‹ La JaquerieChapitre 103 sur 139 · I. jr:AN · texte numérisé non relu

I. jr:AN

Au fait, docteur.

LANGOIRANT.

Or çà, monsieur et messieurs, di se découvre, voulezvous savoir quelles sont ces trois choses? Au sentiment du philosophe Anaxagoras, c'était primo^ un bon roi; secundo, un terroir fertile; tertio, la paix, ideslj la bonne intelligence entre le roi et son peuple. Mais peut-être, monsieur et messieurs, (ii se découvre) que vous m'arrêterez ici, m'objectant que ce savant philosophe susdit, Anaxagoras, n'était qu'un païen mécréant, en ce qu'il adorait les faux dieux, et qu'il était entièrement, et comme disent les latins nos maîtres, toto cœlo, totâ ç>id aberrans en matière de religion, ignare des commandemens de notre sainte mère l'Eglise, et de la doctrine sacrée de notre maître et sauveur Jésus-Christ, (ii se découvre et se signe; le

p. Jean el tous les assislans l'imitent. i Or çà, mousieur et mCS-

sieurs, (même geste jusqu'à la fin) qucllc répousc ferai-jc, croyez-vous, à votre objection? — Concluante. Et j'argumente ainsi. Hem! hem! hen) ! — Oui, sans doute, monsieur el messieurs, Anaxagoras était un païen mécréant, et comme tel est damné comme un sarment^'. Mais ce néanmoins, monsieur et mes-

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sieurs, sa réponse au roi Denis, par une permission toute divine, était sage, imo conforme aux saintes Ecritures; et je le prouve. — QuomodoP — Sic, Quelles choses sont utiles au bien public? Primo , un bon roi. Or, que dit l'Ecriture? « Dominator ho- « minum, justus dominator in timoré Dei, sicut lux « aurorœ^ oriente sole, manè absque nubibus, rutilât, « et sicut pluviis germinat herba de terra... »

LE LOUP-GAROU

C'est trop fort !

SIMON

Je crois qu'il nous charme avec des paroles magiques.

SIW^ARD.

S'il continue, je m'endors tout à fait.

F. JEAN

L'ennuyeux orateur! Au fait! au fait!

LANGOIRANT continue au milieu d'un tumulte toujours croissant.

Secundo, disait Anaxagoras, un terroir fertile. Pour prouver cela, je ne suis guère embarrassé. Dieu ne dit-il pas à Abraham : « Je bénirai ta lignée et je « lui donnerai la terre de Chanaan. » Or, quid la terre de Chanaan ? sinon un terroir fertile : « Quœ « reverà fuit lacté et melle, ut ex his fructibus... »

A bas le docteur!

LE LOUP-GAROU

Il nous ensorcelle; je vais l'assommer.

THOMAS

Mettons-le en pièces*, s'il ne se tait.

F. .JtAN.

Parleur impitoyable, ne sauriez-vous nous dire en peu de mots ce que vous avez à nous proposer?

LANGOIRANT.

Tout beau, monsieur et messieurs, je n'en suis encore qu'à mon exorde.

F. JEAN

Eh bien! ton exorde et toi, vous pouvez aller à tous les diables ! (à Beiiisie.) — Et vous, ne sauriez-vous parler clairement et nous expliquer en deux mots ce que celui-ci ne pourrait dire en vingt mille?

LANGOIRANT, à Bellisle.

Partons.

BELLISLE à F. Jean.

Très-volontiers ; mais d'abord permettez-moi de vous demander, de la part de monseigneur le duc de Normandie, pourquoi vous avez pris les armes?

F. JEAN

Ne le sait-il pas? Pourquoi le lion attaque-t-il l'homme, n'est-ce pas parce que l'homme lui fait la guerre? Les vilains de France se sont armés contre les seigneurs par ce que les seigneurs* les traitaient en ennemis.

LANGOIRANT.

Laissez-moi lui répondre; j'ai de quoi le mettre à (juia .

BELLISLE

Non, maître Yvain, ne dites mot. — Mon père, votre réponse est juste; mais pourquoi n'avez- vous pas eu assez de confiance dans la royale bonté de monseigneur le duc pour lui adresser vos doléances. Il s'est affligé de ne les point connaître, car il ne désire autre chose que de contenter petits et grands. En France, vous le savez, le roi est le roi du peuple.

F. JEAN

Sire chevalier, voyez-vous cette épée, elle nous a fait rendre justice; elle a mieux plaidé notre cause qu'une plume d'oie. C'est par elle que nous voulons délivrer tous les serfs de France.

PAYSANS

Oui! oui! nous les délivrerons tous!

BARTHELEMY

Et nous voulons que tous les Français soient nobles.

LE LOUP-GAROU

Excepté les nobles. Chacun son tour.

BÉLLISLE.

Par la messe! mon révérend père, vous avez là une belle épée de Bordeaux, et vous semblez savoir vous en servir aussi bien que d'une crosse d'abbé. Mais, ne vous en déplaise, ne pourrait-on entrer en accommodement, ne pourrait-on alTranchir tous les serfs du royaume sans qu'il fût besoin que la moitié* de la France égorgeât l'autre moitié?

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SIMON

En voici un raisonnable à la fin I

THOMAS

On renlciul du moins.

RENAUD

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