FRE E
devant soi; car rien m'est comparable à la profondeur lumineuse du ciel américain par une belle matinte d'été. Les moindres objets se dessinent devant le rayon visuel aussi nettement que s'ils étaient découpés à l'emporte-pièce.
Les sons augmentaient de minute en minute ; ils se détach:ient pour ainsi dire. La terre frémissait et une sorte de brouilla d follet “ommençait à monter vers le Nord. Les courriers et les éclairenrs
diens se replièrent sur le gros des chasseurs en criant :
— Tahara! tahara! (Les buMes ! Voici les buffles.)
Sur l’ordre de Mathieu, la petite armée se déploya lentement en ligne cintrée comme un croissant, Aux cornes du croissant, on distribua les chiens. Puis les chefs se placèrent à quelque: pas, en avant de leurs pelotons respectifs; le commandant général occupant le milieu de la ligne.
Chaque homme inspecta ses armes et prépara ses munitions.
Vers huit heures du matin, le nuage de vapeur montait de plus en plus, semblant rétrécir insensiblement les bornes de l'horizon. Cependant, le tremblement du sol avait cessé. Les chevaux ronflaient et tressautaient entre les jambes des cavaliers ; quelques longs; mugissements retentissaient d'intervalle en intervalle; et des nuées d'oiseaux de proie planaient sur la brigade en déchirant l'air par a des cris aigus.
Peu à peu, des taches noires maculèrent la prairie. Elles grossirent à mesure que les chasseurs avançaient dans le plus grand L silence, Des panaches, tournoyant comme des frondes, apparu- “ent au-dessus de ces taches. C’étaient les buffles agitant leurs f “ueues pour chasser les taons acharnés à leurs corps.
Une forte odeur de muse les devançait,
Ils s'étaient arrêtés, en escadrons aussi pressés qu'une fourmilitre, plus développés que le regard ne pouvait porter. Çà et là, dans cette masse compacte de ruminants, à sa haute stature, dominant les autres, à ses cornes droites et effilées, et surtout à son air superbe, on pouvait reconnaître un taureau, prépusé à la garde du troupeau.
Les chiens observaient, en avançant, le même silence que les hommes.
À un demi-mille environ de la gent encornée, le capitaine Ma- à tieu, qui tenait à la main un guidon, éleva ce guidon en l'air,
lumineuse du idres objets se 1e s'ils étaient
se détachrient rouilla d follet les éclairenrs int :
.) | lentement en ssant, on diselques pas, en \éral occupant
tunitions.
rontait de plus
de l’horizon.
aux ronflaient 1es longs muet des nuées irant l'air par
. Elles grosle plus grand des, apparuagitant leurs
‘une fourmier. Gà et là, lature, domitout à son air la garde du
C'était le signal. Chacun des sous-chefs en fit autant, et les hommes placèrent cinq balles dans leurs bouches, deux de chaque côté des joues, la cinquième entre les dents.
Les chevaux, éperonnés, partirent comme l'éclair, tandis que les chiens, comprenant le mouvement, s'élançaient sur les côtés pour cerner les bufles et leur couper la retraite.
Bientôt ces derniers ébranlèrent la plaine par des mugissements de tonnerre, et, autant par peur que por instinct de résistance, se serrèrent les uns contre les autres pour recevoir la terrible avalanche des chasseurs, que précéduit une fusillade incessante dont chaque coup faisait une victime dans ce mur de quadrupèdes. Les carabines étaient rechargées presque aussi vite qu’elles étaient déchargées ; car les chasseurs ne se donnaient pas la peine de bourrer leur arme, mais versaient rapidement dans le canon un peu de poudre, sur laquelle ils crachaient, pour ainsi dire, avec les lèvres, une balle, faisant descendre le tout à la culasse en frappant la crosse de la carabine sur le pommeau de leur selle,
Pour reconnaître le gibier, chaque chasseur dardait sur les pièces qu'il ‘avait abattues, une flèche que terminait une petite flamme et un numéro matricule, sa marque distinctive et celle du peloton auquel il appartenait.
Durant quelques minutes, les bufes atterrés se laissèrent passivement égorger. Mais, quand leurs rangs se furent éclaircis, quand la stupéfaction de la première attaque se tut calmée, ils se raffermirent et se précipitèrent individuellement ou har groupes pour faire face à l'ennemi. Le vacarme était affreux ; la confusion inénarrable. Bœufs, hommes, chevaux, chiens, en moins de rien, tout fut confondu dans untourbillon de fumée et de poussière, Les cris les plus épouvantables, les plus stridents, se croisaient, se heurtaient dans ce choc effrayant des forces humaines et animales. Malheur au tireur maladroit, au cavalier inexpérimenté ! Le buflle fonçait sur lui, tête basse, l'œil rouge de fureur, plantait les cornes dans le poitrail de sa monture et les lançait l’un et l’autre à plusieurs mètres de distance.
Il y avait un pêle-mêle gënéral : enivrés par le bruit du combat et l'odeur de la poudre, les hommes frappaient aveuglément et faisaient un effroyable massacre sans s'inquiéter de la rage de leurs adversaires et des blessures souvent mortelles qu'ils en recevaient,
La tombée de la nuit seule mit fin à cette monstrueuse tuerie, où plus de douze cents buflles furent couchés à terre.
Daus la bagarre, Mathieu, malgré une surveillance toute particulière, avait perdu de vue Alfred Robin, et c:lui-ci, qu'excitait une ardeur bien naturelle, avait oublié les conseils qu’on lui avait donnés. Il s'était témérairement attaqué à un jeune taureau; l'animal, blessé à l'épaule, s'était à son tour ieté sur le cheval de son agresseur, avec une irrésistible furie et lui avait labouré le flanc.
La douleur fit bondir le cheval; Alfred perdit la tête et rendit les rênes à la bête, qui prit aussitôt le mors aux dents et partit avec Ja rapidité de la foudre, sans que son maître pût la retenir.
Après vingt minutes d'une course effrénée, l’un et l’autre roulaient du haut d’un escarpement sur le bord du lac du Caribou.
use tuerie, où
toute particuu'excitait une avait donnés.
nimal, blessé 1 agresseur,
et rendit les t partit avec enir.
l'autre rou- Caribou.