‹ La JaquerieChapitre 8 sur 139 · X AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS

forme dramatique nouvelle directement inspirée de leur technique, ne pas leur faire quelque emprunt? voulant porter à la scène une révolte qui avait eu ses échos en Angleterre et en Allemagne, ne pas songer à ce qu'en avaient dit deux poètes dont les Romantiques faisaient leurs dieux? Et sans doute la technique de la Jaquerie rappelle celle d'Henri IV ou de Goetz, — on le verra plus loin : les épisodes violents, disputes, pillages, massacres, batailles abondent ici et là, et sont dessinés avec les mêmes louches brutales, les mêmes couleurs violentes et dans un même esprit. Nous ne cro3^ons pas cependant que ce soient là des imitations littérales : le sujet qu'il avait choisi contraignait Mérimée à de telles esquisses, et il avait assez de verve pour imaginer, en s'appuyant, le cas échéant, sur Froissart, les détails qu'il burine. Ce qu'il doit à ses modèles, plus que toute autre chose, c'est la structure même de sa pièce, qui, inférieure sur ce point à ses devancières, est moins un drame ou une étude psychologique et morale qu'une série de chroniques découpées en tableaux colorés, en dialogues plus ou moins vivants. Le dessein de rivaliser avec Shakespeare est évident, comme est évidente la ressemblance avec Henri IV ou Goëtz i^on Bcrlic/iingenK Cela ne veut pas dire que Mérimée imite au sens formel du mot.

A Froissart, à J. de Venette, à ses vastes lectures, il demande des faits ; à Shakespeare, à Goethe, des modèles, — oserons-nous écrire des patrons? Que va-t-il résulter de la combinaison de ces éléments? Quels sont les caractères littéraires du drame qu'il compose? Quelle en est

1. Sur les rapports avec Goetz, cf. F. Baldensperger, Goethe en France, l'J04, in-8°, p. 101, 102, 361.

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