‹ La Huronne [microforme]Chapitre 47 sur 66 · PT CRE T · texte numérisé non relu

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Et

11 s'approcha ensuite de Robin, qui se tenait, triste, abattu, appuyé contre un poteau du hangar.

— Eh bien! à quoi rêvons-nous, mon jeune ami? Ce n'était rien ; une risée, Nous y avons échappé. A présent, le plaisir. Je vais vous présenter au chef de la factorerie, un bon vivant. Mais qu'avezvous donc ?

— Est-ce que vous ne savez pas, bourgeois? commença le sculpteur.

— Mais, à propos, votre ami, M. Mougenot, où est-il ?

Alfred lui raconta, d’une voix profondément émue, la scène du lac.

— Comment ! il s’est jeté à l’eau ? fit maître Pierre.

— Oui, monsieur,

— Vous voulez dire qu’il est tombé, car il n'est pas possible... Pauvre jeune homme.

Robin pleurait, et je crois bien que des larmes mouillaient les paupières du bon guide, lorsqu'on annonça l'arrivée d’un nouveau canot.

Is coururent au rivage mus par une même pensée,

Mais ce bateau ne contenait pas Mougenot, quoique Yureska fût à son bord.

Elle eut bien vite appris ce qui s'était passé. Domptant ses émotion:, la Huronne dit à Robin d'un accent résolu :

— 1] faut le sauver ! Demande une chaloupe au patron, il te la prêtera, et j'irai au secours d'Alphonse.

Maître Pierre ne fit pas de difficulté pour donner sa chaloupe, mais il s'opposa formellement à ce que le sculpteur accompagnât Jean, ou Yureska, si on le préfère.

Celle-ci, bien que harassée et ruisselante d’eau, car son embarcation avait failli chavirer, sauta daus le canot avec Tête-de-Renard et partit, malgré tout ce qu'on put lui dire pour l'empêcher d'exécuter cette périlleuse tentative.

Caché au milieu de la foule, Baptiste mâchonnait entre ses dents, avec un ricanement farouche :

— Enfin! si je ne suis pas vengé, je suis bien près de l'être!

Le patron entraîna Robin dans le fort.

C'est un parallélograme haut d’un étage, terrassé et entouré d'une

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palissade de cèdre, flanqué à ses angles de tourelles sur lesquelles sont braquées quelques couleuvrines pour intimider les Indiens. -

Des centaines de cabanes et de tentes jonchent la campagne environnante. Une haute colline les protége contre les bordées de neige et les formidables ouragans qui ravagent cette région,

Robin reçut du chefet des officiers de la factorerie une hospitalité toute cordiale.

Quand il eut changé de vêtement et pris quelque nourriture, dont il avait un besoin impérieux, il s'installa dans la salle commune près d’un vaste foyer, devant lequel fumaient, les uns assis, les autres accroupis ou étendus sur des peaux de buflle, une trentaine d'employés de la Compagnie de la baie d'Hudson et de guerriers indiens, aussi remarquables par la diversité de leurs costumes que de leurs traits. Les Indiens parlent français, et l’un d'eux, vieillard blanchi par les hivers, racontait les anciennes prouesses des Ojibbeways, cette race puissante, jadis cantonnée sur les bords du lac Supérieur, où elle livra, tant sur terre que sur mer, des combats si meurtriers à la tribu des Renards,

Ses récits, faits dans ce langage pittoresque, métaphorique, particulier aux races incivilisées, intéressèrent peu à peu Alfred Robin qui eudormit un moment son anxiété en les écoutant.

« — Mes frères, dit le vieillard en terminant la narration d'une rencontre où un de ses parents, Bi-am-wa-nah, avait enlevé cinq chevelures à leurs ennemis, mes frères désirent savoir pourquoi les vuleureux Ojibbeways ont abandonné la contrée. Je vais le dire à mes frères.

» Ma-se-wa-pi-gan, mon glorieux ancêtre, était un grand medawin!, aimé de Manitou.

» Une fois, après un long jeûne, il rêva un rêve dans lequel il vit des esprits sous forme d'hommes ayant peau blanche.

» !!s s’approchèrent de lui avec un sourire sur leur visage et les inains étendues vers le soleil levant.

» Ma-se-wa-pi-gan communiqua ce songe aux principaux chefs et magiciens de la tribu qu’il avait réunis à uu festin de viande, de caribou et de chair de poisson. Il les infurma qu’il croyait que les

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esprits qu’il avait vus dans son rêve l’appelaient à l’orient et qu'il irait vers eux.

» Pendant douze lunes, Ma-se-wa-pi-gan se prépara à son voyage par des jeûnes et des présents aux Manitous.

» Il construisit aussi un fort canot, y plaça une grosse provision de viande boucanée, et partit, sans autre compagnon que sa femme, pour aller visiter les esprits qu’il avait vus dans son rêve.

» C’est ainsi que Ma-se-wa-pi-gan s'éloigna de Lapointe !, où il avait son wigwam. Il descendit le Grand-Lac, bas, bien bas, et passa devant diverses tribus d'hommes rouges parlant des langages différents,

» Il alia toujours jusqu'à une distance de trois hivers. S’étant alors arrêté pour construire sa hutte, il aperçut de la fumée qui montait derrière une montagne.

» Ma-se-wa-pi-gan alla derrière la montagne; il trouva là une loge occupée par les esprits blancs qu’il avait vus dans son rêve,

» Ils l’accueillirent bien, lui donnèrent des préseris, des couteaux et des haches en fer, des colliers de verre et du drap rouge.

» Ma-se-wa-pi-gan revint après vers les gens de sa tribu et leur montra les présents sacrés qu'il avait reçus.

» L'année suivante, il retourna vers les esprits blancs ; les Ojibbeways l’accompagnèrent en emportan tdes peaux de castor pour en faire présent aux esprits blancs, qui leur donnèrent en échange des armes à feu qui font la terreur des ennemis,

» Mais, depuis ce temps, nos guerriers désertèrent Lapointe et le pays des Grands Lacs. Il y a de cela huit cordons de vie ! »

Comme le sachem achevait cette légende, la porte de la salle s’ouvrit et Alphonse Mougenot, le costume dans un désordre inimaginable, dégouttant d’eau, se précipita dans les bras de Robin.

En voyant le canot d'Yureska sur le point de couler bas, il avait cédé à une irrésistible impulsion de voler à son aide. Il aurait infailliblement péri, si une embarcation ne l’eût recueilli à son bord. Et cette embarcation, après mille peines, mille dangers de naufrage, venait enfin d'aborder dans la baie du fort Williams.

Ces explications eurent lieu, ou le conçoit, dans une chambre

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— Mais, Marie, comment est-clle ? car tu m'as seulement dit qu'elle avait échappé à cette affreuse tempête, s'écria tout à coup Alphonse. |

— Elle... Marie. elle est bien, je crois qu’elle repose, balbui:a Alfred, qui eût craint d’inquiéter Mougenot en lui apprenant qu’Yu-reska était à sa recnercne.

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