‹ La JaquerieChapitre 12 sur 139 · XIV AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XIV AVANT-PROPOS

reux; mais ce ne sont que personnages de second plan dont l'étal d'âme offre moins d'intérêt que celui des protagonistes, et dont la vérité fait regretter encore plus que les principaux acteurs du drame ne soient pas plus vivants. Le souci de peindre des personnages historiquement vrais, de leur prêter le langage du temps, le soin de la couleur locale ont empêclié Mérimée de tracer des caractères étudiés.

Il n'y a danj la Jaquerie ni action, ni caractères. On y cherche en vain une intrigue et une âme, à défaut d'une Chimène ou d'un Rodrigue, une Périchole, un vice-roi. Où donc est la valeur dramatique des Scènes féodales? On ne peut plus la chercher que dans le décor et la couleur locale. On se plaît, sans doute, quoique cela soit assez désuet, à évoquer la ravine où, dans la pourpre du crépuscule, le Loup-Garou tient conseil tandis que la nuit tombe et que murmure la brise, les salles voûtées du château d'Apremont, les tentures qui en décorent les murs, les peaux de bêtes qui jonchent le sol, les fenêtres à meneaux par où Isabelle surveille en vain l'arrivée des gendarmes d'Enguerrand de Roussies, les courtines et les créneaux du chemin de ronde, ou la nudité de la salle capitulaire en l'abbaye vénérée de Saint-Leufroy; on imagine volontiers le camp des Jacques, les tentes, les feux de bivouac, le tohu-bohu d'une armée en désordre. Un mot éveille en notre esprit une silhouette, une scène : un tournoi, une passe d'armes, la pénitence d'un moine, un marché de village, et de tels termes ne sont pas rares dans la Jaquerie : mots sonores, termes techniques empruntés surtout au langage militaire, jurons énergiques, appels aux saints. Mais suflit-il de jurer par saint Alipan-

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