‹ La JaquerieChapitre 20 sur 139 · XXII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XXII AVANT-PROPOS

Où donc est l'intérêt de la Jaqucrie^ si on ne le trouve ni dans le drame, ni dans la stricte exactitude des faits? Il est, croyons-nous, dans l'évocation colorée du passé. Il ne faut pas demander aux Scènes féodales la vérité d'une œuvre d'érudition, mais une vérité plus large. Si Mérimée n'a pas construit le drame qu'il rêvait, du moins a-t-il su dessiner une série de planches dont auraient pu s'inspirer un Tony Johannot ou un Louis Boulenger. Ce n'est pas le moindre mérite de ces dessins que d'être vrais. En un temps où sévissait le « genre troubadour' », où l'on montrait tant de gentes demoiselles écoutant, rêveuses, au sommet d'une tour qu'argenté le clair de lune, la romance soupirée par un galant ménestrel, trop de nobles chevaliers prêts à pourfendre l'infâme ravisseur d'une dame dolente, le criminel persécuteur de la veuve et de l'orphelin, où Viennet et Parseval-Grandmaison, après Luce de Lancival, peignaient au public un moyen âge édulcoré, pour ne pas dire faux, imaginé, trop souvent, d'après le Roland furieux et la Jérusalem délivrée, Mérimée a su, malgré des maladresses dans l'analyse dramatique, retrouver la réalité, et la peindre, malgré ses laideurs, sans la déformer.

Il va plus loin que Chateaubriand et que le Hugo des Ballades : il voit plus vrai. Ses chevaliers n'ont pas la naïveté du Lautrec ou du Don Carlos que peignait l'auteur du Dernier Abencérage, et le moyen âge est pour lui autre

1. Nodier et de Roujoux venaient de publier, en 182(5, les Poésies inédites de Clotilde de Surville. — Cf. H. Jacoubet, Le Genre troubadour et les origines du romantisme français, Paris, les Belles- Lettres, 1929.

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