‹ La jambe noireChapitre 11 sur 23 · II. U · texte numérisé non relu

II. U

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de cheaJui précisément pour lui offrir de venir partager le sien, qu'il croyait encore parfaitement sûr. Il n'y fallait plus songer,

ii'eapion qui venait de le pouarsaivre jusqu'à la caserne du quaid^OrsayTavait certainement vu sortir du bureaa de loterie. Saint-VictorseFappekJkméimequfi Tamerlao^ loi aivait parlé d'um vièrier «|uû éiraît veau prendre âms numéros pour le tirage de Toulouse. Evidemment, eet honini« connaissait le secret de TasRe de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève» et il allait avertir la police qui ne* manquerait pas de sarvdller lia maison. Donc, Gseoirges ne pouvait plus venir se réfitgîer dans la ehamf. br^im terne sec ; Saint-l^elior lafr-mème n'y pouvait pluit rentrer, et le pannrre Tamerlan, n'étant pas pcévenu de rimcident, courait, gsrand risqu» d'être saisi dans son, bureau, en dépit de sa visière verte et de ses maotckeft. de li^trâie.

Que faise dans cetée cruelle conjoncture ? Le proserit: se le demandait et ne trouvait aucune solution à ce terrible proÂ^lème. La partis hii sembkiit perdue, et cpioir que résolu à la jouer jusquj'au bout, il se préoccupai! surtout de- payer galamment l'enjeu qiû n'était autre. <pie sa tête. 11 songeait donc beaucoup plus à finir en gentilhomme et en soldat (pi'k combiner des coups impossibles à exécuter.

11 faut cependant lui rendre e^te justice qu'il pensait au6sià Gabrielle. Il craignsdt que la pauvre enfant n'eût été aperçue à son entrée ou à sa sortie du bureaa €t il se jurait bien d'éviter désormais toute démarchesusceptible de la compromettre. Par malheur, les événements s/étaient engrenés de telle sorte que poiff em^pécher la jeune fille de retourner le surlendemain: ai» bureau de loterie, Saint-Yictor était obligé d'aUer aa rendez»vous éventuel qu'elle M avait donné sous ka marronniers des Tuâeriest et oetle nécessité où^ îi se.

trouvait de la revoir les exposait tous deux à une catastrophe.

Fatigué de réfléchir aux dangers de toute sorte qui le menaçaient, le jeune chouaoi prit le parti de recourir au sommeil qui devait infailliblemeiiiyèson avis, lui éclaircir les idées. C'étaîâ son ^i^èème daaiftk»oecasio»s graves et, de plus, après son immersion dans les eaxLx glacées de la Seine, il avait grand besoin de repos. 11 se coucha donc sur le 9Qk pett tendre du caveau et il y dormit, comme it dormait jadîâ sur la bruyère d'une lande à la veille d'vme b€^!arille afrec les bleuM.

Ce caveau servait de magasin pour serrer de vieille* futailles et des harnachements kor» de aarviee. Personne ne Ty vint déranger et, quamd il se réveilla^ il vit qu'il faisait nuit. Quoiqu'il ne sM pas trop où aller, rheure était venue de partir. Rester plus leaagtemps, c'eût été abuser de l'hospitalité du chef des gendarmes et cela n'eût remédié à rien. Mieux valait maareher à l'ennemi que de L'atteudre,. et, au surplus, il se pouvait que George» n'eàit pas enaov^ déguerpi de son logjBfflunt du quaè de Ghaillot, et il importai^^ beaucoup à son lieutenant de s'aboueher avee lui.

Saiu't-yictar écouta et n'entendant aucuja*bruit dans la rue, H ouvrit dcmcement la porte avec la clef que François Robert lui avait laissée et sortit, non sans prendre des précautions infinies.

Il pleunait toujours très-fort. Lea habitants de la rue deLâie étaient au coin de leur feu et la sentinelle dans »a guérite^ Le fu^tif n'eut donc aucune peine à passer int^rçu*

11 mÉt 9(M de ref^raiier la porte et de jeter la clef eA dedans par le soupirail de sa prison d'un jour, puis,, après s'être assuré que personne ne rôdadt aux aleutours, il remonta rapidement vers la rue du Bac poar éviter de passer devant le factionnaeire, traversa le

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Pont-Royal et se dirigea vers la place de la Concorde par le quai des Tuileries.

Cette fois, quoiqu'il ne fût pas déguisé en vieillard, il avait toute chance d*échapper aux espions. Il ignorait ce qui s'était passé, depuis son départ, entre le commandant et les agents de Fouché ; mais, puisqu'il avait trouvé le chemin libre pour sortir de la caserne par derrière, il en concluait que ces agents n'avaient pas soupçonné le tour qu*on leur jouait. Sa piste était donc perdue, momentanément du moins, et il avait toute la nuit devant lui, la nuit qui porte conseil.

Et puis, si Dieu permettait qu'il trouvât Cadoudal dans sa maison, cette heureuse rencontre pouvait changer la face de leurs affaires. Saint-Victor avait une foi aveugle dans Fhabileté de son général, qui s'était tiré de bien des mauvais pas dans sa vie de partisan, et qui . lui paraissait de force à se tirer encore de celui-là.

Le point était de lui signaler le piège que la police allait, selon toute apparence, lui tendre rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, et, pour ne pas le manquer, il n'y avait pas une minute à perdre. Aussi, le courageux lieutenant marchait-ii au pas accéléré, et il ne mit guère plus de vingt minutes à gagner le quai de Ghaillot.

La maison louée par le chouan Picot qui y logeait Georges depuis six mois et Maneheu depuis la tentative manquée de Rueil, cette maison, assez isolée et de trèshumble apparence, était une des premières qu'on rencontrait sur le bord de la Seine après l'allée des Veuves. Saint- Victor, qui y était venu souvent, n'eut pas de peine à la reconnaître, mais il ne s'en approcha point sans précaution. La police pouvait fort bien s'en être emparée et y avoir organisé un guet-apens permanent. Il commença donc par examiner la façade où ne

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brillait aucune lumière, ce qui n*avait rien de surprenant, car les hôtes de Picot se tenaient de préférence dans les pièces qui donnaient sur la cour. Puis il se mit à en faire le tour à distance, afin de voir s'il n*y avait personne dans le voisinage.

Il rencontra bientôt une pile de bois de construction entassé sur un terrain vague par quelque entrepreneur de bâtisses, et il lui sembla un instant qu'un homme remuait dans Fombre projetée par cette pyramide de planches. Mais, après une courte station au pied du mur de la maison, voyant que rien ne bougeait plus, il crut s'être trompé et il poursuivit sa tournée. Il eut tôt fait de l'achever, car le champ n'était pas bien vaste, et, dès qu'il eut termine son inspection et constaté que rien de suspect ne se montrait aux abords de la maison, il revint à une petite porte percée dans le mur latéral, juste en face de la pile de bois. C'était par là qu'étaient introduits les rares amis qui venaient voir Gadoudal et, bien entendu, on ne leur ouvrait qu'à bon escient.

Saint- Victor connaissait le signal convenu. Il s'agissait d'imiter trois fois, à des intervalles assez rapprochés, le chant du hibou, puis, après le troisième cri, de frapper deux coups secs suivis, après quelques secondes, de deux coups un peu plus forts. On ne répon- , dait jamais de l'intérieur, mais la porte s'ouvrait au dernier coup, laissait passer le visiteur et se refermait sur lui.

Le lieutenant de Georges 'imitait le chat-huant avec une rare perfection, et il s'empressa de déployer ses talents en ce genre. Il avait fini de chanter et il avait déjà frappé deux coups, lorsqu'une main vigoureuse le saisit à la gorge.

Saint-Victor était aussi leste que robuste et il ne perdait pas facilement la tête. Dès qu'il se sentit attaqué par derrière, il lança un formidable coup de pied à l'a-

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gressear inconnu^ et, ea même tempâ, il se déroba si adroitement que les doigts de ce lâche assaillant glissé** rent sur la cravate.

— Ah ! scélérat, cria le jeune homme en se retournant pour tomber à son tour sur son adversaire.

mkàs M changea» àê ton dès q&'il se trouva face à face ^vee M, êmt lèvm vissées &te touchèrent et il vit, malgré Tobscurité, l«9 traits peu gracieux de Malabry, le- ^uef s'aperçut aussi qu^il venait de faire une sottise et lâcha aussitôt son as».

— Comment I c'est toi, grommela Saint-Victor en se rajustant. Es-tu fou, sacrebteu l ou enragé?

— Non, balbutia Fhercule', je vais f expliquer...

— Tu trouves, à ce qu'il paraît, que nous n'avons pas assez affaire à nous défendre contre les bletis et qu'il faut encore que nous nous battions entre nous.

— Je t'ai pris pour une mouche de Fouché.

— Tu as pourtant dû m''entendre quand j'ai fait le •chat-huant.

— Oui, mais les mouches ^vent chanter aussi.

— Pas comme moi, je Fespère. Elles quatre coups espacés auraient dû Rapprendre que j'étais de la maison. On ne tombe pas de la sorte sur les gens, que dia-

' ble r Tu m'as presque étranglé.

— Non, car ie t'ai empoigpé- à faux, heureuse* <ment.

— Alors, si tu m'avais empoigné au bon endroit, j'aurais été étranglé tout à fait. Tu as, en vérité, des procédés charmants.

— JLe te répète que je t'ai pria pour un espion. Le» signaux ne signifient plus rien. Ils les connaissent tous. Je pouvais bien croire (^ue tu étais un faux frère^i

— Soit! mais que lai&4» ici,, à cette heure de nuit? -— ie veiwiis v^mc Qeovges.

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— Adora, pourquoi n'es-tu pas entré?

— Parce que Georges n'y est plus^

— Cîommei^i Georges...

— A déguerpi, et il a bien fait. Tu ne sais donc pas que Pioot a élé arrêté hier soÂr.

— le le saî»* Tamerlan mB Ta appris ce matin, et même je venais pour avertir le général...

'■ — De se sauver. Parbleu! nous avions eu la même idée ; mais il n'a pas eu besoin, de nos conseils pour prendre' l&bo& pairti, et il a û\é sans nous attendre.

— Alors, tu es arrivé trop tard et tu as trouvé la maison vide. Diable I la polices'y est peut-être déjàprésen-

^ — Pour ça, non.

«— Qui'en saâs~tu, puisque ta n.*aA vit personne? — Paffd€»i ! j 'ai vu queic^'un.

r— Qui donc?

— Le fermier de là-bas, Thomme du câble.

'^^ Pi^re MajQbeheu?

— - Justement.

— Et où Tas-tu. rencontré ? Que Va^t-il dit ?

— Si tu me laissais piurler, tu le saurais. Je suis armé ici dix minutes ou. &n quart d'heure avant toi, î'ai chanté et frappé comme toi et c'est ce Maneheu qû m'a ouvert.

-*- Et il ne. t'a pas fait entrer ?

. -^N(iNi,»ear il Sr'en allait et les autres étaient déjà partis. Ils avaient évacué la maison à la brune ; le fermier était resté pour exécuter sa consigne qui était de bffûler tous les papiers et de fermer toutes les portes. Il flaisaait sa besogne au moment où j'ai frappé, et il était très-pressé de prendre le large avec son grand diable 4t;ehiea.

— Quoil il l'aemmeniê?

— Oui, ma foi 1 et l'animal est de force à manger

-Mm

deux ou trois mouchards ; mais, c'est égal, il à fait là une sottise, notre ami du Bois-Guillaume, vu que cette bête est connue des agents et qu'elle pourrait bien le faire pincer.

— Si elle ne faisait prendre que lui, encore, mais je crains... Il fallait lui dire qu'il avait tort de s'embarrasser de ce chien.

— Je le lui ai dit et répété sur tous les tons. Ah ! bien, oui! il n'a pas seulement eu l'air de m'écouter. Alors, je Lui ai demandé ce qu'il comptait faire, où il allait se réfugier.

— Bon cela. Et il t'a répondu?

— Rien du tout. Il a pris un air sournois pour me dire : Ne vous inquiétez pas de jnoi. Je me débrouillerai^ tout seul. Le général n'a plus besoin' de moi. Je le gênerais en restant avec lui. J'aime mieux tirer de mon côté et je vous conseille d'en faire autant. Maintenant que tout est perdu, chacun pour sa peau.

— Voilà qui n'est nullement rassurant. Je me suis toujours défié de ce Bas-Normand et je crois que j'avais raison. Mais au point où en sont les choses, nous avons d'autres soucis. Que va devenir Georges?

— Maneheu ne me l'a point appris par la raison qu'il l'ignore, le général s'étant bien gardé de le prendre pour confident. 11 m'a dit cependant que Gadoudal, dès qu'il a su l'arrestation de Picot, a résolu de quitter définitivement Ghaillot, d'aller de maison en maison, chez, des camarades, et de ne plus coucher deux fois de suite dans le même endroit.

— Allons I dit tristement Saint-Victor, c'est le commencement de la fin. Il ne voltigera pas longtemps ainsi sans être pris. Est-ce qu'il est parti seul?

— Non pas. Léridan est venu le chercher, tu sais, Léridan, ce jeune gars qu*ôn nous a expédié de Londres au dernier débarquement*

LA JAMBE NOIRE m

' — Oui, je le connais et je le crois sûr. Mais en quoi peut-il servir Gadoudal?

— Ah I voilà ! Léridan, qui était un peu maquignon là-bas, au pays de Vannes, a eu Tidée d'acheter un cheval et une voiture et de se faire cocher de cabriolet. Il a emmené le général dans sa carriole.

— L'idée n'est pas mauvaise. Reste à savoir où il le conduira.

— Ohl Georges n'a que l'embarras du choix. Nous, avons encore des amis dans tous les coins de Paris. Il y a apparence qu'il se sera fait mener d'abord chez le parfumeur Garon, rue du Bac, numéro 2. Et puis, il peut venir chez moi, rue du Carême-Prenant, 21, ou chez Tamerlan, 8, rue du Puits-de-l'Hermite, ou chez toi, parbleu ! dans la maison de. notre brave mère Lemoine, 32, rue de la Montagne -Sainte-Geneviève. .

— Et c'est là précisément ce qui m'inquiète. S'il vient chez moi, il sera pris infailliblement.

— Pourquoi? La femme Lemoine est incapable de trahir. Son mari, le receveur de la loterie, est un peu plus sujet à caution ; mais il a pris un congé et c'est Tamerlan qui le remplace au bureau. Georges sera bien reçu, s'il se présente, et m'est avis même qu'il ferait bien d'établir là son quartier général.

— Tu ignores ce qui se passe, dit Saint-Victor d'un ton bref. Je suis sorti ce matin de chez moi pour venir ici.

— Et tu arrives à huit heures du soir! Tu n'as pas marché vite.

— Ne m'interromps pas ; les minutes sont précieuses. Je suis sorti ce matin, te dis-je. Je voulais absolument voir Georges. J'avais une proposition à lui soumettre ; je lui apportais un moyen de sortir de Paris.

— Oh I oh I il est malheureux alors que tu n'aies pas marché plus vite, car j'ai bien peur maintenant que Georges n'en sorte jamais, ni nous non plus.

V9é LÀ JÂMBB Nome

— Ce n'est pas ma faute si je me suis attardé en route. Je n'avais pas plus tôt mis le pied dans la rue qcie j'ai été suivi par un agent de police déguisé en vitrier qui s'est attaché à moi et ne nt*a plus lâché.

— Tu as pourtant réussi à lui échapper, puisque le voilà. Gomment f y es-tu pris pour le dépister ?

— Ce serait trop long à t'expliqoer. Je te conterai Thistoire une autre fois. Ce qu'il y a de certain, mal» heureusement, c'est que ce eoquîn m'a vu sortir du 'bureau de loterie, qu'il y était entré un instant aupantvaut, et que la mèche est évenlée, le séeret péaétDéy Tasile vendu. A l'heure qw'il est, Fouehé sait que le numéro 32 est un repaire de chouans et il fait surveiller le» abords de la maison. Si GeN*ges s'y présente, il est perdu. Le piège est tendis. Il y tombera.

— Nom d'un bleu:/ s'écria Malabry : et dire que ai on pouvait l'avertir. .,

— Sans doute. Mai» comment? Tu conçois que je ne puis plus maintenant rentrer dans^ la chambre du terne seCy ni même me montrer danà le quartier du Panthée»* Tamerlan esi aussi exposé que Gadoudal et, faute d'an bon avis, il va être arrêté, s'il ne l'est déjà.

— Nom d'un bleu/ répéta Malaliry en frappant da pied et en s'arrachant une poignée de cheveux.

-« A nu>ins, reprit Saint- Victor, qu'il n'ait eu le temps de rentrer à son logement de la rue du Puits-de» l'Hermite et qu'il n'ait le boa esprit de s'y tenir coi.

— J'y passevai cette nuit, et, s'il y est, je lui apprendrai les noaveUes. Mais c'est le général qui m'inqui^e*. J'ai envie de cournr riie du Bao^ chez Caron, le map- ^hand de pommade.

— Rien ne nous pmmve qu'il s'y est réfugié, et» dans un moment où toute la police est sur pied, il nous £aat •éviter les allées et venues*. Si notre arrestation devait

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aeraver Georges, j'irais an-devant des agents et tn ferais eomme moi, j'en suis sue; mais, en nous laissant pren» dre, nous ne ferions que kii nuire. Attendons. Peux-^a me loger provisoiiremiraïKt' ckex. loi ?

-— Parbleu- 1

"^ Alors, allons-y. Nms y éélîbéFerona tout à noti»^ aise sur ce qu'il nous veste àfaîre. lei, la pLaoe n'eal l^ae^sûre*

' — Pas sûre dn tout. Les» moucheav vont y sarriveity c'est certam. Picot ai édé reeanDU par des gen» du qi^i^ tî^ qu'on a Introduits' dans sa. prisooi. Il paraît que de^ puis longtemps Pouehé'se défiait d43> qiuai de Ghadllot.

— Pourquoi^ éiable T es-tu. iresté ici, pulsK|ua tu es si bien instruit?

*-*- l'allaôs filer, nom dfun; hlmàl Manefaeu m'en avait assez dit pour m'ôter l'envie de me promener autour de la maison. Mais, quand je t'ai vu arriver, je t'ai pris -pmx réclaireur de la poliee et je n'ai pas pu résister h l'envie de tordre le cou à une mouche de Fouelle.

--^ le Be te reproche pas ce bon sentiment, puisq[ue je h» dois de t!avoir renooniaré, mais allons-nous-en.

— C'est bien dit. Je vais te montrer le chemin et dans trois quarts d'heure, nous pôuiDronBv..

Maiabvy parlait encore, quand le bruit aî^ d'un «ottfr de sifflet pei^a lesileoiee de la mût.

— X'ai peur cpa/H ne soii trop tard, dit. tout bas Saint- 'Victoar en serrao^t ^M^si^uement le bras de son compa^ ^on^

Le coup de siiËLet était, parti du q^at, Saint-Victor et Malabry pensèrent naturellement à s'enfuir par l'allée des Veuves^ Usc ne pouvaient pas se méprendre à ce signa), qui n'était point à l'usage des chouans. Ëvidemmoiity c^était l'annoBice da l'acrivée d'une escouade d'agents de police envoyés pour envahir le domicile de

Georges. Les gens de GhaîUot qui avaient reconnu Picot s'étaient sans doute empressés de raconter à Fouché que chez ce chouan, dans la maison numéro 6, demeurait un homme dont le signalement 's'accordait avec celui de Gadoudal, et Fexpédition avait été commandée pour le soir même. La causerie à laquelle s'étaient attardés les deux chouans allait leur coûter cher.

Gependant, i] était peut-être encore temps pour eux de décamper et, sans s'ainuser à se concerter, ils s'élancèrent vers les Ghamps-Elysées. Par malheur, ils n'eurent pas plus tôt fait dix pas qu'ils furent obligés de s'ar^ rèter. Ils venaient de distinguer sous les arbres un(» ligne noire et mouvante qui semblait se- rapprocher. Un cordon de troupes leur barrait le passage.

— Derrière la maison, le chemin doit encore être libre, murmura Saint- Victor.

— Essayons, grommela Malabry.

Et ils se mirent à courir vers les hauteurs de Ghaillot qui dominaient le lieu de la scène. Ils n'allèrent pas loin. Sur la pente du coteau,ils aperçurent un autre détachement rangé l'arme au bras, à vingt pas du mur de la cour.

— Il ne nous reste plus que le quai et la rivière, reprit le lieutenant de Georges.

— Allons I dit Malabry.

Ils revinrent sur Ipurs pas, mais de ce côté ce fut bien pis. Us rencontrèrent un bataillon tout entier. A la clarté fumeuse d'un réverbère qui se balançait au-dessus de la berge, on. voyait briller les baïonnettes. Le troisième côté du terrain vague où ils s'agitaient était occupé par la maison abandonnée, fermée, inaccessible. Il ne leur restait plus une seule issue.

— Gernés I nous sommes cernés, nom d'un bleui dit entre ses dents Malabry.

— G'est incontesta^ble, répondit froidement Saint- Victor.

— Et les soldats se rapprochent. J'entends le pas régulier des escouades.

— Moi aussi.

— Allons-nous donc nous laisser prendre comme des lièvres traqués par des rabatteurs ?

— Je n'en ai pas plus d'envie que toi, mais le moyen d'échapper ?

— Je n'en vois qu!un. Fonçons sur ceux qui viennent par le quai et sautons à l'eau si nous pouvojfis éviter les coups de pointe et les balles.

— Nous ne les éviterons pas, mais qu'importe ? dit le lieutenant de Georges en haussant les épaules. Autant finir ainsi. J'ai même des raisons personnelles pour préférer ce genre de mort à la guillotine.

— Moi, je n'ai pas de préférences, grogna l'hercule. Seulement, si nous nous faisons tuer ici, ça n'avancera pas les affaires du général.

— Pas plus que cela ne sauvera notre pauvre Tamerlan. As-tu une autre idée ?

— Oui. Viens. Il est peut-être encore temps.

Et Malabry entraîna son ami vers la pile de planches ijui occupait le centre du champ.

Saint-Victor se laissa faire, uniquement pour ne pas contrarier le vieux chouan. Il se croyait perdu, et, au lieu de chercher une voie de salut, il pensait à Gahrielle.

Le cordon se resserrait peu à peu. Encore quelques instants, et les deux lignes de soldats qui s'avançaient en ^querre allaient se souder par les ailes et former une seule ligne de bataille pour marcher contre la maison, dont les derrières étaient gardés et dont le troisième côté confinait par un mur mitoyen à une habitation voisine.

A peine arrivé au pied du tas de bois, Malabry se mit

20S LA. JAlffîE mOÏBE

à y grimper avec une «gfUité sans égale. Ce iss était composé de planches symétriquement arrangées les ufies sur les autres, de façon à former une espèce de tour carrée avec un vide au milieu. Quand il eut atteint le sommet de l'édifice, couronné sur chacune de ses quatre faces par une sorte de plate-forme étroite et longue, rhercule se coucha sur le ventre et tendit la main à Saint- Victor pour l'aider à monter.

Les planches supérieures n'étaient guère à plus de quinze pieds du sol et le jeune chouan put y arriver sans trop de peine, quoiqu'il fût moins rompu aux escalades que son robuste camarade. Tl IH comme Itn. Il se coucha et il attendit.

Les soldats marchaient toujours et bientôt ils leneon^ trèrent le tas de bois.

— Halte 1 cria une votx de commandement.

Et les deux escouades qui venaient de se rejoindb^e s'arrêtèrent.

La nuit était très-noire eft les fugitifs perchés sur le haut de ce quadrilatère à claire-voie pouvaient pi*esf«e se flatter d'échapper aux recherches. Allongés oomme ils l'étaient sur les solives, ils n'étaient pas vislUestd'en bas et d'ailleurs il y avait peu d'apparence qu'on s'azri^ sàt de fouiller l'édifice qui leur servait de refuge. Ik regardaient et ils écoutaient, ^m peut le oroire» juvec beaucoup d'attenlioa. Us vii^enrt un groupe d'hammes venant du quai s'avancer rapidement. Un officier sortit des rangs de la troupe et vint à la rencontre des nouveaux arrivants.

— Serait-ce le frère de GabdeUe qui commande ces gens- là? se demandait Saint-Victor.

Il lui semblait reconnattre dans l'ombre les chapeaux de la gendarmerie >d'élite^ <^ il se pouvait fort bien que François Robert se trouvât à la tête du détachement chai'gé d'arrêter Georges à domicUe.

LA JAMBE NOmE 20r

-» Allumez tes toFcbes 1 ditia voîk du «chef.

— Diable 1 murmura Saint- Victor, voilà que cela se gâte.

— N'importe. Ne bougeons pas, souffia Malabfy. Cependant, Tordre s'exécutait. Gn battait le briquet

an pied de la tour de bois. Bientôt une tcxrohe s'alluma, puis deux, puis trois, puis huit ; de grosses torches de résine qui répandirent une clarté très-nii^. Elles étaient portées par des gens qu'à leur tournure Saint-Victor jugea devoir appartenir à la police, il reconnut bientôt l'homme qui les commandait. C'était le vitrier de la matinée, vêtu d'habits bourgeois. Il vît aussi que les soldats étaient des gendarmes d'élite,, comme il le supposait, mais que leur officier n'était pas François Robert.

— Tant mieux, pensa-t-il ; si je «dois être pris, j'aime autant que ce soit par un autre.

Cet officier et l'aifreux vitrier ^'adsouchèrefnt juste auidessous de l'observatoire des deux chouans, qui ne perdirent pas un mot du colloque.

-^ Capitaine, disait l'espion, je vais poster mes porteurs de torche sur les trois côtés de la maison pour ^e vos hommes y voient clair ; avec le reste de ma brigade, je vais enfoncer la porte qui est là au milieu du mur. J'espère que nous n'aurons pas besoin de renfort ; mais si cela devenait nécessaire, je compte sur vous pour nous aider. Maintenant, à messieurs les chouans cherchent à s'échapper, vous les verrez comme en plein jour et vous n'aurez pas de peine à les empoigner. Seulement, je me permets, capitaine, de vous rappeler la consigne, qui est de ne faire feu sur eux qu'à la dernière extrémité. On veut les prendre vivants.

— C'est bien, répondit sèchement l'officier. Faîtes «votre métier. Je ferai mon devoir.

Il était clair que ce brave soldat se souciait médiocrement de frayer avec un agent de police et qu'il comp-

tait se borner à exécuter militairement les ordres de ses chefs.

— Allons, vous autres I à vos places ! cria Fespion à ses mouchards. Deux torches 'devant la petite porte, deux sur le quai, deux là-bas, au pied du tertre, derrière la maison, et deux ici en réserve, à la disposition du capitaine.

Les porte-lumières s'acheminaient déjà vers leurs destinations respectives, et les deux chouans se reprenaient à espérer, lorsqu'un soldat sortit des rangs et dit À Tofficier en portant la main à son chapeau pour le salut réglementaire :

— Pardon, excuse, mon capitaine, mais il y a du monde là-haut.

Et il montra dti bout de sa baïonnette le faite de la tour de bois.

— Tiens I c'est vrai I s'écria l'officier.

— Oh I oh I dit l'agent de police en se frottant les mains. Us sont deux, je crois. Voilà notre besogne faite à moitié. Avancez, mes enfants, et éclairez ici que nous voyions la mine de ces particuliers-là.

— C'est fini. Nous sommes pris, dit Saint-Victor avec Tage.

— Est ce que tu as envie de te rendre? lui demanda ^Malabry.

— Non, ils ne m'auront pas vivant.

— Ni moi non plus, et je vais tâcher d'en démolir une douzaine avant de tomber sous leurs balles.

Les torches élevées à bout de bras les éclairèrent en ^lein et l'espion en chef s'écria :

— Voilà mon homme des bains Vigier I

— Tiens I les deux chouans du gué de Bouchevilliers, dit le gendarme qui les avait aperçus le premier et qui n'était autre que le caporal Barbot.

— Allons, brigands, rendez- vous I cria l'agent.

LA JAMBE NOmE 205

— Nou S rendre, répondit Malabry, volontiers, mon fils. Seulement, il faut venir nous chercher ici.

Ce disant, Thercule s'était mis à genoux sur un des angles de son château-fort et avait saisi dans ses robustes mains Textrémité d*une des planches. Saint-Victor, lui, se leva tout à fait, courut à l'autre bout du carré, se croisa les bras et dit d*une voix tonnante :

— Commandez le feu, monsieur Fofficier. Je tiens à mourir en soldat. Allons! qu'attendez-vous pour me fusiller? Je suis Goster de Saint-Victor, premier lieutenant de Georges Gadoudal, et je suis venu en France pour tuer votre général Bonaparte. Commandez le feu, si vous avez du cœur.

L'officier se re.tourna vers ses soldats et fit un geste, mais Fespion lui arrêta le bras et dit vivement :

— Capitaine, rappelez- vous la consigne. Il nous les faut vivants.

— Qui est-ce qui grimpe là-haut pour empoigner ces deux hommes-là ? demanda Tofficier à ses gendarmes.

— J'en suis, mon capitaine, répondit Barbot. Ce tas de voliges-là, ça me fait l'effet d'une pyramide, et les pyramides, ça me connaît, vu qu'en l'an VI, c'est moi j^tie j'eus l'honneur en Egypte de grimper sur la plus majeure des trois, à seule fin d'y planter le drapeau de la 25" demi-brigade, division Desaix.

Et l'intrépide caporal se lança à l'assaut de la pile en s*accrochant des pieds et des mains aux marches de bois. Trois gendarmes prirent avec lui ce chemin périlleux. Mal leur en prit à tous. Poussée par la main vigoureuse de Malabry, la planche du faite s'abattit sur leurs têtes, les renversa tous les quatre et brisa le crâne du malheureux Egyptien qui avait gravi jadis sans accident la tombe colossale du Pharaon Chéops.

— A l'assaut, tous I cria l'officier ; montez par les quatre côtés et enlevez-moi ces brigands-là.

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