Procès, vol. I, p
résultat de son « signe », déclare-t-elle ensuite, a été que les clercs, — à Poitiers, — ont cessé de Yarguev lorsqu'ils en ont eu connaissance ^ Et enfin arrive l'allégorie dont nous avons vu la préparation dans son esprit : elle affirme qu'un ange a apporté le signe, entendant par là, comme elle l'expliquera formellement le dernier jour de sa vie. que c'est elle-même qui est l'ange '2. Son histoire, dira-t-elle, a été ficdo quœdam, une fiction, une parabole allégorique. Son cerveau était aussi éloigné que possible d'être troublé par des rêveries vagues, et, dès le premier instant, elle savait parfaitement ce qu'elle faisait.
Depuis lors, en effet, nous la voyons s'en tenir fidèlement à son allégorie. Quelques jours après, le i5 mars, elle répond : « Le signe était que lange (c'est-à-dire elle-même) a convaincu le roi en lui apportant une couronne (c'est-à-dire la promesse d'une couronne), et en lui disant qu'il regagnerait tout le royaume de France... Après quoi l'ange (Jeanne) s'est incliné devant le roi... Et maints clercs et autres ont vu la couronne, qui nont point vu l'ange », c'est-à-dire ont ensuite appris le secret bien qu'ils n'eussent pas assisté à l'entretien où Jeanne l'a révélé au jeune roi^.
« Bien des personnes ont vu l'ange, qui ne l'auraient point vu sans leur désir de me tirer d'embarras avec le clergé. » Cette autre phrase de la réponse de Jeanne, sous l'obscurité de l'expression, paraît signifier que le roi Charles, pour vaincre les scrupules des docteurs de Poitiers, a révélé le secret à des personnes qu'il n'aurait point mises dans la confidence sans ce désir de « tirer d'embarras » la jeune fille dont il avait reconnu la mission providentielle.