‹ La JaquerieChapitre 18 sur 139 · XX AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XX AVANT-PROPOS

Tels sont les éléments sur lesquels a brodé Mérimée. Il s'est dégagé de la réalité historique : le but qu'il se proposait l'y autorisait. Il n'a pas cherché à suivre dans leur détail chronologique les faits que nous venons de résumer. La révolte qu'il met en scène, est-ce l'effroi de Saint-Leu dont parlent les chroniqueurs? On ne sait, on en doute, et justement. C'est sur un épisode imaginé que s'ouvre le drame, et non sur un fait historique précis, épisode dans lequel l'écrivain a prétendu synthétiser tous les « effrois ». Le procédé, sans doute, est excusable; il n'en décèle pas moins une méthode historique assez désinvolte. Sans doute encore Mérimée a-t-il pris la précaution, avant de peindre la révolte, d'analyser en quelques scènes la sourde agitation des paysans, d'indiquer les raisons qu'ils avaient de se révolter. On ne peut cependant s'empêcher de noter qu'il passe bien vite et sans y insister sur la question, pourtant si importante, des origines de la Jacquerie. S'il a voulu faire œuvre d'historien, pourquoi négliger d'étudier plus en détail les causes du soulèvement? Le problème était délicat; il valait d'être soulevé. Surtout Mérimée prend avec la réalité d'étranges libertés. Passe encore qu'il situe la révolte en un endroit assez vague et qui pourrait être comparé, toutes réserves faites, au palais à volonté de la tragédie classique : oii est la Source? où Bernilly? où Genêts? Autant de noms que nous avons cherchés en vain dans le Dictiormaire de Joanne ou dans le Répertoire d'Ulysse Chevalier. Est-ce là cette vérité historique dont les Romantiques faisaient un de leurs actes de foi? Passons condamnation sur ce début assez peu conforme à la doctrine nouvelle, encore que l'on puisse, dès lors, suspecter

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