LE JOUR DES MORTS AU FRONT
s'étaient appliqués à apprendre les hymnes de la fin terrestre, le Dies iras, le De profundist et leurs voix, bien qu'inhabilement conduites, vibraient d'une manière impressionnante dans les unissons du plain-chant, que l'orgue accompagnait. — Que pourrait-on trouver d'ailleurs qui prépare mieux au suprême sacrifice et à la belle mort, mieux que ces prières, cette musique et même ces fleurs?...
Ils ont chanté, ce matin-là, avec un élan grave, ces choristes improvisés. Ensuite, après la messe, malgré la pluie glacée et la boua des chemins, de chaque église la foule est sortie en cortège pour se rendre dans les cimetières, à la suite du clergé portant la croix des solennités. Et de nouveau, comme le jour des funérailles, toutes les petites tombes militaires ont été bénies.
Si je raconte cela, c'est pour les mères, les épouses, les familles qui habitent loin d'ici, dans les autres provinces de France, et dont le cœur se serre davantage sans doute à la pensée
que la sépulture d'un bien-aimé pourrait être à l'abandon et bientôt même ne se reconnaîtrait plus. Oh! qu'elles se rassurent! Malgré l'humilité de ces petites croix de bois, presque toutes pareilles, nulle part autant que sur le front les tombes ne sont gardées et honorées, nulle part elles ne recevraient d'hommages plus touchants, ni plus de bouquets, plus de prières, plus de larmes...