‹ La jambe noireChapitre 13 sur 23 · II. U · texte numérisé non relu

II. U

eiO LA. XAMBS NOIQE:

de le ssaverl Elle se proHbetta'tt donc de se faire indiquer par Yalr^s Is domicile de Louise qu'elle ne oonnaissait pas eneoi», puisqoie leur court entretien arait eu Meu dan» une ailée de la rue Saint-Honoréy et de courir chez elle pour rasanrer cpi'elle était prêté à la. servir.

Elle pensait préciBémeni à celte belle et touchante personne qui Tarait secourue dana les deux circonatan- «es lies plus graves de sa via, lorsque le commandant Robert eniauv Gahiielle lui sauta au cou et il la serra contre son cœur aussi tendrement que de coutume ; cependant elle fiitfrai^pée du changement qui s'était opéré en M. Sa figure m. gaie &'était rembrunie et sa physionomie Si franche avait pris une expression soucieuse et réservée qui sembla de mauvaise augure à la jeune

mie.

— Qut'as-tn, frère? imi demanda-t-elle avec une tendresse inqioiète*

— Rien, petite sœur, murmura distraitement François Robert.

— Tu as Tair de porter un secret que tu crains de laisser échapper, reprit Gabôelle accoutumée à lire sui; les traits du Loyal offîcier comme dans un livxe ouvert.

— Tu te trompes, dit il avec quelque impatience. Je viens, tu le sais bien,, pour chercher une réponse^ et van pour autre chose.

— Tu y tiens donc beaucoupy à ce madage? dit la jienne filte en- a^efforçamt de sourire.

— Ma chère Gabrielle, répondit Tofficier d^un air grave d; d'un ton fermer je compte que nous n^aDJona pas recommeacer Tentretien d'avant-Mer. Il m*a été très-pénible de me trouver en désaccord avec toi sur la chose; qui me touche le plus au monde, sur le meilleur parti à prendEâ pour assurer ton bonheur; l'efl^ère; que ta as. BéfLéchi depms deux jours et que tea

LA JAIIBB NOTRE 211

idées se somt modifiées ; marâ^ quelle que soit ta résolution, je te prie de me là faire connaître nettement et asEDs réticence aacnne; La fimee situatioa dans lêquelle not» mous trouronsc tons \mSy toi, mon ami Perlier et moi, ne doit pas se prolonfper u&jpur de plus, ni même une heure.

Gabnelle pâlit et dit d'une voix étoufEëe:

— Je suis sûre maintenant qja'iL n'est pas mort.

— Qui? demanda brusquement François Robert.

— L'homme qui a épargné ta vie,qui a sauvé la mienne et qui a reçu ma foL

La jeune fille s'attendait à entendre son frère contester de plus belle l'existence de Yalréas. Dans leur dernière ^itrevue, il s'était évertué à lui démontrer que le chouan s'était noyé dans la Seine, et il fondait sur cette prétendue noyade son principal argument pour vaincre des sefus obstinés. Mais^ au lieu de discuter le fait, il demanda en fronçant le aourcîT:

— Gomment sais^tu que cet homme est vivant?

— Pourquoi mentirais-je 7 Jfe le sais parce que je Tar vu.

— Tu Tas vu! s'îécria douloureusement l'offtcfer. Non, ce n*est pas possible I la fille de mon père ne se serait pas abaissée jusqu'à recevoir chez ella au cboumi, en: . assassin.

— Je Tai vu, répéta Gabrielte.

— Où?quandf

-— Avant-hier ; dans l'asile où il se cache*

— Malheureuse enfant! tu as osé... Mms tu veux donc te perdre, déshonorer notre nom I

— Fardonne-moil )e l'aime^ BMirmara la jeune fille en' toudMHit aux gmsovoLée mik foète.

Le prenôer geste' du ennHnttidaal fui pour repousser la suppliante ; mais il se contint, et la tendresse fraternelle triompha bien vite d'un accès de colère passager.

Il releva Gabrielle, Tembrassa sur le front et lui dît avec une profonde émotion :

— C'est le premier chagrin que tu -m'aies fait; c'est aussi le plus cruel. Tiens! regarde mes yeux... il y avait quinze ans que je n'avais pleuré.

Elle voulut se jeter dans ses bras, mais il l'écarta doucement et lui dit :

— Raconte-moi tout. Il faut que je sache exactement ce qui s'est passé... comment tu as fait pour découvrir ce...

— Une femme m'a dit où il logeait, interrompit Gabrielle, une femme chez qui il m'avait conduite le soir de notre première rencontre à Tivoli ; j'y ai couru ; elle m'avait nommé la rue, indiqué le moyen de pénétrer dans sa cachette. Il a trouvé un refuge dans le quartier du...

— Ne me dis rien de cela. Je ne veux, je ne dois rien savoir de ce qui le concerne. Mais c'est donc dans la matinée d'avant-hier, après la conversalion que nous avons eue ensemble?

— Oui, frère. J'avais résolu de te donner une réponse aujourd'hui et Dieu m'est témoin que, si j'avais appris

, qu'il était mort, tu m'aurais trouvée toute prête à faire ta volonté. Mais je voulais connaître mon sort.

— Je ne te demande pas ce qui s'est passé entre vous ; seulen^ent, à quelle heure l'as-tu quitté?

— A midi, je crois.

— C'est cela, murmura l'officier en se parlant à luimême.

— Que dis-tu? demanda Gabrielle avec anxiété.

— Je dis qu'on t'a épiée et qu'en te suivant, sans doute, un homme de la police aura, découvert la retraite de ce chouan.

— Qui te fait croire... ^-

LÀ JAMBE NOIBE 213

— Moi aussi, je l'ai vu.

— Toil

— Oui. Deux heures, une heure peut-être après celle où vous vous êtes séparés ; il fuyait un agent de Fouché qui s^était attaché à ses pas, il essayait de lui échapper en se jetant encore une fois dans la Seine.

— Malheureuse que je suis, c'est moi qui l'ai tué I s'écria Gahrielle désespérée.

— Non, car cette fois comme la première, il a échappé à la mort, mais il n'en est pas moins perdu, dit le commandant d'un air sombre.

— Perdu I répéta Gahrielle. '

— Oui, perdu, appuya le commandant. Écoute, Gahrielle, je te jure sur l'honneur que je te dis la vérité. Cet homme, pour fuir l'espion' qui le poursuivait a eu ridée... cela se passait sur le quai d'Orsay,., il parait qu'il m'a vu à une fenêtre de la caserne... tu sais que ma chambre donne sur la façade... il a eu l'idée de se réfugier chez moi.

— Et tu lui as refusé un asile ! tu l'as chassé 1 interrompit la jeuijie fille.

— Moi ! pour qui me prends-tu? J'aurais certainement dû le faire arrêter, mais je ne l'ai pas fait.

— Ahl je savais bien que tu ét^is toujours le plus noble, le plus généreux des hommes I

— Ce sont là de bien grands mots pour louer une action bien simple, dit François Robert en secouant la tête« J'avais contracté vis-à-vis de ce chouan une dette de reconnaissance. L'occasion s'est présentée de la payer ; je l'ai saisie avec empressement. Et maintenant, nous sommes quittes.

— Mais que s'est-il passé entre vous? demanda Gahrielle avec anxiété. Que t'a-t-il dit?

— Rien assurément qui te concernât et fort peu de

tu LA. XAMU NOnW

ehose sur lui-même. Il est entsé chez moi comme une bombe, et j'ai été si étonné de le voir apparaître^ lui cp& je croyais mort depuis six mois, si stupéfait dePentendve me demander Tbospitalité^ que je n'ai pière songé à lui demander comment il s'était tiré du £ond de la Seine, ni d'où il venait» ni où il allait.

— Maïs tu. Tas reçu? tu Tas caché?

— Je te confesse que j'ai eu bien envie de le renvoyar ;' mais,, pendant qua je parlexnentais avec lui, l'espion qui le suivait est venu frapper à ma perte et réclamer son chouan. Il l'avait vu entrer, il était sûr qu'iln'était pas sorti, et il me connaûssait, le drôle. C'est cet agent de Fouché qui se trouvait sur le siège de la calèche, le€oir de notre voyage à la Iffalmaison.

— Oui, je me souviens... il avait vu Charles sur là r4)ute...- il Faura reconnu dans Paris... il «se sera attaché à lui... il va le poursuivre jusqu'à ce qu'il Tait pris-

— Tout ce que je puis te dire, c'est qu'il ne Ta pas pris chez moi. Je l'ai reçu de la belle façon et il s'en est allé bredouille.

— Mais... lui?

— Le chouan?' tu dois penser que je ne savais trop qu'en faire. Je ne voulais pas le lîvrer, et je ne'ponvaÔB pas le garder chez moi à demeure. Enfin, j'ai trouvé le moyen de tout conciiîer. Je Fai conduit par uiv esealiev dérobé dans une manière éecaiveau dont la porte donne sur la ruo de Lille, et dont je^ltii ai remis la ctef. Il est resté là tocrte Ita joumée, et, une fois la nnûk venae». S est paortik

— Merci, Firamçoi»... merci pour l«d... pour noi> bal* butia la jeune fille, émue jusqu'aux larme».

— Ne me remercie pa». J'ai agi comme je devais agir. A dire vrai, je crains de m'étire fait à ee propos uns mé* ehante affaira ainec Fouché. Il m/a renvoyé, une demi-

lA JAMi^ NOIRS 2U

b&me apiièfi, sou i8«{H6n «ftaorté d'une depi-douzaiiie de mouchards. Le coquin voulait peit|uisiliûQaer dans Jba caeerse. Je m'y fiais énexg^cfaemeai opposé et je liai mis à la .ponte, lui et touJte sa aô^eUe. Après ^uoi,, j'ai jcouru chez Fouché. Nous artrûos eu une explication tcèsvive et ie ne serais pas £ii]:^fds<qu'îl i^ aUé nie.dénoQGer An premie»!' con^. Mais, je m-an moque. Bonaparte me ^îoiHiait 4a*op pour «exiger deonoi un service déshonoittot, et il ne doute ,pas de mooa dé^ouâment à sa persojane. i^Qiiebé auca beau rapporter cûotce moi, ii ne parviendra pas à me brouiller avec le général., Seulemeijit je cseîs ià&à que, poux* le mom^nli, je «ûb un peu ma suspicion. L'histoire de ta Jambe noire est coanne de fioiuaparte qui jsi'ouhUe jûen. Son esprit a dû faire des japprochements ifxe tu devines, et je parierais que je ne fierai plus employé contre les gens de Gadou- 4aL

— Dieu soit loué I murmura Gabrielle. .

— ^ Et la preuve, reprit l'officier, c'est que précisément javant-hier soir, on a cerné la maison de Georges, à Ghaillot, et capturé des chouans qu'on y a trouvés. Un détachement de mon bataillon a été chargé de l'opération, mais on m'a tenu à l'écart. C'est un de mes capitaines qui a commandé et qui a rendu compte directement au ministre. A l'heure qu'il est, je ne sais pas encore exactement comment Taifaire s'est passée. Tu vois, ma chèise Gabrielle, que je n'ai rien à me reprocher, et même que je me suis compromis pour l'homme qui m'avait épargné dans le parc de la Malmaison. Mais, quoi que j'aie pu faire, il n'échappera pas à ceux qui le poursuivent. L'asile où il se cachait a certainement été découvert par cet espion qui s'était mis à ses trousses. Il n'y peut plus rentrer et il doit en être réduit à errer dans Paris. Les barrières sont fermées, toute la police est sur pied. Il sera bientôt pris, s'il ne l'est déjà.

Gabrielle, déjà très-pâle, pAlit encore et laissa échapper un gémissement.

— Je t'avais promis de te dire la vérité ; je te Taî dite, continua François Robert, en s'efforçant de cacher son émotion, à quoi il réussissait assez mal. Je déplore Fentralnement fatal qui t*a conduite chez un conspirateur, chez un ennemi de la France, et j*eflpère que tu ouvriras enfin les yeux sur les conséquences d'actions irréfléchies. Je n'ai pas le courage de te les reprocher, et, pour te parler de nouveau mariage, j'attendrai que la raison te soit revenue.

— Mais lui? demanda encore une fois la jeune fille,

que va-t-il devenir?

— Il aura le sort réservé tôt ou tard aux révoltés qui combattent contre leur pays, et ce sort, si terrible qu'il soit, il le subira, j'en suis sûr, avec courage, car il est brave. Que n'a-t-il voulu servir une meilleure cause? J'ai essayé de l'y ramener, je regrette amèrement de n'y pas avoir réussi, et je te jure que si j'avais pu le sauver, |e l'aurais fait.

— Il en est temps encore, dit vivement Gabrielle. L'officier ne répondit pas, mais il fit signe que non.

— Et il dépend de toi de le soustraire à l'échafaud, reprit la jeune fille.

— De moi?

— Oui. Ecoute-moi jusqu'au bout, et tu reconnaîtras que je ne m'abuse point. Tu sais que je l'ai vu, que je lui ai parlé. Il m'a confié ses projets, ses espérances. TuJ'as dit tout à l'heure, il est prêt à mourir pour son roi, et il ne trahira pas la cause qu'il sert, mais il comprend qu'elle est perdue, et il peut, sans se déshonorer, renoncer à combattre, puisque la guerre est finie. J'ai obtenu de lui la promesse qu'il ne prendrait plus les armes contre son pays, qu'il se résignerait à vivre paisiblement à l'étranger.

TA JAMBR NOIRK 217

— Bon, s'il était hors de France, dit tristement le commandant, mais le moyen d'en sortir ?

— Tu peux le lui procurer, murmura Gabrielle. François Robert rougit, se leva et répondit d'un ton

sévère :

— Tu ne songes pas sans doute que tu me proposes de trahir mon devoir de Français et mon serment de soldat. La passion t'égare et je te pardonne. Mais sache bien que, fussé-je disposé à commettre un acte aussi coupable, je n'en aurais pas la possibilité. L'affaire de Gadoudal et de ses complices est entre les mains de la justice et je ne puis rien pour en arrêter le cours.

— Je le sais ; je sais que sa condamnation est certaine; mais c'est sa vie que je veux sauver, et pour l'arracher à l'échafaud il suffît d'un laissez-passer qui lui permette de quitter Paris.

— Et, ce laissez-passer, c'est à moi que tu le demandes? s'écria l'officier avec une colère contenue.

— Oui, à toi qui es mon frère, à toi qui es bon et qui ne voudras pas me réduire au désespoir.

— Je n'ai pas le droit de délivrer des permissions de ce genre et, alors même que je l'aurais, je me garr derais bien d'en user en faveur de cet homme.

— Ce n'est pas un laissez-passer que je te demande. Je me suis mal exprimée, et je...

— Ni laissez-passer, ni autorisation d'aucune espèce. Les barrières sont fermées, et tu peux croire qu'elles ne s'ouvriraient pas sur le vu de ma signature.

— Tes soldats passent, cependant.

— Oui, quand ils sont de service au dehors de l'enceinte ; mais, pour se faire ouvrir, il faut qu'ils soient en uniforme et munis d'une carte portant leur nom et leur numéro matricul'^* Mon gendarme d'ordonnance a

218 LA JAMfiB NOIHfi

été obligé de Texhiber hier pour aller à la Mabnaîson, où je Favais envoyé.

— Alors, il en a une?

— Mon domestique? Oui, certes, et mQi aussi, et les officiers de mon bataillon aussi.

— J'avais donc raison, Charles peut encore être sauvé, s'écria Gabrielle.

— Je ne comprends pas, dit sèchement François Robert.

— Gomment, tu ne comprends pas que si Charles était en possession de la carte de ton ordonnance, il pourrait se procurer un uniforme et passer sans être reconnu.

— Sérieusement, petite sœur, tu me proposes de me prêter à cette supercherie? demanda Tofficieren s'efforçant de rester calme.

— Oui, et je n'en rougis pas plus que tu n*auras à rougir, si tu y consens, car il s'agit de sauver un malheureux proscrit.

— Fort bien. Sais-tu, ma chère Gabrielle, à quoi je m'exposerais si j'avais la faiblesse de céder à ta prière ? Non, n'est-ce pas? Eh I bien, je vais te le dire. Je m'exposerais à passer devant un conseil de guerre, et le moins qui pût m'arriver ce serait d'être condamné à la perte de mon grade et chassé de l'armée, sans parler de la p,eine de cinq ans de fers que j'encourrais, aux termes de la nouvelle loi, pour avoir favorisé l'évasion d'un des compagnons de Georges. Insisteras-tu encore maintenant? Persisteras- tu à préférer la vie de ce chouan à l'honneur de ton frère?

Gabrielle baissa la tête et n*eut pas la force de répondre. Il lui prit un tremblement convulsif et de grosses larmes roulèrent sur ses joues.

— Parle. Je te fais juge, dit froidement l'officier. Me suis-JG acquitté envers l'homme qui a empêché soa

LA 3AUm NOmfî 219

camarade et ami de m'assassiner, ou bien lui dois-ie encore le saciitice de mon grade et de ma réputation militaire?

— Non, babutia la jeune fille, non, je ne te demanda pas cela; et, si je croyais que tu dusses t'y exposer, jf^ me tairais, mais te saccès de la substitution est certain, et personne au monde ae saura que tu t'y es prêle.

— Est-ce bien toi qui me tiens ce langage? s'écria le commandant. Est-ce la fille de mon père qui cherche à me persuader de commettre un crime en m'assurantque ce crime restera ignoré?

— Un crime I en est-ce donc un que d'aider un soldat obscur à se retirer du champ de bataille oii il va périr? Charles Valréas est prêt à poser les armes. On épar* gne un ennemi qui se rend, et puisqu'il s'avoue vaincu...

— Que parles-tu de soldat obscur, de Valréas? Je vais Rapprendre, moi, le véritable nom de celui que tu me supplies de protéger. Il s'appelle Coster de Saint- "Viclor, et, après Gadoudal, dont il est le principal lieutenant, c'est le plus dangereux et le plus coupable de la bande.

— Saint- Victor! tu dis qu'il se nomme Saint- Victor I s'écria Gabrielle bouleversée par cette terrible révélalion.

— Oui, Saint- Victor, le bras droit de Georges, l'homme que la police cherche depuis six mois comme son exécrable chef, le chouan qui a juré la mort du premier consul...

— C'est impossible! Charles m'aurait donc menèi. Oui t'a dif qu'il s'appelait Saint- Victor?

— Il me l'a avoué. Je crois même qu'il s'en est vanté.

— Ahî murmura la jeune fille, j*ai lu ce nom en tôle

2^0 l'A JAMBE NOIRE

tic la liste de proscription, sans savoir que c'était le

sien I

— C'est sa place. Saint-Victor est presque aussi redoutable' que Gadoudal.

— Sa vie est mise à prix !

— Oui, et le gouvernement tient plus à les prendre, lui et Georges, que tous les autres ensemble. '

— Alors il est perdu.

«- Je te Fai déjà dit.

— Et s'il est pris, il n'a pas de grâce à espérer!

— Non, pas plus que son général. Bonaparte voudrait leur pardonner qu'il ne le pourrait pas. La raison d'Etat s'y opposerait. D'ailleurs, ce Saint-Victor est trop orgueilleux pour s'humilier devant celui qu'il appelle l'usurpateur.

— Tu vois bien qu'il n'y a plus que toi qui puisse le sauver.

— Moi!

— Oui. En lui donnant la carte du soldat qui t3 sert.

— C'est-à-dire en me déshonorant. Jamais !

— Tu refuses d'écouter ma prière?

— Absolument.

— Je n'ai donc plus qu'à mourir, murmura Gabrielle.

Elle dit cela si simplement, ses yeux exprimaient si bien une détermination irrévocable que le commandant ne put s'empêcher de tressaillir. Il avait pour sa sœur une affection paternelle, et un père ne peut pas entendre de sang-froid son enfant parler de mourir. Il ' était d'ailleurs plus ému que surpris; car, depuis sa courte entrevue avec Saint- Victor, il prévoyait cette crise ; mais il se croyait de force à y rester insensible et il s'apercevait qu'il s'était trompé.

La pâleur et la résignation de Gabriellc l'impression-

LA JAMBE NOIRE ^2t

naient bien plus vivement que ne Fauraîent fait ses larmes. Il avait prévu des cris, des sanglots, des supplications ; il se heurtait à un désespoir concentré, à une volonté résolue qui déconcertait sa résistance préparée, el touchait son cœur en dépit de TindifTérence factice dont il s'était cuirassé par avance. Et, pourtant, il ne voulait pas céder; il ne le pouvait pas sans s'amoindrir à ses propres yeux.

Il en vint promptement à chercher un biais, et, pour commencer, il essaya de démontrer à sa sœur que rinacceptable concession qu'elle implorait de lui ne servirait à rien, si, par impossible, il raccordait, et ne sauverait pas le proscrit.

— Gabrielle, lui dit-il d'une voix émue, tu es impitoyable. Je n'aurais jamais cru que tu me mettrais en face de cette affreuse alternative de salir mon épaulette ou de t'abandonner au vertige qui t'entraîne. Gomment peux-tu avoir la cruauté de me menacer de te donner la mort, si je...

— Je ne me tuerai pas, interrompit la jeune fille. Dieu défend le suicide. C'est la douleur qui me tuera.

— Qu'importe I si je dois te perdre, moi qui n'ai que toi au monde. Je t'aime tant, Gabrielle, que, dussé-je me mépriser moi-même, je ne sais si j'aurai le courage de te refuser. Pour te forcer à vivre, je descendrais peutêlre jusqu'à une indigne faiblesse.

Gabrielle releva la tête, et ses yeux brillèrent.

— Mais, en supposant que je consentisse à prêter à un chouan la carte d'un brave soldat, comment la lui ferais-je tenir? Tu sais, je viens de te l'apprendre, que ce chouan erre en ce moment au hasard à travers Paris, que le domicile où tu as eu l'imprudence de l'aller voir est occupé ou tout au moins surveillé par la police, et qu'il n'a garde d'y revenir*

— Je le sais.

22Î LA JAMBI? NOIRE

— Dès lors, où le joindre ? comment lui remettre cette carte?

— Ah ! je retrouve ton cœur! s'écria la jeune fille. J'étais bien sûre que tu ne resterais pas inflexible, et qu'à moins d'impossibilité...

— C'est vrai, je n'aurais pas pu te résister, dit vivement Tofflcier qui croyait avoir trouvé le moyen de sortir de ce terrible pas; et, quoi qu'il m en coulât, en dépit de mes justes répugnances, si ce sacrifice ne devait pas être en pure perte, si je connaissais la retraite où se cache ce malheureux...

— Merci, dit Gabrielle qui pleurait de joie, merci, frère, et ne crains pas que j'abuse de ta bonté pour t'arracher un autre consentement. C'est sa vie seule que je te demande, et, quand il sera en sûreté à l'étranger, je te jure de ne pas chercher. à le suivre, de faire toutes tes volontés, même quand tu exigerais de moi que je me résignasse à ce mariage.

Le commandant, assez surpris de ces effusions, pensa cependant que la jeune exaltée commençiut à entendre raison^ et dit en souriant :

*- Je prends acte, pour mon ami Perlier^ de tes bonnes paroles; mais, hélas! nous n'en sommes, pas là, puisque, pour sauver Goster de Saint-Victor, il faudrait savoir où le prendre.

— Je le sais, moi.

— Que dis-tu là? demanda François Robert en fronçant le sourcil.

— Je dis, frère, s*écria Gabrielle avec un emportement de bonheur qui donnait à sa voix un accent indéfinissable, je dis que Dieu nous protège, et que, dans une heure, le proscrit aura cette carte, qu'il sera hors de Paris ce soir et qu'il te devra la vie.

-^ Dans une heure! mai? tu deviens folle I tu ojblîcs...

— Rien. Tu ne voudras pas être généreux à demi. Le quai d'Orsay est tout près. Tu vas envoyer chercher ce soldat, lui demander son laissez-passer. Dès que je Taurai, j'irai le remettre...

— A Saint-Victor? demanda le commandant stupé* fait.

— A lui-même.

— Où?

— Dans ce jardin, sous ces arbres, dit Gabrieile en montrant par la fenêtre les cimes des marronniers.

— Décidément, petite sœur, ta tête s'égare.

— ^ Ecoute-moi. Avant-hier, en le quittant, je lui ai promis de le revoir ce matin. Je devais retourner chez lui, mais il prévoyait déjà que son asile, le seul qui lui restât, serait peut-être découvert, et il m'a dit que, si ce malheur arrivait, il m'attendrait à l'entrée du massif à droite de la grande allée, aujourd'hui, à midi, ïl y sera, puisqu'il n'a plus de refuge. Tu vois qu'il te reste encore le temps de me donner la carte que tu m'as promise.

— Je n'ai rien promis, interrompit l'officier.

— Quoil tu reprendrais ta parole ! Tu reviendrais sur une grâce accordée I

— Je n'ai point engagé ma parole. Je n'ai rien accordé, et l'eussé-je fait, je ne souffrirais pas que ma sœur allât au rendez- vous donné par un chouan, par un assassin.

— Mon frère !

— Et dans ce jardin, presque sous les yeux du premier consul qu'il voulait égorger I Ahl c'est trop d'impudence à la fin, et je regrette de m'être un instant apitoyé sur cet homme.

— ïl est malheureux... vaincu... proscrit!...

— Et que m'importe! ïl a mérité cent fois l'écha-

faud. Ne compte pas sur moi pour Tempécher d'y monter.

— Ainsi, je me trompais lorsque je croyais avoir touché ton cœuri Ainsi, en feignant de céder à mes supplications, tu calculais que tu ne t'engageais pas, tu ne promettais qu'avec la certitude de ne pas être obligé de tenir I

— Tais-toi. Je te défends de juger mes paroles et mes actes, dit sévèrement François Robert, comme je te défends de descendre dans le jardin.

— 11 le faut. J'irai, murmura Gabrielle.

— Tu n'iras pas, te dis-je ; tu ne sortiras pas de cette chambre, quand je devrais, pour t'en empêcher, t'y enfermer et mettre un factionnaire à ta porte.

— Tu ne feras pas cela, mon frère, car ce serait me condamner à mort, dit la jeune fille en se rapprochant de la fenêtre.

Effrayé de la résolution qu'il lut dans ses yeux, le commandant se jeta au-devant d'elle, et il allait la saisir dans ses bras quand la porte s'ouvrit brusque-

menU

— Eh 1 bien 1 eh I bien 1 s'écria la voix joyeuse de jyjme Desrosiers, qui entra avec son impétuosité accoutumée ; à quel divertissement vous livrez- vous donc là? On dirait que vous jouez aux barres ! Je sais bien que nos élégantes y jouent le jeudi et le dimanche, sur la pelouse du Ranelagh. C'est même très à la mode. Mais, dans les combles du pavillon de Flore I voilà du nouveau, ou je ne m'y connais pas.

— Pardon, madame, dit sèchement l'officier, j'ai à entretenir Gabrielle d'affaires sérieuses, et...

— Bon! dites tout de suite que vous me mettez à la porte. C'est bien, commandant, je m'en vais. Au^surplus, je n'avais pas grand'chose à dire à votre sœur. Je venais causer avec elle dç la grande nouvelle, mais vous

la connaissez mieux que moi, puisque ce sont vos gendarmes qui ont fait ce superbe coup.

— Je ne sais rien, madame, et je vous prie...

— Comment! vous ne savez pas qu'ils ont livré une grande bataille aux chouans, une bataille sang'ante?

— Que s'est-il donc passé, madame? dit Gabrielle SL'iTicuse.

•—Oh! bien, puisque vous n'êtes. pas au courant, s écria la bonne dame, il faut que je vous y mette. Sachez donc qu'avant-hier soir la police, aidée d'un fort détachement de gendarmerie d'élite, a cerné la maison habitée par Georges Gadoudal à Chaillot.

— Et on l'a pris? demanda le commandant, qui s'intéressait malgré lui à ce récit.

— Non, malheureusement. Il avait déguerpi, le brigand, et la maison était vide ; mais, dans un champ voisin, on a trouvé deux chouans, et des plus importants de la bande.

— Ont-ils fait résistance?

— Une résistance acharnée. Mais vous n'avez donc pas lu les journaux, ce matin. On ne parle que de cela dans Paris. Figurez-vous que le» deux coquins étaient grimpés sur un tas de bois et qu'ils refusaient de se rendre. On avait ordre, à ce qu'il parait, de les prendre vivants, et il a fallu monter à l'assaut de leur forteresse. Alors, ils ont jeté des planches sur la tète des gendarmes, et ils en ont assommé un... le nommé Barbot, caporal.

— Les misérables I dit Tofficier en serrant les poings.

— Finalement, reprit la Desrosiers, ils se sont réfugiés dans l'intérieur de ce retranchement et, au moment où les gendarmes tombaient sur eux, il ont fait écrouler le tas de bois, et il y a encore eu des tués et des blessés.

— Mais eux? sont- ils morts?

— Non pas. Us ont été fort contusionnés, mais on les a pris, comme on le voulait, tout en vie, et ils seront jugés et guillotinés, comme ils le méritent.

— Sait-on leurs noms ? demanda en tremblant Ga brielle.

— Oui, oui. Il y a un certain Burban,dit Malabry,qui n'est qu'un scélérat obscur ; mais l'autre capture est fort importante. On a tnis la main sur le premier lieutenant de Georges... un homme superbe... le fameux Goster de Saint-Victor.

Gabrielle jeta un cri déchirant et tomba évanouie sur le parquet.

If-

Six jours après cette fatale matinée où la pauvre Gabrielle avait appris si brusquement l'arrestation de l'homme qu'elle adorait, l'odieux Gaillotte, l'espion qui avait mis la main sur Saint- Victor, debout, dans le

' cabinet de Fouché, recevait humblement les instructions de son maître.

En dépit de l'air de bassesse dont il la voilait, une joie féroce perçait sur sa plate figure, et il semblait qu'il fût mieux d'aplomb sur ses jambes grêles, quoique la partie supérieure de son corps se courbât jusqu'à décrire un arc de cercle. Ses yeux gris brillaient d'un éclat inac-

' coutume et on y lisait l'espoir et l'audace. Bref, le Gaillotte de ce jour-là ne ressemblait pas du tout au

' Gaillotte d'autrefois. Un chat qui tient une souris sous sa grifl'e n'a plus la physionomie pateline et l'attitude rampante qu'il prenait pour guetter la pauvre bête.

Quant à Fouché, il était rayonnant. La faveur lui revenait depuis que le général Bonaparte l'avait appelé au conseil secret tenu aux Tuileries dans la nuit du 14

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au 15 février, à la suite des premières révélations ô& Bouvet de Lozier. A ce conseil assistaient avec lui le» deux consuls Gambacérès et Lebrun, et les ministres; mais il en avait eu les honneurs, car il était le seul qui eût toujours soutenu que Georges était à Paris, et, sur ce point, le doute n'était plus permis. Il écrasait maintenant de sa supériorité policière rhonnète conseiller Real et le grand juge Régnier, aussi naïf que bien intentionné, qui n'avaient cru ni Tun ni Tautre à Timportance du complot. Le premier consul étaij forcé de rendre hommage à la perspicacité de Fouché, qu'il n'aimait guère, et ce Jacobin assoupli se voyait en passe de ressaisir le ministère pour lequel la nature semblait l'avoir tout spécialement créé.

Dès cet instant, au lieu de travailler dans l'ombre, il s'était mis en campagne ouvertement, et, en trois semaines, il avait fait plus de besogne que ses prédécesseurs en six mois. C'était lui qui avait conseillé à Bonaparte d'envoyer Savary à Biville avec cinquante' gendarmes d'élite pour tâcher de saisir le prince français dont Bouvet de Lozier avait annoncé le prochain débarquement. G'était lui qui l'avait décidé à faire arrêter hardiment le général Moreau, malgré sa gloire et la popularité dont il jouissait encore parmi ses anciens compagnons d'armes de l'armée du Rhin. G'était lui qui avait acheté à un misérable, nommé Leblanc, le secret de l'asile où se cachait Pichegru, et fait saisir dans son lit par une escouade d'agents le conquérant de la Hollande. G'était lui encore qui poussait le premier consul à commettre un crime en violant la frontière pour s'emparer de la personne de quelque Bourbon et le faire impitoyablement fusiller. Enfin, c'était lui qui tendait les pièges où venaient successivement se prendre leg chouans, et qui organisait les expéditions dirigées conïrô certains d'entre eux,

Par la rose ou par la force, il était venu à bout de presque tous. Les deux frères Polignac, le marquis de Fi ivière, avaient été arrêtés des premiers et bien d'autres fiorès eux. Malabry et Saint-Victor venaient de Tètre. Chaque jour était marqué par une capture nouvelle. Les conspirateurs traqués comme des bêtes fauves tombaient les uns après les autres dans les mains ou sous les balles des chasseurs. La veille encore, les gendarmes en avaient tué un d'un coup de carabine, en plein Paris, psndant qu'il traversait la Seine à la nage.

La fermeture des barrières et les lois sur les receleurs ne laissaient à ceux qui rôdaient encore par la ville aucune chance d'échapper aux agents de Fouché, inventeur et promoteur de ces mesures dictatoriales et de ces décrets terribles. Mais Georges Cadoudal n'était pas encore pris, et le Gouvernement, faute de tenir Georges Cadoudal, ne pouvait ni prouver la culpabilité de Moreau et de Pichegru, ni commencer leur procès qu'il voulait confondre avec celui des chouans.

Fouché sentait mieux que personne qu'on n'aurait rien tant qu'on n'aurait pas Georges, et il lui fallait Georges à tout prix. Il ne dormait plus. Il arpentait jour et nuit son cabinet, comparant des rapports, combinant des traquenards et maudissant ses espions qui ne savaient rien voir et ne suivaient que de fausses pistes. Caillotte seul lui inspirait encore quelque confiance, parce qu'il avait donné de nombreuses preuves de son savoir-faire, et il le recevait à toute heure pour entendre les renseignements qu'il apportait, et lui donner ses instructions.

Ce jour-là, qui était octidi, 18 ventôse, en bon français, le vendredi 9 mars, vers quatre heures du soir, l'ex et futur ministre de la police donnait, pour la seconde fois depuis le matin, audience à CaiiloUc, qui

prétendait toucher au but, et selon sa méthode habituelle, il lui faisait subir une sorte d'examen, en le pressant de questions qu*il enchevêtrait avec des instructions et des ordres. Caillotte recevait sans broncher, en homme sûr de son fait, ce déluge d'encouragements, de recommandations et de reproches.

— Résumons- nous, lui dit tout à coup Fouché. Où supposes-tu qu'est allé Georges en quittant la maison du quai de Ghaillot?

— Chez un de ses chouans. Monseigneur, puis le lendemain chez un autre, le surlendemain chez un autre encore et ainsi de suite.

— Alors, tu prétends qu'il n'a plus de domicile fixe?

— Je réponds que non. S'il en avait un, nous l'aurions trouvé. Je suis sûr qu'il n'a pas couché deux fois de suite dans la même maison.

— Georges est parti de Ghaillot le 1*' mars, c'est aujourd'hui le 9; il faudrait donc qu'il eût trouvé huit domiciles différents; c'est impossible. Il ne reste pas dans Paris huit chouans en liberté.

— Non, mais il a des amis, des affiliés, trop timides pour conspirer avec lui, trop timides aussi pour lui refuser l'hospitalité d'une nuit. Ainsi, nous sommes à peu près sûrs qu'il en a passé une chez le parfumeur Caron, rue du Bac.

— Bon! mais pour aller d'une maison à une autre, il doit circuler dans les rues. Tes mesures sont mal prises ou tes agents sont des ânes, puisqu'on ne l'a pas encoro happé au passage.

— Monseigneur, je suis à peu près sûr maintenant qu'il ne sort qu'en voiture.

— Ohl oh! voilà du nouveau. Qui te fait croire cela?

— Un renseignement (Jue j'ai reçu d'un conducteur de coucou, celui qui nous signala dans le temps l'embuscade

des chouans sur la route de la Malmaîson. Cet homme, qui faisait le sans-culotte sous Robespierre, ne demande qu'à nous servir pour de l'argent, et il est venu me dire hier qu'il avait bu dans un cabaret de la rue Planche- Mibray avec un cocher de cabriolet qui lui avait fait l'effet d'un cocher de contrebande. Il Ta observé, et il l'a vu prendre dans sa voiture, au milieu de la rue, un homme dont le signalement se rapporte assez bien à celui de Georges.

— Et il n'a pas couru après? Il n'a pas crié pour les faire arrêter?

— Oh! Monseigneur, il n'opère pas lui-même. Il est trop lâche. Mais il a retenu le numéro du cabriolet et il me l'a donné. C'est le numéro 53. J'ai envoyé aux renseignements à l'administration. La voiture a été achetée récemment par un jeune homme qui avait l'air d'arriver de province, qui l'a payée comptant et qui a donné une fausse adresse.

— Nous y sommes, morbleu! Il faut qu'aujourd'hui même ce cabriolet soit retrouvé.

— Monseigneur, il le sera ; mais s'il n'y a dedans que le conducteur, il vaudrait mieux, à mon humble avis, au lieu de l'arrêter, le suivre pour voir où il va et ne le prendre que lorsqu'il aura son chargement complet.

— Tu as raison. Donne tes ordres en conséquence.

— C'est fait, Monseigneur, et maintenant je suis à peu près sûr de pincer Georges d'ici deux ou trois jours.

— Dans le cabriolet?

— Peut-être; mais plus sûrement dans Tune des deux souricières que nous lui tendons, rue de la Montagne- Sainte-Geneviève et rue des Prouvaires. Quand il aura usé toutes ses autres cachettes, il faudra bien qu'il vienne ù celles-là, et il y trouvera à qui parler.

— Rue des Prouvaires, chez Sourdat, n'est-ce pas?

— Oui, Monseigneur. J'ai toujours pensé que le compère jouait un double jeu. A présent, j'en suis sûr. Monseigneur se rappelle que j'ai surpris la sœur du commandant Robert en conciliabule avec la brigandc qui est la pensionnaire de Sourdat, et que la brigandc lui a donné l'adresse de Saint- Victor.

— Gela prouve que cette femme n'a jamais cessé d'être en relations avec les chouans, ce qui n'a rien de surprenant. Cela ne prouve pas absolument que Sourdat soit leur complice. Elle a pu agir à son insu.

— J'espère, Monseigneur, vous démontrer bientôt le contraire, dit Gaillotte avec un mauvais sourire.

— Au surplus, reprit Fouché, je m'occuperai de Sourdat et de sa àrigande dès que nous tiendrons Georges. Ton autre souricière est au domicile de Saint-Victor, je suppose?

— Oui, Monseigneur, et celle-là, je me réserve de la surveiller moi-même, car je crois que c'est la bonne, et; d'ailleurs, je ne pourrais pas me montrer rue des Prouvaires. Sourdat me connaît trop. J'y ai détaché quatre de nos hommes dont il n'a jamais vu la figure.

— Très-bien. Tu te rends de ce pas rue de la Montagne-Sainte-Geneviève ?

— Oui, et si Monseigneur n'y voit pas d'inconvénients, je compte y procéder d'abord à l'enlèvement de ce chouan, qui était l'ami de Saint-Victor et qui vient encore tous les jours tenir le bureau de loterie. Depuis huit jours,on ne l'a pas perdu de vue un seul instant et on le suit régulièrement, de la rue du Puits-de-l'Ermite où il loge, à ce bureau, et réciproquement, car il est d'une régularité exemplaire. Il ignore évidemment ce qu'est devenu Saint- Victor et il l'attend toujours, fidèle à sa consigne. Je l'ai laissé en liberté jusqu'à présent,

parce que je pensais qu'il nous servirait à attirer les autres, mais, si Georges se présente rue de la Montagne- Sain te- Geneviève, comme je l'espère, le faux receveur pourrait nous gêner, et je crois qu'il est temps de l'empoigner. J'installerai à sa place un de mes hommes.

— Boni mais pas de bruit ni de scandale. Il ne faut pas effaroucher le gibier quand on veut que l'afi'ût réussisse.

— Soyez tranquille. Monseigneur, le chouan sera escamoté comme une muscade.

— Va, je te donne carte blanche, dit Fouché. A propos, ajouta-t-il, as-tu des nouvelles de l'aubergiste du Chant du coq ?

— Non, Monseigneur, dit assez piteusement Gaillotte, je ne puis, à mon grand regret, vous renseigner sur ce cabaretier, ou soi-disant tel. Depuis l'affaire de Rueil, lui et son chien, ils sont devenus invisibles, et je serais tenté de croire que l'homme et la bête ont quitté Paris, car ils sont signalés à tous nos agents et personne ne les a jamais aperçus.

— Il y a apparence en effet que ce paysan sera retourné en Normandie ou en Bretagne, murmura Fouché. Au surplus, il n'a jamais joué dans la conspiration qu'un rôle subalterne et, si on ne le trouve pas, on se passera de lui.

— nie faudra bien, soupira l'agent qui ne renonçait jamais à une caplure qu'avec un déchirement de cœur. Cependant je ne désespère pas encore tout à fait de le prendre et j'y ferai tous mes eff'orts, car je pense qu'il nous serait fort utile pour convaincre de traîtrise le camarade Sourdat. J'ai mon idée là-dessus, et si„ comme je le crois, ce chouan campagnard est le mari delà brigands^ il nous servira pour...

— Tu m'exposeras tes plans une autre fois, interrom-

pît Fouché. Aujourd'hui, je n'ai pas de temps à perdre, ni toi non plus.

— Monseigneur à raison, dit Caillotte en se courbant jusqu'à terre; je pars pour mon expédition de la rue de la Montagne-Sainte- Geneviève, mais oserai-je demander à Monseigneur si Saint-Yictor n'a pas fait de révélations, depuis qu'il est arrêté ?

— Lui! ah! bien, oui! Real a essayé de le questionner; il lui a ri au nez pour toute réponse. Il paraît que c'est un caractère que ce beau mirliflor. L'autre non plus n'a rien dit, cette espèce d'ours mal léché qui a assommé trois ou quatre gendarmes. J'irai les interroger moi-même un de ces jours, mais je n'espère pas en tirer grand'chose.

— Pour Saint- Victor, il y aurait peut-être un moyen de lui délier la langue. Monseigneur sait que la sœur du commandant Robert est folle de ce joli chouan. En faisant accroire à cette jeune personne qu'on lui accorderait la grâce de son amant si elle obtenait de lui des aveux...

— Hé! hé! il y a peut-être là un essai à tenter, dit Fouché en passant sa langue sur ses lèvres comme un tigre qui s'apprête à dévorer une proie. D'autant mieux, ajouta-t-il en a parte, que ce traineur dfe sabre de Robert a été assez insolent avec moi l'autre jour, et que je ne verrais aucun inconvénient à compromettre un peu mademoiselle sa sœur.

— D'ailleurs, appuya Caillette, le commandant s'est conduit d'une façon bien étrange dans cette affaire. Je suis sûr que Saint- Victor s'était réfugié chez lui et qu'il l'a aidé à s'évader.

— C'est bon. Ces gens-là auront leur tour. Laisse-moi à mes affaires et va-t en aux tiennes.

Ce congé sans cérémonie termina l'entretien. Caillotte sortit à reculons et se glissa discrètement vers l'escaHer

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dérobé par où il s'introduisait chez son maître, car il avait, depuis quelques mois, ses petites entrées à Thôtel du quai Voltaire, et il n'était plus obligé, quand il venait voir Fouché, de faire antichambre, ni de passer par le bureau où travaillait Liardot.

Sur le quai l'attendait un camarade, un homme beaucoup moins bien vêtu que lui et de mine moins engageante. Caillotte se piquait sinon d'élégance, du moins de correction dans sa tenue et surtout d'une propreté méticuleuse, sauf, bien entendu, quand les nécessités de son honorable profession l'obligeaient à se déguiser en mendiant ou en chiffonnier.

Ce jour-là, il était mis comme un petit bourgeois de Paris, un honnête boutiquier en promenade ; souliers à boucles, bas chinés, culotte attachée au-dessous du genou par des cordons flottants, long carrick noisette à trois collets et chapeau à deux cornes tombant jusque sur les épaules. Quant à sa figure, comme elle manquait de traits saillants et n'exprimait d'ordinaire aucun sentiment, il pouvait la changer à volonté, et il ne manquait jamais de prendre celle qui se trouvait à l'unisson de son costume du jour. Il était d'ailleurs impossible, quand on le voyait passer dans la rue, de lui assigner un âge quelconque, ou plutôt il avait toujours Tâge qu'il voulait avoir. En sortant de chez Fouché, le soir de 18 ventôse, il paraissait flotter entre quarante et cinquante ans.

Le camarade qu'il aborda était assis sans façon sur une borne et tenait entre ses jambes une grosse canne tordue qui avait dû servir, sous le Directoire, à rosser des muscadins. Celui-là aurait pu difficilement être pris pour un particulier exerçant un métier honnête, et Caillotte lui reprochait toujours d'être débraillé dans ses allures comme dans ses vêtements; mais il était fort bien doué pour l'espionnage, rusé, patient et hardi

comme pas un, et Gaillotte se Tadjoignait volontiers dans les expéditions difficiles. Il commença, cette fois, comme d'habitude, par le rabrouer vertement.

— Tu auras donc toujours Tair d'un chenapan, lui dit-il en le toisant de la tête aux pieds. Je t'avais pourtant recommandé de te faire propre.

' — Mais je suis propre comme un sou, grommela le drôle. J'ai mis ma lévite neuve et mes bottes des décadis.

— Dis donc des dimanches, animal ; tu te feras chasser avec ton langage de sans-culotte.

— Ah 1 ça serait drôle si le patron me renvoyait pour ça, lui qui était l'ami du ciloyen Fouquier-Tinville. Il n'y a pas de danger; il. sait que je ne suis pas un beau parleur comme toi, mais que je connais mon afï'aire.

— Moi aussi, je le sais; et la preuve c'est que je t'ai demandé pour travailler avec moi dans l'affaire de Georges, mais ce n'est pas une raison pour compromettre l'hôtel du patron par le relâchement de tes manières. Un homme qui se respecte et qui respecte la maison ne s'assied pas sur une borne à côté de la porte cochère.

— Quand tu prêcherais jusqu'à demain, tu ne me referais pas. Je n'ai pas servi comme toi dans la police des ci-devant.

— Gela se voit de reste, dit tout bas Gaillotte.

— Filons, ça vaudra mieux que de bavarder sur des bêtises, reprit l'agent ; les amis doivent s'impatienter là-bas.

— Tu as raison. La demie de quatre heures vient de sonner. Il est temps de partir pour Sainte-Geneviève. Marche devant. Tu sais le chemin convenu, rue Mazarine, rue de l'Ancienne-Gomédie.

— N'aie pas peur. Je ne m'égarerai pas. Rendez vous général derrière Etienne-du-Mont.

— Sainl-Etienne-du-Mont, malheureux! cria Gaillotte, scandalisé de cette abréviation à F usage des révolutionnaires.

Le subalterne haussa les épaules et se mit en marche en faisant le moulinet avec son gourdin. Gaillotte suivit à distance, non sans déplorer le malheur des temps, qui le contraignait à se servir d'un rustre totalement étranger aux traditions de la police' de Fancien régime.

A tout prendre, cependant, il n'était pas fâché d'avoir pour auxiliaire en cette occasion un gaillard solide sur lequel il pouvait absolument compter pour un coup de main. Quelque chose lui disait que la soirée ne se passerait pas sans événement, et comme ses filets étaient fort habilement tendus, il tressaillait d'aise à la pensée que Georges allait peut-être venir s'y jeter.Pour ce cas-là, le bras vigoureux de Buffet, — l'agent au gourdin s'appelait Buffet ; l'histoire nous a transmis son nom comme * celui de Gaillotte, — ce bras robuste devait être d'un grand secours, car Georges n'était pas homme à se laisser arrêter sans résistance.

En dépit de ses instincts d'élégance, le raffiné Gaillotte était bien obligé de reconnaître que pour saisir au collet un conspirateur redoutable, des poignets d'Hercule valent mieux que de belles façons. Gependant, il aimait beaucoup mieux ne pas marcher dans la rue à côté de son confrère. Où diable l'amour-propre va-t-il se nicher?

Quoi qu'il en fût, les deux espions, se suivant à cinquante pas de distance, gagnèrent la montagne Sainte- Geneviève par le chemin le plus court. Ge chemin serait aujourd'hui impossible à retrouver pour un ressuscité du premier empire, car il reste à peine quelques tronçons des voies qui aboutissaient alors au Panthéon. Encore ont-elles,pour la plupart,changé de désignation. Le boulevard Saint- Michel a passé sur le ventre à la

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place et à la fontaine du même nom. La montée pittoresque et tortueuse, qui menait de la place au faubourg Saint-Jacques, a été débaptisée. Elle s'appelle maintenatit la rue Paillet. L'avocat de M""*" Lafarge a dépossédé Saint Hyacinthe. Les moindres ruelles de ce vieux quartier Latin ont été dédiées à des jurisconsultes, à des philosophes, à des architectes, à des astronomes. Gujas, M alebranche, Soufflot, Laplace se les partagent et, si les passants voulaient seulement lire les œuvres de tous les grands hommes dont le nom se détache en lettres blanches sur des plaques bleues dans ces parages classiques, ils acquerraient une érudition des plus Variées.

Ces dénominations instructives, mais incommodes, n^avaient point encore prévalu en 1804, et les deux acolytes débouchèrent Tun après l'autre sur la place du Panthéon par la rue Saint-Hyacinthe-SaintMichel.

Ils gagnèrent prestement Saint-Etienne-du-Mont, et,' laissant l'église à droite, ils arrivèrent au haut de la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, laquelle a eu la singulière fortune de conserver jusqu'à présent son nom et son aspect d'autrefois. La pente est toujours aussi roide^ les maisons n'ont pas encore été rebâties. Il n'y a guère de changé que le numérotage qui part maintenant de la place Maubert et qui, sous le Consulat, ne commençait qu'à la rue Saint- Victor, aujourd'hui éventrée par la rue Monge.

Le bureau de loterie établi au rez de<chaussée du numéro 32, se trouvait en ce temps-là tout à fait au haut de la montée, à gauche en descendant, et à trente pas tout au plus du portail latéral de Saint-Ëtienne-du- Mont.

Caillette rejoignit son camarade Buffet devant le vieux porche gothique. Quatre individus de mauvaise mine» assis sur les marches de l'église^ se levèrent ea les

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apercevant et s'approchèrent d'eux tout doucement. L espioa reconnut aussitôt les mouches apostées là par son ordre, et, avant de les interroger, il examina rapidement Jes alentours. Personne ne se montrait du côté de rKcolft de droit; vers le bas de l'escarpement, deux vieilles femmes causaient avec une fruitière assise dans 81 boutique. Les abords du bureau de loterie étaient compiétejnent déserts.

La nuit venait, mais il faisait encore jour, et, à pareille heure, au temps où nous vivons, les passants ne sont pas rares, même dans la rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. Mais le 18 ventôse an XII, les Parisiens ne s'attardaient pas volontiers hors de l^ur logis, car, on le sait, les murs étaient tapissés de décrets dont la lecture n'avait rien d'engageant.Dans tous les carrefours, on ne voyait qu'afiiches où il n'était question que de la peine de mort et des galères.

11 faut dire aussi que la ville était trois ou quatre fois moins peuplée qu'à présent. Le dernier recensement, opéré au commencement de 1802, n'avait compté dans tout le département de la Seine que 629, 763 habitants. L'opération préparée et dirigée par Gaiilotte allait donc, selon toute apparence, pouvoir s'exécuter sans témoins.

L'espion en chef entra dans une ruelle qui longeait la nef de l'église, et où on était encore mieux abrité contre les regards indiscrets. Ses subalternes l'y suivirent, y compris Buffet et son gourdin.

— Fais-moi ton rapport, dit Gaiilotte à l'agent qui commandait l'escouade.

— Rien de nouveau, dit cet homme. L'employé est arrivé à son bureau ce matin à neuf heures et il n'en a plus bougé. A midi, la fruitière lui a apporté des pommes et du fromage de Brie avec un pain de deux livres et une tasse de café au lait. En fait de pratiques, il n'est entré qu'une revendeuse de poisson qui a laissé sa mar-

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chandise à la porte, un clerc d'huissier, deux vieilles rentières, trois cuisinières et un musicien portant bous le bras sa boite à violon.

— Pas de figures suspectes?

— Pas une. Je connais mon monde, et je réponds que tous ces gens-là venaient pour savoir les numéros gagnants du dernier tirage ou pour miser sur le prochain.

. — Très-bien. Alors le chouan est bon à cueillir. Voici l'ordre et la marche. Écoutez-moi, vous autres, comme si j'étais le patron en propre personne. Vous allez vous ranger tous les quatre le long de la boutique. Buffet se tiendra en face et surveillera la rue par en bas et par en haut. J'entrerai seul d'abord pour causer un peu avec le particulier et bien le dévisager. Tant que vous n'entendrez rien, vous ne bougerez pas ; mais, quand je frapperai aux carreaux, vous sauterez tous ensemble dans la boutique et puis sur l'employé, Avez-vous de la ficelle dans vos poches?

— Tout ce qu'il faut. Les entraves, les menottes et le bâillon.

— Bon ! vous commencerez par le bâillonner pour qu'il ne crie pas de façon à attirer les voisins ; ensuite vous le lierez comme un saucisson et vous le coucherez proprement sur le plancher, sous son bureau. Je connais le pèlerin. Il est long comme une perche et sec comme une allumette. Toi, Goutaud, qui es bâti à peu près dans ce genre-là, tu lui prendras son habit et sa casquette et tu t'installeras à sa place devant son pupitre, en ayant soin de rabattre sur ton nez la visière de son couvre-chef. Nous te laisserons seul, avec lui ; mais nous nous tiendrons dehors à portée de t'aider si tu nous appelles. Tâche d'attraper les airs du gratte-papier. S'il vient des chouans, comme je l'espère, il faut qu'ils s'y trompent au premier abord, pour que noua

ayons le temps d'arriver et de les prendre comme dans une ratière. Est-ce compris?

— C'est compris, répondirent en chœur les quatre policiers.

Celui qui se nommait Coutaud se permit cependant une question.

— Et si le particulier nous reçoit à coups de pisto* lel ? demanda-t-il.

— Vous tâcherez d'éviter les balles ; mais vous ne riposterez pas. L'ordre est formel. On le veut vif et non pas mort. Et, maintenant, à vos places. Tournez-moi les talons. J'ai un mot à dire à Buffet.

Les agents s'acheminèrent sans répliquer vers le poste que le chef venait de leur assigner, et Caillotte resta seul avec son camarade qu'il ne dédaignait pas de consulter dans les grandes occasions.

— Qu'est-ce -que tu penses de mes petits arrangements, lui demanda-t-il.

— Ça n'est pas mal combiné.Mais je ne vois pas à quoi je vais te servir.

— Comment! je te donne le poste de confiance, le poste d'honneur?

— Ça veut dire celui où on sera le mieux placé pour recevoir les coups. Merci de la préférence.

— Mais non, animal. Je te charge de guetter l'arrivée des chouans qui pourraient venir iaire visite à leur ami, pendant que nous serons dans la boutique. Ainsi donc, ouvre l'œil. Si tu vois un cabriolet s'arrêter devant le numéro 32, ou dans les environs, laisse descendre ceux qui seront dedans et, quand ils seront à pied, prends ton sifflet et siffle deux coups pour m'avertir. La besogne n'est pas difficile, je pense.

— Possible, mais j'ai dans l'idée que Tafl^aire ne se passera pas tranquillement, et ça ne m'amuserait pas du tout d'avoir la tête cassée.

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