‹ La jarretière roseChapitre 8 sur 12 · XX · texte numérisé non relu

XX

Durant le milieu de la journée, l'oncle pro^ mène le neveu dans tous les alentours.

— Les choses avant les personnes, avait prétexté le vieux philosophe, la nature avant l'humanité!... Ne dois-tu pas la première visite i^ ces coteaux, à ces vallons, à cette rivière, à ces bois, les premiers de tes amis, les mêmes et fidèles lémoinsde noire jeunesse à tous les deux!

Mais h" soir, après diner, on se trouva réunis

dans un coquet et charmant pavillon , que le vieillard avait fait bâtir pour sa jeune femme à l'extrémité la plus ombreuse de la terrasse.

Là, de jour comme de nuit, le panorama de la baie se déroulait plus splendide encore, plus étendu , plus varié qu'aucune autre belle vue de l'amphithéâtre hyérois; là, tout était fraîcheur, silence, harmonie et parfum. Au dehors, un vrai kiosque chinois, avec ses colonnettes, ses tourelles et ses clochettes; au dedans, un vrai boudoir napolitain, avec sa tenture égayante, son ameublement coquet et ses accessoires artistiques : un léger chevalet, une bibliothèque féminine, quelques instruments de musique anciens et modernes; en somme, une fleur gigantesquement agrandie par le caprice d'une fée qui aurait fait son éducation mondaine au Sacré-Cœur!

Moelleusement étendus sur un divan oriental, les deux hommes fumaient à l'espagnole des cigarettes parfumées.

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La jeune femme allait et venait sans bruit sur la natte indienne, en leur servant le thé dans de charmantes petites tasses de porcelaine japonaise.

— Allons! lui dit enfin le vieillard, allons, Suzanne, allons, mon enfant... berce notre morbidezza florentine avec une de ces vieilles symphonies allemandes que j'aime tant!...

— Eh quoi!... fit Gustave qui se rappelait les exercices bourgeois qu'il avait entendus dixliuit mois auparavant de la ruelle, eh quoi... Hia tante est musicienne?...

— Assez peu pour ne pas me faire prier, répliqua modestement Suzanne , qui déjà se j)larait au piano.

— Écoute..., se contenta de muimurer lacoiii(|uement son mari.

Les admirables mains de Suzanne errèrent d'jbord à l'aventure sur l(\s touches d'ivoire, puis peu à peu l'instiiiuK ni parut prendre nno àmc et se prit :i soupirer mélodicitsement un simple adagio.

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