‹ La JaquerieChapitre 7 sur 139 · AVANT-PROPOS. IX · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. IX

palette : des traits de mœurs, des détails précis, des allusions aux façons de vivre du moyen âge. Ce ne sont pas là des emprunts à proprement parler. Mérimée ne cherche dans ces écrits que les menus faits qui lui permettent de créer l'atmosphère de son drame et non des épisodes précis, des textes qu'il transpose tels quels. La méthode de Stendhal n'est pas la sienne : il ne copie pas. S'il est possible de faire entre la bataille qu'il décrit et les récits de Crécy, de Poitiers, d'Azincourt, de Gocherel, tels que les narre Froissart, des rapprochements qui prouvent sa probité, son souci de vérité, on ne saurait, en revanche, citer une phrase qu'il démarque : « Il butine à droite, à gauche, écrit M. Trahard, élimine ensuite, dispose enfin ^ » On ne saurait trouver plus juste formule. On dirait d'un architecte qui choisit ses matériaux. Il utilise d'ailleurs toutes ses lectures, déjà copieuses, cueillant ici et là, — même en des textes qui n'ont aucun rapport avec le moyen âge, — un trait qui lui paraît caractéristique : Ambroise Paré ou le Loyal Serviteur, le roman espagnol de Tiran le Blanc, les fabliaux, Cervantes ou Byron sont ainsi tour à tour mis à contribution. Sont-ce là des sources au sens littéraire du mot? Nous en doutons. Alors même qu'il emprunte à un livre quelque fait précis, Mérimée ne plagie pas.

En est-il autrement en ce qui concerne Shakespeare ou Goethe? Les drames où le grand Will peignait la Jacquerie anglaise, le Roi Henri IV particulièrement, le Goeiz von Berlichin^en traitent, à peu de chose près, le sujet qu'a choisi Mérimée. Il serait étonnant qu'il ne leur dût rien. Comment eût-il pu, voulant instaurer en France une

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