CHAPITRE IV
PERDUE, RETROUVÉE, REPERDUR
Le lendemain, le soleil se leva radieux sur un ciel sans nunges. Suivant l'habitude qu’il avait prise depuis qu'ils étuent en voyage, Alfred fut debout avec l'aurore. Alphonse, qui avait passé une nuit vaitée, dormait en ce moment. Robin s nabilla et sortit doucement pour ne pas troubler son sommeil. Tout le moude était déjà sur pied dans la factorerie et aux alentours, Quittant le fort, le jeune homme escendit vers le rivage pour respirer le grand air du matin. A peine lut-il hors de l'enceinte qu’un spectacle charmant autant que noureau frappa ses regards.
Le poste est établi, comme nous l'avons dit, au bas d'une haute colline, non loin du lac, dont les ondes paisibles reluisaient aux rayons du soleil comme un immense creuset d'argent en fusion. Le long de la grève, et jusque dans les profondeurs d'une onduleuse vallée, s’élevaient des centaines de tentes de toute forme, de toute dimension ; les unes en toile blanche, les autres en peau de buflle ou en écorce de bouleau ; celles-ci arrondies au sommet comme des ruches, celles-là pointues comme des pics. La plupart étaient couverles d’ornements fantastiques. Des nues d'enfants grouilliien
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devant ces tentes et se mêlaient à des bandes de chiens innombrables; à des troupes de chevaux à demi sauvages, qui paissaient le gazon ou tonduient les jeunes pousses des arbustes,
C'était le camp des Indiens et des métis venus de différents points du territoire pour faire la traite des pelleteries avec les facteurs du fort \\illiams.
On n’y trouvait cependant pas que des Indiens, mais des Canadiens ou mangeur de lard, des Anglais, Irlandais, Écossais, Russes, Américains, Africains, et même des Océaniens, car le fort Williams est au printemps un immense emporium où des négociants de outes les nations se donnent rendez-vous. C’est même à cette époque le théâtre d'un long carnaval, assurément l’un des plus curieux qu'on puisse voir.
Il était à peine six heures du matin et déjà une animation bruyante régnait dans le camp. Des figures hideusement sauvages, des costumes bizarres se montraient sur tous les points. Dans cette masse d'hommes hetérogènes, on pouvait reconnaître des représentants des principales tribus du nord-ouest : des Ojibbeways, des Shoshonces, des Menomonees, Winnibagoes, Dacotas, Gros-Ventres, Indiens-de-sang, Serpents, Pieds-noirs, Nez-percés, Tètes-plates, et jusqu'à des Comanches. Les uns fumaient gravement accroupis sur l'herbe ; les autres jouaient ou préparaient leurs armes, tandis que les femmes apprêtaient le repas du matin. Cet assemblage de races diverses, d’accoutrements divers étail d'un aspect saisissant,
Le sculpteur se disposait à en prendre un croquis quand une altercation violente lattira près de deux Indiens qui, agenouillés à terre, sen. olaient jouer aux dés. Ce n'était, toutefois, pas avec des dés, mais avec des noyaux de prunes qu'ils joutient. [ls en avaient huit, dont quatre étaient distingués par des figures. Ces figures indiquaient la valeur du noyau, La première et la seconde étaient censées représenter, chacune, un épervier à la queue fourchue, c'est-à-dire l'aigle de guerre; la troisième et la quatrième montraient une tortue, symbole de la terre, car, d'après la cosmogonie indienne, la terre à été formée sur le dos d'une tortie ; les quatre autres n'avaient pas de signe parliculier, par conséquent pas de signification.
Pour jouer ce jeu, on place les huit noyaux dans un cornet à &corce, ou dans la paume de la main, et on les lance dans l'espace ;