TECHNIQUE GÉNÉRALE
Les premières applications de ce procédé d'épuration des eaux eurent lieu en Angleterre et en Amérique (Dopter et Rouquette). En France la javellisation fut peu utilisée. Elle a été appliquée à Paris en 1911, à Avignon en 1912, lors d’épidémies de fièvre typhoïde, à Marseille pour enrayer l’épidémie de choléra de 1911. L'historique de la javellisation a été complètement étudié dans la thèse du D' L. Hermann.
La javellisation consiste à traiter une eau de boisson polluée, par une solution titrée d’hypochlorite de soude que lon trouve dans le commerce sous le nom d'extrait de Javel.
La réaction chimique qui se produit consiste en une mise, en liberté de chlore, oxydant énergique, qui va réduire les matières organiques et tuer presque tous
les germes contenus dans cette eau.
Cette réaction est basée sur un principe depuis très
longtemps connu, à savoir que les hypochlorites se décomposent très facilement sous l'influence des acides les plus faibles. Si l’on ajoute, par conséquent, à une eau quelconque, une solution d’extrait de Javel, l’anhydride carbonique dissous déclanchera la décomposition de l’hypochlorite de soude, en donnant naissance à de Pacide hypochloreux peu stable et à un carbonate alcalin neutre. L’acide hypochloreux formé se décomposera à son tour pour donner du chlore, de l'oxygène et de l’eau. Ce chlore en liberté donne avec les matières organiques des chlorures dont la présence dans l’eau est sans aucun inconvénient, le seul qui existe en quantité notable étant le chlorure de sodium.
Comme 1l s’agit surtout de réduire les matières organiques, on conçoit facilement que la quantité de chlore nécessaire et par suite d'extrait de Javel à “ajouter, variera proportionnellement à la quantité de matière organique à oxyder et par conséquent suivant le degré de pollution de l’eau.
Il va sans dire que pour toutes les eaux de boisson à purifier une analyse bactériologique et chimique devra être faite au préalable pour fixer d’une façon précise à la fois la numération des germes ét le dosage de la matière organique.
En quoi consiste pratiquement la javellisation ?
19 Fixation du taux de javellisation. Ses varia—
tions.
2 Excès de chlore. Sa neutralisation.
3 Préparation et conservation d’une solution titrée stérilisante.
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4 Mélange et distribution de cette solution à l’eau de boisson suivant les proportions indiquées par le taux de javellisation.
$ 1. Le taux de javellisation. — Ses variations,
Le taux de javellisation est la quantité de chlore actif nécessaire pour épurer un litre d’eau. |
On ne peut pas donner de règle absolue sur la quantité d’extrait de Javel nécessaire et suffisante pour l’épuration d’une eau. Un grand nombre de facteurs interviennent. Les plus importants sont : la nature de l’eau, la qualité de l’eau de Javel employée, les conditions dans lesquelles s’opère la javellisation. Tous ces facteurs sont essentiellement variables avec les armées envisagées.
Pour la détermination du « taux de javellisation » il faut doser tout d’abord la quantité de matière orga— nique contenue dans l’eau. Dans Paris Médical, d'août 1912, MM. Dopter et Rouquette disaient : « Ce dosage s’effectue par la méthode au perman- « ganate de potassium oxydant la matière organique « en solution alcaline.
« Deux expériences de laboratoires effectuées sur « les eaux ont démontré que, au point de vue chimique, « dans un litre d’eau { milligramme de matière orga- € nique absorbe trois quarts de millisramme de chlore. « Au point de vue bactériologique, à cette dose, « la stérilisation est effectuée. Pratiquement il faut se « tenir au-dessus de ce minimum pour avoir un excès
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« de chlore libre. La dose de 1 milligramme est la « dose à employer. »
M. Bonjean, en août 1915, prétend qu’il faudrait 2 milligrammes de chlore par litre pour 4 milligramme de matière organique et un traitement de 30 minutes au moins pour assurer la stérilisation.
Ultérieurement, en 1916 et en 1917, plusieurs chefs de laboratoire d’Armée ont rendu compte qu’ils utilisaient des taux souvent très inférieurs (0 mg. 6) pour la javellisation d’eaux contenant quelquetois jusqu’à 3 milligrammes de matière organique par litre, avec des résultats bactériologiques toujours satisfaisants.
Le problème consistant à déterminer exactement : les doses de chlore à employer était done plus difficile qu’il ne le paraissait tout d’abord. On ne pouvait pas se baser uniquement sur la quantité de matière organique contenue dans une eau polluée. Il ne faudra donc pas s’étonner de le voir résolu de façon différente aux diverses phases de la campagne.
Le 5 août 1914, une circulaire du Ministère de la guerre (7° Direction) préconisait au sujet de l’épuration des eaux de boisson, pour une ville, des doses de chlore actif variant, par litre, entre O0 mg. 25 et 0 mg.8. Elle conseillait d’adopter les chiffres suivants :
1° Eaux de sources limpides peu chargées en matière organique : Oo mg. 25.
2° Eaux de sources ou de rivières riches en matière organique, mais limpides ou légèrement troubles : o mg. 4.
3° Eaux de rivières ou de fleuves très souillées, riches en matière organique, troubles : o mg. 8.
Elle ajoutait : « Ces doses sont des maxima qui pourront être réduites d’après les indications d’analyses bactériologiques si on en fait ».
La première instruction de la Direction générale du Service de santé du groupe des armées d’opérations ayant trait à l’épuration des eaux de boissons, datée du 27 octobre 1914, cite une note rédigée par M. le pharmacien-major de 1"° classe Nanta et dans laquelle on conseille «8 milligrammes de chlore, quantité recon- « nue nécessaire et suffisante pour stériliser 10 litres « d’eau très impure ou 20 litres d’eau de pureté « moyenne ». Une goutte d'extrait concentré de Javel ütrant 8S gr. 7 de chlore par litre suffit pour 10 litres d’eau de pureté moyenne.
Eu somme, elle confirmait l’opinion déjà émise par la circulaire ministérielle précédente, à savoir que pour une eau très impure (Q mg.8 de chlore actif était nécessaire et O mg. + suffisait pour une eau ordinaire. \
Un peu plus tard, le 26 juin 1915, M. le Directeur général du Service de Santé fait paraitre une circulaire dans laquelle 1 dit : « D’expériences récentes « poursuivies dans plusieurs laboratoires d’armées et « contrôlées par le Laboratoire central de bactériolo- « gle, 1l résulte que la quantité d’extrait concentré de « Javel utilisé pour lépuration de l’eau de boisson « doit être augmentée. Par modification aux indica- « tions données à cet égard par linstruction du «€ 27 octobre 1914, la dose sera portée de I goutte à € HTou IV gouttes d'extrait concentré pour 10 litres € d’eau. » La quantité de chlore libre actif à ajouter
Se par litre est donc portée de 0 mg. 4 à 1 mg. 32 et à 1 mg. 76 c'est-à-dire à près de 2 milligrammes.
Un mois plus tard, le 12 juillet 1915, la 7° Direction du Ministère de la guerre faisait paraître à son tour une nouvelle instruction dans laquelle elle notifie :
« Pour connaître la dose exacte de chlore néces- « saire à la purification d’une eau donnée, 1l faudrait « faire sur cette eau des essais de purification suivis « d'analyses bactériologiques.
Mais, en général, le temps et les moyens de pro- « céder ainsi feront défaut et on adoptera alors, sui- « vant les eaux auxquelles on aura affaire et, rotam- « ment, suivant leur teneur supposée en matière « organique, les doses de chlore ci-après indiquées « comme moyennes suffisantes dans la plupart des € Cas :
Eaux de sources limpides, vraisemblablement pauvres en matière organique : 1: milligramme de chlore actif par litre. |
Eau de source, de puits, de cours d'eau, dont la limpidité n’est pas parfaite et qui parait contenir une quantité notable de matière organique : 2 milligrammes.
Eau de puits, de cours d'eau, trouble et assez riche en matière organique : 3 milligrammes.
Ces doses de chlore augmentent donc considérablement et sont, d’ailleurs, confirmées à nouveau par une autre circulaire du 25 septembre 1915, de la Direction générale du Service de Santé du G. Q. G., qui conseille d'ajouter, suivant la qualité de l’eau, de 1 à 3 millierammes de chlore.