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AVANT-I'ROI'OS. XI

la valeur historique? iV-t-il atteint le but qu'il visait : écrire un drame, et un drame historiquement vrai?

A la première de ces ([uestions, on répondra par la négative'. Certes, le duc Stritillo dut se réjouir de voir l'alexandrin, ce « cache sottises », céder le pas à la prose, plus vraie, plus naturelle que le vers classique. Certes, le salon de Delécluze, les salles de rédaction du Globe durent applaudir, comme pour le Théâtre de Clara Gazul, aux hardiesses de l'auteur, et se féliciter de voir rompre en visière aux règles que défendaient si mal les Arnault et les derniers tenants du classicisme.

Il est sûr que, pour conquérir le théâtre, Mérimée ne recule devant aucune audace. Foin des vieilles unités, inutiles entraves! Au lieu de construire une action forte, cohérente et concentrée autour d'un protagoniste, au lieu de peindre une crise, Mérimée porte tour à tour l'intérêt sur frère Jean ou sur Isabelle, sur le sire d' Apremont ou sur les paysans, sur les routiers comme Siward ou sur les bourgeois de Beauvais. I/intrigue, au sens dramatique du mot, est inexistante. L'unité de lieu, l'unité de temps ne sont pas davantage respectées : la pièce se déroule tour à tour dans le château et au village d'Apremont, en l'abbaye de Saint-Leufroy, dans les bois, au fond d'un ravin, sur les chemins, à Beauvais, près de

1. Que Mérimée ait voulu écrire un drame, la chose est sûre. Il n'a pas pris la précaution, comme Vitet (cf. J. Marsan, /oc. cit., p. 144 et siiiv.), de marquer qu'il n'avait que la prétention d'exposer des faits historiques sous une forme dramatique. Vitet, du moins, insistait (peut-être avec quelque regret) sur son intention de ne faire que de l'histoire.

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