nulsaun'est possible, et quand l'explosion s'est fait re, ce ne sont plus des hommes qu'on it arracher des entrailles du sol, ce sont des mx de chairs informes et déchiquetés, des es carbonisés et des ossements mutilés en tant, comme ceux que l'on retire^ du sol ils ont subi l'influence d'une décomposiî plusieurs siècles. Quel que soit le nombre leurs, nulle pitié de la part de ce fléau qui )ecte personne ; cent, deux cents ouvriers npitoyablement engloutis sous les débris ^s par l'explosion.

i qui ont échappé aux effets directs de la ion sont asphyxiés par les gaz délétères qui îgent ; ils sont carbonisés par la haute temre qui se produit, la ventilation devient imnte, les muraillements sont broyés, les diont ouvertes, et l'incendie, leboulement, lation deviennent les effroyables complices grisou.

1812, une explosion se fit entendre dans juillère de Liège, et de nombreuses victimes étendues sur le sol ; soixante-huit ouvriers, valent encore , furent asphyxiés par les gaz res I . . .

02 LA JIOIÏLLE.

Esl-il besoin de choisir dans la triste éniiinéi* tion (les catastrophes dues au feu grisou? HéliSles faiis épouvantables abondent tellement, te récits horribles sont si nombreux, les détails pal' pihuils si fréquents dans ces scènes de désordiB el do désolation, qu'une histoire prise au hasaid au milieu de mille drames est toujours un exemple frappant de ces fléaux.

Reportons-nous par la pensée en 1835, dans ta mine de Mons, prés de Saint-Étienne. — C'est h nuit. — Le maître mineur, avec trois hommes, vient de descendre dans la mine, où*se trouvent d^à le pahîfrenier soignant les chevaux et les cha^ pentiers réparant les galeries de bois. — Tout à coup une détonation effrayante ébranle les travaux dans 'toutes leurs parties, le puits est transformé en une formidable pièce d'artillerie qui vomit dans l'air des pierres arrachées aux murailles, des charpentes, et les projette avec une force épouvantable jusqu'à 100 mètres dans l'atmosphère. — Les bennes et les cables eux-mêmes sont lancés dans l'espace par ce volcan. — L'ingénieur arrive terrifié. — Spectacle navrant ; tout à l'heure tout était tranquille et calme; le travail, l'activité allaient régner autour de la mine. En une seconde la scène est changée, c'est à présent la désolation de la mort. Et que sont devenus les malheureux qui sont descendus clans la mine?

Un sauvetage s'organise à la hâte. On descend

)ar la fendue ^ mais les lampes s'éteignent. — Maiiais présage. — Les sauveteurs, comme les lunières , vacillent et tombent asphyxiés ! Deux lommes de ctèur se sont dévoués pour sauver eurs frères; bientôt ce ne sont plus que deux calavres ! On établit une ambulance à IVntrée du 3uits et Ton redescend. — Les mineurs ne mariïhandent pas leur vie pour sauver des amis en péril; tous jusqu'au dernier s'engageraient dans la voie fatale, tous se dévoueraient s'il le fallait, et iraient rejoindre, avec Tapre plaisir que donne un dévouement tragique, les cadavres cachés dans les profondeurs du sol.

Toute la nuit dans les ç^alcrics souterraines on cherche à tâtons au milieu de cette horrible excursion. Chaque mineur sonde le sol, interroge les murs noirs , appelle, et rien ne répond à sa voix. A chaque instant, il s'attend à se heurter contre un cadavre !

A rorifice de la mine accourt une foule inquiète. — Les familles des mineurs, les femmes, les enfants attendent anxieux et épouvantés. L'ambulance se remplit d'instant en instant des sauveteurs asphyxiés ! Une jeune femme porte un enfant dans ses bras, c'est la femme du maître mineur. Elle verse des torrents de larmes et supplie l'ingénieur de la laisser pénétrer dans la mine pour y retrouver son mari ; mais il est expressément défendu à aucune femme de pénétrer dans

tubes de Geissler. — Un courantélectrique, produif par une pile contenue dans une petite boîte portative, traverse un tube de verre rempli d'azote, et produit, en traversant le gaz, une lueur capable d'éclairer une salle obscure (fig. 19). Malheureusement le mineur, qui vit au milieu du péril, se familiarise avec lui, et trop souvent il le brave, en enflammant des allumettes , en se munissant d'autres lumières, qui engendrent parfois d'épouvantables catastrophes !

La liste des ennemis du mineur n'est pas encore achevée ; l'éboulement, les irruptions d'eau, ne sont pas moins terribles que l'incendie et l'explosion. Les étais et les travaux de maçonnerie ou de charpente, qui soutiennent les galeries souterraines, s'affaissent quelquefois sous l'effort d'une pression énorme, et le mineur peut se trouver pris dans les déblais, sans qu'aucune voie lui permette de revoir la lumière du soleil. Les accidents d'éboulement sont devenus légendaires, et quelques faits véridiques semblent presque fabuleux. Qui a oublié l'histoire de l'infortuné Giraud, en 1854? Ce terrassier travaillait au fond d'un puils de mine à Lyon. Les terres supérieures s'éboulent, et le voilà emprisonné avec un de ses compagnons, dans un caveau étroit enfoui dans les profondeurs du sol. « Comment sauver les pauvres mineurs? Il fallut foncer un nouveau puits, au voisinage du premier, et rejoindre ensuite par

une galerie le point où l'accidenf avait eu lieu. Malgré toute l'ardeur diiployée, un mois fut nécessaire pour mener l'entreprise à bien ; car des élioulements survinrent dans les travaux de sauvetage eux-mêmes. Giraud et son compagnon entendaient le bruit du pic, répondaient aux travailleurs, croyaient à cliaque instant que l'heure de ladéliwance allait sonner. Vain espoir ! Le camarade suceomba. La faim l'emporta sur la douleur comme dans la sombre histoire d'Ugolin.

K Giraud plus énei^que résista. Le cadavre de son imi, couché sur lui, viciait le peu d'air qu'il respirait; mais le désir de vivre l'em- ' porta. Ni la faim, ni ce ànistre voisinage n'abattirent cet homme; il ne voulait pas mourir. Il lutta Fis. is.

on mois entier. A chaque instant on croyait le rejoindre, puis survenait un accident; il l'ai lait recommencer.

« Giraud ne faiblissait pas, il réponilait distinctement à toutes les demandes qu'on lui faisait. La France, l'Europe entière suivit cette lutte jour par jour. On donnait chaque soir un bulletin de lu

marche de la journée. Le trentième jour, on cria vicloire, Giraud était sauvé. Pâle, défait, réduite Tétat de squelette, son corps n'était plus qu'une plaie. La gangrène avait attaqué tous ses membres, cl la cause en était due à ce cadavre, qui pendant trois semaines s'était décomposé à ses côtés. On transporta l'infortuné puisatier à l'hôpital de Lyon : il y vécut encore quelque temps, puis s'éteignit ^ »

Que de drames encore causés par les inondations souterraines, que de désastres dus à l'élément liquide qui, brisant ses digues, envahit les galeries des houillères ! L'eau s'est amoncelée depuis des siècles au fond des mines, elle y forme des lacs, des amas immenses que retiennent des bûtardeaux^ façonnés en ciment et en argile, ou des serrements en bois. Si la pression devient trop forte, la digue est rompue, l'eau se précipite avec une indicible violence, et, avant même que les hommes aient pu s'enfuir , leurs cadavres sont charriés sur ce torrent impétueux.

Dans un grand nombre de mines, il existe des excavations anciennes, provenant de tailles antérieures de plusieurs siècles ; on n'en connaît souvent ni retendue ni la situation exacte. Ces cavernes, façonnées par la main des hommes, devien-

* Nous empruntons ce récit au remarquable ouvrage de M. L. Simonin : la Vie souterraine, où nous avons puisé, pour ce chapitre, quelques documents précieux.

plus! L'air est vicié et lourd, l'obscurité cache le spectacle effrayant de deux hommes emprisonnés dans un sépulcre. Les deux mineurs entendeni les voix de leurs sauveurs, les coups du pic, qui es! le salut ; mais ils sont si faibles qu'ils se réjouissent à peine. L'un d'eux veut boire aussi, il se penche pour atteindre leau qui mouille ses pieds, il applique ses lèvres contre le liquide, et sa bouche rencontre le cadavre qui flotte encore à ses pieds !

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