XXX AVANT-PROPOS
théâtre habilement disposés et qui sont ménagés au gré de l'auteur seulement, les incidents les moins justifiables, des crimes, de la magie, de l'exotisme, la Colombie au xvi*' et au xYii*^ siècle, des personnages au caractère outré et sans nuances, — un père suborneur de sa fille, une fille qui tue son père, un prêtre ignare et cupide, des Indiens qui évoquent ceux des Incas, — et cependant conformes au goût du public qui se passionnait alors pour les malheurs d'innocentes héroïnes injustement victimes du sort ' , du sang, de la volupté, de la mort, quelques jurons énergiques, des termes inconnus au français, des mots d'esprit volontairement énormes, — l'auteur sait habilement grouper et mettre en œuvre tous les éléments, nous dirions presque tous les ingrédients, capables de l'aider à toucher le but qu'il vise : provoquer l'indignation des classiques et l'enthousiasme des Romantiques ; il rira sous cape des uns et des autres.
Est-il besoin d'ajouter que ces deux œuvres reçurent l'accueil qu'elles devaient recevoir? Piémusat, dans le Globe, mêlait louanges et critiques, mais Patin, dans la Revue encyclopédique, marqua les défauts de la Jaquerie, regretta justement que l'intérêt fût disséminé, l'action trop éparse et trop lâche, que le style donnât par endroits l'impression d'une mosaïque maladroitement exécutée, — et G. Planche, quelques années plus tard, en jugera la lecture « sans attrait » parce que l'unité en est absente.
1. Ce type avait été mis à la mode par le roman noir, et ici Mérimée se moque à la fois de Richardson et de Fielding autant que de Lewis ou de Pigaull-Lebrun. Cf. Miss A. Killen, Le Roman noir..., p. 45 et 130.