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CHAPITRE PREMIER

COMME QUOI LES CANADIENS SE SONT CRÉÉ LES DISTRACTIONS POUR L'HIVER, ET COMME QUOI ALPHONSE MOUGENOT ET ALFRED ROBIN SE VOIENT FORCÉS D'ALLER A TROIS-RIVIÈRES.

Deux mois se sont écoulés : nous sommes « au cœur de l'hiver, » On vit en liesse et joie dans tout le Canada, car c'est la saison des purties fines, des longues veillées, des amours, des distractions de toute sorte. Trois pieds de neige sur la terre interdisent jusqu’à l'idée de s'occuper ans la campagne ; une croute de glace épaisse comme une muraille ferme les fleuves à la navigation ; un froid de vingt-cinq à trente degrés Réaumur arrête tous les travaux au grand air ; i) faut rester à la maison ou faire des marches en raquettes, des promenades en traîneau, des courses en patins. C'est, ce« pendant, le bon temps pour les habitants de notre ancienne colonie. Alors la gaieté flamboie avec les grands feux dans leurs maisons, elle glisse dans les rues de leurs villes, qui retentissent aux échos d’une animation singulière. C'est le tintement des grelots attachés aux brillants attelages qui sillonnent les voies publiques; c'est le claquement des fouets, le caquet argentin des femmes, les interpellations métalliques des hommes; c’est une vie nouvelle éclatante, échevelée, bruyante, continue comine un long carnaval. On se recherche, on se fête; on saute d'un friand diner à un délicat

souper, d'une soirée à un bal. Les toilettes sont luxueuses ; Le règne animal a été largement mis à contribution pour orner de ses fourrures les épaules des élégantes Canadiennes. Les hommes cuxmêmes sont emmitouflés de pelleteries, et malgré les rigueurs de l'atmosphère, les uns et les autres passent les jours et même les nuits à se visiter, à mener joyeuse existence chez eux comme au dehors.

Peu de peuples ont l'esprit convivial aussi développé que les Canadiens. Pauvres ou riches, ils aiment à se traiter mutuelle ment, et, dans toutes les classes de la société, les pique-niques, les échanges de raouts se renouvellent presque chaque semaine ; parmi les familles aisées, on peut dire que c’est tous les jours de l’année, Demandez à un Canadien ce qu'il fait après sept heures du soir. — « Je reçois des amis, vous répondra-t-il, ou je vais en veillée. » Aller en veillée, c’est la grande affaire, la perspective du matin, l'oreiller sur lequel on s'endort à minuit, On y pense aussi bien dans les villages que dans les cités, mais surtout en hiver.

Alors, dit avec vérité unethnographe, toute la population s’abstient de labeurs sérieux. Les kxbitants, — ainsi désigne-t-on les paysans, — attellent un cheval à leur carriole, et les visites commencent. Comme la plupart vivent sur leurs fermes, la distance, entre les voisins, est quelquefois trop grande pour qu'un piéton la puisse parcourir avec plaisir. Du reste, la neige demeuraritt pendant cinq mois de l’année sur le sol, une promenade pédestre ne serait pas amusante. C'est pourquoi ils font usage de la carriole ou léger traîneau. Soit qu'ils aillent au marché, à l'église, à la noce ou à l'enterrement, ils l’emploient. Elle sert, en un mot, pour tous leurs voyages. Rarement, d’ailleurs, ils vont à pied. Tout colon possède une, deux ou trois carrioles et autant de chevaux, ce qui prouve qu'ils sont générale= ment à leur aise, car il leur faut nourrir, pendant plusieurs mois, et à grands frais, ces chevaux qui ne leur sont vraiment utiles que du mois d'avril au mois de septembre ou octobre. La suspension du travail est aussi une autre preuve du bien-être dont jouissent les Canadiens, puisque, non contents de rester inactifs, ils augmentent leurs dépenses par des réunions, des festins et des danses continuelles. Ils ne s'assemblent pas seulement pour se voir, mais dans le dessein de se procurer du divertissement et un bon repas bien copieux; un /ricof, comme ils disent, Veur semble la préface et

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