‹ La houilleChapitre 9 sur 27 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Une page d'histoire. — Les grands inventeurs. — Philippe Lebon. — Murdocii. — Windsor. — Samuel Clegg. — Les ennemis des lumières.

La plupart des matières organiques qui, comme la houille, renferment parmi leurs éléments constitutifs une forte proporlion de carbone et d'hydrogène, donnent par la dislillation, des gaz combustibles qui brûlent avec une flamme éclairante. Quelques lignes suffisent aujourd'hui pour énoncer un fait de la plus haute importance; mais il a fallu des siècles pour qu'on sût les écrire, et c'est seulement depuis bien peu de temps que l'art de l'éclairage a mis à profit le charbon de terre, si abondamment répandu dans les entrailles du sol.

La lumière est la première condition de la vie ; plongée dans l'obscurité, la plante s'étiole et dépérit ; enfouis dans les ténèbres, les animaux languissent ou meurent, et l'explorateur qui ose

s'aventurer dans les régions arctiques, pendant la longue nuit polaire, n'arrive à revoir le ; soleil qu'au prix des plus terribles souffrances. L'homme a dans tous les temps cherché à remplacer la lumière solaire et à combattre l'obscurité par la combustion de matières organiques; les peuples les plus primitifs brûlaient la graisse des animaux, ou s'éclairaient avec des torches de résine, et la lueur blafarde qui s'échappait de ces lampes grossières leur permettait d'attendre avec moins d'inquiétude l'heure où l'astre du jour pa- . rait au-dessus de l'Iiorizon pour venir animer toute la nature.

Les anciens, les Grecs et les Romains, n'avaient d'autre appareil d'éclairage que la lampe à huile où brûlait lentement une mèche poreuse ; ils produisaient des lampes gracieuses et élégantes ; mais, bien plus artistes que praticiens, ils négligeaient les perfectionnements qu'auraient pu facilement atteindre ces systèmes élémentaires. Pendant tout le moyen âge, aucun progrès ne se réalise dans l'art de l'éclairage; on dirait que la lumière physique suit en quelque sorte la lumière morale, et plus un peuple est ignorant et grossier, moins ses modes de produire des rayons artificiels sont perfectionnés. Pendant l'heure sombre du moyen âge, la flamme fuligineuse de l'humble lampe à huile brille d'un bien faible éclat, et, à côté d'elle, la chandelle jette des rayons blafards sur

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tne société maladive. C'est aux Celtes qu'on attrime l'invention de la chandelle, qui se fabriquait i l'aide du suif de mouton; on coulait la graisse lans des moules cylindriques dans l'axe desquels m avait placé à l'avance une mèche en coton. La fumeuse chandelle remplaça bientôt la lampe, et t'est elle qui, pendant des siècles, lançait une pâle lueur dans la chaumière du manant comme dans le palais des rois.

En 1016, sous Philippe 1", nous voyons s'organiser la première corporation des chandeliers, en même temps que la lanterne fait aussi son apparition. Les passants attardés la tenaient à la main; on en plaçait bien quelques-unes à la porte des couvents sous les statuettes de la Vierge qui protégeaient la modeste lumière; mais celles que l'on suspendait dans les rues ne tardaient pas à disparaître, car les voleurs et les larrons n'aimaient guère ces nouveaux et indiscrets témoins de leurs brigandages. Jusqu'au milieu du dixseptième siècle, Paris était infesté de voleurs qui couraient les rues désertes et obscures, détroussant les honnêtes bourgeois attardés. On n'a pas oublié ces vers de Boileau :

Le bois le plus funeste et le moins fréquenté Est, auprès de Paris, un lieu de sûreté.

La première ordonnance relative à l'éclairage

date de 1524 ; un arrêt du parlement ordonne ara bourgeois de suspendre des lanternes à leurs fenêtres :

« Pour éviter, esl-il dit dans cet acte, les périls et inconvénients du feu qui pourraient advenir en cette ville de Paris, et résister aux entreprises et conspirations d'aucuns boutefeux étant présents en ce royaume, qui ont conspiré mettre le feu es bonnes villes de cedit royaume, comme jà ils ont fait en aucunes d*icelles villes; la Cour a ordonné et enjoint derechef à tous les manans et .■ habitans de cette ville, privilégiés et non privilégiés, que par chacun jour ils ayent à faire le guet de nuit... Et outre, icelle Cour enjoint et commande à tous lesdits habitans et chacun d'eulx, qu'ils ayent à mettre à neuf heures du soir à leurs fenestres respondantes sur la rue une lanterne garnie d'une chandelle allumée en la manière accoutumée, et que ung chacun se fournisse d'eau en sa maison, afin de remédier promptement audit inconvénient, se aucun en survient. »

Les lanternes ne produisirent pas d'effet bien salutaire, car Tannée suivante Paris est dévasté par la bande de voleurs qui a été si célèbre sous le nom de mauvais garçons .

En 1558, on ordonna que chaque rue serait surveillée par un veilleur de nuit, qui allumerait du feu « pour voir et escouler de fois et d'autre». On supprima en même temps les lanternes aux

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«êtres, et on les remplaça par des fallots allulès dans tous les carrefours. Quel bizarre aspect evaient offrir les rues boueuses et tortueuses de lolre brillante métropole ! Et quelle sécurité pouait-il y avoir pour l'inoffensif passant perdu dans e dédale de ce sombre labyrinthe? Que dirait le wurgeois de Paris du seizième siècle, s'il jetait in l'égard sur la ligne lumineuse de nos boulevards, et s'il voyait cette rangée de becs de gaz jui lancent de toutes parts mille rayons lumineux, semblables à une constellation géométrique d'éoiles! Quel ne serait pas surtout son étonnement, piand il apprendrait la source merveilleuse de %tte illumination féerique I

Tous les règlements les plus scrupuleux se leurtèrent contre une infinité d'obstacles, et la îoalition des malfaiteurs, amis de Tombre, com- Mittait hardiment l'envahissement de la lumière. jCs falots et les veilleurs n'empêchaient pas les Muidits d'accomplir leur crimes, comme nous le )rouve l'accueil enthousiaste fait, le siècle suivant, à l'institution des porte-flambeaux, qui reîonduisaienl chez eux les habitants attardés. C'est abbé Laudati qui créa cette institution en 1665, iprès avoir obtenu du jeune roi Louis XIV un privilège de vingt ans, « aux charges et conditions lue tous les flambeaux dont se serviraient les 'ommis seraient de bonne cire jaune, achetés chez ^ épiciers de la ville, ou par eux fabriqués et

marqués des armes de la ville. » Ces cierges étaient divisés en portions de cinq sous, et, moyennant une faible rétribution, les porte-flambeaus, armés de leur fanal, accompagnaient les citadins jusqu'à ■ la porte de leur demeure.

Le 2 décembre 1667 est une date mémorable dans riiistoire de l'éclairage, c'est celle de Tapparition d'une ordonnance célèbre qui prescrit d'établir, à poste fixe, des lanternes dans toutes le» rues. 11 y a donc deux siècles environ que prit naissance le premier système régulier d'éclairage. Il avait fallu bien des années pour arriver à ce progrès si simple, et bien des années allaient suivre sans qu'on songeât à l'améliorer sensiblement. Le dix-huitième siècle ne s'occupa guère des lumières nocturnes, et le règne de Louis IV ne fit rien pour l'éclairage.

A la fin du siècle dernier, Lavoisier nous enseigne que Paris était éclairé par six mille six cents chandelles; aujourd'hui plus de cent mille becs (le gaz s'allument chaque soir au milieu de notre brillante métropole, et, dans un siècle d'ici, l'historien à venir rira peut-être de nos procédés élémentaires et raillera les hommes d'aujourd'hui, comme nous nous moquons de nos pères I

Depuis Lavoisier, des industriels, devenus célèbres, perfectionnèrent singulièrement les appal'eils d'éclairage, et notre siècle a déjà inventé,

comme on le sait, bien des lampes ingénieuses.

Lampes Carcel et lampes-modérateurs, bougies

de stéarine, et bougies de paraline, pétrole et essences minérales, ont rapidement pris naissance après les premiers systèmes devenus célèbres d'Argant et deQuinquet. Quelque intérèl que puissent offrir ces instruments ingénieux, quelque instructive que soit Thistoire de ces modestes inventeurs, qui ont rendu bien des services à leur époque, nous les passerons sous silence pour ne pas sortir des limites de notre cadre, et nous nous arrêterons seulement devant le créateur immortel de l'éclairage au gaz, qui, par son génie, devait faire naître une mémorable et salutaire révolu-

! tiondans Tart si précieux de produire la lumière en utilisant le charbon de terre.

Philippe Lebon, comme tant d'autres bienfaiteurs de l'humanité, n'a pas à beaucoup près la célébrité glorieuse qui devrait lui appartenir, et l'histoire qui, dans son impartialité, est souvent incomplète, a jusqu'ici oublié de l'inscrire sur la liste des grands inventeurs. Quand on étudie les documents qui se rattachent à l'existence d(î Philippe Lebon, quand on suit pas à pas les éclairs de génie qui jaillissent dans son cerveau, quand on voit les obstacles qu'il a dû vaincre, quand on approfondit son grand caractère et les beaux senti- "lents qui l'animent, on reste saisi d'admiration

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(levant riiumble travailleur qui dota son pays d'un si grand bienfait.

Philippe Lebon naquit à Brachay (Haute-Marne), i le 29 mai 1 767 : vingt ans après, il est admis à ÏÈcole des ponts et chaussées, où il ne tarde pas à se j signaler par son esprit ingénieux et investigateur,-. ses premiers travaux sont relatifs à la machine t vapeur alors à ses débuts, et le 18 avril 1792, Je jeune ingénieur obtient une récompense nationak de deux mille livres « pour continuer des expériences qu'il a commencées sur l'amélioration des machines à feu >*.

C'est à peu près à la môme époque que Philippe Lebon fut mis sur la voie de Tèclairage au gai, pendant un séjour qu'il fit à Brachay. Un jour, il jette une poignée de sciure de bois dans une fiole de verre qu'il chauffe sur le feu, il voit se dégager du flacon une fumée abondante, qui s'enflamme subitement et produit une belle flamme lumineuse. A compter de ce jour, l'industrie venait de faire une des plus grandes et des plus utiles conquêtes, Philippe Lebon avait allumé la première lampe à gaz. Quelques esprits toujours enclins à dénigrer toute idée nouvelle, à jeter la pierre à tout homme dans le cerveau duquel a jailli Tétincelle de l'invention, ont voulu ravir à Philippe Lebon l'honneur qui lui revient, en disant qu'il devait son invention au hasard ; mais, pour notre part, nous ne croyons pas à ces causes fortuites,

nous sommes persuadé que le hasard n'accorde s faveurs qu'au génie persévérant. N'est-ce pas issi le hasard qui fit tomber une pomme sous les îux de Newton, et qui le conduisit par sa chute méditer sur les causes de l'attraction des corps ? lais est-ce le hasard qui ouvrit, à Tillustre génie, 3S secrets de la gravitation des inondes ? Hicn ouvent les rafales du nord détachent des pommes le leurs tiges ; mais il ne se trouve pas souvent lun Newton pour les ramasser !

Que de chimistes, avant Philippe Lcboii, avaient u brûler du bois ou de la houille ! Mais pas un ttsque-là n'avait compris ce que contenait ce fait si impie en apparence. Que d'hommes ont regardé e couvercle d'une bouilloire se soulever sous les fforts de l'ébuUition ! Mais il n'y a que Watt qui il deviné la machine à vapeur dans cette observaion si simple. Il appartient au génie seul de com- •rendre l'avenir, et de discerner par une intuition merveilleuse ce qui est propre à grandir, en néglieantcequi n'est pas viable. En quelques jours, Phippe Lebon comprit l'importance de l'expérience u'il venait de faire, et, avec le coupd'œil de l'esrit supérieur, il résolut de se mettre à l'œuvre, venait de constater que le bois et les combusbles pouvaient dégager, sous l'action de la chaur, un gaz propre à l'éclairage et au chauffage avait vu que le gaz qui se dégage du bois calaé est accompagné de vapeurs noirâtres d'une

odeur acre et empyreumatique. Pour qu'il pW servir à produire la lumière , il fallait le déba^ rasser de ces produits étrangers. Lebon fit paSr ser les vapeurs par un tuyau de d^agement, dans un flacon rempli d'eau qui condensait les matières goudronneuses ou acides, et le gaz s'échappait à Tétat de pureté; ce modeste appareil est la première image de Tusine à gaz : ileo comprend les trois parties essentielles , appareils de production, système de purification, et récipient pour recueillir le gaz.

Philippe Lebon continua à la campagne ses premières expériences; il travailla lui-même avec une ardeur fébrile à construire un appareil en briques où se distillait le bois ; il façonna grossièrement un épurateur à eau où se condensaient le goudron et l'acide acétique. A la sortie de cette cuve, le gaz s'échappait à Textrémité d'un tube ; il y brûlait, et les voisins émerveillés venaient admirer cette belle lumière qui se produisait si facilement sous leurs yeux.

Un an après, l'inventeur avait vu Fourcroy, de Prony, et les grands savants de son époque; le 6 vendémiaire an VllI (28 septembre 1 799), il prend un brevet d'invention, où il donne la description complète de sa thermolampe ^ au moyen de laquelle il produit im gaz de l'éclairage lumineux, en même temps qu'il fabrique du goudron de bois et de Tacide pyroligneux ou acétique. Dans son brevet

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Lionne la houille comme propre à remplacer , il expose son système avec une émotion et une ardeur singulière; en lisanl ce qu'il , on est frappé de cette forme de persu»ui ne permet pas de douter qu'il présageait ir réservé à son système I heureusement Philippe Lel)on ne pouvait crer tout son temps à sa découverte : injr des ponts et chaussées, sans argent ei ortune, il fallait accomplir ses fonctions. FI nd , comme ingénieur ordinaire , h Anjrou- ; mais il n'arrive pas à oublier son '^ni drage, et il regrette vivement Paris, qu'il ;ip- « un incomparable foyer d'étude ». Il s"*ic:cuf)e athématiques et de science, il se fait aimer lis, et son esprit erre bien loin de ses riociins journalières. L'ingénieur en chef ne tardf=se plaindre de Philippe Lebon, il le jalou^f». . sent dans ce jeune homme un esprit sufi»*- , et peut-être un confrère embarrassant : rt 5 une perfidie sous une estime apparente, f-t che à le faire destituer de ses fonction*. Toi/f pé de son projet d'éclairage, Philippe Lehori lait soufrent Ângoulème pour retourner h Brrf-

tîonnait sans cesse sa chère rlé-

en chef s'était fUnt de

i*ia1ions valiimt nne

tre lui, déclara « qu'il était à l'abri de tout reproche ». Du reste, la lettre suivante, que Philippe Lebon écrivit au ministre, peint parfaitement U caractère plein de grandeur de notre inventeur: « Ma mère, écrit Philippe Lebon au ministre venait de mourir; par suite de cet événement, j'a été forcé de me rendre précipitamment à Paris.. Tel est le caractère de ma faute. L'amour de sciences et le désir d'être utile l'a encore aggravée J'étais tourmenté du besoin de perfectionner quel ques découvertes... Enfin j'avais eu le bonheurd réussir, et d'un kilogramme de bois j'étais pai venu à dégager, par la simple chaleur, le gaz ii flammable le plus pur, et avec une énorme éc< nomie et une abondance telle, qu'il suffisait pou éclairer pendant deux heures avec autant d'il tensité de lumière que quatre à cincj chandelle L'expérience en a été faite en présence du citoy( Prony, directeur de l'École des ponts et chaussée du citoyen Lecamus, chef de la troisième divisioi du citoyen Besnard, inspecteur général des por et chaussées ; du citoyen Perard, un des chefs l'École polytechnique... J'étais heureux, parce q je me promettais de faire hommage au minisi du fruit de mes travaux ; un mémoire, qui av; déjà obtenu l'approbation du citoyen Prony et plusieurs savants, sur la direction des aérosta devait également vous être présenté lorsque 1 mêmes affaires m'ont rappelé à Paris. U fall

es fussent bien impérieuses pour m'arracher occupations qui faisaient mes délices ! Mais es seraient affreuses, si elles me forçaient idonner un corps dans lequel les chefs ont voulu couronner mes premiers efforts par ^ers prix, et me confier le soin d'y professer jsivement toutes les parties des sciences s dans l'Ecole des ponts et chaussées ! Je ne ne persuader que les circonstances où je me I, la fureur de cultiver les sciences, d'être i la patrie et de mériter l'approbation d'un [re qui ne cesse de les cultiver, d'exciter, iler et d'encourager les sciences, et qui m'a rendu en quelque sorte coupable, puissent re encourir une peine aussi terrible. Je vais ndre à Paris : la plus affreuse inquiétude )nduit, mais l'espérance m'y accompagne. »

ippe Lebon fut renvoyé à son poste ; mais rre décimait les ressources de la France, et mblique, pendant que Bonaparte était en

n'avait plus le temps de payer ses ingé- . Lebon écrivit au ministre des lettres prespour rentrer dans les sommes dues sur ses ments ; mais toutes les lettres restaient sans le. Sa femme vint à Paris, et ses démarches

infructueuses ; elle écrivit elle-même au re la lettre suivante qui exisie dans les arde l'Ecole des ponts et chaussées :

Liberté^ Égalité, — Paris, 22 messidor an VU de la République française mie et indivisible. — U femme du citoyen Lebon au citoyen ministre de f/ntérieur.

« Ce n'est ni l'aumône ni une grâce que je vous demande, c'est une justice. Depuis deux mois, je languis à cent vingt lieues de mon ménage. Ne forcez pas, par un plus long délai, un père de fa* mille à quitter, faule de moyens, un état auqud il a tout sacrifié... Ayez égard à notre position, citoyen ; elle est accablante et ma demande est juste. Voilà plus d'un motif pour me persuader que ma démarche ne sera pas infructueuse auprès d'un ministre qui se fait une loi et un devoir d'être juste.

« Salut et estime. Votre dévouée concitoyenne,

« Femme Lebon, née de Brambille. »

En 1801 Philippe Lebon est appelé à Pans, comme attaché au service de Blin, ingénieur en chef du pavage. Il prend un second brevet, qui est un véritable mémoire scientifique plein de faits et d'idées. Il parle des applications nombreuses du gaz de l'éclairage et de son mode de production, il jette les bases de toute la fabrication : fourneau de distillation, appareils condenseurs et épurateurSi

brûleurs de gaz dans des becs fermés, rien n'est oublié, pas même la machine à vapeur et les aérostats. Leboii propose au gouvernement de construire un appareil pour le chauffage et l'éclairage des monuments publics ; mais cette offre est rejetée. C'est alors que l'infortuné inventeur, lassé detoulesses tentatives, fatigué de ces mille déboires, ne songe plus qu'à recourir au public pour convaincre de l'utilité merveilleuse de son invention. Il loue l'hôtel Seignelay, rue Saint-Dominique- Saint-Germain ; il y appelle le public. Il y fait disposer un appareil à gaz qui distribue la lumière et la chaleur dans tous les appartements et dans la cour, il éclaire les jardins par des milliers de jets de gaz sous forme de rosaces et de fleurs. Une fontaine était illuminée par le nouveau gaz, et l'eau qui en ruisselait paraissait lumineuse. La foule accourt de toutes parts et vient saluer l'ini^ention nouvelle. Philippe Lebon, excilé par ce juccès, publie un prospectus, sorte de profession le foi, modèle de grandeur et de sincérité, vériable monument d'une étonnante prévision. 11 suit e gaz dans l'avenir et le voit circuler dans les estes tuyaux d'où il jettera la lumière dans toutes 3s rues des capitales futures. Nous reproduisons uelques passages de cette pièce remarquable :

« Il est pénible, dit-il, et je l'éprouve en cemolent, d'avoir des effets extraordinairesàannoncer; eux qui n'ont point vu se récrient contre la pos-

sibilité; ceux qui ont \u jugent souvent delà facililé d'une découverte par celle qu'ils ont à en concevoir la démonstration. La difficulté est-elk vaincue, avec elle s'évanouit le mérite de l'invention; au reste, j'aime mieux détruire toute idée de mérite, plutôt que de laisser subsister la plus légère apparence de mystère ou de charlatanisme.

« Ce princfpe aéritbrme, nous dit-il, en parlant du gaz de l'éclairage, est dépouillé de ces vapeurs humides, si nuisibles et désagréables aux organes de la vue et de l'odorat, de ce noir de fumée qui ternit les appartements. Purifié jusqu'à la trans- ] parence parfaite, il voyage dans Tétat d'haïr froid, ; et se laisse diriger par les tuyaux les plus petits comme les plus frêles ; des cheminées d'un pouce carré, ménagées dans l'épaisseur du plâtre des plafonds ou des murs, des tuyaux même de taffetas gommé, rempliraient parfaitement cet objet. La seule extrémité du tuyau, qui, en livrant le gaz inflammable au contact de Tair atmosphériquey lui permet de s'enflammer et sur lequel la flamme repose, doit être de métal.

« Par une distribution aussi facile à établir, un seul poêle peut dispenser de toutes les cheminées d'une maison. Partout le gaz inflammable est prêt à répandre immédiatement la chaleur et la lumière, les plus vives ou les plus douces, simultanément ou séparément suivant vos désirs ; en un clin d'œil, vous pouvez faire passer la flan

d'une pièce dans une autre ; avantage aussi commode qu'économique, et que ne pourront jamais avoir nos poêles ordinaires et nos cheminées. Point d'étincelles, point de charbons, point de suie qui puissent vous inquiéter , point de cendres, point de bois qui salissent l'intérieur de vos appartements ou exigent des soins. Le jour, la nuit, vous pouvez avoir du feu dans votre chambre sans qu'aucun domestique soit obligé d'y entrer pour l'entretenir -ou surveiller ses effets dangereux. Rien ici, pas môme la plus petite portion d'air inflammable, ne peut échapper à la combustion ; tandis que, dans nos cheminées, des torrents s'y dérobent et même nous enlèvent la plus grande partie de la chaleur produite. Quelle abondance d'ailleurs de lumière I Pour vous en convaincre, comparez un instant le volume de la flamme de votre foyer à celle de votre flambeau. La vue de la flamme récrée, celle des thermolampes a surtout ce mérite ; douce et pure, elle se laisse modeler et prend lai figure de palmettes, de fleurs, de festODs. Toute position lui est bonne : elle peut descendre d'un plafond sous la forme d'un calice . de fleurs, et répandre au-dessus de nos tètes une lumière qui n'est masquée par aucun support, obscurcie par aucune mèche, ou ternie par la moindre nuance de noir de fumée. Sa couleur, naturellement si blanche, pourrait aussi varier et devenir ou rouge, ou bleue, ou jaune : ainsi, cette variété

de couleurs, que des jeux du hasard nous oiM dans nos foyers, peut être ici un effet constant de Tartet du calcul...

« Pourrait-on ne pas aimer le service d'une flamme si complaisante? Elle ira cuire vos mets, qui, ainsi 1 que vos cuisiniers, ne seront point exposés aux vapeurs du charbon ; elle réchauffera ces mêmes mets sur vos tables, séchera voire linge, chauffera vos bains, vos lessives, votre four, avec tous les avantages économiques que vous pouvez désirer. Point de vapeurs humides ou noires, point de cendres, de braises qui salissent et s'opposent à la communication de la chaleur, point de perte inutile de calorique ; vous pouvez, en fermant une ouverture qui n'est plus nécessaire pour introduire le bois dans votre four, comprimer et coërcer des torrents de chaleur qui s*en échappaient. »

Tout le monde rend enfin hommage à l'illustre inventeur, et une commission, nommée au nom du ministre, déclare que « les résultais avantageux qu'ont donnés les expériences du citoyen Lebon ont comblé el môme surpassé les espérances des amis des sciences et des arts » . Napoléon I®' accorda bientôt à Philippe Lebon une concession dans la la forêt de Rouvray, pour organiser l'industrie de la distillation du bois et de la fabrication du gaz de l'éclairage. Malheureusement Lebon fut obligé d'entreprendre trop de choses à la fois ; il prépara le gaz, produisit de l'acide acétique et

du goudron qu'il devait expédier au Havre pour . le service de la marine. Malgré toutes ses peines et ses fatigues, il eut alors comme un rayon d'espérance ; il crut voir enfin se lever le jour de la forlune ; son usine fut visitée par de nombreux savants, et entre autres les princes russes Galitzin et Dolgorowski, qui proposèrent à l'inventeur, au nom de leur gouvernement, de transporter ses appareilsen Russie, en le laissant maître d'établir les conditions. Philippe Lebon repousse ces offres brillantes, et, dans un bel élan de patriotisme, il répond que sa découverte appartient à sa patrie, et que nul autre pays ne doit bénéficier de ses travaux.

Les espérances de Lebon ne furent pas de longue durée; des ennemis et des concurrents lui causèrent mille ennuis, et les éléments eux-mêmes semblèrent se tourner contre lui. Pendant un ouragan, l'humble maison qu'il habitait fut dévastée; le feu quelque temps après dévora une partie de son usine. La fatalité, comme le génie antique, paraissait s'acharner après l'infortuné inventeur; mais les malheurs et les revers ne pouvaient avoir prise sur cet esprit invincible, si bien secondé par une femme aussi ferme que méritante. Philippe Lebon toujours à l'œuvre allait peut-être triompher de lous les obstacles, et l'heure où la réalisation de ses projets d^éclairage en grand était proche, quand une mort aussi tragique que mystérieuse vint l'arracher à ses travaux.

Le jour même du couronnement de l'empmoTy le 2 décembre 1804, on trouva le corps de Philippe Lebon gisant, inerte et sans vie, dans les Champs- Elysées ; treize coups de poignard y avaient «h vert de profondes blessures ! (fig. 20.)

Quelques mois auparavant, Finfortuné inventeur, plein de feu et d'enthousiasme disait à ses concitoyens de Brachay : « Mes bons amis, d'id peu je vous éclairerai, je vous chaufferai de P»ris à Brachay. » Cela était possible en effet ; mus les bonnes gens haussaient les épaules et se disaient : « Il est fou. » Il était bien fou en effel, s^^ est vrai que la folie et le génie se touchent de si près : mais c'était un de ces fous dont parie, le poète.

Combien de temps une pens('>e, Vierpe obscin*e, atten'd son époux !

Les sots la traitent d'insensée, Le sage lui dit : Cachez-vous !

Mais, la rencontrant loin du monde, Un fou qui croit au lendemain L'épouse ; elle devient féconde i'our le bonheur du genre humain.

Philippe Lebon était bien un de ces fous dont parle Béranger ; lui aussi avait épousé une grande pensée; il vécut malheureux, il mojurut victime du plus odieux attentat ; et son nom doit venir s'ajouler à la liste déjà longue des martyrs de la science ! Aujourd'hui son œuvre a grandi, et le germe qu'il a semé dans le champ des décou-

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œrtes a prospéré, sa grande et sympathique figure est une de celles qu'on ne doit pas oublier. Il nous reste de lui des portraits qui nous retracent l'éclat de ses yeux brillants et méditatifs. Visage pâle et expressif, cheveux longs et plaqués sur le front, taille mince, élégante et courbée légèrement par le travail. Ame ardente et loyale, cœur confiant et généreux ; facile à tromper, car il ne voyait pas le mal ; prompt à aimer, car il ne regardait que le bien. Telle est l'image de Philippe Lebon. On peut dire de lui ce que Vollaire disait de son héros Zadig : « On l'admirait et cependant on Taimait. » On peut encore résumer sa vie par cette phrase d'un de ses admirateurs : « Il sut acquérir plus d'estime que de fortune. »

Sa veuve, après sa mort, obtint une pension de 1,200 francs, et elle voulut continuer l'œuvre de son mari ; malgré ses efforts et sa persévérance, elle dépensa en vain toute son énergie, qui ne put résister à de nouveaux obstacles et à d'autres malheurs.

Pendant que Philippe Lebon échouait en France, pendant que ses idées nouvelles ne trouvaient, au lieu d'encouragements et d'appuis, que des difficullés et des obstacles, un ingénieur anglais, Wil liam Murdoch, qui avait appris les résultats merveilleux obtenus par l'inventeur français, les inettait en pratique de l'autre côté de la Manche.

On n'a pas manqué de dire que Murdoch ôta véritable créateur de l'industrie nouvelle, et ( fut le premier à distiller la houille. N'oublions que Philippe Lebon mentionne avant lui la hoi dans son brevet, mais qu'il ne songea pas à liser ce produit dans un pays où les fo:

abondent, où les bois sont si répandus. Des qi tions de nationalité se sont trouvées engagées d cette occurrence, et des écrivains n'ont pas m que de se faire la guerre à grands coups d'ar ments et de preuves. Détournons les regards ces discussions inutiles, pour suivre la marche l'histoire; les grands hommes n'ont pas de pat et les peuples profitent également de toutes découvertes, qu'elles soient nées sous leur cie ailleurs. William Murdoch est un grand ingéni qui, lui aussi, a doté son pays de grandes déc vertes ; il réussit le premier à produire en gr le gaz de l'éclairage de la houille ; la gloire doit lui revenir ne ternit en rien celle de Phili Lebon !

Du reste, l'origine des grandes découverte toujours été discutée avec passion, et on a prête que d'autres inventeurs avaient trouvé le ga: l'éclairage bien avant Murdoch et Philippe Le! Le fait suivant, que non s avons trouvé dans les losophical Transactions de Londres, nous parai nature à être rapporté ; car il tendrait à faire mettre que le gaz de la houille a été décou

" dans la première moitié du dix-huilième siècle. r « Le docteur Clayton, est-il dit dans ce journal ^ (1739), ayant imaginé de distiller à feu nu, dans ' .une cornue, une certaine quantité de charbon de terre, obtint d'abord du iMegme , puis une substance noire huileuse^ et enfin un gaz {spirit) qu'il ne put parvenir à condenser, mais qui s'échappa soit en séparant le lut, soit en brisant les vases. Un certain jour l'expérimentateur, s'étant approché avec une lumière , pour empêcher, au moyen du nouveau lut, la fuite du gaz, remarqua que le produit prenait feu à rapproche du corps en ignilion. Surpris de ce phénomène, il modifia son apreil, et obtint ainsi un gaz qui s'alluma et continua à brûler, sans que toutefois il pût reconnaître ce qui alimentait la flamme... »

Il est certain , d'après ce récit , que ce docteur Clayton entrevit le gaz de la houille ; mais il ne sut pas expliquer son expérience, il n'en comprit nullement l'importance, et ne continua pas des essais qui seraient devenus fructueux s'il avait persévéré. Le vérilable inventeur est celui qui sait comprendre ce qu'il a trouvé, et, si l'on cherchait scrupuleusement l'origine des grandes découvertes, on verrait qu'il n'y a jamais rien eu de nouveau sous le soleil. Attribuer à une expérience fortuite et délaissée l'origine de la fabrication du gaz de la houille , c'est tomber dans l'erreur de ceux qui regardent Hiéron d'Alexandrie comme

rinvenlour de la machine à vapeur , j[)arce qu'il faisait ajrir un simple éolipyle avec le secours de la vapeur d'eau.

En 1797, Murdoch éclaira sa propriété de Old- Gunnoch au moyen du gaz provenant de la disfillation de la houille en vase clos, puis il disposa chez Watt un appareil grossier qui ne conduisit à aucun résultat sérieux. Une cornue de ionte était i remplie de houille, et les vapeurs qui n'étaient soumises à aucune purification devaient directement servir à Téclairage ; on ne s'étonnera pas en api)renaiit que ce système primitif ne put répondre en aucune façon aux espérances de Murdoch (fig. 21).

r/est siniliMnont en 1805 que cet ingénieur parvint i\ installer définiliveinent l'éclairage au gaz dans Tusine de James Watt, puis, peu de temps après, dans une lilature de lin à Manchester. Le nonvcau système commençait à occuper sérieusement les esprits, et il allait appartenir à Samuel Clegg do le perfectionner singulièrement. Cet esprit ingénieux résolut de purifier le gaz, afin de le débarrasser des substances étrangères qui en altéraient la limpidité; il te fit barbotter dans de Teau de chaux, et lui enleva ainsi l'acide carbonique et l'hydrogène sulfuré qui le souillaient; il plaça la chaux dans un appareil spécial, distinct du gazomètre, qu'il appela dépuratetir. Malgré ces

l'usine privée à la fabricalion publique, pour lui ouvrir la porte de toutes les fabriques, le faire admettre par les gouvernements, le faire agréer de tous, il fallait un homme extraordinaire, doué d'une énergie peu commune ; c'est l'occasion qui crée les hommes, et c'est le gaz de Murdoch qui sus- j cita Windsor. — Windsor était le spéculateur hardi par excellence, l'industriel audacieux, remuant, actif, qui ne doute de rien, que les résistances excitent au lieu d'abattre, que les objections animent. Windsor paraît armé de promesses extrava- i gantes, d'affirmations téméraires; mais sa conviction est si grande qu'il impose la conviction; il faut que l'opinion publique cède à ses e^érances et applaudisse à ses desseins. Windsor veut fonder une Compagnie nationale pour le chauffage et ïé^ clairage ; il lance des actions de 100 francs, qu* rapporteront, à ce qu'il affirme, 12,000 francs d'un revenu annuel, qui, dix ans après, ser^ décuplé! Le capital de 1,250,000 francs de-' mandé par Windsor est immédiatement souscrit » mais les actionnaires attendent encore leur fa-^ buleux revenu : tous les fonds sont engloa-' tis , absorbés par les premières expériences - Windsor ne perd pas sa ferme assurance ; il coa — ' voque ses actionnaires , leur expose sa sîtua^ tioii et leur promet d'arriver à éclairer les princL-^ pales rues de Londres ; par sa remuante activité ^ " "onquiert chaque jour de nouveaux partisans ;

quand il se présente devant la commission d*enquêle de la chambre des communes, on le voit répondre à toutes les objections. Il fait venir devant la chambre des communes une délégation de Ternisseurs qui employaient Tasphalte naturel, et qui affirment que le goudron ou l'asphalte du gaz est bien supérieure. Des teinturiers affirment que les eaux ammoniacales, provenant des épurateurs, sont préférables pour leurs usages à toules les préparations analogues ; un chimiste annonce que l'ammoniaque, extrait de la houille, peut, comme le fumier, enrichir le sol, et que le coke, formant le résidu de la fabrication de Windsor, est le premier des combustibles.

En 1810, Windsor, en possession d'un privilège de Georges III, organise enfin la compagnie du gaz au capital de 12 millions.

Peu de temps après, Samuel Clegg reparait encore, il vient d'inventer le barillet qui condense le goudron dans la fabrication du gaz, et il établit des appareils d'éclairage dans un grand nombre d'usines. Il donne le gaz gratis à tous les marchands qui veulent l'accepter ; mais on redoute les incendies et les explosions; les tuyaux de gaz devaient s'échauffer et incendier les maisons; le gaz était délétère et allait asphyxier tous les habitants de Londres ; les savants l'affirmaient, il fallait bien le croire. Ilélas ! ils n'ont jamais manqué ces savants rébarbatifs, qui dénigrent à l'avance

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■-^•c\ jir. :j 11"* -Mil*. TOI disent que le gaz •'-•t - -:'-.i.."r-r ■^•: : :.! -înipL.ji ûap*j6:^ible. que les . y ." *. ^: r-: :-: : .: * :i:.: pie et qœ le céble Irans- ^•..^;.'. - .-: :.r: i :ji:j:ci.eri pas plus de quinze

ri:.. .-:. *"->.-.■ '.-r-: .lôi^ruire des gazomètres î.fi p^: - : -!sT.i:-i^. II. r::i dît que c'est folie, et on i ji if.v;:.: c-^ ^'h'i^f -ir fvudr^jyants arsenaux am fîOrte O'.jr.v ^i]!e. Ir.'ii.Tie. Samuel Cl<^g réunit »ifi'' corfjffiis-îiofi. qu'il fait \enir devant un de ses ^azom»;tres : il s»: fait apfiorler un foret, et il perce la ;i''froi inrtailique. Voila 1»? gaz qui s^en échappe; il allumer une torche et l'approche hardiment du yA nipirJe qui s'trcoule à flots! Plusieurs des sa- \anl- pn'rserjts se sauvent frappés de stupeur ; mais ils ne fardent pas à avoir lionte de leur terreur; Sanjijf;] CJe^'^', debout et impassible, est toujours ;nj|»nîs du ^^azomùtre, qui ne fait nullement explosion, îi j'élcnnicinent général. C'est encore ce hardi luoruiicr de la science qui ordonne à des éclaireurs d'iijlunicrbîs lanipcîs à gaz qu'il a fait établir sur b' pont de Westminster : les ouvriers s'y refusent; ils redoutent des (explosions dont ils seraient vicliuies. Sjunuel (llegg saisit une lumière, et, devant tuuh» lii foule, il allume lui-mi^me ses réverbères.

Avec. d(» tels hommes et de tels faits, le succès ne pouNîut plus être douteux, et, en 1825, il y nvail i\ l.mulres plusieurs compagnies puissantes qui produisaient le gaz de Téclairage. Windsor à

lui seul avait déjà fait poser une longueur considérable de tuyaux sous les pavés de Londres.

Cet homme vraiment extraordinaire avait accompli sa tâche en Angleterre ; né pour la lutte, Une savait pas rester inactif, et, comme le conquérant qui n'a jamais assez de victoires, il songeait à recueillir ailleurs de nouveaux succès ; après avoir réussi dans son pays, il jette ses regards sur la France, et s'engage résolument à reprendre le combat contre l'ignorance, la routine et les préjugés. En 1815, Windsor vint à Paris, au milieu des troubles des Cent jours, au moment où le nom de l'empereur était encore sur toutes les bouches et tenait attentifs tous les esprits. Le 1" décembre 1815, il obtient le brevet d'importation qu'il avait demandé, et il songe aussitôt à mettre ses vues en pratique, à organiser un système régulier d'éclairage au gaz, espérant que rexpérience qu'il a déjà acquise lui permettra de triompher rapidement, et que la série des déboires à travers laquelle il a déjà passé lui fera supporter avec plus decalmeles nouveaux obstacles qu'il doitattendre. Déception et illusion 1 La résistance fut encore plus vive à Paris qu'elle ne l'avait été à Londres, et les préjugés publics plus acres et plus injustes. Use forme contre Windsor toute une coalition formidable et terrible, armée d'arguments sans valeur, qui deviennent dé redoutables empêchements.

C'est à qui jettera la pierre au gaz hydrogène ,

104 LV UOUILLE.

c'est à qui maudira rinvention nouvelle; mille cris d'indignation s'élèvent de toutes parts contre l'audacieux étranger qui vient se jouer du public, contre ce fou qui veut éclairer Paris avec ducha^ bon, contre ce spéculateur qui n'ambitionne que l'argent de la France. On disait que les houilles du continent étaient impropres à produire le gaz, on disait que cette invention maudite allait tuer l'agriculture en France en ruinant le commerce des plantes oléagineuses, on s'écriait que mille dangers menaçaient les habitants de notre métropole s'ils consentaient à faire usage d'un produil explosible et malsain. Clément Désormes, manufacturier des plus considérés, monte sur la brèche et lance l'imprécation contre Windsor; Charles Nodier lui-même se met de la partie, et accable l'ingénieur anglais sous les coups d'une perfide raillerie. Nous aurions voulu dissimuler celle odieuse croisade, honteuse pour notre pays, el taire les noms de ces ennemis hostiles et malveillants qui, faute de bon sens ou de raisonnement, ont cherché à étouffer dans son berceau la découverte la plus salutaire et la plus féconde. Charles Nodier surtout se montra écrasant par ses reparties amusanles et perfides, et son esprit si fin en fit un des plus redoutables adversaires du gaz hydrogène. — Aimable auteur des contes fantastiques, vous auriez mieux fait de rester avec les feux follets et les gnomes que vous animiez avec

L'HISTOIRE DE L'ÉCUIRAGE. 105

tant de poésie, et vous auriez dû brûler ces pamphlets qui ont si longtemps arrêté une découverte utile. On accorde le titre de bienfaiteurs de Thunianitë aux hommes qui rendent d'importants services à la société; que ne blâme-t-on sévèrement ceux-là qui cherchent à anéantir l'utopie d'aujourd'hui qui demain sera l'invention féconde !

Heureusement que les coups de flèche n'atteignaient pasl'invincible Windsor; il savait à l'avance qu'il ne gagnerait pas la partie en s'adrcssant à l'esprit, il préféra attaquer les yeux. 11 organisa, au passage des Panoramas , un établissement éclairé au gaz, et le public intelligent vint admirer cette vive lumière, en dépit des Clément Désormes et des Charles Nodier. Fonder une compagnie au capital de 1,200,000 francs, éclairer tout le passage des Panoramas et d'autres rues fut pourWindsor un jeu; mais cet homme si audacieux manquait des qualités nécessaires pour diriger une exploitation industrielle, et, à Paris comme à Londres, il dépensa infructueusement le capital de ses actionnaires. L'année suivante, en 1817, un ingénieur français construisit une usine à gaz en miniature dans la rue des Fossés-du-Temple , l'entreprise échoua. Près de l'Hôtel-de-Ville, un intelligent limonadier fut plus heureux; il distilla la houille dans sa cave, éclaira son établissement au gaz, et le café du gaz hydrogène fit fortune.

En 1818, le préfet de la Seine, M. de Cha établit de nouvelles cornues à gaz dans l'intéi de l'hôpital Saint-Louis; mais, à cette épc Clément Désormes publia une brochure c( l'éclairage au gaz, et son opuscule eut um fluence désastreuse sur l'extension de cette gr industrie.

« Priver, dit Clément Désormes, l'humani la découverte la moins importante en la re{ sant injustement, serait une action bien couj sans doute ; mais adopter tout ce qui se près avec l'attrait de la nouveauté, recommander, cuter tous les procédés nouveaux, sans une i approfondie de leur utilité, ce ne serait pas cerner le bon du mauvais, ce serait courir 1( que de mal faire et de diminuer la richesse ai de l'augmenter. Personne n'a peut-être porté loin que moi les espérances que l'humanité encore avoir, et personne n'a une plus haute des succès que l'avenir réserve aux homm( génie: mais je sais aussi quels risques imni( leur offre la nature des choses, et je ne cr l'utilité qu'après démonstration. Quels me avons-nous d'acquérir cette certitude? L'( rience, les discussions qu'elle amtme et les c( quences qu'on en peut tirer. »

Après ce periide préambule, l'auteur dém( avec une grotesque certitude que le gaz de Té rage est une plaisanterie, et que jamais il ne po

L'HISTOIRE DE L'ECUIRAGE. 107

être usité en grand. En lisant son mémoire, on est

ébahi de tant d'aplomb, et, comme le hçros de

Corneille, on en « reste stupide ».

Du reste ce qui est grand triomphe, et ce qui est puissant sait vaincre ; il est de ces forces naissantes qui s'imposent d'elles-mêmes, et qui percent la routine et l'erreur. A côté des railleurs et des charlatans de la science, n'y a-t-il pas le pu- Mc qui examine, le peuple qui apprécie, et qui

. liait justice des calculs des faux savants, ou des manœuvres de jaloux industriels ? L^éclairage au

f gaz, force nouvelle et bienfaisante, allait aussi s'imposer en dépit de ses ennemis et de ses calomniateurs.

Le 1®' janvier 1819, quatre lanternes à gaz éclairèrent la place du Carrousel, et jetèrent leurs brillants rayons de lumière sur une foule innombrable qui, enthousiaste et convaincue, applaudit à l'intention si longtemps étouffée. Le bon senç du peuple fit, en un jour, ce que n'avaient pu faire une poignée d'inventeurs et de persévérants chercheurs. A compter de cette heure mémorable, le ^az avait reçu la sanction publique, et des usines importantes se fondent à Paris.

Si l'on veut que Thistoire du passé soit un miroir utile, qu'on y regarde sans passion, et qu'on y voie les effets des jugements précipités. Philippe Lebon, Windsor, Samuel Glegg, les hommes

d'aujourd'hui vous saluent avec respect, et écoutent avec recueillement ; vos contempo vous ont haïs, parce que vous apparaissiez a d'une vérité nouvelle, parce que vous teniez à main la lumière qui dissipe les ténèbres et confond Terreur; mais si, du fond de vos tombeauii vous pouvez apercevoir les lignes de feu qui s'all^i ment chaque soir dans nos cités, les constellalioi brillantes qui nous égayent de leurs rayons ëtiB" celants, comme vous devez avoir pitié de vos dt tracteurs et de vos ennemis! — Vous espéra sans doute que votre histoire protégera Finventear futur et que des calomniateurs n'oseront plus k confondre. — Détrompez-vous I la découverte de demain rencontrera la même hostilité que la découverte d'hier; le fiel et le venin ne sont encore pas taris dans la bouche des envieux. Il ne manque jamais d'hommes pour arrêter l'esprit qui s'élèie au-dessus du niveau commun, pour lui imposer malheur, privation, et déboires. L'infortune et la déception seront demain comme hier la rançon du génie 1

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