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Le taux de la javellisation va donc croissant de 1914 à la fin de Pannée 1915.
Le 17 janvier 1916, M. le capitaine Mercier, de l'Inspection du Service des Eaux du G. Q. G., après une mission qu'il fit pour visiter des installations d'eau potable de la région fortifiée de Dunkerque, rendit compte que la stérilisation de l’eau se faisait dans des voitures à un dosage variant de 1 à 3 milligrammes par litre. Dans les voitures où on avait traité l’eau avec 1 milligramme, il révéla la présence d’un excès de chlore de 0 mg. 3 par litre. La quantité d’hypochlorite employée était donc trop forte. Dans les voitures où le traitement se faisait à la dose de 3 milligrammes, on neutralisait le chlore en excès par l’hyposulfite de soude, ce qui nempêchait pas M. le capitaine Mercier d'ajouter : « Si bactériologiquement « le résultat obtenu est satisfaisant, les analyses ne « révélant pas la présence de coli bacilles, il ne l’est «-pas au point de vue du goût, qui est un goût phar- « maceutique très accentué et désagréable dont les « hommes se plaignent. »
Durant l’année 1916, on devient plus éclectique. Tout le monde parait d’accord pour préconiser de nombreux essais de javellisation, contrôlés par des analyses bactériologiques, essais suivis de la recherche du chlore libre à l’aide d’un réactif ioduré amidonné.
$ 2. Excès de chlore, sa neutralisation.
Cette recherche de l’excès de chlore après le traitement par l’eau de Javel avait été conseillée par une
lettre de la Direction générale du Service de Santé du 25 septembre 1915 et rappelée par une instruction complémentaire du Gr. Q.G.(D. À. )le 14février 1916 : « La quantité d’hypochlorite nécessaire pour assurer « la stérilisation d’une eau... doit être telle qu’une € demi-heure après contact il reste encore dans l’eau « traitée des traces de chlore libre, mais qu’il n’en « reste que des traces (c’est-à-dire de 0 me. 1 à « O0 mg. 2 de chlore par litre). »
Au point de vue bactériologique, la détermination de la quantité de chlore à employer était facile, c'était la dose la plus faible, qui dans des conditions données d'installation provoquait la disparition du coli bacille. Au point de vue chimique, c’était celle dont on retrouvait encore quelques traces une demi-heure après le début du traitement.
Avant de distribuer l’eau, devait-on détruire le chlore libre? [’imgestion d’une eau javellisée dans laquelle persistait un excès de chlore pouvait ne pas être sans inconvénient sur l’organisme, et d’ailleurs son odeur spéciale fort désagréable attirait la méfiance des hommes et la rendait très impopulaire. Un autre inconvénient, signalé par M. Dienert, lorsque les eaux circulent dans des canalisations en plomb, était dû à la dissolution de petites quantités de plomb. Pour toutes ces raisons, la question de la neutralisation de cet excès de chlore était importante.
On savait depuis longtemps que le bisulfite et l’hyposulfite de soude pouvaient être avantageusement employés comme destructeurs du chlore libre. Dans l'instruction du 27 octobre 1914 déjà citée, 1l est
Lo prescrit : «On fera disparaître l’excès de chlore, s’il y «a lieu, par addition de I, IT ou IT gouttes d’une « solution d’hyposulfite de soude au 1/10°, suivant le « besoin. » M. Dienert préconise également Phypo— sulfite, facile à se procurer, plus facilement soluble dans l’eau que le sulfite et d’action beaucoup plus grande à poids égal. Il attire également l'attention sur le traitement des eaux javellisées par l’ammoniaque lorsqu'on est obligé de détruire l’excès de chlore immédiatement après lintroduction de Phypochlorite.
Enfin M. Ferrand, en janvier 1916, démontre l’action plus rapide de l’eau oxygénée en comparaison de celle de l’hyposulfite, action qui augmente le pouvoir oxydant du chlore.
Toutes ces substances qui présentaient réellement un intérêt scientifique avaient le défaut de coûter souvent fort cher, venant compliquer encore la question économique. Îl fallait trouver une solution qui puisse permettre de purifier l’eau, sans avoir besoin d'y ajouter des quantités de chlore telles que l’on soit ensuite obligé d’en neutraliser l’excès. Ce problème, - assez difficile à résoudre, nécessitait une bonne organisation. [1 fut résolu et, dès la fin de 1916, dans presque toutes les installations importantes : d’eau potable aux armées, c’est la javellisation à faible dose et même à doses ultra-réduites qui l'emporte avec des résultats partout très satisfaisants.
S 3. Préparation et conservation de la solution titrée stérilisante.
Le taux de javellisation bien déterminé, comment allait-on préparer une solution titrée, comment utiliser la solution d'extrait concentré de Javel mise à la disposition des armées ?
Les solutions vendues dans le commerce renferment une proportion très variable de chlore. Elles s’altèrent très rapidement avec le temps, sous lPinfluence de l’air, de la lumière, de la chaleur, et cela d’autant plus qu’elles sont moins riches en chlore.
Pour ces différentes raisons, un grand nombre . d'instructions ont fixé de façon très précise la nécessité absolue, avant toute utilisation d’hypochlorite, d’en rechercher la teneur en chlore et d’en titrer la solution.
En moyenne, un litre d'extrait de Javel concentré renferme environ de 80 à 90 grammes de chlore. Les solutions plus étendues sont moins avantageuses, elles s’affablissent très rapidement.
La détermination du titre de l’eau de Javel à employer sera faite au préalable dans un laboratoire de chimie, le plus souvent à l’aide d’une solution titrée d’hyposulfite de soude, ou suivant la méthode dite de Gay-Lussac avec une solution chlorhydrique d’acide arsénieux à 4,42 pour 1.000.
Une fois le titre chlorométrique de l'extrait de Javel déterminé, il est préférable, pour plus de commodités et pour faciliter les manipulations, de procéder à la préparation d’une solution stérilisante concentrée
(au moins 50 pour 100), susceptible d’être distribuée et mélangée dans des conditions données, par chaque installation avec l’eau à épurer. La quantité préparée sera telle qu’on ne soit pas obligé de les renouveler à chaque instant dans les postes de javellisation. Cette solution conservée soigneusement dans des flacons en verre jaune, bouchés à l’émeri, d’une contenance maximum de 250 centimètres cubes, sera placée autant que possible à l’abri de la lumière (Malméjac).
S 4. Mélange et distribution de la solution stérilisante à l’eau de boisson.
L'étude du mélange et de la distribution de la solution titrée d’hypochlorite de soude à l’eau a été conçue durant la campagne de façons très diverses.
La réalisation aux armées du principe de la javellisation a été sans cesse s’amélorant au fur et à mesure que la guerre de stationnement permit une organisation plus complète des postes et installations d’eau potable. On peut dire que l’épuration des eaux s’est toujours perfectionnée, quittant rapidement son stade embryonnaire : la javellisation continue, pour arriver bientôt à la javellisation automatique.
Au début de la campagne la stérilisation des eaux s’opérait dans des tonneaux, dans de vieilles futailles qui communiquaient à l’eau un « goût de bois » dont se plaignaient les hommes. Pour remédier à cet inconvénient, on rechercha si l’utilisation de tonneaux goudronnés, enduits de brai de résine, d’asphaltine, de cuves en tôle galvanisée, conserverait à l’eau
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épurée sa fraicheur sans lui communiquer aucun goût. On fit usage dans certaines armées de cuves en ciment, dans d’autres les grandes voitures du Touring-Club et les bateaux filtres rendirent d'importants services. En fin de compte on fut obligé de constater que seuls des dispositifs automatiques possédaient toutes les qualités requises pour assurer, à la fois, une javellisation parfaite et donner aux troupes une eau de boisson agréable, facilement acceptée.
Dans une instruction signée J. Joffre du 24 juin 1915 où est prescrite la javellisation systématique de toute eau de boisson on peut lire : « Des tonneaux ou « autres récipients d’eau stérilisée seront placés en « nombre suffisant, suivant l’importance des canton— « nements et de préférence près des puits ou fontaines « existants.
« Sur chaque point, on disposera au moins deux « tonneaux ou récipients : l’un dans lequel les soldats « puiseront l’eau de boisson et sur lequel sera placé « un écriteau avec la mention : « Eau potable »; « l’autre dans lequel l’eau sera en cours de stérilisa- « tion et sur lequel l’écriteau mobile sera placé « lorsque l’eau sera devenue potable.
« Le commandement devra prendre toutes mesures « nécessaires pour que les soldats s’alimentent « exclusivement à ces tonneaux. » C’était la méthode la plus simple et la plus pratique de javellisation des eaux de boisson que l’on puisse fournir à des troupes en déplacement presque continuel.
D’autre part, le 24 juin 1915, une autre note du général commandant en chef ordonne pour éviter aux
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troupes la consommation d’eaux contaminées qu’il est indispensable, dans les périodes de marche, « de se « mettre en mesure de transporter à la suite immé- « diate des unités une quantité d’eau correspondante «à environ un litre par homme pour l'effectif à « alimenter. Il sera organisé en conséquence dès « maintenant, au train de combat de chaque bataillon « d'infanterie, un convoi léger de transport d’eau, « composé en principe de deux voitures de réquisi- « tion portant chacune un ou plusieurs tonneaux « d’une capacité globale de 5 à 600 litres. »
On s’était préoccupé, en 1915, de certains résultats d'analyses ayant montré que la richesse en germes de, certaines eaux javellisées dans des tonneaux de bois, restait aussi importante qu'avant tout traitement. Plusieurs expériences furent ordonnées par le G. Q. G. afin d'établir si réellement la javellisation était insuffisante, si elle était mal pratiquée ou si le nettoyage des tonneaux de bois avait une mfluence sur la disparition ou la persistance du nombre des germes. D’autres ordres prescrivirent la comparaison des résultats obtenus en tonneaux de bois, nettoyés, non nettoyés, en cuves métalliques, goudronnées, cimentées, galvanisées, enduites de brai de résine ou d’asphaltime.
Après toutes ces expériences pratiquées sur des eaux de mauvaise qualité, dans la nappe aquifère superficielle de Argonne, on a constaté, ainsi qu’il en est fait mention dans le Rapport de M. F. Remlinger, qu’il était tout à fait inexact de prétendre que la javellisation ne réduisait pas le nombre de germes,
LE CAES On a remarqué qu'après chaque désinfection soignée des tonneaux, la proportion des germes était toujours plus grande. Les récipients utilisés étaient de vieilles futailles usagées. Les interstices de leur paroi interne n'étaient en réalité que des « nids à poussières » et les germes nombreux qui y pullulaient étaient mis en liberté par la brosse dure qui servait à la désinfection.
& À part de très rares exceptions, concernant des & Jours où l’eau extrêmement contaminée avait recu « une quantité de chlore insuffisante, eu égard au « degré de la souillure (susceptible dans une nappe « superficielle de varier dans une large mesure d’un « moment à l’autre) la disparition du col bacille a « toujours été obtenue intégralement aussi bien dans « les tonneaux que dans les cuves et 1l n’a pu être « noté à ce point de vue aucune différence entre les « différentes sortes de récipients. »
Une instruction du G. Q. G. du 14 février 1916 résume de façon très nette les analyses de laboratoires de diverses armées et du laboratoire central. « Si la « stérilisation est bien faite, le récipient dans lequel « elle s’effectue importe peu. Elle se produit dans « des conditions sensiblement analogues soit dans « des récipients en ciment, soit dans des récipients « métalliques cimentés, ou enduits d’asphaltine, soit « dans des récipients en bois passés au brai de résine « ou enduits d’asphaltine. »
A l’aide de ces récipients l’épuration des eaux se réduisait à fort peu de choses. On savait quelles étaient les doses de liqueur titrée à employer pour