AVANT-PROPOS. III
des mœurs et de l'hisloire dont avaient fait preuve les Calderon et les Moratin et les propose en exemple aux Français, — s'il soutient des théories qu'il va tenter de mettre en œuvre, son 'iln-dirc de Clara Gazid, malgré d'éclatantes qualités, ne répond pas aux désirs de l'école : il reste une « œuvre de cénacle' », sans portée, sans influence décisive, surtout sans envergure.
Mais les idées nouvelles cheminent doucement, s'infiltrent peu à peu; les modes, les goûts que défendent les Romantiques s'affirment chaque jour. On donne avec passion dans l'exotisme et dans l'étude du passé. La connaissance des littératures étrangères et du moyen âge s'est, depuis M"'^ de Staël et Chateaubriand, précisée. On avait sifflé Shakespeare en 1822, — au grand scandale de Beyle ; — l'heure est proche où Vigny pourra faire accepter aux Français sa traduction du More de Venise. En attendant de nouvelles représentations des drames shakespeariens soulèvent l'enthousiasme : « Ah ! Ah ! la voilà enfin la tragédie », s'écrie Nodier ^ : le cénacle de l'Arsenal se trouve, pour un soir, d'accord avec le salon de Delécluze. La vogue des romans de W. Scott s'accentue. Qu'importent les demi-succès dont on a dû jusque-là se contenter si, lentement mais sûrement, les idées nouvelles gagnent la jeunesse et les esprits cultivés? L'heure vient où l'on pourra tenter un nouvel effort, risquer la bataille décisive. La Revue française peut écrire en 1828 que la tragédie « doit être historique » et n'obéir qu'à deux principes : liberté, réalité^. Hugo, joignant l'exemple à