LA CROIX AU DRAPEAU DES MARINS-FUS
d'une grande oiïensive, d'un grand fait d'armes. Or, le cas de nos marins-fusiliers est tellement spécial qu'aucun règlement n'aurait su le prévoir. Comment donc l'auraient-ils déployé leur drapeau, pendant la lutte inouïe, puisqu'en ces jours-là ils ne l'avaient pas encore? Brigade improvisée en hâte, on les avait lancés au feu sans l'incomparable emblème tricolore que toutes les autres brigades possédaient avant de partir. Ce n'est que plus tard, bien après leurs grands exploits du début, qu'on le leur a donné, alors que leur rôle était déjà un peu moins terrible. Dans ces conditions-là, je veux espérer qu'il sera possible de faire fléchir le règlement en leur faveur. S'il était décoré, ce drapeau, tous les marins qui le reçurent avec tant de joie là-bas, un jour où ses trois couleurs étaient encore toutes neuves et éclatantes, se sentiraient récompensés en même temps que lui, et plus tard, dans l'avenir, quand leurs descendants viendraient le regarder, pauvre haillon sacré défraîchi par la poussière,
i98 LA HYENE ENRAGEE.
cette croix, qu'on lui aurait donnée, leur parlerait mieux des actes sublimes accomplis sur le front de Belgique.
On ne saurait trop l'honorer, la brigade des marins, de laquelle on a écrit officiellement : Aucune troupe, à aucune époque, n'a fait ce quils ont fait. Et voici un passage de la lettre que, le jour de sa dislocation, le général Hély d'Oissel, après en avoir passé la revue suprême, écrivait au capitaine de vaisseau Paillet, qui la commandait alors, — lettre qui fut lue à tous les matelots sur les rangs et leur mit aux yeux de bonnes larmes :
c ... Je serais heureux de conserver c^Xétai (la liste effroyable des morts, officiers, sousofficiers et marins) comme un témoignage éloquent et éclatant des services immenses qu'a rendus au pays cette admirable brigade, que l'armée de terre est si fière d'avoir eue dans ses rangs, et que je suis si fier, moi, d'avoir eue sous mes ordres pendant plus d'une année de guerre.