‹ La JaquerieChapitre 10 sur 139 · XII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XII AVANT-PROPOS

Meaux. Elle s'étend sur une période de plusieurs semaines, du 24 mai 1358 à la fin de juin. On ne pouvait plus gaillardement se moquer des principes chers à Boileau, à Voltaire, à Ducis et à Viennet. Mais se délivrer ainsi de chaînes pesantes, quoique utiles, était-ce suffisant pour faire œuvre dramatique? Passe pour l'unité de temps et de lieu! Mais l'unité d'action? Peut-on concevoir une pièce de théâtre sans intrigue? l^a mode s'est accentuée, depuis 1828, de ce genre d'reuvres, et le public goûte ces « histoires ». Gela ne veut pas dire qu'elles soient bonnes. Et celle qu'écrivait Mérimée ne l'était pas.

Sous prétexte de peindre, à la manière de Shakespeare et de Goethe, « la vie dans toutes ses manifestations' », Mérimée ne s'inquiète pas de choisir un sujet propre à l'action dramatique. L'attention du lecteur se disperse trop souvent et, trop souvent, ne sait où l'auteur veut en vcnir^. Sous prétexte de faire une vaste synthèse d'une série d'épisodes historiques, Mérimée promène l'action de sa pièce à travers l'Ile-de-France et fait agir non pas un héros et des comparses, mais une série de personnages principaux. Que se propose-t-il précisément? De peindre les amours de l'écuyer Pierre, l'ambition de frère Jean, les excès de la noblesse, les malheurs des paysans? On hésite à répondre. Il s'intéresse à chacun de ces détails et à tous ces épisodes successivement. Le lecteur ne sait plus à quoi il doit s'attacher, et si c'est à la brutalité du Loup-Garou, à la hauteur d'Isabelle, au cynisme de

Page 1