DONA AGUSTINA, DONA CATALINA
DONA CATALINA
Ils pe peuvent tarder. Un cheval a henni sur la montagne : il vient avec ses amis les Indiens.
DONA AGUSTINA.
Mon cœur bat avec violence!... Je ne sais ce que je fais depuis deux heures... Je voudrais emporter quelques hardes... et je ne puis me déterminer à faire un choix parmi mes robes... Ma pauvre tête est si troublée, je suis tout éblouie... et je ne vois plus rien.
J'emporte cette relique seulement, et ces perles pour la femme du cacique.
DONA AGUSTINA.
Comment, tes belles perles de Cumana, pour une femme à peau rouge! Y penses-tu, ma fille? (On entend
un cri.) JésUS !
DONA CATALINA
Les voici! Elevons cette lumière, c'est le signal
convenu. (On entend quelques coups d'arquebuse.)
DONA AGUSTINA.
Nous sommes perdues! C'est fait de nous! Ils vont
nous tuer, ces démons rouf^esî... Ma fille, ne reste pas à la fenêtre, une balle peut aller jus({ue-là. Cachons-nous sous le lit.
DONA CATALINA, à la fenêtre.
Que devient-il? au milieu des cris et du tumulte, je ne sais qui l'emporte... (^ue je voudrais être dans ce jardin, à ses côtés... pour le soutenir, pour l'emporter* dans mes bras s'il était blessé! Certainement... cette fenêtre n'est pas trop haute, je puis...
(Elle met le pied sur la fenêtre.) DONA AGUSTINA, courant à elle et la retenant.
Malheureuse! que vas-tu faire? Tu vas te tuer!
DONA CATALINA
Laissez-moi !
Non, non, tu ne sauteras pas par la fenêtre, ou bien tu m'entraîneras avec toi. Au secours! au se-
cours
DONA CATALINA
Ils se retirent. — Ce coup d'arquebuse a été tiré sur la montagne. — S'ils ont pu arriver jusqu'à leurs
chevaux, ils seront sauvés. lEUe s'assied et croise les bras d'un
air résigné.) Dicu le vcut! Quc deviendrai-je? J'ai fait ce qui dépendait de moi... Je n'ai pas de reproches à
me faire. — J'attends le malheur avec courage.
DONA AGUSTINA.
Ils ne tirent plus. Dieu soit loué! Mais combien y a-t-il de morts? Cela lait frémir.
DONA CATALINA, allant vers la fenêtre.
Je pense qu'ils se sont sauvés. Chut! n'entendezvous pas comme un galop éloigné?
DONA AGUSTINA.
Oui, j'entends le bruit que font des chevaux dans les herbes sèches*. Mais cela s'éloigne à chaque instant.
Ils sont sauves . (Entre don José, une arquebuse à la main.)
Debout à cette heure ? et vous, madame, que faitesvous ici.^
DONA AGUSTINA.
Mon ami... Monsieur... j'ai eu tellement peur... que...
DON JOSÉ
Des voleurs sont venus. Mais tout est fini, grâce à Dieu, ils ne reviendront plus. Nous les avons tous tués. — Catalina, tu me regardes avec tes grands yeux furibonds. Connaîtrais-tu ces voleurs? Tu ne réponds pas? Veux-tu les voir morts? Je vais te montrer leurs cadavres. H y a parmi eux un bien beau garçon.
DONA CATALINA, faisant un pas vers la porte.
Allons.
DON JOSÉ, (le même.
Oui, allons. — (Sarrèiani.i Ce n'est point un spec-
tacle fait pour une femme. Cela te causerait une trop forte émotion. Qu'as-tu à sourire?
DON A CATALINA, baisant sa relique.
Dieu soit loué. Il est sauvé!
DOiN JOSÉ, à part.
Elle a deviné juste, ce démon femelle. Il m'est échappé, mais demain Mugnoz me répond de lui. (Haut.) Catalina, tu ne peux rester dans cette chambre. Tu n'y coucheras pas cette nuit; on y est tiop exposé.
DONA CATALINA
C'est la plus tranquille de la maison... (bas) et il y a des verroux à l'intérieur.
DON JOSÉ
Des verroux! il faudra sans doute en mettre à la chambre. — En attendant que l'on t'en prépare une autre, tu coucheras dans celle de dona Agustina.
DONA CATALINA
Je vous remercie. — Bonsoir. — Venez, ma mère.
(Elle sort avec dona Agustina.) DON JOSÉ.
Elle sait tout! — Elle m'a deviné!... Elle me brave... Elle sera à moi, ou je mourrai! (iis sortent.)