‹ La Jeanne d'Arc de M. Anatole FranceChapitre 13 sur 108 · L « EXPLICATION » DE JEANNE D ARC · texte numérisé non relu

L « EXPLICATION » DE JEANNE D ARC

Mais il n'en demeure pas moins que l'ensemble de ce procès nous offre un caractère remarquable de véracité et de modération historiques. Les légendes au sujet des miracles ayant eu lieu durant et après le martyre sont, presque, la seule addition légendaire qui s'y manifeste à nous ; les noms mêmes des saints de Jeanne ne sont point mentionnés \ et pas un mot n'est dit des prétendues merveilles qui ont accompagné son enfance, ni de sa découverte de l'épée de Fierbois, ni de sa connaissance mystique du secret du roi, ni, en général, d'aucune des fables ayant eu cours chez les nouvellistes italiens et allemands de 1429-1431- La légende s'accroît toujours en quantité avec; la suite du temps ; et cependant c'est à peine si une trace infime de légende transparaît dans tous ces témoignages de 1456. Ce qui n'empêche pas M. France de les condamner tout à fait de la même façon que ces lettres allemandes et italiennes, dénoncées par lui comme complètement fabuleuses et mensongères : sauf, pour lui, à citer lettres et témoignages comme des autorités de tout repos lorsque les assertions qu'il prétend y découvrir,

i. Deux noms de saints se trouvent, cependant, cités par un chroniqueur messin de 1460, qui, peut-être, les aura lus dans des comptes-rendus plus complets du procès de i4")6.

sans être confirmées par nul autre document, tendent à déshonorer la Pucelle. Est-ce là, je le demande encore, une méthode conforme à la logique, comme aussi à Téquité la plus élémentaire ?

Du point de vue de M. France, les témoignages de Jeanne elle-même, les accusations malveillantes de ses juges iniques, les fables hostiles mises en circulation parmi le public du temps, un petit nombre de lettres, et quelques lignes écrites sur des registres de comptes municipaux : ce sont là tous les témoignages authentiques que nous possédions sur Jeanne d'Arc ! On aurait peine à trouver, je crois, un autre historien procédant à son œuvre avec une conception aussi étrangement méprisante de la valeur des sources qu'il va consulter.

Page 1