‹ La Jaquerie; la famille de CarvajalChapitre 43 sur 127 · F. .TE AN · texte numérisé non relu

F. .TE AN

Qu'il s'en avise! Il verra s'il me reste encore quelque vigueur.

F. IGNACE

Là-dessus, nous nous sommes tous récriés, et frère Goderan a bien montré dans cette occasion combien il est votre ami; car il a parlé très-vertement à monsieur l'abbé, et n'a pas peu contribué à lui faire chanoer de résolution.

F. JEAN

Oui? il est bien temps de se montrer mon ami. C'était au chapitre qu'il devait le prouver.

F. IGNACE

Quoi qu'il en soit, tout s'est arrangé par notre en- Iremise. Voici ce que nous avons arrêté. Nous avons promis que vous feriez maigre pendant un mois, que vous réciteriez matin et soir les sept psaumes de la pénitence...

F. JEAN

Le diable m'emporte si j'y consens jamais!...

F. IGNACE

Quant à cela, vous le savez bien, vous n'en ferez que ce que vous voudrez. L'abbé n'ira pas lui-même vous faire réciter vos prières.

F. JEAN

Comme cela, à la bonne heure, cependant il m'en coûte de paraître obéir à cet imbécille.

F. IGNACE

La seule chose à laquelle il tienne avec opiniâtreté, c'est que vous lui demandiez pardon à genoux au milieu du chœur, de votre indiscipline et de votre irréligion...

F. JEAN, avec fureur.

Moi!... à genoux!

F. IGNACE

Il l'exige et nous vous en supplions.

F. JEAN

Me mettre à genoux devant lui... moi, devant ce cafard?... J'aimerais mieux mettre le feu au couvent et m'aller faire le chapelain du Loup-garou!

F. IGNACE

Voyez-vous, mon cher ami, il est notre abbé, notre supérieur; il peut nous faire tout le mal qu'il lui plaira.

F. JEAN

Maudits soient les imbécilles qui l'ont nommé !

F. IGNACE

Hélas! ce qui est fait est fait. Il n'y faut plus songer. Maintenant il peut vous envoyer *^ dans un cul de basse-fosse pour le reste de votre vie. Voilà ce qu'il faut vous mettre devant les yeux.

F. JEAN

Oh ! si je pouvais un jour me venger !

F. IGNACE

Il ne manque pas ici de gens qui vous détestent, à cause de votre savoir, et qui pousseront l'abbé à user de rigueur à votre égard. Le parti le plus sage est selon moi...

F. JEAN

Je jetterai ce froc, vertu Dieu ! et je reprendrai la cuirasse.

F. IGNACE

On ne sort pas d'ici comme l'on veut, et sans

doute vous n'avez pas oublié le sort de ce pauvre Collet, qui avait voulu se défroquer aussi. Tenez, j'ai trouvé un biais pour vous ôter une partie des désagrémens de la cérémonie. A l'heure de la prière vous descendrez à l'église ; vous vous présenterez devant lui. Moi, je sonnerai* la sonnette, et naturellement vous vous mettrez à genoux; il sera bien obligé d'en faire autant, de sorte que si vous lui dites alors deux ou trois mots entre vos dents, l'atTaire sera finie, et votre honneur sauf, puisque vous pourrez dire que ce n'est point à cause de lui que vous vous êtes mis à genoux.

Belle invention !

F. IGNACE

La prison, le pain de pénitence, les chaînes, la discipline d'un côté; de l'autre cette invention qui excite vos mépris. Choisissez, je vous laisse, et je viendrai tantôt savoir votre résolution. Adieu.

F. JEAN

J'ai l'enfer dans le cœur, je ne sais encore ce que je ferai; mais cependant je vous remercie, Ignace.

(F. Ignace sort.) F. JEAN, seul.

11 faut ([ue je me venge ou que je meure. Je ne puis plus long-temps souffrir les insultes d'un extravagant. (On frappe à la porte. i

Qui vient encore m'importuner :'

LA JAn'.'ERlE 87

UN FRÈRE SEÎÎVANT, enlrant.

Mon père, quelques vilains tlu village d'Aprcmont sont ici et demandent à vous parler.

F. JEAN

Eh! que me veulent-ils? Faut-il être dérangé à chaque instant par des marauds qui demandent à se confesser?

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