CHAPITRE III
D'or IL RÉSULTE QUE LE TRAINAGE SUR LE SAINT-LAURENT N’EST PAS TOUJOURS SANS DANGER ET QUE, MALGRÉ LES PROHIBITIONS, LES CANADIENS TROUVENT, QUAND ILS LE VEULENT, LE MOYEN DE SE BATTRE EN DUEL,
Le lendemain matin, Léon Clairville et son ami décampérent avant qu'il fit jour.
A huit heures, Alphonse pria la servante d'aller éveiller sa sœur. En attendant qu’elle fût prête à déjeuner, il se mit à gourmander Alfred.
— Tu as eu tort de parler hier de ton voyage, lui dit-il. Yureska nous avait recommandé le secret. Il fallait l'observer. Que diable! on ne se livre pas comme ça au premier venu, Si c'était un ami ou même une connaissance de la famille de Victorine, notre entreprise pourrait bien échouer, On la ferait surveiller de si près que nous ne parviendrions pas à l'enlever. Peut-être même la transférerait-on à un autre couvent, et nous en serions pour nos frais et une petite promenade de plus de deux mille lieues.
— Tu as raison, répliqua le sculpteur; mais que veux-tu, mon cher, depuis que j'ai appris qu'elle existe, je ne tiens pas de joie. Je voudrais avoir cent bouches pour chanter mon bonheur.
— Ah! je te croyais plus philosophe.
— Si tu savais tout ce que j'ai souffert! mon bon Alphonse, ré
pliqua Robin en passant la main sur son front, comme pour en | écarter un nuage.
| — Bien, ne revenons pas sur le "passé; mais tâche, une autre | fois, d’être plus réservé. Il y a encore près de trois mois d'ici à l notre départ. Pourvu qu'ii ne nous arrive rien de fâcheux !
| # —Sice duel. commença Alfred.
| — Bast! n’en parlons pas, dit négligemment Alphonse.
Et un moment après il ajouta d’un ton plus sérieux :
— Une seule chose me peine, c’est que tu ne puisses être mon | témoin.
D — Alphonse.
1 l — Oh! je respecte tes secrets, mon ami. J'ai la conviction que
L | s’il t'était permis de me rendre ce service, tu ne me le refuserais | pas.
ù | — Merci! dit Alfred en lui prenant la main avec effusion
— Mais, reprit l'étudiant, te sera-t-il donc aussi impossible de m’accompagner jusqu’à la frontière?
— De toute impossibilité, je le répète; sois assuré que si je le | pouvais, je ne te quitterais pas d’une minute. Il me faudra t’attenmil dre à Trois-Rivières, et Dieu sait si le temps me semblera long. |
{ll Surtout, pas d’imprudences, pas de fausse générosité ! à N — Sois tranquille, je ne l'ai pas provoqué pour foire une partie de 4 sentimentalisme. F
— Es-tu bien sûr de tes deux témoins?
| — Oui; ce sont deux jeunes gens qui ont été nos compagnons de - E. classe et m'ont donné, en diverses circonstances, des preuves de leur affection et de leur dévouement.
— Par quel hasard Clairville n’a-t-il emmené qu’un témoin de Québec?
— Sans doute il prendra l’autre à Trois-Rivières; un de ses cousins, ancien officier de milice, un anglomane, tu conçois.
— Je crains que ta mauvaise opinion de lui...
— Assez comme cela! interrompit Mougenot avec humeur. Clairville est un coquin de la pire espèce, je l'ai dit et ne m'en dédis pas. Du reste, j'espère bien retrouver ce document, et alors tu ver ras si j'ai raison.
— Je ne demande pas micux que de te suvoir dans ton droit, répondit vivement Alfred.
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