‹ La Huronne [microforme]Chapitre 60 sur 66 · JUL · texte numérisé non relu

JUL

En en approchant, l'artiste fut frappé par des clameurs stridentes. Au-dessus du pic, i! distinguait de grands oiseaux de proie, qui planaient en décrivant de grands cercles concentriques, fondaient comme la foudre derrière la montagne ou s’élevaient perpendiculairement jusqu'aux cieux. Ils étaient si nombreux que, parfcis, le soleil en était obscurci. Alfred gravit le pic, curieux de savoir ce qui attirait cette nuée de volatiles. L'ascension présentait des difficultés. Mais, en s’aidant des buissons et des anfractuosités de la roche, l'aventurier réussit, après deux heures d'un pénible exercice, à atteindre une plate-forme qui commandait une vue des plus étendues.

Le tableau du champ mortuaire devant lequel Alfred s'était arrêté naguère, si grandiose cependant, était insignifiant en présence de celui qui s’étala subitement sous les regards du voyageur. La plume est sèche, le pinceau sans couleur pour reproduire de pareilles images, fréquentes pourtant sur le territoire de la baie d'Hudson. Figurez-vous une vallée profonde, bastionnée de falaises inaccessibles, déchirée par un ruisseau torrentueux, dont les eaux fougueuses écument en rugissant aux flancs des rochers qui la surplombent ; remplissez le vallon d’un amas monstrueux de bœufs sauvages inanimés, écorchés, à demi dépécés, ‘nt des centaines de loups, de carnivores de la terre et de l’air, lacèrent les carcasses rouges et palpitantes ; « voyez s’agiter et battre des ailes sur ces monceaux de chairs sanglantes l'oiseau des grandes curées, le vautour à la tête chauve, à l'œil farouche, au bec recourbé plus tranchant que l'acier, aux grosses pattes jaunes armées de griffes non moins acérées que lo bec; voyez-le disputer ardemment, victorieusement sa proie aux plus féroces quadrupèdes de la forêt, comme s’il était le Génie souverain en l'honneur de qui a été immolée cette colossale hécatombe; voyez tout cela sans frémir, sans fermer les yeux, si vous le pouvez ; et puis, entendez, si vous l’osez, les croassements, les cris de toute espèce, de toute note, le cliquetis des dents qui broient les os, les votiférations sans nom, les rauquements horripilaats qui jaill sent de cette arène immense, où une partie de la création animale vivante festine sur une partie de cettecréation morte ; im:zinez les combats des terribles convives, leur ivresse, leur ruge, leur agorie, leur exaltation, et vous n'aurez qu'une pâle idée de la reprécenia‘ion dout notre héros devint tout à coup le spectateur,

Elle n'est cependant, je le répète, point rare dans le Nord-Ouest et suit immédiatement tout carnage ‘ de bufñles.

Les chasseurs, après avoir massacré un troupeau, enlèvent aux bisons leur peau, leur langue, leurs bosses, leurs cornes et quelques quartiers de viande. Le reste est abandonné aux fauves, qui n'attendent pas toujours le départ des hommes pour se précipiter sur les cadavres et commencer leur banquet.

Souvent même, il est nécessaire d'en tuer un grand nombre pour pouvoir dresser les buflles, c'est-à-dire les dépouiller des parties dont on a besoin.

Alfred ne s'attendait pas à rencontrer un aussi hideux théâtre de tuerie et de bataille. Il resta quelques minutes interdit, contemplant avec stupeur le drame sanglant qui se jouait sous ses pieds. Combien incolores, éloignées de l'original étaient les descriptions qu'il en avait lues à Québec ! Comme la nature était plus âpre dans ses tons, plus invraisemblable dans ses traits, que les récits des voyageurs, les conceptions les plus téméraires de l’esprit humain.

A un mille de ce colisée naturel, et au delà d’une lisière de merisiers, qu'arrosait le torrent, Robin aperçut un camp, entouré de charrettes, et au milieu duquel des groupes d'hommes et de femmes paraissaient activement occupés près de grands feux allumés devant les tentes.

Au drapeau qui flottait sur l’une de ces tentes, le jeune uomme reconnut que c'était le camp de la brigade Mathieu, Cette découverte rafraichit son esprit et il chercha un sentier qui pûtle conduire àla station des chasseurs. Il n’était pas facile d'y arriver , car la montagne sur laquelle Alfred se trouvait était taillée à pic, sauf du côté par lequel il avait monté.

Pour se rendre au camp, il fallait absolument qu'il revint sur ses pas, descendît la hauteur et la contournât à sa base, en marchant toujours à l'est. Mais là, s’offrait encore un obstacle formidable, sinon infranchissable : c'était un fourré de houx et de mesquite. Alfred ne se dissimulait pas la difficulté qu’il courait à traverser ce bois ; comptant néanmoins trouver quelque piste de daim, il se décida à prendre cette voie.

! Terme usité par les chasseurs canadiens pour désigner un abagis de buffles,

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Toutle reste de la journée, il fureta le long des épineux halliers, Inais sans succès. Ils étaient tellement épais, tellement entrelacés, que nulle créature humaine ne pouvait y pénétrer sans le secours d’une hache.

Vers le soir, Robin, fatigué de ses allées et venues infructueuses, se coucha pour se reposer, au pied d'un tamarack. Le lendemain, il recommença ses perquisitions, qui l’entrafnèrent à plusieurs milles de la montagne, Il éprouvait une accablante lass'tude morale, et le dégoût de la vie reprenait de l'empire sur son cerveau. Mais il évoqua l’image de Victorine, Victorine qu’il aimait tant, qu’il avait perdue et qu'il était peut-être sur le point de revoir. Cette pensée rauima Alfred : il poursuivit résolüment ses investigations. Enfin, il crut que la réussite allait récompenser ses efforts : une clairière étroite, mais qui s’étendait à perte de vue, s’ouvrit sur sa droite. Alfred y vatra et marcha jusqu’au coucher du soleil. La nuit l’obligea à uuc halte. Il alluma du feu, fit rôtir une tourte qu'il avait tuée et se mit à la dévorer avec le rude appétit des gens qui se livrent à de longs exercices au grand air.

Pendant qu'il mangeait, il lui sembla entendre un bruissement de feuilles derrière lui. Saisir sa carabine, se retourner et fouiller le bois d’un regard anxieux fut pour Robin l’aftaire d’un instant. Mais le frôlement avait cessé et aucun objet suspect n'apparaissait. Alfred se dit que c'était la brise qui lutinait dans les arbres ou un oiseau qui rentrait au nid, et il replaça son arme sur le gazon pour continuer son repas.

Une minute après, deux mains nerveuses l’étreignaient fortement au cou et le clouaient pour ainsi dire à sa place. Un cri strangulé s’échappa de sa gorge et il perdit connaissance.

Alors, d'un massif de buissons, contre lesquels l'artiste était assis, bondirent deux Peaux-rouges, à demi vèius et le visage et la poitriue bigarrés de peintures jaunes, vertes et bleues, qui leur donnaient un aspect repoussant. Leur premier soin fut de s'emparer des armes d'Alfred, le second de le dépouiller de sa toque et de sa tunique en cuir d'élan, soutachée à la manière indienne, Puis les deux

. voleurs délibérèrent sur ce qu'ils devaient faire de leur victime.

L'un voulait la scalper et emporter sa chevelure au village. — Non, Bec-de-Corbeau, disait l’autre, non, tu ne peux le tuer. Les visages pâles ne sont pas loin. Leur nombre dépasse le nôtre.

Is se jetteraïent comme desloups sur nos loges et vengeraïent sur nous et les nôtres le sang que nous aurions versé.

— Conment le sauront-ils, Nuage-de-Pluie? objecta l’autre avee humeur,

— Le vent du soir ira le murmurer à leurs oreilles.

— On croira que ce sont les wolverennes…

— Non! non! je m'oppose à ce que tu le tues. Lions-lui ies mains derrière le dos et menons-le au Grand-Aigle-Noir.

— Je ne suis pas de cet avis, répondit Bec-de-Corbeau, ce visagepâle nous appartient, et je ne vois pas pourquoi nous le donnerions au chef. Le renard ne cède jamais sa proie au carcajou.

— Mais le grand Ononthio enverra contre nous ses hommes rouges et ils nous massacreront comme ils l'ont déjà fait, il y a huit hivers, à Selkirk.

Cette menace suspendit les dispositions homicides de Bec-de- Corbeau, car le grand Ononthio, ou gouverneur du Canada, est très-redouté des Indiens du territoire de la baïe A'Hudson, surtout depuis que les troupes anglaises leur ont douné la chasse en représailles de quelques meurtres qu'ils avaient commis. C'est à la suite de cette guerre qu’une partie de la tribu des Assiniboines a quitté les bords de la rivière de ce nom pour aller s'établir sur ceux du lac du Caribou.

— Écoute-moi, mon frère, reprit Nuage-de-Pluie, le voyant ébranlé, garrottons-le et conduisons-le au Grand-Aigle-Noir.

Ils tissèrent promptement une corde avec des lianes, attachèrent Alfred par les poignets, et Bec-de-Corbeau le tira de son évanouissement, en le piquant avec une longue lance qu'il tenait à la main.

La nuit était brillamment étoilée. Les Indiens firent lever Alfred et le poussèrent devant eux comme une bête de somme. Durant deux heures, ils marchèrent en silence. Le jeune homme aurait bien voulu interroger les sauvages, mais il .e comprenait pas leur idiome, etceux-ci n’entendaient ni le françaisnil’anglais. Alfred était cependant moins inquiet de sa situation qu'on ne serait tenté de se l'imaginer. Peut-être même la préférait-il à celle qui l'avait précédée. La première étain pleine d'angoisces et pouvait se terminer par une mort cruelle et solitcire ; la seconde avait, malgré son incertitude, quelque chose qui sounait presque à la nature romanesque du jeune artiste.

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— Au moins, se disait-il, je vais voir les sauvages chez eux, et si je reviens de ce voyage, j'en rapporterai des impressions rée!les.

Une âcre odeur de fumée et des lueurs étincelantes lui apprirent enfin qu'ils approchaient d’un camp. Sa curiosité était vivement excitée ; il se mit dès lors à examiner avec autgnt d'attention que de sang-froid ce qui se passait autour de lui,

Le bivac était celui des Assiniboines, commandés par le Grand- Aigle-Noir. Ils chantaient et dansaient devant des feux ardents. Leurs grandes tailles athlétiques se dessinaient en noir dans un cercle de lumière, dont les ténèbres ambiantes doublaient l'éclat. On eût dit &’une ronde macabre ou plutôt d’un conte d'Hoffmann galvanisé par la baguette de quelque puissant magicien.

Alfred fut conduit au Grand-Aisle-Noir, au milieu des Indiens qui l’accablaient d’invectives sur son passage. Non contents de l’injurier, ils lui crachaient à la face, le souffletaient, le pinçaient, le piquaient de leurs flèches, et lui brülèrent même l’épiderme avec des tisons enflammés.

Le Grand-Aigle-Noir leur ordonna de mettre fin à leurs persécutions.

— Qu'est-ce que le jeune visage pâle venait faire près des loges des braves Assiniboines ? lui demanda- t-il en français.

Alfred le regardait, se souvenant l'avoir vu quelque part ; mais où ? Il n'aurait pu le dire à ce moment.

Le chef continua, en agitant un long calumet dont le tuyau était garni de plumes de faucon, symbole de son omnipotence.

— Les tiens ont, par leurs ruses et leurs sorcelleries, forcé mes guerriers à quitter les plaines giboyeuses de l’Assiniboine et à chercher d'autres territoires de chasse; prétendent-ils nous éloigner encore de ces lieux ? Les vaillants Assiniboines ne reculeront pas au delà, et ils rendront aux visages pâles tous les coups, toutes les blessurc.. qu'ils en ont reçu. Les ossements de nos pères crient

vengeance. Nos bras sont armés. Le Grand-Esprit veille sur nous, Nous marcherons au combat guidés par Athaensie, et malheur, malheur à nos lâches ennemis !

L'Aigle-Noir accentua cette menace par un cri guttural que ré-

bérèreut longuement iles échos de la forêt.

Alors seulement. Alfred se rappela qu'il l'avait vu au fort Williams,

où il jouait aux noyaux de prunes avec Baptiste ; il se rappela aussi que c'était lui qu'Alphonse accusait d’avoir enlevé Marie.

— Ilest facile d'éclairer mes doutes! se dit-il, et sans se préoe: cuper de sa position critique, il s’adressa froidement au chef :

— Mon frère, comment t'appelles-tu ?

— Le Grand-Aigle-Noir, répliqua superbement l'Assiniboine, fier de son nom comme de seize quartiers de noblesse,

Alfred savait déjà une partie de ce qu’il voulait savoir, il reprit adroitement :

— Mon frère est un grand chef. Sa bravoure est célèbre dans les établissements des visages pâles. On en parle dans le wigwam du grand Ononthio. Et les blancs du fort Williams vantent sa valeur.

L’Aigle-Noir se redressa de toute sa hauteur sous la caresse de cette habile flatterie qu'il se hâta de redire dans leur langue aux Peaux-rouges amassés autour d'eux.

— Les visages pâles n’ont pas vu les dix-sept chevelures qui ornent ma cabane, dit-il avec une explosion d’orgueil.

— Mais ils n'ignorent pas que mon frère à ravi ces dix-sept chevelures à ses ennemis, s’empressa de répliquer Alfred en cher chant le moyen d'amener la conversation sur le terrain où il pour rait en profiter.

— Savent-ils aussi, demanda l’Aigle-Noir, que, parmi les dix-sept chevelures, il y en a quatre prises à leurs trappeurs?

Alfred ne put retenir un mouvement d'horreur, qu'il comprima tout de suite, et il dit :

— Ils le savent et disent que mon frère a récemment scalpé un Huron au fort Williams.

— Un chien de métis! fit l’Assiniboine avec un geste de mépris.

— Ils disent encore, continua Alfred, les yeux attachés sur le visage de l'Indien, ils disent encore que mon frère leur a enlevé la plus belle fleur de leurs loges.

Un sourire de satisfaction glissa sur les lèvres de l’Aigle-Noir ; mais il répondit avec calme:

— Les visages päles ont souvent la langue croche.

Puis il fit signe d'emmener le captif.

Alfred avait surpris le sourire du chef. Assurément ce dernier était cause de la disparition d'Yureska. La brusquerie avec laquelle Lil avait rompu l'entretien venait de le prouver, #

Cette certitude rendit le brave artiste plus joyeux peut-être, que si on lui eût annoncé sa mise en liberté. Ses bourreaux ne semblaient pourtant pas disposés à le relàcher. Ils l’attachèrent solidement au tronc d'un arbre, et quatre d'entre eux furent préposés à sa garde,

Le lendemain, après l'avoir hissé sur un cheval, on lui lia les jambes, à l’aide d'une sangle passée sous le poitrail de la bête, et il partit avec deux sauvages, également à cheval, et qui étaient diargés de le conduire au village assiniboine, pour y attendre le retour des chasseurs, qui prononceraient alors sur son sort.

L'un des Peaux-rouges savait quelques mots d'anglais.

Alfred l’interrogea et apprit que le Grand-Aigle-Noir n'était revenu que depuis peu de jours au village, et qu’en arrivant il était accompagné d’un jeune garçon.

— Et mon frère a-t-il vu ce jeune garçon? s’enquit l'artiste.

— Je l'ai vu, ce n’est pas un visage-pâle, ce n’est pas un Peaurouge, et ce n’est pourtant pas du sang mêlé qui coule dans ses veines.

Ce renseignement était précieux, car Yureska, quoique descendant d'une famille qui jamais ne s'était alliée aux blancs, avait la peau plus fine et moins tannée que celle des Indiens qui mènent une existence sauvage.

— Mon frère n'a-t-il pas remarqué que ce garçon avait une marque au front, reprit Alfred, se soutenant d'une légère cicatrice que la Huronne s'était faite à cette place en tombant?

Mais, cette fois, le Peau-rouge ne répondit pas. Soit qu'il suspectt les intentions du captif, soit qu’il ne sût rien de plus, il s’enferma dès lors dans un mutisme d’où Robin ne réussit pas à le tirer.

Dans Faprès-midi, ils touchèrent au village assiniboine composé de deux à trois cents huttes éparpillées sur la rive droite de la pe rivière du Caribou.

Une troupe de femmes, d'enfants, et quelques vieillards, qui n’a-

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vaient pas suivi la chasse, accoururent à la rencontre du prisonnier, Les uns et les autres eussent été enchantés de lui faire subir de mauvais traitements. Mais le Grand-Aigle-Noir avait sans doute prévu ce cas et donné des instructions contraires, car un des gardiens du jeune homme parla aux sauvages qui cessèrent aussitôt, quoiqu’en grondant, leurs démonstrations hostiles.

Pour le coup, Alfred bénissait sa captivité, qui allait sans doute le réunir à une amie doublement chère. Comme il lui tardait de la voir, de l'entendre! Son cœur battait fort, je vous jure, en entrant dans la bourgade indienne : et ses regards volaient diligemment de tous côtés, dans l'espérance d'apercevoir le visage aimé de la jeune fille.

Mais cette espérance fut déçue. Yureska n'était pas dans les groupes de curieux qui affluaient sur leurs pas. Une pense atroce se glissa dans l'esprit d'Alfred. Les Assiniboines auraient-ils égorgé la Huronne ?

On le descendit de cheval et on l’introduisit dans une cabone au milieu du village. Là, ses mains furent déliées, et une vicille Indienne lui apporta quelques épis de maïs grillés, avec de l’eau dans

un vase de bois. Alfred avait une soif brûlante ; il but à longs traits ; mais il lui fut impossible de toucher à la nourriture. L'idée que Marie était morte l'obsédait de plus en plus. Elle le poursuivit toute la nuit comme un horrible cauchemar. Aussi, peignez-vous sa surprise et sa joie, en voyant, le lendemain, Yureska entrer dans la cabane où il avait été enfermé.

Une troupe d’Indiens des deux sexes la suivait.

Oubliant qu’on l'avait fixé à un poteau de la hutte, Alfred fit un mouvement pour se jeter dans les bras de la Huronne.

Par un signe rapide, imperceptible pour les autres spectateurs, elle l'engagea à modérer son émotion et à ne pas montrer qu'il la connaissait. Elle lui raconta brièvement ensuite son histoire depuis le fort Williams, et lui dit que les gens du village l'avaient chargée de demander au prisonnier s’il était Français ou Anglais, car les Indiens de l'Amérique septentrionale ont, en général, beaucoup plus de haine pour les Anglais que pour les Français.

La réponse d'Alfred, transmise par Yureska, parut satisfaire les assistants, qui se retirèrent peu à peu, laissant les deux jeunes gens

causer ensemble, mais sous la garde des guerricrs qui avaient amené Robin au village.

— Et Alphonse? s’écria Marie, quand ce dernier lui eut appris par quelle série d'incidents il était tombé entre les mains des / Assiniboines.

— ll est au fort Cumberland, répondit Alfred, qui avait prévu cette question et ue voulait pas effrayer la jeune fille en lui faisant connaître la maladie de leur ami.

— Oh! qu’il me tarde de le voir! soupira-t-elle,

— Songeons à nous échapper, dit Robin, en abaissant un regard sur ses liens,

— Nous essayerons, répondit Marie à voix basse; par malheur, je ne sais au juste où nous sommes et peut-être nous perdrons.….

— Essayons toujours ; si tu as un moyen, ma sœur, employonske. Une fois hors d'ici, nous tâcherons de rejoindre la brigade qui ne doit pas être à une grande distance.

— Eh bien, dit Marie, je connais ure plante dont le suc fait , dormir ; si je puis la trouver dans les environs, je mêlerai quelques à souttes de ce suc à la sugamité des deux sentinelles. Tiens-toi KA prêt la nuit prochaine; car le Grand-Aigle-Noir et son parti de chasse reviendront bientôt et tout délai pourrait nous être funeste.

Alfred attendit la nuit avec une impatience facile à concevoir Quelques heures après le coucher du soleil, ses gardiens s'endormirent profondément ; par malheur la lune se leva et resplendit de tout son éclat sur la terre. Cette circonstance était grandement défavorable au projet du prisonnier. Il pensait même que la Huronne ajournerait la tentative d'évasion; mais au moment où il allait céder au sommeil, la porte de la cabane s’ouvrit doucement et Yureska entra

En un clin d'œil elle eut tranché les liens de Robin.

— Partons! lui dit-elle, en lui mettant dans la main le couteau dont elle s'était servi.

Ils s’élancèrent vers la porte ; mais comme ils allaient la franchir, un animal monstrueux déboucha d’un champ de maïs et leur barra le passage.

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