‹ La JaquerieChapitre 11 sur 139 · Trahard, lac. cit., t. I, p · texte numérisé non relu

Trahard, lac. cit., t. I, p

2, Cette absence de sujet est peut-être le plus grave défaut de la Jaquerie. Il n'en était pas de mcme dans le Théâtre de Clara Gazid, ni dans telle pièce des Soirées de yeuilly, la Conspiration de Ma/et, par exemple.

AVANT-I'ROPOS. XIII

Siward et de Perducas, à la poltronnerie de Morand, — et nous en passons.

On pourrait atténuer (-e reproche si, à défaut d'une intrigue, de chacun de ces personnages l'auteur détaillait justement le caractère. Mais ni le Loup-Garou ni frère Jean ne sont un Goëtz von Berlichingen, ni la jeune Isabelle n'est une châtelaine vivante, ni Gilbert d'Aprenriont un grand féodal dont nous pénétrions profondément l'état d'esprit et dont la mentalité soit étudiée de façon précise : ce qu'il dit, d'autres que lui pourraient le répéter, — les sentiments qu'il éprouve, tout autre féodal pourrait les ressentir. Il y a loin de sa rudesse à celle d'un Don Gormas, comme il y loin de la froideur d'Isabelle à celle d'Armande. Loin de peindre des caractères à la fois très individuels et très généraux, Mérimée dessine, presque sans nuances, des types qui rappellent fâcheusement les pires héros, on pourrait dire : les pires abstractions du mélodrame tel que l'avaient conçu un Pixérécourt ou un d'Arlincourt. Ce ne sont pas des hommes qui agissent sous nos yeux, mais des symboles : Gilbert incarne la tyrannie de la noblesse comme frère Jean l'ambition du clergé pauvre, comme le précepteur ou maître Langoyrant la stupidité des clercs, d'un Thubal Holopherne ou d'un Janotus de Bragmardo, et les personnages les plus vivants, contrairement à ce que l'on constate dans la tragédie classique (mais était-ce là le but que se proposait l'auteur?), sont les comparses, paysans, brigands et routiers, dont Mérimée relève et note justement les paroles : on goûte l'humour de certaines réparties du capitaine Brown et son flegme, la sombre ardeur de Renaud, la peur de Morand; il y a là un réalisme discret fort heu-

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