‹ La Jeanne d'Arc de M. Anatole FranceChapitre 12 sur 108 · L « EXPLICATION » DE JEANNE D ARC · texte numérisé non relu

L « EXPLICATION » DE JEANNE D ARC

lité, ne stylisent point. — Inutile d'ajouter qu'un bon nombre de ces passages ont pour objet de nous représenter Jeanne comme une sorte d' « idiote hallucinée ».

Pareillement, M. France réduit à presque rien les affirmations de plus de 120 témoins qui furent interrogés, vingt-cinq années plus tard, au procès de réhabilitation, tout en ne se faisant pas faute de les citer abondamment, et d'admettre que, « sans doute, elles apportent des clartés sur une multitude de points » V

Oui, certes, c'est bien ce qu'elles font; et tout ce qu'elles nous disent du caractère de Jeanne, toutes les paroles de Jeanne qu'elles répètent, sont en harmonie entière, à la fois, avec ce que nous savons de sa nature, et avec les brèves, alertes, et piquantes réponses que nous lisons rapportées dans le Procès de Condamnation. Dans les deux comptes-rendus des Procès, Jeanne nous apparaît la même jeune fille lucide et indomptée, confondant les clercs par sa spirituelle raison, comme elle avait confondu l'ennemi en bataille par son audace ; loyale dans chaque parole comme dans chaque action ; dédaigneuse des mauvais juges qui tâchent vainement à la

i.^Vol. I . p. XX.

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prendre en faute ; et toujours prompte et fine, pleine de l^on sens et de sagacité. Rien au monde ne saurait se concevoir qui fut plus différent de la pauvre créature troublée, hébétée, éternellement « hallucinée », qu'a inventée M. France. Sur tous ces points, la lumière projetée par les témoins de i456 est inappréciable : leur Jeanne est absolument la Jeanne de Tautre procès, dirigé contre elle.

Mais du reste, quant au détail des faits, M. France rejette, a priori, jusqu'aux affirmations sous serment de témoins oculaires, pour peu qu'elles ne s'accordent pas avec ses préventions et avec le système d' « explication » qu'il s'est proposé. Aussitôt qu'il rencontre, dans les sources, un fait qui le gêne, — par exemple, les aptitudes militaires de la Pucelle, — il proclame que les témoins qui l'attestent se sont parjurés ; et le voilà quitte de leur témoignage !

Or, il est bien certain que tout historien sérieux, en examinant ce Procès de Réhabilitation, est tenu de prendre en compte les erreurs de mémoire possibles chez les témoins, leurs préjugés, et surtout le désir qu'avaient les timides moines ayant assisté naguère au jugement de Jeanne, aux côtés deCauchon, de présenter leur conduite sous le jour le plus favorable.

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