AVANT-PROPOS. XXXI
Les éloges d'Étieiinc, au jour où Mérimée remplaça Nodier sous la coupoh.', ne compensent pas ces justes réserves, et Eugène de Mirecourt pourra dire, en 1869, de la Jaquerie, qu'elle est « la plus faible des productions » de Mérimée. Il n'eut pas tort. Les mêmes réserves, et de plus graves même, sont, un peu partout, formulées à propos de la Famille de Carvajal.
Gonvient-il d'être plus ou moins sévère que les contemporains? Mérimée comptait peu, sans doute, pour assurer sa gloire, sur le mélodrame qu'il joignait à la Jaquerie. Mais, de celle-ci, il attendait beaucoup. Il s'est trompé. Peu doué pour le théâtre, il a mis Froissart en dialogue et parodié involontairement le mélodrame. Ce n'était pas là faire œuvre de dramaturge. Sa pièce historique n'a, dans l'histoire du théâtre, aucune importance : c'est, sans plus, la mise en œuvre des principes qu'il défendait alors, et une mise en œuvre peu adroite. Elle était, d'avance, condamnée.
Il n'en reste pas moins vrai que dans l'œuvre de Mérimée, dans l'étude de son évolution plutôt, Jaquerie et Famille de Carvajal doivent occuper une place importante : elles sont les témoins d'une évolution inconsciente du talent de l'auteur. Le romantisme qui s'étale dans la première n'est qu'un romantisme de surface, et la seconde est une parodie de certain théâtre romantique. Mérimée tenait trop, par ses attaches, à la tradition classique pour ne pas se rendre compte, et très vite, des erreurs où conduisait la jeune école, pour ne pas deviner qu'elle risquait, en prétendant peindre la réalité sous toutes ses formes, et toute la réalité, d'aboutir aux pires invraisemblances. Il s'insurge là contre, discrètement, et tout